643: CAROLE LAURE 4b58b92a8d394_large

Il est des actrices dont soudain le cinéma français s’entiche. Elles sont partout, tout le temps de tous les films, depuis celui de l’auteur confidentiel à la grosse machinerie commerciale.

Elles sont de tous les festivals, de tous les plateaux Tv, dans tous les magazines, qu’il s’agisse de cinéma, de mode, de beauté, de psychologie ou de mots croisés. La planète médiatique française tourne autour de leur nombril et si un jour le tourbillon ralentit ou s’arrête, elles restent pour toujours présentes dans la mémoire collective même si on a oublié l’engouement qu’un temps elles suscitèrent.

Elles font partie d’une sorte de patrimoine. Tel est le sort de Carole Laure, cette comédienne canadienne qui reste en mémoire de tous comme une actrice française même si peu nombreux sont ceux qui se souviennent de ses films.

Carole Laure naît Carole Champagne, le 5 Août 1948 à Shawinigan à mi chemin entre Québec et Montréal.

Ou plus exactement, c’est à Shawinigan qu’elle sera adoptée par un couple assez âgé, le cadet de leurs six enfants a déjà vint ans à l’arrivée de Carole dans la famille. Plus tard Carole Laure résumera son enfance d’une phrase: Ni pire ni meilleure qu’une autre ».

Je n’ai donc que peu d’informations sur les jeunes années de cette future star internationale mais sachons qu’elle débuta sa carrière d’actrice en devenant l’égérie du cinéaste quebéquois Gilles Carle, même si elle laissa le soin de se faire découvrir à un autre cinéaste.

C’est Jean Chabot qui la dirige pour la première fois dans « Mon Enfance à Montréal ». Nous sommes en 1971, Carole a 23 ans et le film à peine terminé, elle donne la réplique à Susan Sarandon dans « Fleur Bleue » pour Larry Kent.

Gilles Carle fera appel sept fois à ses précieux services, ce qui fait de leur collaboration une des plus assidues de toute l’histoire du film. Il la dirige pour la première fois en 1973 dans « La Mort d’un Bûcheron », Carole Laure en est à son cinquième film et elle a même été de la série « La Porteuse de Pain », un des plus grands succès télévisées de l’excellente Martine Sarcey

Et c’est encore sur le plateau d’un film de Gilles Carle que le destin de Carole Laure va se sceller.

Le cinéaste a fait appel à une jeune violoniste classique, diplômé de l’illustre école Julliard de New-York et de plus en plus tenté par la musique de variété pour composer la musique de son film « La Tête de Normande Sainte Onge » Carole jour Normande, elle tombe follement amoureuse de ce jeune compositeur, il est son cadet d’un an. Carole Laure et Lewis Furey deviennent plus qu’un couple, ils deviennent un duo, un team, une équipe.

C’est lui qui incite Carole à chanter. Bientôt la comédienne y prend goût et mène une carrière parallèle, passant des plateaux de ses films où elle donne la réplique à Gérard Depardieu ou Michel Serrault à la scène de la Cigale ou de l’Olympia où elle se produit en concert.

Carole Laure avait littéralement explosé dans le cinéma français à la fin des années 70 en alignant deux énormes succès « Préparez vos Mouchoirs » et  » Au Revoir à Lundi ». Elle est considérée comme une des « grandes », des incontournables. Sa cote vaut bien celle d’une Isabelle Adjani ou d’une Sophie Marceau.

L’actrice était venue à paris avec une seule valise, comptant rester sept ou huit semaines, le temps du tournage de « La Menace » d’Alain Corneau qui fait d’elle la partenaire d’Yves Montand. Un an plus tard, encore étourdie, Carole est devenue une des comédiennes les plus sollicitées du cinéma français et bien incapable de dire pourquoi!

Pas mal de jeunes comédiennes françaises s’offusqueront d’ailleurs de la présence constante de la canadienne dans un cinéma déjà en crise et réputé pour ne pas faire la part belle aux femmes. Carole leur répondra qu’elle accepte des propositions de films et n’obtient pas ses rôles sous la menace d’une arme et qu’ensuite, le Canada n’est pas vraiment un pays de cinéma, il se tourne à peine vingt longs métrages par an avec des budgets pour le moins aléatoires. Alors si la France lui déroule un tapis rouge, pourquoi bouder l’opportunité?

Mais en 1994, après « Elles ne Pensent qu’à Ca » de Charlotte Dubreuil qui fait d’elle la fille de Claudia Cardinale, la cote de Carole Laure en France semble marquer ses premiers signes de faiblesse.

Le couple choisit alors de rejoindre le Canada et Carole se fait exceptionnellement rare. Lewis Furey l’avait dirigée dans deux films que personne n’a vus sauf les critiques qui les ont taillé en pièces.

A ma connaissance, Carole n’a plus tourné depuis 2006. Elle est pourtant restée la belle Carole Laure que nous avons tant aimée, Une actrice sur laquelle le temps ne semble pas avoir de prise car elle ressemble tant encore à nos souvenirs.

Celine Colassin

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QUE VOIR?

1971: Mon Enfance à Montréal: Avec Paul Guèvremont

1971: Fleur Bleue: Avec Susan Sarandon

1972: Série 4 (court métrage) Avec Jacques Thisdale

1973: La Mort d’un Bûcheron: Avec Willie Lamothe

1975: A Thousand Moons: Avec Nick Mancuso

1976: L’Eau Chaude, l’Eau Frette: Avec Jean Lapointe

1976: La Tête de Normande Sainte Onge: Avec Raymond Cloutier

1976: Spécial Magnum: Avec Stuart Whitman

1977: La Menace: Avec Yves Montand

1978: Préparez vos Mouchoirs: Avec Patrick Dewaere et Gérard Depardieu

1979: Au Revoir à Lundi: Avec Miou-Miou et Claude Brasseur

1981: Victory: Avec Sylvester Stallone, Pelé et Michael Caine

1984: Heartbreakers: Avec Peter Coyote et Nick Mancuso

1984: A Mort l’Arbitre: Avec Michel Serrault et Eddy Mitchell

1984: Stress: Avec Guy Marchand et André Dussolier

1986: Sauve-toi, Lola: Avec Jeanne Moreau et Sami Frey

1989: Thank You Satan: Avec Patrick Chesnais et Marie Fugain

1994: Elles ne Pensent qu’à Ca: Avec Claudia Cardinale

2006: La Belle Bête: Avec Caroline Dhavernas

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