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« Je suis la plus grande actrice du monde, mais comme tout le monde s’en fout je suis le plus grand échec du monde » Ainsi parlait d’elle-même Jeanne Eagels peu avant sa mort mystérieuse et prématurée à l’âge de 39 ans.

La vie en effet n’avait pas épargné la très belle Jeanne Eagels, quelques articles mensongers lors de sa mort achèveront de brouiller son image et ternir son souvenir.

Et puis le coup de grâce à sa mémoire sera donné par George Sidney qui, en 1957, porte sa vie à l’écran; Confiant le soin à Kim Novak d’incarner l’actrice disparue dans un faux biopic qui n’aura aucun rapport, même lointain avec la vie, les amours et la mort de Jeanne Eagels.

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Dans le film que le public prit pour argent comptant, on y voit Jeanne-Eagels-Kim Novak en cambrousarde vulgaire et colérique perdre un concours de beauté, trouver du travail dans un cirque, en épouser le parton Jeff Chandler, et dévorée d’ambition se hisser au sommet des affiches de Broadway sans aucun scrupule, saoûle comme une bourrique du début à la fin; N’hésitant pas à voler une pièce à une actrice sur le déclin qui en saute par la fenêtre de dépit. Ceci avant que Jeanne-Kim elle même ne rendre son âme au diable dans un dernier océan de Gin. Le tout sous les yeux de Chandler qui bien entendu, puisqu’on est à Hollywood, ne cesse jamais de l’aimer, impuissant à la sauver de ses excès de bibine!

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Si la Columbia ne reculait devant rien en 1957,quitte à se faire poursuivre devant les tribunaux par la famille de Jeanne Eagels pour diffamation, tentons ici, non de réhabiliter la mémoire de Jeanne Eagels; Mais au moins de retracer son destin d’une manière plus conforme à la réalité. Réalité qui paradoxalement est beaucoup plus troublante et intéressante que le cinéma de monsieur Sidney.

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Eugenia Eagles naît à Boston, le 26 Juin 1890 mais grandira à Kansas City dans le Missouri. Ses parents Edward et Julia on déjà eu un premier enfant à la naissance d’Eugenia, ils en auront encore quatre. Les Eagles ne sont pas riches et leur vie déjà miséreuse vire au drame lorsqu’Edward décède, le 14 Février 1910 alors qu’Eugénia n’a que 9 ans. Julia reste seule, veuve de 44 ans avec six enfant à nourrir. Deux grandes filles, quatre petits garçons.

A la rentrée suivante, Eugénia ne retournera pas à l’école, il faut travailler, il faut survivre.

Pour affronter sa vie misérable, la petite Eugénia n’a qu’un seul rêve, une seule idole: une photo de la tragédienne française Sarah Bernhardt qui la fascine comme si elle était une sublime créature venue d’un autre monde pour l’émerveiller. Il va sans dire que si l’illustre Sarah se produisit à New-York, elle ne mit jamais le pied à Kansas City et que Jeanne ne l’avait jamais vue jouer!

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marlene dietrich? Non, Jeanne Eagels!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle balayait les épiceries et faisait mille petit boulots pour survivre avec sa famille, toujours à l’affût d’une nouvelle opportunité de gagner un dollar.

C’est ainsi qu’elle fit ses débuts au théâtre! les troupes en tournée avaient l’habitude de recruter leurs figurants dans les villes où ils allaient jouer, ca leur revenait bien moins cher que de véhiculer une bouche à nourrir de plus a travers tout le pays sous prétexte qu’il fallait trimballer une halbarde sur scène. Et puis, il n’était pas rare que tous les fermier du coin viennent au spectacle parce que la fille du meunier « jouait ». Ca faisait des spectateurs en plus!

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Eugenia devint fossoyeur dans « Hamlet ». Hamlet, la pièce que la divine Sarah si chère à son coeur avait jouée si merveilleusement disait-on dans les gazettes.

Devenue Jeanne Eagels, elle se souviendra que pliée en deux sous une large cagoule, faisant semblant de besogner son faux trou pour qu’on y flanque l’Ophélie du soir, elle connaissait par coeur la totalité des répliques de la pièce sans les avoir apprises et se les disait en même temps que les acteurs les déclamaient.

Le jeune fille fut littéralement dévorée par le démon du théâtre au point de ne plus respirer correctement quand elle n’était pas sur scène à creuser son trou imaginaire.

Elle serait actrice ou ne serait pas. Pour elle ce n’était pas une question de rêve ou d’ambition, c’était une question de survie.

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Jeanne Eagels a Ziegfeld Girl

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La jeune Eugénia qui travaille maintenant dans un grand magasin comme vendeuse est à l’affût de toutes les troupes en tournée qui posent leurs décors à Kansas City pour solliciter un rôle, aussi modeste soit-il.

Elle a quinze ans lorsque les célèbres frères Dubinsky arrivent à leur tour. Elle n’a que quinze ans et une beauté saisissante. Ses yeux d’un bleu vif dévorent les traits fins de son visage et peuvent évoquer toute la tendresse du monde comme le métal glacé d’une lame de rasoir.

Elle obtient un petit rôle, à peine mieux que ses figurations habituelles mais elle a pour la première fois quelque chose à dire et à faire. Elle le fit si bien que les Dubinsky l’engagèrent dans la troupe et qu’elle quitta Kansas City avec eux et pour la première fois de sa vie. Bientôt elle deviendrait madame Morris Dubinsky.

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Ce mariage sera couronné par la naissance d’un enfant, mais un mystère plane toujours sur la maternité de la très jeune madame Dubinsky. Il est certain qu’après la naissance de son enfant elle sombra dans une profonde dépression. Certaines sources affirment que le bébé fut adopté par des amis très proches mais c’est Jeanne Eagels qui sema elle-même un doute en disant un jour « Evidemment que je ne parle jamais de ça, vous pensez que je ferais rêver le public en lui disant que je suis la mère d’un enfant mort? »

Il se peut donc que Jeanne Eagels ait sombré en dépression parce que son enfant était mort et non parce que l’idée d’être mère lui était intolérable.

C’est Morris Dubinsky qui pour la sortir de sa torpeur l’incita à se présenter à des auditions pour des spectacles sur Broadway. Jusque là elle n’avait travaillé que dans la troupe conjugale même si elle tenait maintenant les premiers rôles, l’idée se se confronter à d’autres avis et rencontrer d’autres professionnels la galvanisa.

Jeanne Eagels tenta sa chance et n’essuya aucun refus, sa beauté était littéralement fracassante et sa voix était claire, forte et bien placée. Elle joua donc quelques rôles puis fut repérée par Florenz Ziegfeld lui-même qui en fit une de ses reines de beauté.

Jeanne devenait célèbre, elle changea l’ordre des lettres de son nom, trouvant que Eagles en lettres lumineuses donnait moins bien que Eagels sur le fronton du New Amsterdam, le théâtre le plus chic et le plus cher  de New-York.

Les Ziegfld girls étaient considérées comme les plus belles femmes du monde, et Jeanne Eagels était la plus belle des Ziegfeld Girls. Elle avait même le privilège de donner la réplique à madame Ziegfeld en personne à savoir Billie Burke.

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Elle accepta de donner également la réplique au travesti Julian Eltinge, ne détestant pas scandaliser quelque peu le bourgeois, puis devint la partenaire de la superstar George Arliss dans trois pièces à succès.

Divorcée de Morris Dubinsky, il se pourrait qu’elle ait été très brièvement mariée à l’acteur John Barrymore. le département publicité de la MGM où les deux acteurs seront bientôt sous contrat ayant préféré « étouffer » ces brèves épousailles entre amateurs de dive bouteille, il n’existe de pas preuve irréfutable de cette union.

Lorsque le cinéma deviendra parlant, le nouveau studio de Jeanne, la Paramount, rayera ses films muets de l’histoire du cinéma en clamant dans sa publicité pour « Jalousie » que ce n’était que le second film de la sensationnelle actrice!

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Mais revenons en à l’époque  »Ziegfeld ». Il était donc impensable alors qu’avec une telle renommée de beauté’elle ne fit pas de cinéma! Elle débuta donc devant les caméras en 1915 et fascinée par ce nouveau mode d’expression, dès l’année suivante elle s’essayait à la mise en scène! En 1917 elle avait été la vedette de trois films, et en avait réalisé deux! Elle était riche célèbre et adulée, la petite fille du Kansas allait pouvoir enfin réaliser son rêve. la fin de la guerre en Europe n’était plus qu’une question de semaines disait-on, elle allait pouvoir s’embarquer vers la France et aller à Paris applaudir et qui sait rencontrer sa si chère Sarah Bernhardt

Elle allait rencontrer et s’enticher d’une actrice américaine exilée en France, Berverly Sitgreaves (Agnès Moorhead dans le film de Sidney) qui avait eu le privilège de donner la réplique à Sarah. Jeanne l’engagera comme coach, suivant religieusement son enseignement durant six ans. Ceci est un fait clairement établi alors que la légende de Jeanne Eagels la présente toujours comme une actrice de pur instinct sans aucune formation.

Rentrée en Amérique avec sa coach, Jeanne Eagels déclare: « Je suis incapable de dire si je préfère le cinéma ou le théâtre, je crois donc que je vais continuer à me consacrer aux deux! »

C’est ce qu’elle fit et partout les critiques furent dithirambiques, ce qui n’empêchait pas sa réputation de péricliter. l’actrice avait un très sérieux penchant pour la boisson, et si dans les années 40 et 50 ce serait très chic de se promener en public le verre de bourbon à la main quand on est une célébrité, Jeanne Eagels est une star au temps de la prohibition. L’alcool c’est satan et bien vite on considère comme un fait acquis qu’elle se drogue et se roule dans la luxure, d’aillleurs on le présume de la plupart des actrices, c’est croit-on leur lot quotidien. Jeanne Eagels est d’autant plus considérée comme une fille perdue qu’elle est devenue blonde platine dès son engagement chez Ziegfeld. Quinze ans avant une certaine Jean Harlow qui verra sa couleur de cheveux considérée comme de la pornographie en 1930, que dire de Jeanne Eagels en 1915?

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Elle se remariera en 1925 avec Edward H. Coy. Un bellâtre qui se veut couturier mais dont la réputation tient à ses exploits sportifs quand il était étudiant à Yale. Il est lui aussi alcoolique notoire et mourra de ses excès à 47 ans. Bien entendu durant leur mariage, chaque fois que l’on verra Coy aviné à New-York ce sera de la faute de Jeanne même si elle est à Paris ou à Los Angeles!

L’actrice qui serait probablement diagnostiquée aujourd’hui souffrant de troubles bi-polaires, passait de la joie extrême à l’abattement le plus profond. travaillant jusqu’à l’épuisement, puis soudain disparaissant en laissant en plan tournage ou représentation théâtrale, son comportement erratique était mis sur le compte de ses excès. Elle sera suspendue durant dix-huit mois par le syndicat des acteurs qui lui interdit l’accès aux scènes américaines. « Je vous emmerde et je jouerait quand même,quitte à ouvrir mon proporé théâtre! je suis Jeanne Eagels » fut la réponse qui claqua comme un coup de fouet à la une de tous les journaux!

Mais Jeanne Eagels ne s’offrit pas de théâtre elle s’offrit un magnifique ranch à la campagne où elle pourrait enfin avoir autant de chiens qu’elle le voudrait. Elle en aura en permanance une trentaine jusqu’à l’heure de sa mort.

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Au cinéma aussi elle aura des errements qui lui vaudront beaucoup d’ennuis et quelques brochettes d’ennemis. Monte Bell qui la dirige dans « Man, Woman and Sin »  avec John Gilbert exige que la MGM rompe le contrat de l’actrice , ce qui fut fait. Puis faisant amende honorable, c’est lui qui incite Paramout à lui offrir le même contrat que celui perdu chez MGM.

Lorsque John Gilbert sera ridiculisé en passant au cinéma parlant, Jeanne dont il avait été l’amant durant leur tournage commun prit seule sa défense « Si on lui faisait dire des textes moins débiles, le public ne se torderait pas de rire chaque fois qu’il ouvre la bouche! »

Et avec le recul, force est de constater que la voix de John Gilbert n’a rien de mièvre et qu’en effet, dans le film où il fit hurler de rire, on s’était contenté en guise de dialogues de lui faire lire les intertitres en carton que le public lisait encore lui-même quelques semaines auparavant.

Jeanne Eagels aimait le cinéma mais n’aimait pas son industrie , elle n’aimait pas ces stars déifiées par un public qui les applaudissait dans n’importe quoi! « Je veux que le public m’aime parce qu’il aime ce que je fais, pas parce que je suis en couverture de Photoplay et que je couche avec John Gilbert! »

Elle détestait également la publicité orchestrée par les studios et déclara un jour: « Le problème avec ce que l’on dit de moi dans les journaux, c’est que parfois les choses s’écartent un tout petit peu de la réalité, mais dieu merci, le public sait que la plupart du temps, tout est faux du premier au dernier mot! »

George Arliss qui fut son partenaire un temps attitré ne tarissait pas d’éloges à son propos alors que Leslie Howard n’aura de cesse de la traîner dans la boue. Il faut dire qu’un soir, alors qu’ils jouaient ensemble un « hit » à Broadway, Leslie Howard entame son monologue, son grand moment, face à Jeanne censée l’écouter religieusement. Mais ce soir là, trouvant Howard ennuyeux, elle se lève et l’interromp « Je vais boire un coup, je reviens! » Bientôt le public viendrait voir la pièce surtout pour celui des deux qui quitterait la scène le premier, car monsieur Howard aussi, avait ses humeurs! la pièce s’appelait « Mon Amant en carton » et un soir qu’ils ont tenu jusqu’à la fin et que Leslie Howard est plus applaudi qu’elle , elle lance au public: « Merci pour lui! merci pour mon amant en carton! »

Leslie Howard ne pardonna pas, mais il faut dire aussi qu’il aurait volontiers fermé l’acccès au métier d ‘acteur à tout qui n’était pas de noble extraction. Il traîna volontiers Bette Davis, son autre partenaire haïe dans la même boue parce que son seul tort était de n’être pas bien née! Il préféra donc ne plus avoir affaire à elles et se teindre les cheveux en orange pour jouer avec une fadeur extrême Hasley Wilks dans « Autant en Emporte le Vent » avec les très distinguées et d’excellente naissance Vivien Leigh et Olivia de Havilland.

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Mais Jeanne Eagels avait aussi ses fans inconditionnels! David Belasco, célèbre impresario et propriétaire d’un théâtre à son nom depuis 1907 tomba follement, éperdument amoureux de Jeanne Eagels dès qu’il la vit pour la première fois, inconnue sollicitant alors un petit rôle dans son théâtre. Il lui sera d’une fidélité exemplaire toute sa vie et par delà la mort puisqu’il prendra sa défense d’une manière aussi touchante que naïve; affirmant qu’elle était une créature aussi douce que belle, d’une humeur joyeuse et constante, une actrice de génie, sobre comme une photo de cactus, ne buvant que rarement et…sur prescription médicale pour gagner un peu de force grâce à la bière brune et au vin de Malaga!

Gageons que Jeanne elle-même en aurait bien ri!

Sa carrière théâtrale connut son point culminant avec « Rain » de Somerset Maugham. Une pièce scandaleuse où une prostituée coincée sur une île du pacifique pousse involontairement un homme de robe au suicide. Jeanne Eagels fit un triomphe inouï et la pièce allait partir en tournée quatre ans après 246 représentations!

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jeanne eagels dans « rain » de Somerset maugham, son grand triomphe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque la pièce reviendra à Nrew-York, fait rarissime, elle retrouvera l’affiche et Jeanne la jouera encore 648 fois! 648 nouveaux triomphes!

Mais il est faux de croire que Jeanne Eagels ait volé quoi que ce soit à une actrice en désaveu qui se serait suicidée de dépit pendant que Jeanne triomphait dans « sa » pièce. En réalité lorsque le rideau se lève pour la première fois sur Jeanne Eagels dans « Rain », la pièce se jouait déjà dans un autre théâtre avec une autre actrice et le succès n’était pas au rendez-vous. Mais Jeanne Eagels, plus jeune, plus belle et peut-être plus talentueuse, avait également un flair invincible pour tout ce qui touchait à l’art dramatique. Et pendant que la pièce se jouait « telle quelle » dans l’autre théâtre, elle n’hésita pas à faire modifier le second acte par Maugham lui-même. Le dramaturge donna raison en tout point à l’actrice et la pièce encore jouée aujourd’hui est celle voulue par Jeanne Eagels et non l’originale dont le texte s’est perdu et avec lui le souvenir de l’actrice qui l’avait jouée.

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La légende veut aussi que Jeanne Eagels, bien trop erratique et avinée perdit le rôle au profit de Gloria Swanson lorsque la  pièce fut portée à l’écran. Une fois encore c’est faux. En fait la toute puissante et toute jeune censure interdit purement et simplement aux studios de porter cette histoire outrageante à l’écran.

Gloria Swanson alors en perte de popularité avait adoré voir Jeanne dans « Rain » et l’avait applaudie à tout rompre plusieurs fois. Devenue depuis peu productrice indépendante, elle était à l’affut de bons rôles et sauta sur l’occasion. Elle acheta les droits et avec ses puissants appuis politiques elle réussit à savoir ce qui provoquait l’interdit. Il lui suffit pour pouvoir produire le film et jouer Sadie Thompson de faire de l’homme de dieu un simple civil et le tour fut joué. Gloria connut un immense succès dans le rôle, mais que Jeanne Eagels fut une invétérée ivrogne ou sobre comme un silex n’a rien à y voir.

Plus tard Joan Crawford deviendra Sadie et connaîtra un échec retentissant, ensuite c’est Rita Hayworth qui revisitera le role dans une version musicalisée, technicolorisée et tournée en 3d. Ce sera la seule nomination aux Oscars pour la flamboyante Rita.

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Lorsque Jeanne Eagels fut frappée d’interdiction  au théâtre, le cinéma venait de se mettre à parler et elle n’eut qu’à agiter un cil pour qu’une pluie de propositions s’abatte sur sa jolie tête blonde. Elle était magnifique et sa voix était parfaite. Hollywood la réclamait à corps et à cri. Quelle ne fut pas la stupéfaction générale de voir sur l’éran une femme amoindrie, maigre à faire peur, au jeu parfois étrangement saccadé , au regard s’échappant vers le vide et disons le, à la beauté altérée, aux traits émaciés.

A la revoir aujourd’hui il est évident que Jeanne Eagels est déjà une femme à la santé ruinée dans ses deux films parlants. Mais elle reste stupéfiante de justesse, d’audace et de modernité, réusissant alors qu’elle débite un texte mièvre à faire passer des milliers d’émotions souvent contradictoires que l’on prend comme autant de gifles.

Dans « The Letter », une scène m’avait particulièrement impressionnée. Lors d’une dispute conjugale, Jeanne en met plein la poire à son mari, avouant tous ses forfaits de femme adultère. le texte en soi n’est rien, mais on sent monter la jubilation d’enfin se débarrasser du poids de tous ses mensonges, son ryhme s’accelère, comme si elle était prise d’une frénésie de vérité et que la situation lui échappait. Lorsque son mari lui sort une platitude du style « j’étais toujours là pour toi », alors qu’elle continue son débit d’horreurs on voit dans son regard qu’elle est interpellée, qu’elle y réfléchit, le reconnait, culpabilise, se remet en question puis après une lueur de tendresse reconnaissante, elle songe à son amant et c’est sa sexualité enfin comblée qui prend la parole. Tout ça dure à peine une seconde.

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Jeanne Eagels sera nommée aux Oscars pour son rôle dans « La Lettre » mais sera évincée par Mary Pickford pourtant médiocre à souhait dans « Coquette ».

Mais Jeanne Eagels sera nommée à titre posthume.

Jeanne Eagels doit enchaîner avec un troisième tournage mais affaiblie elle doit déclarer forfait et est remplacée au pied levé par Ruth Chatterton. Adepte de l’auto médication, Jeanne soigne elle-même une sinusite chronique (mise bien entendu sur le compte de l’aspirtation intensive de drogues dures par voie nasale) et finit par attrapper des ulcères aux yeux.

Rentrée chez elle à New-york pour se reposer, elle est soudain prise d’une folle envie de sortir, s’amuser, boire et voir ses amis. mais alors qu’elle est fin prête, son visage se tord dans une effroyable grimace et elle s’écroule inanimée sur son lit. Nous sommes le 3 Octobre 1929, Jeanne a 39 ans depuis 3 mois à peine. Elle a profité de ses problèmes aux yeux pour renoncer au film prévu à la Paramount pour rentrer à New-York se faire opérer.

Si l’intervention a bien eu lieu, Jeanne détestait le script du film et sa suspension venant à son terme elle allait pouvoir remonter sur scène. Telles étaient les raisons non avouées de son retour sur la côte Est.

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Le compte rendu de sa fin est rigoureusement faux. Sa bonne témoignera qu’elle mourra presque instantanément après son malaise « Il était déjà trop tard lorsque les secours sont arrivés » gémira-elle longtemps dans les gazettes. Les trois autopsies successives révèleront la présence de drogues dures et d’alcool dans son sang, que l’actrice soit morte vaincue par ses excès ne fait donc aucun doute, la preuve en est faite, les autospises le confirment.

Or, la preuve en est établie, Jeanne Eagels ne mourrut pas chez elle et fut bien emmenée, inconsciente, à l’hôpital de la cinquième avenue. C’est là qu’elle s’éteint sans reprendre connaissance, avant d’entrer dans l’unité de soins et après avoir été prise de terribles convulsions. Or si la comédienne subit trois autopsies c’est qu’un mystère planait sur les circonstances exactes de sa mort brutale. En réalité la responsabilité de l’hôpital était mise en cause. On aurait administré à l’actrice inconsciente un puissant sédatif pour essayer de la ranimer. En vain. Or un autre médecin, va lui adminiseter une seconde fois le même sédatif dans le même but, ignorant que son collègue vient de le faire quelques minutes avant. Jeanne Eagels entre alors en convulsions et décède en quelques instants. L’héroïne et l’hydrate de chloral trouvés dans son sang font partie à haute dose des sédatifs de l’époque. Il est donc très probable qu’ils lui aient été administrés à l’hôpital et non absorbés par l’actrice elle-même qui, susceptible de consommer de l’héroïne, n’avait par contre aucune raison d’absorber de l’hydrate de chloral!

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Quant à l’héroïne, présente dans son corps, on avait découvert qu’un produit commercialisé par les laboratoires Bayer et présent dans tous les sédatifs de l’époque, la diacétylmorphine se métabolisait en héroïne pure dans l’organisme. Il était donc impossible de ne pas trouver d’héroïne dans le sang de la défunte si on lui avait administré un sédatif à l’hôpital et à fortiori deux.

La mort de Jeanne Eagels stupéfia l’Amérique qui venait de perdre Rudolph Valentino!  5000 personne défileront devant sa dépouille pour lui rendre un ultime hommage teinté de curiosité morbide dans la même chapelle ardente que le fils du Cheik deux mois plus tôt.

Ensuite la dépouille de Jeanne Eagels sera rapatriée à Kansas City pour reposer , selon ses voeux au côté de son père et de son frère décédé quelques mois plus tôt.

Etrangement l’oubli se fera sur son art et son talent mais guère sur ses errances et ses excès.

Jeanne Eagels impressionnera terriblement une autre star: Bette Davis qui n’aura de cesse sa vie durant d’arriver à la cheville de son idole. Elle reprendra d’ailleurs le rôle de Jeanne dans un remake de « The Letter » en 1940 et sera elle aussi nommée aux Oscars pour sa performance. En 1934 déjà elle s’était inspirée de Jeanne Eagels pour créer son personnage de femme déchue dans « Of Human Bondage » face à…Leslie Howard qui se trouvait ainsi donner la réplique à la femme qu’il haïssait le plus singeant la femme qu’il avait tant haïe avant elle! Un régal pour Bette Davis, j’en suis sûre!

En 1950 encore lorsque Bette Davis prépare « All About Eve » et que le scénario fait dire au critique Adisson deWitt alias George Sanders: « On avait jamais rien vu de tel au théâtre avant elle » Bette Davis s’écrie outrée « Elle et Jeanne Eagels, bien sûr! »  La réplique sera modifiée tant en effet la chose était évidente, Adisson deWitt devait vénérer le souvenir de Jeanne Eagels pour être crédible en critique intransigeant sur la perfection!

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QUE VOIR?

1914: A Lesson in Bridge (court métrage) avec George de Carlton

1918: The Cross Bearer: Avec Montagu Love

1927: Man, Woman and Sin: Avec John Gilbert

1929: The Letter: Avec Reginald Owen et Herbert Marshall

1929: Jealousy: Avec Fredric March

 

 

 

 

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