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Grayson Hall est une actrice comme je les adore! Toutes dans la fureur et la démesure, comme si elles sortaient tout droit de l’imagination d’un Walt Disney sous LSD! Reines de « Camp » à faire passer Cruella Denfer » pour une collégienne première de classe à l’institution « les filles de Jeanne d’Arc » !

Bien sûr pour Grayson Hall comme pour d’autres folles tigresses de son espèce comme Lila Kedrova ou Jessie Royce Landis, les rôles à défendre sont plus rare que pour une Ginger Rogers, et en plus il se peut fort que Bette Davis ait mis le grappin dessus, mais qu’importe…Comme pour les diamants, la rareté les rend plus précieuses encore lorsqu’enfin elles apparaissent sur les grands écrans blancs où elles foutent le feu en trois secondes! Tremblez Richard Burton et Sue Lyon! Grayson Hall va vous dévorer dans « La Nuit de l’Iguane » sous les yeux médusés d’Ava Gardner et Deborah Kerr!

Car oui le titre de gloire de Grayson Hall restera cette espèce de virago égarée au fin fond du Mexique pour y surveiller la vertu de Sue Lyon qui dès le début du film lui bouleverse les sens bien plus qu’elle ne peut l’admettre.

Hurlant et vitupérante à souhait jusqu’à en être prise de coliques, éructant sur le pauvre Richard Burton qui a surtout le tort de réveiller lui aussi sa libido rancie sous les convenaces et la haine! En plus d’être un « homme de dieu défroqué et alcoolique », c’est décidément complet!

Oui, dans « La Nuit de l’Iguane » il y a Ava Gardner bouleversante de beauté vieillissante et de talent, il y a Deborah Kerr au jeu plus sûr et plus affûté que jamais et Sue Lyon vaguement grasouillette en short vichy. Mais qu’importe tout ce beau monde lorsque paraît Grayson Hall à la sexualité préhistorique prête à dévorer Burton. Ce n’est même plus du jeu d’actrice, c’est un happening!

Le 18 Septembre 1922, Shirley Grossman vient au monde à Philadelphie en Pennsylvanie. Ses parents, Joseph et Eleanor ne s’entendent plus très bien à la naissance de leur fille et se sépareront lorsqu’elle aura huit ans. Huit ans passés sous les hurlements et le lancé de vaisselle pour la petite Shirley réfugiée d’abord dans les coins avec les mains sur les oreilles puis dans son propre monde. Seule échapatoire aux turbulences de la vie dite « familliale ».

Lorsque ses parents se séparent, elle observe déjà cela comme un aléa dans un monde auquel elle n’appartient pas. Shiley veut être ailleurs, elle veut s’envoler. Ou à défaut, elle veut être sur scène ou les écrans, elle veut jouer. Jouer à être quelqu’un d’autre? ailleurs.

Elle est encore au lycée qu’elle passe déjà des auditions à Broadway, en 1942 elle débute au storck d’été à Long Island et choisit de s’appeler Shirley Grayson

En 1946 elle est une actrice professionnelle, ce qui veut dire qu’elle joue assez pour pouvoir se payer des sandwiches et une chambre. Ce qui est fort heureux car Shirley n’a pas un physique qui attirera le regard de réalisateurs prestigieux en couverture du VOGUE ou du HARPER’S BAZAAR! Elle n’est pas Lauren Baccal, ne le sera jamais et n’ambitionne pas de l’être! D’ailleurs ce physique relativement ingrat et aussi éloigné des canons de son époque que de la planète Mars ne l’empêche pas de trouver l’amour et d’épouser en cette année 1946 l’acteur Ted Brooks à Los Angeles où le couple se produisait sur scène. Elle va alors, forte d’une réputation solide d’actrice de composition tenter sa chance au cinéma. Pas un scout, pas un agent, pas un réalisateur et surtout pas un studio ne voudront en entendre parler!

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Shirley regagnera New-York et son cher Broadway en 1949 et en profitera pour divorcer de Tom Brooks resté sur la côte Ouest. En 1952 elle rencontre le scénariste de télévision Sam Hall et sait qu’elle a rencontré l’homme de sa vie. Elle change son patronyme de bataille et devient Grayson Hall.

Avec ce mariage, Grayson Hall met un pied dans l’univers de la télévision et apparaît de plus en plus souvent au petit écran.

En 1958 elle connaît sa plus grande joie, celle d’être maman d’un petit Matthew. Deux ans plus tard, à force d’être vue et surtout applaudie à la télévision, Grayson fait de modestes débuts au cinéma et regrette cette expérience qui la déçoit.

Elle n’en aurait probablement plus jamais refait si John Huston soi-même ne lui avait pas proposé ce rôle en or face à Richard Burton et Deborah Kerr dans « La Nuit de l’Iguane ».

Le film remit Ava l’exilée au tout premier rang des stars Hollywoodiennes et elle allait y rester pour toujours.

Grayson dans la foulée fut nommée aux golden globes et bien entendu aux Oscars 1965 pour son incroyable second rôle dans le film d’Huston. Elle fut évincée par une autre fournaise déchaînée: Lila Kedrova pour « Zorba le Grec ».

Desormais, Grayson Hall sera une star, une star pour intellectuels amateurs de sensations fortes, certe, mais une star quand même! On la verra beaucoup à la télévision, souvent dans des rôles écrits pour pour elle par son mari. Elle sera une reine du théâtre d ‘avant garde New-Yorkais et on la retrouvera tout à fait saisissante dans « Qui Etes-Vous Polly Maggoo » où elle incarne une directrice de magazine de mode, calquée sur Diana Vreeland.

Ah! Son « J’adooooore, vous avez complèèètement restructuré la femme! »

Un régal absolu et intgral!

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Grayson Hall était donc une diva intégrale, doublée, ce qui est rare, d’une femme heureuse. Icône de Greenwitch village, elle défendait le théâtre de Jean Genêt et donnait la réplique à Meryl Streep avant de filer aux studios de télévision lorsque la nouvelle s’abattit comme la foudre sur un prunier. Grayson Hall souffrait d’un cancer.

Elle fut interloquée, trouva la chose relativement inconvenante, elle n’avait pas que ça à faire! Elle allait se battre et ne doutait pas un seul instant de sa victoire.

Six mois plus tard elle n’était plus. Le cancer du poumon l’avait vaincue.

C’était le 7 Août 1985, elle n’avait que 62 ans et un million de projets.

Elle voulut être incinérée sans chichis elle ne voulait pas « pourrir pour l’éternité avec ce corps qui l’avait trahie et que l’on viendrait fleurir sur un tombeau »

On plaça quand même une plaque comémorative, pas trop grande ni trop voyante sur sa maison.

Celine Colassin

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QUE VOIR?

1962: Satan in High Heels: Avec Meg Myles et Mike Keene

1964: La Nuit de l’Iguane: Avec Sue Lyon, Ava Gardner et Richard Burton

1966: Qui Etes-Vous Polly Maggoo?: Avec Dorothy MacGowan

1970: End of the Road: Avec Dorothy Tristan et Stacy Keach

1971: Night of Dark Shadows: Avec David Selby Kate Jackson

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