588: ELINA LABOURDETTE labourdette-300x198

 

 

 

 

 

 

 

Avec Elina Labourdette j’aborde le destin et la carrière de l’une des actrices françaises que j’admire le plus. Que dis-je? Je n’admire pas Elina Labourdette, elle me fascine. Elle est une comédienne parfaite et toujours juste à la voix suave et distinguée. Une voix qui fut celle de Grace Kelly dans la version française de ses plus beaux films. (Mogambo, Fenêtre sur Cour, La main au Collet). Mais aussi et surtout elle est pour moi la quintessence de l’art de vivre et d’une liberté qui ne se décline qu’au féminin.

Elina Janine Alice Henri Labourdette naît le 21 Mai 1919 dans le très élégant dix-neuvième arrondissement de Paris. La guerre est finie, Paris cocarde en bleu blanc rouge et monsieur Labourdette père va pouvoir reprendre son métier de carrossier. Métier qui donnera ses titres de noblesse à l’automobile du XXème siècle et dont les artisans resteront à jamais l’aristocratie du genre tels Chaperon, Tourer, Ghia et consors.

rolls-royce-phantom-iii-carrossee-par-labourdette-300x200

La célèbre Rolls-Royce Phantom III carrossée par labourdette, le père d’Elina en 1939

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A l’époque, les plus grands constructeurs automobliles vendent bien entendu leurs modèles derniers cris clés en mains, mais si on est vraiment quelqu’un de raffiné avec les moyens de l’être, on peut aussi faire « carrosser » sa Rolls, sa Delahaie ou sa Talbot-lago. Il est coutume que les coûteux chassis connaissent plusieurs « habillages » différents au cours de leur vie. Elina, en digne fille de son père aura toujours une vive passion pour les plus fabuleux bolides de son temps et si Michèle Morgan ébouriffait Paris avec sa Studebaker cabriolet « Bullett Nose » ramenée d’Hollywood, Elina n’était pas en reste en traversant la capitale à la vitesse de l’éclair avec ses roadsters Jaguar dernier cri!

elina_labourdette_xk120-1008x567-300x168

Elina labourdette sans son roadster jaguar XK120. A Hollywood, Zsa-Zsa, Kim et Lana ont la même.

 

 

 

 

 

 

 

 

Elina avait donc tout pour une enfance heureuse. Une maman qui l’adorait, un papa passionnant et aucune objection à son désir de devenir danseuse étoile. Dès ses six ans elle suivit des cours de danse et prolongeait ensuite l’entraînement chez elle des heures durant. La passion la dévorait mais l’entraînement qu’elle s’infligeait dévorait ses forces. Le diagnostic fatidique du cardiologue consulté par une maman inquiète tomba: Elina manquait de souffle, elle s’épuisait et n’aurait jamais l’endurance pour être danseuse étoile. Son destin s’anéantissait en une phrase. En un mot comme en cents, Elina se tuait.

La petite fille si heureuse devint une petite âme en peine, ses parents ne savaient plus que faire pour lui redonner ce fabuleux goût de vivre qu’ils lui avaient connu, jusqu’à ce qu’à l’âge de 16 ans, sa maman lui proposa de suivre des cours d’art dramatique.

C’était là une autre façon de s’exprimer. Elina devint l’élève de la très prestigieuse Eve Francis. C’est d’ailleurs pas ce biais qu’elle fera une première fugace apparition au cinéma en 1938: dans « Prison sans Barreaux » avec Annie Ducaux et la jeune première très à la mode Corinne Luchaire.

Il était coutume à l’époque que les élèves des cours d’art dramatique réputés fassent de petites « pannes » au cinéma où les réalisateurs venaient régulièrement les chercher. C’est ainsi que l’on peut croiser au cinéma les frais minois débutants de quelques futures stars, alors encore élèves comme Martine Carol, Simone Signoret, Michèle Morgan, Daniel Gélin, Alain Cuny et quelques autres dont Elina.

s___cm___elina_labourdette___2___6523-202x300

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais il est aussi coutume à l’époque que les carrossiers entretiennent des relations très amicales faites de confiance et d’admiration, les clients confiant leurs luxueuses voitures au talent de leur carrossier préféré, cela crée des liens. Et c’est par un de ses clients que monsieur Labourdette apprendra que le réalisateur Pabst, un des plus respectés, cherche désespérément une jeune fille, une jeune fille qui sait danser pour son prochain film. Un film avec Louis Jouvet s’il vous plaît!

On décida donc de présenter Elina au grand homme.

Pabst se révéla complètement fasciné par la jeune demoiselle, par contre Elina ne fut guère fascinée par Pabst. l’entrevue terminée, la jeune fille s’en alla avec sa chère maman passer quelques vacances en Tchékoslovakie. Vacances écourtées par les appels incessants de Pabst qui « voulait » Elina et la voulait immédiatement.

La jeune fille, rentrée à Paris dare-dare s’entendit ordonner par le metteur en scène de ne tourner pour personne en attandant son film! Fritz Lang avait fait la même chose en Allemagne au jeune Peter Loore qui avait bien failli mourir de faim en attendant « M le Maudit » Elina préféra poser pour VOGUE et Harpeer’s Bazaar » en attendant le bon vouloir de l’homme de cinéma.

Elina Labourdette fit donc ses vrais débuts « lancée » comme une future star par Pabst dans « Le Drame de Shanghai » entre Raymond Rouleau et Louis Jouvet avec qui elle nouerait une tenace amitié. Et ce même si dans le film il prostituait et faisait chanter au propre comme au figuré la mère d’Elina dans ce qu’il faut bien appeler un bordel chinois!

Pabst reserait longtemps le cicerone d’Elina, supervisant ses engagements et même ses dépenses, mijotant longtemps de produire « Pygmalion » pour elle et Jouvet.

Mais nous étions en 1938, le temps que le film sorte sur les écrans et un séjour en Angleterre de sa jeune vedette, la paix vacilliait sous les grondements de la menace teutone. Sur son île de buveurs de thé, Elina ne suivit que de loin ces menaces de guerre, son intérêt était ailleurs. Même si elle avait adoré tourner un film, le démon de la danse la tenaillait toujours et l’idée de devenir une vedette de comédie musicale comme Ginger Rogers à Hollywood faisait son chemin dans cette jolie tête. Aussi apprenait-elle à Londres, outre l’anglais, le chant et les claquettes.

Elina rentre à Paris pour tourner « Air Pur » sous la direction de René Clair mais après quelques jours de tournage la guerre est déclarée, le film est interrompu, il restera à jamais inachevé.  Ce fut la débâcle, les Labourdette avaient une maison dans le midi, on prit une luxueuse voiture carrossée par papa et on prit la route de l’exode.

les Labourdette n’étaient pas les seuls réfugiés sous le soleil méridionnal, le tout cinéma, le tout théâtre était là attendant soit des jours meilleurs soit d’embarquer pour Hollywood. Michèle Morgan, Micheline Presle et Danièle Darrieux étaient là tout comme Louis Jourdan, Claude Dauphin et le jeune Gérard Philippe né sur place et encore inconnu.

decembre-1945-elina-labourdette

decembre 1945, ELLE fête la mode et la libération avec Elina Labourdette en couverture

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le théâtre s’organisa sur la côte, essentiellement sous la houlette de Claude Dauphin qui mettrait le pied à l’étrier de quelques jeunes nouveaux venus comme Daniel Gélin, Danièle Delorme et Gisèle Pascal. Elina serait engagée avec Jean Mercanton, son partenaire dans le film inachevé de René Clair pour emmener en tournée « Les Jours Heureux ». La pièce ramènera Elina à Paris,  elle enchaînera avec la pièce « Le pavillon Brûle » qui fit un triomphe tel que la pièce fut portée au cinéma avec Elina, Jean Marais et Michèle Alfa. Les deux comédiennes allaient devenir deux très grandes vedettes de la France occupée. Elina allait enchaîner les pièces et tourner quelques films dont le mythique « Les Dames du Bois de Boulogne » avec Maria Casarès. le film n’allait pas connaître un succès étourdissant, le public fut assez dérouté lors de sa sortie mais Elina adora le tourner car elle y chantait, elle y dansait et y faisait des claquettes. Ce serait la seule fois de sa vie!

Elina partira ensuite pour l’Amérique pour une grande tournée théâtrale avec Fernand Ledoux comme le font Louis Jouvet et Madeleine Ozeray. une tournée qui la mènera jusqu’au Brésil avant qu’elle ne gagne New-York, seule au volant de sa voiture, traversant le continent dans sa longueur.

Elle avouera en rentrant « Je me suis un peu attardée, je voulais voir tout ce qui se faisait à Broadway car je n’ai pas renoncé à l’idée de tourner un jour un film sur la vie d’une danseuse. Et comme c’est un rêve, je le fais dans les bras de Fred Astaire, nous allons très bien ensemble! »

elina-labourdette-wallpaper_2512_22290-206x300

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une nouvelle fois en effet, Elina faillit devenir chanteuse et danseuse. Il y avait à New-York un club très sélect, « The Blue Angel » où se produisaient des artistes français et Jean Sablon avait présenté Elina au directeur. La jeune actrice faillit y faire des débuts de vedette de music hall mais un télégramme alarmant à propos de la santé de sa chère maman lui fit tout plaquer immédiatement et regagner la France.

De retour au pays, Elina va continuer son métier de grande vedette en alternant les tournages , les pièces et les tournées. Après l’Amérique elle se produira en Afrique du Nord.

Malheureusement son côté très « grande dame allurale »limite un peu le choix des rôles qu’on lui propose à l’écran. Sur elle un simple tablier de cuisine a un chic fou et un sabot de bois aurait l’air de sortir tout droit de chez Perugia. On la cantonne donc aux grandes mondaines comme dans l’excellent « Edouard et Caroline » et ces personnages là ne sont pas souvent le pivot des oeuvres où on les croise mais plutôt des faire valoirs pour des personnages plus frémissants et soumis à leurs passions. Ainsi dans « La Vierge du Rhin », elle reste parfaitement chic, odieuse et vénale face à son mari Jean Gabin qui a le mauvais goût de ne pas être mort à la guerre et a l’outrecuidance de l’empêcher de mettre sa société de battellerie en faillite pour tout dépenser chez Dior!

En 1957 elle crée le rôle dont Catherine se délectera plus tard sous la direction de François Ozon. Elle est la veuve dans « Huit Femmes en noir », ancêtre de « Huit Femmes ». Le personnage n’est pas alors une vamp à la Lana Turner mais une intellectuelle aux lunettes cerclées. Elina s’en souviendra surtout pour la bévue d’un journaliste qui lui dit « Vous tournez « Huit Femmes et un Noir », vous pouvez m’en dire un peu pus sur ce qui se passe dans le film? » Et Elina de répondre, faussement rougissante et dissimulant son hilarité « Oh non, monsieur, je n’oserais pas! »

Ses vrais beaux grands rôles, hélas pour nous cinéphiles, elle les a trouvé au théâtre et parfois à la télévision, le cinéma n’ayant été somme tout qu’un « supplément » à tous ses triomphes sur scène.

Pourtant Elina adorait le cinéma et avait déclaré en 1946: « Je suis désolée que la guerre ait aussi privé de moyens le cinéma, tant d’artistes formidables sont contraints au chômage que ca me désole! » la seule chose qui lui déplaisait était de devoir respecter ses marques pour le cadre et la lumière, elle qui n’aimait rien tant que de gigoter d’un coin à l’autre.

Elle n’était pas non plus dénuée d’humour. Au journaliste qui lui demande si elle a gardé un souvenir ému de son premier baiser de cinéma, elle répond hilare « Vous rigolez ou quoi? C’était avec Jean Marais ! Imaginez à quel point on a eu l’air bête tous les deux! »

elina-300x216

 

 

 

 

 

 

 

La nouvelle vague saura reconnaître en elle une comédienne de première force et Elina Labourdette se mettra au service de Jacques Demy ou Jean-Pierre Mocky.

En 1954, cette infatiguable voyageuse avait diversifié ses activités et ouvert un magasin « L’Oeil de Biche » où elle importait d’Asie des objets d’artisanat. Cette activité connut elle aussi un grand succès au point de devenir de plus en plus prenante et Elina de devoir ouvrir « L’Oeil de Biche Bis ». Ce fut le premier ralentissement de ses activités de comédienne.

elina labourdette

Ensuite, deux ans plus tard, en 1956, elle épousait Louis Pauwels, portant une simple robe d’été (Dior quand même) et des sandales à talons plat. A quoi bon faire des tralalas? Elle n’avait invité personne! Non qu’elle soit bégueule ou renfermée, elle n’y avait pas songé, pour elle ce mariage c’était l’officialisation d’un grand amour pas une réception mondaine! Et ce grand amour allait durer jusqu’à la mort de Louis Pauwels.

Le mariage ralentit encore un peu ses activités professionnelles, puis l’adoption de sa petite fille Zoé en 1961 sonna presque le glas définitif de sa carrière. Louis Pauwels avait déjà deux enfants d’un premie rmariage, une fille et un garçon: Marie-Claire et François

Le destin qui avait privé Elina labourdette de sa vocation lui fait un joli petit clin d’oeil. Alors qu’elle avait annoncé sa retraite, son amie Madeleine Renaud la supplie de la remplacer dans « La Vie parisienne » dont les représentations l’épuisent. Elina put donc chanter de tout son saoul avant de fermer définitivement le porte de sa loge.

Le 28 janvier 1997, Louis Pauwels la laissait veuve, fauché par une crise cardiaque dans sa 75ème année.

On fut très surpris de retrouver Elina Labourdette en 2011 dans un court métrage « le Dernier Kodachrome » elle avait franchi le cap de la nonantaine! Le 30 Septembre 2o14, une autre nouvelle, bien plus triste cette fois. Elina avait cessé de vivre dans sa 95ème année.

« Elina Labourdette, comédienne vous étiez comédienne vous restez, vous jouez la comédie vous jouez la tragédie même si ce n’est pas votre emploi. peu importe. Votre manière de dire, votre manière de faire, c’est l’art des choses de la vie » Henri Loyrette à propos d’Elina Labourdette

Celine Colassin

image006

Elina Labourdette et son ami Jean marais dans « Le Château de Verre »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

QUE VOIR?

1938: Prison sans Barreaux: Avec Annie Ducaux, Corinne Luchaire et Ginette Leclerc

1938: Le Drame de Shanghaï: Avec Cristl Mardayn, Raymond Rouleau et Louis Jouvet

1941: Le Pavillion Brûle: Avec Michèle Alfa, Jean Marais et Pierre Renoir

1943: Des Jeunes Filles dans la Nuit: Avec Gaby Morlay, Fernad ledoux et Louise Carletti

1945: Les dames du Bois de Boulogne: Avec Maria Casarès et Paul Bernard

1947: les Trafiquants de la Mer: Avec Pierre Renoir

1950: Le Château de Verre: Avec Michèle Morgan et Jean Marais

1950: Les Aventuriers de l’Air: Avec Ginette Leclerc

1951: Edouard et Caroline: Avec Anne Vernon et Daniel Gélin

1951: Monsieur Fabre: Avec Pierre Fresnay

1951: Tapage Nocturne: Avec Simone Renant et Raymond Rouleau

1952: Mon Mari est merveilleux: Avec Sophie Desmarets et Feranad Gravey

1952: L’Enquête est Ouverte (Ouvert Contre X): Avec Yves Deniaud et Yves Vincent

1953: la Vierge du Rhin: Avec Jean Gabin, Andrée Clément, Nadia Gray et Olivier Hussenot

1955: Papa, Maman, ma Femme et Moi: Avec Robert Lamoureux

1955: To Paris with Love: Avec Odile Versois, Howard Vernon et Alec Guiness

1956: Elena et les Hommes: Avec Ingrid Bergman et Jean Marais

1956: C’est Arrivé à Aden: Avec Dany Robin et André Luguet

1957: Huit Femmes en Noir (La Nuit des Suspectes) Avec Christine Carère et Geneviève Kervine

1957: The Truth About Women: Avec Julie Harris, Laurence Harvey et Mai Zetterling

1961: Vacances en Enfer: Avec George Poujouly, Catherine Sola et Michel Subor

1961: Lola: Avec Anouk Aimée et Marc Michel

1962: Les Parisiennes: Avec Catherine Deneuve

1962: Le Couteau dans la Plaie: Avec Sophia Loren

1968: les Jeunes Loups: Avec Yves Beneyton et Bernard Dhéran

2011: le Dernier Kodachrome (court métrage) Avec Valerie Maës

 

2 réponses
  1. Romieu
    21 juillet, 2013 | 19 h 53 min | #1

    Bonjour
    Très beau portrait d’une actrice magnifique , Merci

    Répondre

  2. Marie-Christine
    1 octobre, 2014 | 9 h 17 min | #2

    Bonjour
    Grande actrice qui vient de décéder le 30/09/2014 à l’âge mémorable de 95 ans. Merci pour cette évocation.

    Répondre

Laisser un commentaire

achacunsoncinema |
filmss |
dorian78 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | carolineriche
| utopia2012
| ddlstream