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La Belgique était autrefois un peu chiche en grandes dames des théâtres mettant un jour Paris à leurs pieds.

Madeleine Ozeray y réussira magnifiquement, Berthe Bovy l’avait précédée de manière bien plus grandiose et spectaculaire!

La jeune Berthe Marguerite Jeanne Bovy naît à Cheratte près de Liège le 6 Janvier 1887. Son père, Théophile est un journaliste et artiste amateur qui joue des pièces en wallon. La petite Berthe d’aussi loin qui lui en souvienne rêve de monter un jour elle aussi sur les planches. Etre une artiste!

Le destin va l’aider et comme elle s’en souviendra plus tard « Le destin a toujours été très gentil avec moi, Paris aussi »

Le directeur de la troupe d’amateurs pour laquelle joue et écrit son père décède et c’est à Théophile Bovy que revient la charge de sa succession. L’été, la petite troupe part en char à bancs donner la comédie dans les petits villages de la région. Berthe n’a que six ans lorsqu’elle est autorisée à accompagner son papa « en tournée ». Elle se souviendra toujours des premiers paysans qui voyant au loin la charrette de la troupe couraient vers le village en criant « V’là les comiques qui arrivent! » C’est à Visé que Berthe fera ses premiers pas sur les tréteaux, donnant une fable de la Fontaine en préambule au spectacle de son père.

Elle sera autorisée, devenue une jeune fille on ne peut plus ravissante à suivre les cours du conservatoire de Bruxelles. Elle gagnera ensuite le conservatoire de Paris pour y parfaire son art sous l’égide de Sarah Bernhardt et dès 1907, elle entre à la Comédie Française.

Paris se toque de la petite belge et le cinéma fait très vite appel à ses services, faisant d’elle la première Catherine de Médicis, la première reine Margot, la première Catherine II de Russie, la première comtesse de la Motte Valois du cinéma français.

Mais le cinéma, alors toujours terriblement muet sera toujours soumis aux exigences du théâtre. Et Berthe Bovy étant toujours très sollicitée, il devra parfois attendre des mois, voire des années pour la retrouver.

C’est que dès 1920, Berthe Bovy dite maintenant « la Bovy » est devenue sociétaire de la comédie française et les plus grands dramaturges écriront bien tôt pour elle.

Bien entendu, l’amour aussi a fait son irruption dans sa vie. Le 20 Mars 1913 elle s’était mariée avec Charles Graval, un de ses partenaires au théâtre dont hélas la postérité n’a que peu retenu et dont Berthe elle-même se défera en 1918. Détail amusant, si Berthe Bovy devient sociétaire de la comédie française en 1920, son ex mari le devient en 1922! mais à cette époque, il sera déjà remarié à la très jeune Madeleine Renaud.

Berthe de son côté se remariera, fort brièvement il est vrai, avec un certain monsieur Don.

Les années folles tirant à leur fin, Berthe se remarie encore une fois en 1929. Un petit scandale en soi. Telle Sarah Bernhardt avant elle, Berthe Bovy donne cours à de jeunes aspirants comédiens et c’est un de ses jeunes élèves qu’elle épouse le 20 Avril 1929: Pierre Laudenbach dit Pierre Fresnay. Son jeune mari est son cadet de dix ans. Il a 32 ans, elle en a 42 et s’apprête à connaître non son plus grand triomphe mais le rôle qui inscrira à jamais son nom dans la grande histoire du théâtre. En 1930, Jean Cocteau écrit pour elle un monologue d’anthologie « La Voix Humaine » Un petit bijou et un véritable graal pour de nombreuses actrices qui le reprendront plus tard, Simone Signoret en tête.

berthe bovy

Son mariage avec Pierre Fresnay, par contre, se défera au bout de quelques mois et il est amusant de souligner qu’à l’heure où Bethe Bovy se sépare de son troisième mari, elle triomphe dans une pièce que la comédie française n’aurait jamais acceptée sans l’insistance de son premier mari Charles Granval! Lequel depuis qu’il est entré à la comédie française se conduit en véritable petit révolutionnaire avec la très ferme intention de dépoussiérer l’auguste maison! Sans lui jamais un monologue de Cocteau avec pour tout décor une chambre de femme au lit défait n’aurait été tolérée dans la maison de Molière!

C’est à lui qu’on doit la célèbre réplique « Pour qu’une pièce soit bonne, il faut qu’elle soit sifflée par les abonnés du mardi! »

Berthe allait connaître une nouvelle décennie de triomphes jusqu’à ce que le monde entre une nouvelle foi en guerre et qu’elle refuse une tournée en Allemagne! Renvoyée , elle a sa petite vengeance en créant « Arsenic et Vieilles Dentelles » sur les boulevards et joue chaque soir à guichets fermés.

Mais l’occupation est longue pour une actrice qui refuse d’obéir à l’occupant! Elle gagne alors la zone libre où elle s’ennuie beaucoup, ne tournant qu’un seul film qui hélas ne sera jamais terminé.

Elle reviendra triompher à la comédie française dès 1950. Son cher Granval n’étant hélas plus là pour s’en réjouir puisqu’il s’était éteint en 1943.

Berthe Bovy connaîtra encore de beaux moments et de grands triomphes personnels même si l’âge se faisant sentir, elle avait depuis longtemps délaissé les de grandes dames pour se faire une spécialité des rôles de vielles folles hautes en couleurs. Dès 1945 et la libération de Paris, on l’avait retrouvée plus alerte que jamais dans « Boule de Suif » avec Micheline Presle!

Elle tournera jusqu’en 1971 pour le cinéma et la télévision. Cette année là elle est sur le grand écran avec « Aussi Loin que l’Amour » et sur le petit avec « La Belle Aventure »

Deux titres qui résumaient si bine l’adorable vielle dame, toujours coquette qu’elle était devenue et la grande artiste qu’elle était restée, résumant elle même sa vie en une seule phrase « Tout cela était très amusant! »

Elle s’éteint dans sa 90ème année le 26 Février 1977.

Celine Colassin

BOVY Berthe

QUE VOIR?

1908: L’Assassinat du Duc de Guise: Avec Gabrielle Robinne

1909: Tarakanowa et Catherine II: Avec Henri Desfontaines

1910: La Reine Margot: Avec Pierre Magnier

1910: Le Marchand d’Images: Avec René Alexandre

1912: L’Attrait de Paris: Avec Georges Dorival

1912: L’Affaire du Collier de la Reine: Avec Jeanne Provost

1912: Grisélidis: Avec Nadette Darson

1913: Le Baiser Suprême: Avec Gabriel Signoret

1921: La Terre: Avec René Alexandre

1938: Le Joueur: Avec Viviane Romance, Pierre Blanchar et Suzette Maïs

1945: Boule de Suif: Avec Micheline Presle

1948: L’Armoire Volante: Avec Fernandel

1948: D’Homme à Hommes: Avec Hélène Perdrière et Bernard Blier

1948: L’Ombre: Avec Renée Faure et Fernand Ledoux

1948: Les Dernières Vacances: Avec Odile Versois

1949: Fantômas contre Fantômas: Avec Marcelle Chantal

1950: La Souricière: Avec François Perier, Danielle Godet, Bernard Blier et Junie Astor

1951: La Maison Bonnadieu: Avec Danielle Darrieux et Bernard Blier

1954: L’Affaire Maurizius: Avec Madeleine Robinson et Daniel Gélin

1956: Le Secret de Sœur Angèle: Avec Sophie Desmarets

1957: Bonjour Toubib: Avec Simone Bach et Georges Descrières

1961: 21, Rue Blanche à Paris: Avec Teddy Bilis

1962: Mon Oncle du Texas: Avec Henri Tissot

1967: Le Dimanche de la Vie: Avec Danielle Darrieux

1971: Aussi Loin que l’Amour: Avec Francine Racette et Michel Duchaussoy

 

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