487: KATE DE NAGY 5191728112_0c57fddf3d

On aura déjà vu parmi ces pages de nombreux espoirs éphémères et tout autant de destins brisés. Mais se pourrait-il que la postérité oublie complètement une star qui aurait gravi des sommets et s’y serait maintenue deux décennies? Une véritable icône brillant de mille feux parmi les plus étourdissantes déesses de son temps, donnant la réplique aux plus prestigieux des partenaires pour les caméras des plus grands?

Kate de Nagy qui fut une actrice non seulement très prolifique mais véritablement adulée par delà maintes frontières en est peut-être l’exemple, sinon la preuve la plus flagrante.

Cette future icône internationale naît le 04 du 04 en 1904, , Elle est Ekaterina Nagy von Cziser et nous sommes à Szabadka en Austro-Hongrie. Si vous voulez nous situer sur une carte contemporaine, vous devez alors pointer du doigt Subotica en Serbie.

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Notre jeune oiselle est non seulement fort bien née, mais dans une richissime famille de banquiers, ce qui a certes des avantages mais également quelques inconvénients! C’est que voyez vous, il faut se conformer aux usages du rang mais aussi à la convenance qui sied au monde des affaires, on ne badine pas avec les bonnes manières au pays de feue Sissi!

Et malheureusement, notre jeune beauté grandit en grâce mais guère en sagesse. Elle s’ennuie à périr, ronge son frein, mettrait volontiers le feu à la banque de papa pour mettre un peu d’animation dans cette vie qui n’est que protocole en dentelles! Mais n’est pas pyromane qui veut. Soufflant ses 16 bougies d’anniversaire sur un gâteau qui ressemble à sa robe, elle décrète dans un même souffle à la famille toute ébouriffée qu’elle compte bien se marier!

Non mais et puis quoi encore? un chantage? La gracieuse effrontée ira se calmer au couvent, le temps de tempérer ses velléités d’indépendance matrimoniale et d’apprendre les langues étrangères, ce qui lui sera plus tard d’une utilité rare!

La famille accepta de « démobiliser » la jeune Kate mais les conditions furent drastiques. La famille estimant qu’elle restait « a surveiller », elle se retrouva détachée au secrétariat de papa, dans sa banque, dans son bureau, toute la journée! Le reste du temps, elle peignait, sagement, à la maison.

Le brave homme se révéla à tout prendre plutôt satisfait de sa progéniture qui montrait de grandes dispositions de concentration. Elle était littéralement rivée sur sa machine à écrire!

Rivée à sa machine à écrire où elle tapait fébrilement des nouvelles pour un journal de Budapest qui s’en montrait très friand! Kate de Nagy écrivait avec élégance et talent et publiera même un roman à succès: « Pan et Moi ».

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Elle réussit également à extorquer à ses parents, un soir de griserie ou de faiblesse, l’autorisation de suivre des cours d’art dramatique. Sans doute crurent-ils, comme plus tard ceux de Vivien Leigh que celà tempèrerait ses ardeurs, je l’ignore!

Un fait demeure, elle prendra son envol et gagnera Berlin pour y tenter enfin sa chance. mais elle dût attendre pour celà d’être majeure, nous étions en 1926. Elle avait bien trouvé en 1923 un jeune homme suffisamment conquis pour « l’enlever » et le couple fuit jusqu’à Budapest, mais Kate, déçue par un Roméo qui tenait mal ses promesses rentra à la maison!

Lorsqu’enfin elle s’installa à Berlin, il ne fut bien entendu pas question de lui céder le moindre sou pour sa survie et en attendant que la chance lui sourie, elle proposa à son cher journal hongrois de devenir son « envoyée spéciale » et jura de racconter absolument tout ce qu’elle verrait et entendrait! Il est d’ailleurs fort probable que c’est en quête de potins qu’elle se faufila dans la figuration de quelques films.

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Il faut bien admettre que Kate de Nagy ne fut guère portée par son temps. Le début de siècle fut plutôt tumultueux en Autriche Hongrie! Une guerre mondiale y était née et l’empire ne lui avait pas survécu. Kate était née dans un pays qui n’existait plus. Des millions d’hommes l’avaient suivi dans le néant et avec eux les rigoureux préceptes si chers à sa famille! Elevée par des femmes portant corset et chapeaux emplumés grands comme des roues de carrosse, Kate se retrouvait dans un monde nouveau où les femmes étaient nues sous leurs robes courtes, se coupaient les cheveux, fumaient l’opium, dansaient le charleston sur les tables et affichaient volontiers une liaison homosexuelle si elles voulaient un tant soi peu être prises au sérieux! Pauvre Kate qui à 16 ans devait se cacher derrière un palmier en pot pour demander à un homme s’il voulait bien l’épouser!

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Mais ce nouveau temps, avouons-le, lui plaisait bien plus que l’ancien. Racée et belle à mourir, Kate était terriblement « in » et c’est Alexander Korda qui le premier la remarquera dans les rangs de la figuration où elle prenait des notes. Il la fera débuter à l’écran moins d’un an après son arrivée à Berlin.

Toute à l’enthousiasme d’enfin débuter sa carrière d’actrice, elle en épousa son premier metteur en scène: Constantin David.

Kate enchaîna les tournages, devint la très altière rivale de Jenny Lugo, Jeanne Helbing, Liane Haid et de Marlène Dietrich. En deux ans elle avait tourné dix films entre Vienne, Berlin et Stockholm. Elle a conquis ses titres de gloire en 1928 avec « Les Fugitifs » de Hans Schwartz qui triomphe partout et tout particulièrement en France.

Le cinéma s’était mit à parler, Kate en fut ravie et l’enseignement des bonnes soeurs viennoises porta ses fruits. Elle tournait elle-même les version allemandes, italiennes françaises et anglaises de ses films. Lillian Harvey et Brigitte Helm ne pouvaient en faire autant! Faire tourner Kate était donc plus rapide, plus simple et donc plus rentable. Elle pouvait rester alanguie sur ses oreillers, il suffisait de changer les partenaires masculins!  Deux exceptions à cette régle: « Princesse à vos Ordres » où Lillian Harvey la remplace dans les bras d’Henri Garat pour la version française et « Sa Majesté l’Amour » où c’est Annabella qui lui dame le pion.

Elle devint une star suprême en Allemagne et bientôt s’exporta en Italie, en France et en Angleterre durant toutes les années 30! C’est d’ailleurs en France qu’elle rencontra son second mari Jacques Fattini. Un homme d’affaires avisé et loin d’être pauvre.

La France lui avait déroulé ses tapis d’or, son allure allait si bien aux créations de Chanel, de Rouff, de Schiaparelli, on ne voulait qu’elle, sublime, somptueuse, divinisée. Pierre Richard Wilm, Pierre Blanchar, Jean Murat, Pierre Fresnay, Jules Berry allaient être ses partenaires jusqu’à ce que la folie des hommes qui avait entaché sa jeunesse recommence et détruise sa carrière avec le reste de son monde. Il y eut une guerre. Encore.

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La versatilité géographique de la star qui avait été son grand atout finit par lui nuire. Elle ne répondit même pas aux offres d’Hitler et encore moins à ses ordres. Le public ne rechignait pas malgré les bombes à applaudir quelques allemandes puisque les films teutons inondaient les écrans, mais Kate de Nagy n’y était pas. Quant aux films que l’on faisait en France ils étaient produits par la Continental, une firme allemande, autant dire par Hitler lui-même.

Aucun cinéaste n’aurait reçu un seul ticket d’alimentation pour produire son film s’il avait osé envisager Kate de Nagy au générique!

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Elle tourna malgré tout un film en 1943, un rôle de princesse métisse directement inspiré de la Danielle Darrieux de « Port Arthur » qui avait fait verser tant de larmes avec ses sourcils tirés en lignes droites jusqu’aux oreilles pour faire exotique.

La guerre finit. L’Allemagne n’était pas en odeur de sainteté, on savait certes que Kate de Nagy était une victime comme les autres et non une sbire du terrorisme, mais enfin malré tout, les boches on les avait assez vus!

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Elle patienta donc, attendit une offre, elle vint d’Alfred Rode, chef d’orchestre; mari de Claudine Dupuis et « créateur » des films de son épouse qui se démena beaucoup dans des navets érotico-série noire qui sont tout autant d’invitations à des kermesses dans le temple de la médiocrité.

Effarée du résultat et d’avoir donné la réplique à Luis Mariano après Pierre Richard Wilm, Kate de Nagy jura un peu tard qu’on ne l’y reprendrait plus! Bien que, et malheureusement pour elle, elle ait signé avec l’oncle Alfred pour deux films!

Elle s’était d’ailleurs lancée dans l’aventure pleine de confiance et osons le dire, pleine d’espoir. La presse s’intéressait beaucoup à son retour après tant d’année et elle déclarait tout sourire: « Je suis ravie de tourner avec Alfred Rode! Il est chef d’orchestre, producteur, réalisateur, scénariste, interprète et musicien, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de personnes qui puissent en faire autant! Et puis il m’a offert un rôle très intéressant pour moi, aux antipodes de tout ce que j’ai joué jusque là, je serai une femme fatale mystérieuse, une aventurière et je vais même « souffler » Luis Mariano à Claudine Dupuis! Cette rentrée m’enchante car au fond, je l’espérais depuis très longtemps! »

Nous étions à l’été 1947, Kate vivait retirée dans sa villa de Villefranche sur mer depuis 1941!

Maos malgré la joie de sa rentrée, elle avait été une actrice d’une classe internationale, elle ne l’oubliait pas elle n’allait pas s’égarer ad vitam aeternam du côté de la place Pigalle!

La star affichant une éblouissante quarantaine qui n’aurait pas déparé la couverture du « spécial collections » de Harper’s Bazaar quitta Paris, ne regagna pas Berlin mais s’envola pour…Hollywood! Elle suivait son mari Jacques Fattini qui s’y exilait pour faire fructifier encore ses affaires.

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Elle n’y tourna jamais de films mais elle devint la plus allurale professeur de Français qui se puisse imaginer et se trouva fort heureuse sous le ciel californien, là où les guerres avaient l’air moins fréquentes parce qu’elles se passaient loin.

Elle y serait sans doute morte de vieillesse, toujours divine en haut de sa chaire universitaire si le cancer n’avait pas abrégé sa picaresque existance de somptuosité des élégances filmées. Elle s’éteignit fort discrètement en 1973, le 20 Décembre, dans sa chère Californie. C’est là qu’elle repose à jamais sous un ciel enfin bleu de paix.

Celine Colassin

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QUE VOIR?

1927: Le Bateau de Verre; Avec André Nox et Françoise Rosay

1928: Die Durchgängerin (Les Fugitifs): Avec Jean Dax et Vivian Gibson

1928: Die Köningin Seine Herzens: Avec Liane Haid

1928: Die Republick der Backfische (La République des Jeunes Filles): Avec Arturo Duarte

1929: Die Kleine Veronika: Avec Maly Delschaft et Harry Hardt

1929: Der Weg Durch Die Nacht (Poupée d’un Soir): Avec Friedrich Ettel

1929: Maskottchen: Avec Ivan Kowal Sambrosky

1929: Unschuld (Innocence) Film entièrement perdu mais dont il existe des photos de Kate sur le tournage

1929: Glauker (Les Saltimbanques): Avec Max Hansen

1931: Ihre Majestät die Liebe: Avec Francis Lederer et Gretl Theimer

1931: Le Capitaine Craddock: Avec Jean Murat

1931: Ronny: Avec Marc Dantzer

1932: A Moi le Jour, A toi la Nuit: Avec Fernand Gravey et Jeanne Cheirel

1932: Le Vainqueur: Avec Jean Murat

1932: La Belle Aventure: Avec Jean Périer et Paule Andral

1933: Au Bout du Monde: Avec Charles Vanel

1933: Nuit de Mai: Avec Fernand Gravey et Annie Ducaux

1934: La Jeune Fille d’une Nuit: Avec Jeanne Cheirel

1934: Un Jour Viendra: Avec Jean-Pierre Aumont

1934: Die Freundin Eines Großen Mannes: Avec Karl Ludwig Diehl

1934: Prinzessin Turandot: Avec Willi Schaeffers et Léopoldine Konstantin

1934: Turandot, Princesse de Chine: Avec Pierre Blanchar

1934: Einmal eine große Dame sein: Avec Wolf Albach Rety

1935: Le Diable en Bouteille: Avec Pierre Blanchar et Gina Manès

1935: La Route Impériale: Avec Pierre Richard Wilm

1936: Cargaison Blanche: Avec Jean-Pierre Aumont

1936: Ave Maria: Avec Benjamino Gigli

1937: Nuits de Princes: Avec Jean Murat

1938: Am Seidenen Faden: Avec Willy Fritsch

1938: Sourires de Vienne: Avec Ilse Werner

1938: Accord Final: Avec Jules Berry et Josette Day

1939: Renate et le Quatuor: Avec Hans Brausewetter

1943: Mahlia la Métisse: Avec Jean Servais

1948: Cargaison Clandestine: Avec Claudine Dupuis et Luis Mariano

1952: Die Fösterchristl: Avec Johanna Matz

6 réponses
  1. Dark Woods
    17 février, 2014 | 14 h 36 min | #1

    Très intéressant – très complet

    Répondre

    • 17 février, 2014 | 15 h 04 min | #2

      Merci!

      Répondre

      • dick
        16 mars, 2014 | 11 h 53 min | #3

        Très bel exposé mais de grace arrêté de taper sur ce pauvre Alfred rode ma chère Cécile ces films qu on qualifie de navet ces critiques sont purement théorique car a chaque sortie de ces films ont toujour attiré de nombreux spectateur!le début des années « 60″ l ont mis a la retraite non par la sois disante mediocrite de ces films mais tout simplement par un changement d époque . Certaine actrices des années « 50″ on en fait les frais

        Répondre

        • 16 mars, 2014 | 13 h 03 min | #4

          Bonjour chère amie. Que le public soit allé voir des films ne fait pas forcément de ceux-ci de bons films. Souvenons nous du triomphe des « Charlots font l’Espagne »
          Qui oserait dire que ce sont de bons films? En cette époque où la télévision naissait et n’était pas encore à la portée des classes moyennes, la fréquentation des salles obscures ne tenait pas forcément à la qualité du spectacle mais parce qu’on y allait « de toute façon », au cinéma du coin. Ensuite, les films d’Alfred Rode sont pour la plupart des films de « complément ». C’est à dire, un film bon marché offert au public gratuitement avant le « grand film ». Et celui-ci n’était jamais signé Alfred Rode! J’ai vu quelques uns de ses « chef d’œuvres » édités par René Château et malgré ma grande affection pour Claudine Dupuis et pour les années 50, c’est à peine regardable aujourd’hui.
          Cela dit, je ne suis pas si injuste que ca puisque je préfère Alfred Rode à Jean-Luc Godard!
          Celine.

          Répondre

          • Dick
            23 septembre, 2015 | 15 h 09 min | #5

            Bonjour Céline ayant passé mes vacances à Deauville comme tout les ans j ai toujours un pincement au coeur à chaque fois que je me rend sur la tombe d Alfred rôde et de claudine dupuis car leur sépulture été en attente d évacuation du au non Ré.nouvellement de la dite conssesion et en décembre 2014 de ma propre et modeste initiative je me sui rendu à la mairie de Deauville afin de régler 308 euros pour renouveler leur conssesion et ceux pour 20 ans afin qu’ ils ne tombe.pas dans un oubli définitif afin que d autres cinéphiles puissent leurs rendre visite dans leur dernière demeure le cimetière de Deauville division D122 voilà tout / pour en revenir aux films d Alfred et de claudine je pense sincèrement que leurs films n avait rien à enviée aux autres films de série B …..

  2. 23 septembre, 2015 | 15 h 12 min | #6

    Merci pour eux cher ami ;-)

    Répondre

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