489: CHRISTINE PASCAL christinepascal1

Ecrire un article sur Christine Pascal est une chose qui m’est douloureuse et que je post pose depuis longtemps. Je n’ai pas eu la chance de la connaître personnellement mais j’ai tant aimé l’actrice avant d’aimer la cinéaste qu’évoquer cette femme sublime qui a choisi la mort plutôt que la vie, si belle et si jeune encore, me semble insurmontable.

J’aimerais tant que ces quelques lignes ne s’achèvent pas par le grand saut dans le vide depuis une fenêtre d’hopital psychiatrique.

Christine Pascal naît à Lyon, le 29 Novembre 1953.

Elle grandira en pension chez les religieuses et gardera de ses années d’enfance un souvenir aigri.

A vingt ans elle est étudiante en lettres et étudie également l’art dramatique au conservatoire de Lyon lorsque le cinéaste Bertrand Tavernier débarque en ville pour y tourner « L’Horloger de Saint Paul ». Tous les comédiens, tous les aspirants acteurs sont en émoi. Ce n’est pas tous les jours que Lyon devient le décor d’un long métrage, même si à l’époque Bertrand Tavernier n’est pas encore le réalisateur mythique qu’il deviendra plus tard.

Mais Tavernier est lui aussi Lyonnais. Après des débuts de réalisateur assez laborieux c’est la première fois qu’il peut enfin réaliser un film selon son coeur grâce à la confiance du producteur Raymond Danon avec un budget digne de ce nom et des acteurs connus: Philippe Noiret et Jean Rochefort.

Il confie le premier rôle féminin à Clotilde Joano ce qui marque aujourd’hui le film d’une certaine fatalité. Le cancer détruit déjà l’actrice. Elle a 41 ans, « L’Horloger de Saint Paul » sera son dernier film et elle ne vivra plus assez longtemps pour le voir terminé.

Tavernier choisit Christine pour un court rôle et sur photo car elle ne s’est pas déplacée au casting. Parmi tous les élèves du conservatoire de Lyon elle est probablement la seule à ne pas avoir envire d’être comédienne! Elle étudie l’art dramatique comme un moyen différent d’aborder les textes et leurs auteurs, par les personnages. Mais c’est elle que Tavernier veut, pour un rôle très court. trois jours de tournage et…pas un mot à dire!

Christine fit le film puis retourna à ses chères études comme on tourne la page d’un livre.

Mais quelques mois plus tard, l’assistant de Bertrand Tavernier la recontacte. Le cinéaste l’a aimée, il a aimé travailler avec elle, il aime ce qu’il voit dans ses rushes. Il prépare un autre film, un film pour lequel il souhaite une actrice inconnue, belle, sombre, fragile: Christine.

Christine se retrouve sur le quai de la gare. direction Paris.

Elle sera la jeune héroïne des « Guichets du Louvre », Une héroïne qui lui va bien, une héroïne qui va droit vers son funeste destin et qu’aucun effort ne peut sauver. Et ce, même si entretemps le film passe aux mains de Michel Mitrani.

Bertrand Tavernier, pris par son horloger et par la préparation de son film suivant « La Grande Dame du Royaume » qui deviendra « Que la Fête Commence » n’a pas le temps de réaliser les « Guichets du Louvre ».

Par contre, il fera de nouveau appel à Christine pour jouer face à Philippe Noiret qu’elle connaît déjà et Marina Vlady au sommet de son talent et de sa beauté. « Que la Fête Commence » sera un triomphe et Tavernier qui aime s’entourer des mêmes artistes d’un film à l’autre restera fidèle à Philippe Noiret et à Christine Pascal.

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Christine s’est passionnée pour le cinéma, pour tous les aspects de ce métier, très vite elle passera à l’écriture et lorsqu’elle rencontrera son futur mari le producteur zurichois Robert Boner, c’est sur le plateau d’un film où elle n’est pas actrice mais assistante de production: « Les Petites Fugues ». Ils se rencontrent en 1978 et prendront le temps de se marier en 1982, Christine Pascal deviendra alors légalement suissesse.

Bientôt elle se sentira assez forte pour réaliser son premier film, « Félicité ». Elle en a écrit le scénario, très autobiographique et sans la moindre complaisance envers elle-même. Elle prend aussi le risque fou de se mettre en scène et se confie le premier rôle.

Nous sommes en 1979, c’est l’échec. Son propre père refuse de voir le film, sa mère le voit, le déteste.

Christine est complètement anéantie par l’échec de son film et plus encore par les critiques virulentes et assassines qui pourtant révèlent toutes une incompréhension face à l’oeuvre. Elle choisit Monique Chaumette, l’épouse de Philippe Noiret pour jouer sa mère, elle choisit Dominique Laffin pour un autre rôle important du film. Dominique que guette aussi la mort pour mettre une fin prématurée à un destin troublé. Le suicide lui aussi s’inscrit dans l’oeuvre.

Et puis ce sera la mort de Patrick Dewaere, son partenaire de « La Meilleure Façon de Marcher », un film dont ils étaient tous les deux si fiers. Son ami qui choisit lui aussi d’écourter ses jours le 16 Juillet 1982. Christine est anéantie. Des années durant elle entrera dans les églises brûler des cierges à la mémoire de Patrick. C’est la première fois que Christine Pascal perd un être proche et que ce soit par suicide la bouleverse complètement car le suicide elle y pense. Souvent. Elle en parle et ses films en parlent. Dans « Félicité » elle se donne un frère qui choisit le même chemin, et lorsqu’un jour on lui demande comment elle souhaitrait mourir elle répond « Par suicide, quand je le déciderai! »

En 1992 sonne l’heure la plus brillante de sa carrière. Christine continue son métier d’actrice et de réalisatrice mais se garde bien désormais de se mettre en scène elle-même. Son film « Le Petit Prince a dit » connaît un succès public et critique mondial, ses acteurs Richard Berry et Anémone portés aux nues pour leur performance.

Christine Pascal reçoit le prix Louis Deluc et la profession est unanime: une grande est née.

Malheureusement, son film suivant, « Adultère Mode d’Emploi » n’a pas le même succès et après les cîmes du « Petit Prince », Christine accuse mal le choc. Elle est à nouveau excessivement meurtie à un point tel que son état général périclite et que son mari se contrait à l’hospitaliser à Garches dans une service neuro psychiatrique.

Le 30 Août 1996, Christine quitte sa chambre, monte au dernier étage de l’hôpital et se jette dans le vide.

Elle avait 42 ans.

Celine Colassin

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QUE VOIR

1974:L’Horloger et Saint Paul: Avec Clotilde Joano, Jean Rochefort et Philippe Noiret

1974:Les Guichets du Louvre: Avec Christian Rist et Judith Magre

1974: Que la Fête Commence: Avec Marina Vlady et Phimippe Noiret

1975: La Meilleure Façon de Marcher: Avec Patrick Dewaere, Patrick Bouchitey et Claude Piéplu

1977: L’Imprécateur: Avec Jean Yanne et Michel Piccoli

1979: On Efface Tout: Avec Yves Beneyton, Bruno Cremer et Micheline Presle.

1979: Félicité: Avec Dominique Laffin et Monique Chaumette

1980: Le Chemin Perdu: Avec Charles Vanel, Magali Noël et Delphine Seyrig

1983: Coup de Foudre: Avec Isabelle Huppert, Miou-Miou et Jean-Pierre Bacri

1985: Train d’Enfer: Avec Gérard Klein et Roger Hanin

1987: Le Grand Chemin: Avec Anemone et Richard Bohringer

1990: Le Sixième Doigt: Avec Jean Carmet et Bamba Bakari

1991: Rien que des Mensonges: Avec Fanny Ardant, Bashung et Jacques Perrin

1992 (Realisation) Le Petit Prince a Dit: Avec Anémone et Richard Berry

8 réponses
  1. Thierry B.
    22 octobre, 2013 | 18 h 10 min | #1

    Cette année au festival Lumière 2013 de Lyon, un bel hommage lui a été rendu.
    voilà le programme qui lui était consacré :

    • Souvenir de Christine Pascal
    Hommage à l’actrice, réalisatrice (Le Petit prince a dit) et scénariste, Lyonnaise, révélée par Bertrand Tavernier et disparue en 1996.
    Lire l’article : Christine Pascal « J’ai perdu l’insouciance de la jeunesse. »

    Le Petit Prince a dit de Christine Pascal (1992, 1h45)
    Frappé par l’annonce de la maladie de sa fille, le père de Violette (Richard Berry) s’enfuit avec elle pour partager pleinement de précieux instants. La cinéaste filme la vie telle qu’elle est, belle et injuste.
    Comœdia ma 10h30 (présenté par Richard Berry)| Pathé Cordeliers me 17h | CinéDuchère sa 20h30 (présenté par Anne le Ny)

    Des enfants gâtés de Bertrand Tavernier (1977, 1h54)
    Bernard, scénariste, s’installe pour travailler dans un nouvel appartement. Il rencontre ses voisins et les rejoint dans leur lutte contre un propriétaire abusif. Superbe Christine Pascal, Michel Piccoli sous le charme.
    Pathé Bellecour me 10h30 | Caluire Méliès je 20h30 | Institut Lumière ve 11h
    Films français présentés avec sous-titres Anglais

    Journal d’un montage « Adultère (mode d’emploi) » d’Annette Dutertre (2012, 1h39)
    Le récit fascinant du montage de Adultère (mode d’emploi), le dernier film de Christine Pascal.
    Institut Lumière Salle 2 me 20h30
    Films français avec possibilité de sous-titres Anglais

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  2. Shevek
    11 février, 2014 | 15 h 51 min | #2

    « D’autres étoiles filantes » : quel beau titre pour une telle somme rassemblant tant d’actrices au firmament de notre mémoire cinématographique ! Et je sais bien qu’une telle somme ne peut être exhaustive, mais pourquoi pas une page sur Clotilde Joano, si fine et si intelligente, injustement oubliée aujourd’hui ?

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    • 11 février, 2014 | 16 h 07 min | #3

      Si Clotilde est oubliée, elle ne l’est pas de moi et elle est bien prévue dans ces pages. le temps que je mets parfois pour consacrer un article à une actrice n’est pas une question d’intérêt ou d’oubli mais bien souvent la nécessité de trouver des informations intéressantes et surtout…vraies
      Celine

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  3. Halimi Emmanuelle
    29 août, 2015 | 17 h 31 min | #4

    Bonjour ,
    je suis la nièce de Christine , votre article m’a beaucoup touchée ….19 ans déja demain …..
    par contre son mari se nomme  » Robert Boner » et non pas  » Yves Yersin » …
    Amicalement ,
    E Halimi

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  4. Annick M.
    2 juin, 2016 | 23 h 22 min | #5

    Bonjour,

    Quant à moi, je n’ai oublié ni Christine Pascal ni Clotilde Joano. Merci de cet article sur Pascale (j’avais beaucoup aimé le film « Les enfants gâtés »
    )
    Clotilde Joano jouait beaucoup pour la télévision en noir et blanc des années 1950/début des années 60. Cela m’a laissé de beaux souvenirs. Dans l’adaptation en 1959 du roman d’Alphonse Daudet, « La petite paroisse », sous le titre de « Clarisse Fénigan », elle tenait le rôle titre au côté d’une autre étoile filante, une étoile masculine, l’acteur Jean Muselli, très oublié aujourd’hui, pour moi magnifique. Il a mis fin à ses jours à l’âge de quarante-deux ans (comme Pascale) en 1968. je l’aimais beaucoup.

    Amicalement.

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  5. gauthier jean marc
    8 septembre, 2016 | 4 h 36 min | #7

    Cinéphile ,je suis ravi que l’ on se souvienne de clotilde et de christine.J’ aimerais que l’ on n’ oublie pas dominique laffin et pascale augier .Salutations

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    • 8 septembre, 2016 | 8 h 56 min | #8

      Dominique est déjà dans ces pages et le tour de Pascale viendra. Celine

      Répondre

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