carole laure

Il est des actrices dont soudain le cinéma français s’entiche. Elles sont partout, tout le temps de tous les films, depuis celui de l’auteur confidentiel à la grosse machinerie commerciale. Elles sont de tous les festivals, de tous les plateaux TV, dans tous les magazines. Qu’il s’agisse de cinéma, de mode, de beauté, de psychologie ou de mots croisés. La planète médiatique française tourne autour de leur nombril et si un jour le tourbillon ralentit ou s’arrête, elles restent pour toujours présentes dans la mémoire collective. Même si on a oublié l’engouement qu’un temps elles suscitèrent. Elles font partie d’une sorte de patrimoine. Tel est le sort de Carole Laure, cette comédienne canadienne qui reste en mémoire de tous comme une actrice française même si peu nombreux sont ceux qui se souviennent de ses films.

Carole Laure naît Carole Champagne, le 5 Août 1948 à Shawinigan à mi chemin entre Québec et Montréal.

Ou plus exactement, c’est à Shawinigan qu’elle sera adoptée par un couple assez âgé, le cadet de leurs six enfants a déjà vint ans à l’arrivée de Carole dans la famille. Plus tard Carole Laure résumera son enfance d’une phrase: Ni pire ni meilleure qu’une autre ». Avec quand même un quart de sang indien toujours assez mal vu.

Elle s’ennuyait à périr dans sa lointaine province et quand elle eut enfin 18 ans, elle s’en alla, nez au vent vers Montréal. Pas de vrai but « Je suivais les courants » dira-elle plus tard. Comme il faut bien manger et se protéger de l’hiver, en enseigna puisqu’elle était formée pour enseigner. Un pensum. Les enfants n’avaient jamais vu une institutrice qui attendait la récréation avec encore plus d’impatience qu’eux! Elle avait l’impression d’être vissée au tableau noir depuis cent ans. Ca faisait trois mois! Et puis un jour, elle passe une soirée au théâtre et c’est la révélation! C’est ça qu’elle veut faire! Le soir même elle va voir la troupe en coulisse et commence à travailler avec eux , en amateure. Pour apprendre « sur le tas ».

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Elle n’en fera pas longtemps. Très vite elle est remarquée. C’est Jean Chabot qui la dirige pour la première fois dans « Mon Enfance à Montréal ». Nous sommes en 1971, Carole a 23 ans. Elle fait des courts métrages, des films d’art et d’essais payés avec des cailloux et qui souvent ne sortent même pas. Et puis c’est la rencontre. Celle de Gilles Carle dont elle devient l’égérie.

Gilles Carle fera appel sept fois à ses précieux services, ce qui fait de leur collaboration une des plus assidues de toute l’histoire du film. Il la dirige pour la première fois en 1973 dans « La Mort d’un Bûcheron », Carole Laure en est à son cinquième film mais c’est son premier grand rôle. En France le cinéma de Gilles Carle c’est une sorte de curiosité exotique, une sorte de cinéma d’art et d’essai. Mais au Canada c’est une autre histoire! Des entrées qui battent des records, une vraie folie. Carole est propulsée sur toutes les couvertures de magazines, sur tous les plateaux de télévision! Elle est une star. Une star québécoise mais plus pour longtemps! Le film de Gilles Carle est présenté à Cannes. Le miracle se renouvelle.

La France s’entiche de Carole Laure. Elle sera même été de la série « La Porteuse de Pain », un des plus grands succès télévisées de l’excellente Martine Sarcey. Carole a d’autres films à son actif que ceux de Gilles Carle dont « Sweet Movie ». Une production française dirigée par le tchécoslovaque Dusan Makavejev. Au fil des jours le film glisse de l’érotisme au porno soft et Carole finit par claquer la porte. Elle fait un procès à la production et hurler partout que le réalisateur est un vicelard obsédé. Mais en 1973 c’est un peu tôt pour balancer son porc. Carole retournera finir son film et s’y masturber dans une piscine de chocolat fondu. On savait s’amuser en ce temps là!

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Carole ne perd rien pour attendre. Bientôt Alain Corneau fera d’elle la maîtresse de Montand dans « La Menace ». Elle enquille avec « Préparez vos mouchoirs » de Bertrand Blier avec le duo Dewaere-Depardieu.

Et c’est encore sur le plateau d’un film de Gilles Carle que le destin de Carole Laure va se sceller. Sur le plateau de « L’ange et la femme ».

Le cinéaste a fait appel à un jeune violoniste classique, diplômé de l’illustre école Julliard de New-York et de plus en plus tenté par la musique de variété pour composer la musique de son film « La Tête de Normande Sainte Onge ». Carole joue Normande, elle tombe follement amoureuse de ce jeune compositeur, il est son aîné de deux dans. Gilles Carle fait d’eux des partenaires de son film suivant: « L’ange et la femme » leurs destins sont scellés. Le film qui raflera un prix au festival d’Avoriaz conte l’histoire d’une femme tuée en forêt recueillie par un ange qui la ramène à la vie. Carole Laure et Lewis Furey deviennent plus qu’un couple, ils deviennent un duo, un team, une équipe. C’est lui qui incite Carole à chanter. Bientôt la comédienne y prend goût et mène une carrière parallèle, passant des plateaux de ses films où elle donne la réplique à Gérard Depardieu ou Michel Serrault à la scène de la Cigale ou de l’Olympia où elle se produit en concert.

Carole Laure avait littéralement explosé dans le cinéma français à la fin des années 70 en alignant deux énormes succès « Préparez vos Mouchoirs » et  » Au Revoir à Lundi ». Elle est considérée comme une des « grandes », des incontournables. Sa cote vaut bien celle d’une Isabelle Adjani ou d’une Sophie Marceau. Elle s’empresse d’ailleurs de terminer « Au revoir à lundi » à Montréal car dès le film terminé elle sera sur la scène de Bobino trois semaines durant et potassera le scénario de son film suivant qui devrait la réunir à Alain Delon. Un film qui ne se fera pas. Pas plus que la comédie musicale que Lewis et  Carole écrivent à quatre mains.

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L’actrice était venue à Paris avec une seule valise, comptant rester sept ou huit semaines, le temps du tournage de « La Menace ». Un an plus tard, encore étourdie, Carole est devenue une des comédiennes les plus sollicitées du cinéma français et bien incapable de dire pourquoi! Pas mal de jeunes comédiennes françaises s’offusqueront d’ailleurs de la présence constante de la canadienne dans un cinéma déjà en crise et réputé pour ne pas faire la part belle aux femmes. Carole leur répondra qu’elle accepte des propositions de films et n’obtient pas ses rôles sous la menace d’une arme et qu’ensuite, le Canada n’est pas vraiment un pays de cinéma. Il se tourne à peine vingt longs métrages par an avec des budgets pour le moins aléatoires. Alors si la France lui déroule un tapis rouge, pourquoi bouder l’opportunité?

D’ailleurs Hollywood lui a fait un pont d’or pour un premier grand rôle face à Eliott Gould ce qu’elle a refusé tout net.  Elle prépare « La jument vapeur » avec Joyce Bunuel, la belle fille de Luis. Elle n’a même pas encore eu le temps de s’installer vraiment dans ses meubles. « Personne ne peut vivre comme ça à tourner sans arrêt! J’ai besoin d’installer mes affaires, mon piano. J’ai besoin de faire ma niche comme on dit au Québec! »

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Mais en 1994, après « Elles ne Pensent qu’à ça » de Charlotte Dubreuil qui fait d’elle la fille de Claudia Cardinale, la cote de Carole Laure en France semble marquer ses premiers signes de faiblesse. Le couple Furey choisit alors de rejoindre le Canada et Carole se fait exceptionnellement rare. Lewis Furey l’avait dirigée dans deux films que personne n’a vus sauf les critiques qui les ont taillés en pièces.

A ma connaissance, Carole n’a plus tourné depuis 2006, en tout cas pour le cinéma. Elle est pourtant restée la belle Carole Laure que nous avons tant aimée, Une actrice sur laquelle le temps ne semble pas avoir de prise car elle ressemble tant encore à nos souvenirs.

Celine Colassin

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QUE VOIR?

1971: Mon Enfance à Montréal: Avec Paul Guèvremont

1971: Fleur Bleue: Avec Susan Sarandon

1972: Série 4 (court métrage) Avec Jacques Thisdale

1973: La Mort d’un Bûcheron: Avec Willie Lamothe

1975: A Thousand Moons: Avec Nick Mancuso

1976: L’Eau Chaude, l’Eau Frette: Avec Jean Lapointe

1976: La Tête de Normande Sainte Onge: Avec Raymond Cloutier

1977: L’ange et la femme: Avec Lewis Furey

1976: Spécial Magnum: Avec Stuart Whitman

1977: La Menace: Avec Yves Montand

1978: Préparez vos Mouchoirs: Avec Patrick Dewaere et Gérard Depardieu

1978: La Jument Vapeur: Avec Pierre Santini

1979: Au Revoir à Lundi: Avec Miou-Miou et Claude Brasseur

1981: Victory: Avec Sylvester Stallone, Pelé et Michael Caine

1984: Heartbreakers: Avec Peter Coyote et Nick Mancuso

1984: A Mort l’Arbitre: Avec Michel Serrault et Eddy Mitchell

1984: Stress: Avec Guy Marchand et André Dussolier

1986: Sauve-toi, Lola: Avec Jeanne Moreau et Sami Frey

1989: Thank You Satan: Avec Patrick Chesnais et Marie Fugain

1994: Elles ne Pensent qu’à Ca: Avec Claudia Cardinale

2006: La Belle Bête: Avec Caroline Dhavernas

 

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