662: JACQUELINE PLESSIS jacqueline-plessis-209x300

Jacqueline Plessis n’est pas une de ces actrices ayant tourné une multitude de films, elle n’est pas une de ces actrices qui possèdent tout un rayonnage de bibliothèque rempli de récompenses en tout genre. Elle n’est pas non plus une de ces actrices dont la vie privée a fait le régal de la presse à scandale.

Elle est plus que cela. Elle est une femme dont le prestige personnel rejaillit sur le prestige de son pays. La France. Même si cette notion de prestige national semble aujourd’hui bien obsolète.

La future Jacqueline Plessis naît au Havre, le 9 Novembre 1918, (et non le 11 comme clamé partout) soit deux jours avant l’armistice, avant la fin officielle de la « der des der ».

Petit nouveau né de la liberté, elle voudra très tôt devenir infirmière. Non qu’elle soit fascinée par les raides blouses blanches amidonnées du métier, ni qu’elle soit enivrée par l’envoûtant fumet des pommades camphrées ni même qu’elle ait envie d’épouser un beau médecin.

Elle veut aider, elle veut venir en aide, être utile, soulager les peines. Elle est comme ça. N’a-elle pas grandi dans une France où les « gueules cassées » sont légion?

Légion d’ancien braves, aujourd’hui sans bras, sans jambes, sans yeux et sans visage. Milliers de victimes d’une guerre dont la violence a dépassé de loin les compétences humaines en matière de soins.  La liberté chèrement payée abandonne sur le bas côté de la vie civile des millions « braves » devenus laissés pour compte et pour lesquels on ne peut rien ou si peu…Leur laisser la priorité sur les strapontins du métro parisien. C’est peu. En effet.

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Des millions de petites filles de la génération de Jacqueline Plessis voudront agir pour eux, leur rembourser un peu de cette liberté que la France leur doit et qui en profite en détournant les yeux.

Elle en était là, lorsqu’en 1939, la monde remet le couvert, la guerre recommence, C’est reparti pour un tour de manège qui promet d’être bien pire encore que le précédent. Jacqueline a encore vingt ans lorsqu’Hitler envahit la Pologne.

Elle sera l’une des premières à s’engager dans la résistance. Tant pis pour ses études qu’elle abandonne sur le champ. Née au Havre, ayant grandi à Compiègne avant de devenir parisienne d’adoption, elle se sent au cœur des choses et ne se souviendra jamais avoir hésité un seul instant.

C’est dans la résistance qu’elle rencontre celui qui deviendra l’amour de sa vie, Henri Bernadac.

Il est avocat, il a 16 ans de plus qu’elle et il est un des résistants les plus recherchés de France. Par les Allemands, certes, mais il est franc maçon, et les franc maçons sont la bête noire du maréchal Pétain.

Il y a cumul, L’homme défend les libertés, il est l’ennemi de l’Allemagne et de la France.

Les jeunes mariés du maquis survivront à la guerre. Leur fils unique, Jean-Claude naît dans la clandestinité en 1942.

Bernadac reprendra son métier et sa clientèle faite de nombreux artistes et de quelques producteurs influents, mais Jacqueline ne sera jamais infirmière.

C’est en côtoyant les relations de son mari qu’elle va rencontrer elle aussi des artistes qui vont l’inciter, elle est si belle, à se diriger vers le théâtre.

En 1942 déjà, en pleine occupation, elle était venue glisser sa ravissante frimousse sur le plateau du film d’Yves Mirande « Les Petits Riens » où s’affrontaient Raimu et Fernandel sous le regard de la vétérane Cécile Sorel qui apparaissait pour la dernière fois.

Mais sa véritable carrière commence en 1946 avec « On Demande un Ménage » avec les vedettes Gilbert Gil, Denise Grey et Jean Tissier. Petit film, petit budget, petites ambitions. Mais Jacqueline, qui mine de rien voit la trentaine se profiler à l’horizon ne va pas en rester là. Encore débutante et déjà trop âgée pour jouer les ingénues, sa beauté altière et distinguée va lui permettre de briller dans les rôles de grandes bourgeoises mises à la mode par Christian Dior dès la libération. Danielle Darrieux, Michèle Morgan, Françoise Christophe, Marie Sabouret se sont glissées dans l’emploi. Jacqueline ne va pas démériter et soutenir la comparaison haut la main.

Bientôt elle tournera avec Jules Berry, Jean Marais, Martine Carol, Louis de Funès, Charles Boyer Robert Lamoureux, Noël-Noël.

L’Italie fait appel à elle, Jacqueline s’exporte, et attention! Que pour du premier rôle! Ce que paradoxalement, la France ne lui confie que peu, sauf au théâtre bien entendu. L’été 1950 la presse spécialisée épinglait le fait que Jacqueline Plessis allait enfin tourner en français! Presque une exception dans sa carrière! Voilà des années qu’elle ne s’était plus exprimée à l’écran qu’en italien ou en espagnol! C’était d’autant plus piquant que dans « Les Chemises Rouges », elle donnerait la réplique à…Anna Magnani, Gino Cervi et Massimo Serrato! Ce qui est encore plus piquant, c’est qu’in fine, Jacqueline ne tournera pas le film!

Femme de théâtre, elle honorera les écrans français, avec parcimonie, certes, mais durant  25 ans.

Ses succès au théâtre où elle sert Guitry et Achard la mènent en tournée partout en France mais aussi en Europe. Un métier-passion qu’elle délaissera au début des années 60 pour une nouvelle occupation: la télévision.

Jacqueline Plessis est fascinée par ce média encore nouveau et aborde les plateaux de l’ORTF en actrice certes, mais aussi et surtout en curieuse. Elle devient assistante technique avant de devenir elle-même productrice et peu à peu ce nouveau métier prendra tout son temps. Jacqueline Plessis à l’aube des années 70 n’est plus actrice, elle est définitivement une femme de télévision et sera à l’origine de plus de deux cent programmes.

Lorsqu’elle n’est pas en studio, Jacqueline est chez elle, dans la vaste propriété de l’Est parisien que les Bernadac occupent depuis la fin de la guerre. L’ancienne résidence de Viollet Leduc qu’il avait construite pour lui-même, copie conforme d’un maison de style gothique qui se trouvait sur la droite de la cathédrale Notre Dame de Paris.

Sculpteuse et poétesse dans ses moments de loisirs, Jacqueline Plessis sera un temps conseillère municipale de son village Neuilly Plaisance.

En 1987 elle arrête de travailler, son mari tant adoré décline, en 1989 il la laisse veuve.

Elle reprendra ses activités de productrice mais si l’âge est là. Le cœur fait un peu défaut depuis que l’amour est parti. Peu à peu Jacqueline s’éloigne, vit seule au Castel jusqu’à ce qu’en 2012 , le cœur brisé elle reconnaisse que l’imposante demeure est aujourd’hui bien trop vaste pour la vieille dame qu’elle est devenue.

Elle s’installe dans un appartement bien plus fonctionnel à Perpignan, ce qui la rapproche de son fils Jean-Claude.

Alerte nonagénaire dont la beauté reste toujours frappante car elle passe par le cœur et regard, Jacqueline Plessis n’est ni seule ni solitaire et veille à ce que ses amis qui ont donné leur vie pour la France ne meurent pas une seconde fois. D’oubli.

Pour ce que nous vous devons, grâce vous soit rendue chère dame.

Celine Colassin

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QUE VOIR?

1942: Les Petits Riens: Avec Cécile Sorel, Raimu et Fernandel

1946: On Demande un ménage: Avec Denise Grey, Jean Tissier et Gilbert Gil

1948: Si Jeunesse Savait: Avec Suzet Maïs et Jules Berry

1948: Lohengrin: Avec Antonio Casinelli et Renata Tebaldi

1950: La Taverna Dellà Liberta: Avec Umberto Spadaro

1951: La Vendetta di una Pazza: Avec Lida Baarova

1952: Les Sept Péchés Capitaux: Avec Noël-Noël et Louis de Funès

1955: Village Magique:( Vacances d’amour) Avec Lucia Bose et Robert Lamoureux

1955: Nana: Avec Martine Carol et Charles Boyer

1956: Si Paris nous était Conté: Avec Jean Marais

9 réponses
  1. LAVORATA
    9 octobre, 2015 | 13 h 29 min | #1

    Grande et Belle Dame que cette amie rencontré il y à 15 ans dans sa demeure du plateau d’Avron.j’ai reçue sa part quelques cadeaux que je conserve amoureusement.
    Ma Belle Dame avec qui j’entretien toujours de longs échanges sur la vie.

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    • 9 octobre, 2015 | 13 h 55 min | #2

      Si l’occasion vous en est donnée, embrassez-la pour moi. Celine

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  2. guillon eric
    5 novembre, 2015 | 21 h 17 min | #3

    Bonjour
    passionné d’histoire en particulier celles de la période de l’occupation et de la résistance, j’aimerais savoir si c’est Jacqueline PLESSIS dont parle Martine CAROL lorsqu’elle évoque « son amie JAcqueline » qui était avec elle au cabaret BAccara un soir de 1944 (Selon un article de France Dimanche 1962)Merci pour votre réponse.

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    • 6 novembre, 2015 | 13 h 13 min | #4

      Bonjour Eric,

      Malheureusement je ne peux pas te répondre

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  3. carpediem
    15 décembre, 2015 | 18 h 00 min | #5

    Que de bons moments j’ai passé avec Jacqueline Plessis, que ce soit à Neuilly Plaisance à Perpignan ou beaucoup plus loin au soleil ! toujours cet oeil curieux de tout… un caractère bien trempé, et une grande gentillesse ! Merci Jacqueline….

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  4. Opillard
    2 février, 2016 | 6 h 09 min | #6

    Jacqueline, un être d’exception : intelligence, grandes qualités de coeur, toujours sensible à la détresse humaine, auteur de magnifiques poèmes, une sensibilité qui transforme une simple conversation en moment unique et privilégié. Tu nous manques, tu es loin géographiquement et si proche par le coeur…Mado et Dominique

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  5. Roux de vence
    11 février, 2016 | 21 h 51 min | #7

    Une partie de ma jeunesse dans la « cabane » de Neuilly Plaisance et le souvenir de beaucoup de generosite et d’amitié
    Amicalement
    Philippe Roux de Vence

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  6. farez
    8 mars, 2017 | 20 h 49 min | #8

    ce soir j’ai fait connaissance avec une très belle dame adorable

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  7. marieannickchauffier
    19 juillet, 2017 | 18 h 47 min | #9

    je viens de parler à cette grande dame, Jacqueline Plessis que j’ai connu à la télévision lorsque j’y travaillais, je l’admire beaucoup, elle est extraordinaire je l’embrasse

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