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Si au cinéma comme ailleurs il est un temps pour tout. Il fut un temps pour les monstres sacrés qui, reliquats des grandes théâtreuses fin dixneuvième, sévirent jusque dans les années 50 avant de tomber en désuétude face à un public blasé. Elizabeth Taylor restera seule de l’espèce et même Barbra Streisand ne fit pas très long feu.

Barbara Harris fut un monstre sacré dans toute l’acceptation et la définition du terme mais elle arriva, hélas, bien trop tard pour marquer les mémoires et les imaginations avec ce style de prouesses plus grandes, ô combien, que nature.

Cette théâtrale créature vint au monde dans l’Illinois, à Evanston le 25 Juillet 1935.

Sa mère était une pianiste accomplie, son père un arboriculteur bien décidé à faire fortune.

La jeune demoiselle qui sera plus tard terriblement réticente aux interviews ne nous a pas gavés d’anecdotes croustillantes sur ses « jeunes années d’une reine », et il nous suffira de savoir qu’elle trompait l’ennui d’une adolescence qui s’étirait un peu trop à son goût en suivant des cours de théâtres qui finirent par la passionner. C’est là qu’elle tombera follement amoureuse de Paul Sills, jeune metteur en scène qui comme sa mère Viola est passionné par les méthodes d’improvisation. Il créera d’ailleurs le premier théâtre d’improvisation des Etats-Unis, et dans ses acteurs de départ se trouvent Mike Nichols et Barbara Harris qui devient son épouse, ce qui fait d’elle la belle fille de l’écrivaine essayiste Viola Spolin.

Les spectacles mis en scène par Paul Sills font la part belle à l’improvisation et la participation du public est chaudement recommandée. Le succès leur ouvrira les portes de Broadway avant d’obtenir une reconnaissance internationnale couronnée par une tournée triomphale à Londres.

Barbara et Paul divorceront tout en continuant à travailler ensemble. Plus tard la star déclarera:

« Je n’avais pas la passion du théâtre mais une passion pour les artistes avec qui j’ai débuté et leur processus de création. Plus tard, même si j’ai connu des triomphes publics, je m’ennuyais dans ces spectacles qui étaient figés dans leur forme dès le soir de la première et devaient rester « en l’état » jusqu’à la dernière représentation. »

Barbara devient une des reines de Boroadway et commence une véritable récolte de nominations aux « Tony Awards »; Complètement sidérée lorsqu’on lui proposera des comédies musicales, « Moi dans une comédie musicale? Vous êtes dingues? je suis allée en voir une et je me suis tirée avant la fin« , elle finira par accepter et deviendra une des reines du genre. C’est à son usage exclusif que l’on écrit » On a Clear Day you can See Forever » qui échouera dans le giron de Barbra Streisand lors de sa transposition à l’écran.

Paradoxalement d’ailleurs, le cinéma ne s’était pas encore intéressé à cette grande dame de Broadway qui n’avait fait que des débuts télévisés en guest star dans des émissions de variétés au rythme de sa triomphale activité théâtrale. Elle débute pour Hitchcock au pétit écran en 1961 et il faudra attendre 1965 pour la voir passer au grand écran.

Il est d’ailleurs amusant de souligner le fait que c’est Hitchcok qui le premier songera à la filmer puisqu’elle sera, quinze ans plus tard son ultime interpète féminine avec Karen Black.

En 1965, lorsque Barbara débute au cinéma dans « A Thousand Clowns » elle est déjà une star célèbre et se voit d’emblée parachutée dans un premier rôle entre Jason Robarts et Martin Balsam. Sa performance lui vaudra d’emblée une nomination aux Golden Globes!

Après avoir mis New-York à ses pieds, Hollywood ne peut l’accueillir qu’en grandes pompes et ne lui propose, avec d’infines précautions, que de beaux grands rôles dans des films qu’elle estime digne d’elle et de son talent.

Elle rechignera d’ailleurs à rejoindre le casting de « Family Plot » mais finira par céder du bout des lèvres (alors que toutes les actrices d’Hollywood auraient donné un bras) parce que « monsieur Hitchcock est un homme charmant » et qu’elle ne tenait pas à « décevoir un gentleman« .

Elle quittera d’ailleurs le plateau d’Hitchcock pour s’engouffrer dans les studios Disney pour y devenir la mère d’une jeune Jodie Foster dans « Freaky Friday »

Mais en ces années 70, Barbara Harris a choisi des prises de positions qui vont à contre courant de la tendace hollywoodienne de la décennie. L’actrice est une fervente « anti drogue » en ces temps où il est de très bon ton d’en consommer partout et tout le temps, même aux enterrements, aux soirs de premières, au petit déjeuner ou aux dîners de communions!

Au fil des années elle deviendra une activiste acharnée et finira par proposer de l’argent aux toxicomanes qui accepteraient de se faire stériliser!

J’ignore si c’est cette bataille qui peu à peu l’éloignera des écrans mais ce grand nom des années 65-75 finit par être complètement oublié dans les années 80 où elle ne tournera que quatre films.

En 1988 sa carrière est virtuellement terminée si l’on excepte un baroud d’honneur en 1997 dans « Grosse Pointe Blank », une épouvantable niaiserie qui n’ajoutera aucun prestige à son palmarès d’actrice.

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Barbara se montre encore, très épaissie, habillée comme sa concierge et le cheveux grassouillant lorsqu’il s’agit de monter au créneau pour la stérilisation des toxicomanes.

« Lorsque votre mari rentre à la maison sous l’emprise de stupéfiants et qu’il vous tabasse parce qu’il ne sait pas qui vous êtes, vous bénissez le ciel de ne pas avoir d’enfants et priez le ciel pour survivre à ses coups et qu’il ne soit jamais le père d’une innocente et fragile créature livrée entre ses mains irresponsables« .

J’ignore si elle relatait là une histoire vécue.

Barbara Harris avait été nominée pour un Oscar en 1971 pour son second rôle dans « Who is Harry Kellerman, and  Why is He Saying These Terrible Things About Me? » mais la statuette lui avait échappé au profit de Cloris Leachman.

Aujourd’hui, elle déclare: « Revenir au cinéma? Mais oui, pourquoi pas? Si on me donne dix millions de dollars pour un film qui m’intéresse je verrai ce que je peux faire! »

Celine Colassin

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QUE VOIR?

1965: A Thousand Clowns: Avec Jason Robarts et Martin Balsam

1967: Oh Dad, Poor Dad, Mamma’s Hung You in the Closet and I’m Feelin’ So Sad: Avec Rosalind Russell et Robert Morse

1971: Who is Harry Kellerman, and Why is He Saying These Terrible Things About Me?: Avec Dustin Hoffman et Jack Warden

1976: Family Plot: Avec Karen Black et Bruce Dern

1976: Freaky Friday: Avec Jodie Foster et John Hastin

1987: Nice Girls don’t Explode: Avec William O’Leary

1988: Dirty Rotten Scoundrels: Avec Steve Martin et Michael Caine

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