karen morley

Karen Morley est le pseudonyme de la charmante Mildred Linton qui naquit le 12 décembre 1909 dans sa bonne ville d’Ottumwa dans l’Iowa. On n’aurait jamais entendu parler d’elle si l’été de ses 13 ans ne s’était pas vu chamboulé par ses parents qui décident de quitter l’Iowa pour la Californie. Et pas n’importe où en Californie. A Los Angeles, à deux pas d’Hollywood. Hollywood qui en quelques années est devenu l’épicentre mondial du cinéma, tout muet qu’il fut encore.

Mildred, loin de s’imagier qu’elle sera un jour Karen Morley sera diplômée de la Hollywood High School avant de rejoindre l’UCLA dont elle sortira diplômée. Mildred a également tenté l’art dramatique, un hobby pas tout à fait comme un autre à Hollywood et s’est faite repérer alors qu’elle jouait au Pasadena Play House. Elle est repérée par Clarence Brown, un des réalisateurs phare du studio phare : la MGM. Il est le réalisateur de prédilection de la star absolue Greta Garbo.

Et on a besoin pour les films de Greta, d’autres personnages féminins, donc d’autres actrices. Et le choix n’est pas si simple. Il faut une beauté et un tempérament qui ne porteront pas ombrage à la divine. Or la divine en question a un jeu très sobre pour ne pas dire placide. On est loin d’une Pickford, d’une Bow ou d’une Swanson. Le travail de Greta c’est du fin ouvrage suédois. Ses partenaires féminines doivent à la fois ne pas nuire à son auguste présence mais être à la hauteur du prestige de ses films.

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Dès que Clarence Brown vit Mildred pour la première fois, il sut qu’il la tenait, sa perle rare. Racée, bonne actrice, belle à la sensualité discrète, elle était parfaite en tout point.

Mildred devenue Karen se vit donc offrir le saint graal hollywoodien : Un contrat MGM.

On va tester comme il se doit la nouvelle recrue dans des petits rôles, puis, Karen donnant satisfaction, on va l’envoyer servir la soupe à ces dames dans de grosses machineries haute époque. Mais le temps d’un film au côté de Mary Duncan, Hollywood est bouleversé par l’irruption du parlant ! Or, si une chose est sûre à la MGM, c’est que l’on ne veut surtout pas faire parler la divine à l’écran ! Qui pourrait encore se pâmer devant une créature s’exprimant comme un docker suédois ? Greta Garbo tournera encore des films muets longtemps après tout le monde. Jusqu’à ce que ce soit devenu tout à fait anachronique. Karen devra donc attendre 1931 pour enfin être dirigée par Clarence Brown et causer face à Greta dans « Inspiration ».

Un film qui va rencontrer bien d’autres soucis que des soucis de micro puisque le scénario est adapté d’un texte d’Alphonse Daudet. Or, si Daudet est dans le domaine public en Amérique, il ne l’est pas en Europe. Le film reste bloqué. Un drame puisque l’essentiel des recettes des films de Greta viennent d’Europe. Les Américains ne l’ont jamais trouvée ni belle ni bonne actrice et ne se sont que très rarement déplacés en masse pour voir ses films. Elle n’était pas dans le goût du Wisconsin ou du Texas !

Tous ces petits aléas auxquels Karen n’est pour rien ralentissent ses débuts de vedette MGM.

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Mais l’année 1931 va accélérer les choses. Après avoir donné la réplique à une Mae Murray crépusculaire et grand guignolesque dans « High Stakes » et à Greta dans « Mata Hari », elle épouse le réalisateur King Vidor puis s’en va rejoindre Howard Hawks sur le plateau de « Scarface ».

En 1933 elle est suffisamment célèbre pour rejoindre le casting « All Stars » des « Invités de huit heures » de George Cukor. Tout pourrait donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais il y a un « hic ». Les grands studios, et la MGM en particulier ont l’habitude de mettre sous forme de contrat un véritable lien de maître à esclave avec leurs artistes. Mais Karen n’est pas une petite starlette ambitieuse débarquée tout droit de son Illinois natal. Elle a quand même terminé sa médecine et n’entend pas faire vœu de soumission.

Et qu’elle ait accédé aux premiers rôles n’est pas pour arranger les choses. Elle s’en tire avec honneurs et succès et est tout à fait consciente de sa valeur et de la qualité de son travail. Bientôt le torchon brûle entre l’actrice et son studio et elle n’hésite pas à envoyer son contrat en travers de la figure de Sam Goldwyn en personne.

Elle claque la porte et devient une des premières actrices « freelance » à Hollywood.

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La MGM est médusée. Karen le sera tout autant lorsque le studio la rappellera comme si de rien n’était pour une de ses superproductions !

En attendant ce haut fait de la réconciliation, si Hollywood ne lui offre pas suffisamment de travail ou des choses par trop peu dignes de son intérêt, Karen boucle ses malles et s’en va triompher du côté de Broadway.

En 1947, tout bascule une nouvelle fois. Elle est convoquée devant le comité des activités anti américaines. Supposée appartenir au parti communiste, elle refuse de répondre à ces questions « indécentes et déplacées ». Son nom s’en va garnir la déjà longue liste noire des artistes interdits de travail à Hollywood. Le tort de Karen avait été de souligner l’indécence des salaires Hollywoodiens pendant la grande dépression où des millions de chômeurs étaient jetés à la rue et contraints à la soupe populaire. C’est ce que l’on qualifia de « communisme ».

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Karen regagne donc la Côte Ouest et Broadway où elle peut laisser libre cours à son activisme politique. En 1954 elle brigue le poste de gouverneur de New-York.

Sans succès.

Considérant l’enquête de la commission McCarthy comme un outrage, Karen coupera les ponts définitivement avec Hollywood. Exigeant pour le moins des excuses qui ne viendront jamais. A part un ou deux films dans les années 50, dont le remake de « M le Maudit » de Fritz Lang qu’elle accepte par amitié, Karen en a bien fini avec ces ploucs mal dégrossis d’Hollywood.

Elle fera sa réapparition sous forme de vengeance personnelle envers Hollywood dans une série documentaire consacrée aux années noires de la grande crise. Elle pourra enfin dire son fait à cette « clique de parvenus sans âme, sans cœur et sans dignité ! » Karen s’exprima si clairement si vivement et sans faux fuyants qu’à l’âge de 90 ans, en 1999, le magazine Vanity Fair la sollicitait encore sur le sujet. Karen sera revenue honorer de sa présence quelques séries télévisées et commenta son mariage avec King Vidor devenu un réalisateur culte de la grande époque « Il était comme moi. Il pensait que le propre de l’humain était de s’entraider les uns et les autres et que le gouvernement n’avait pas à venir fourrer son gros nez là-dedans ! »

Elle était divorcée de King Vidor et s’était remariée avec l’acteur Lloyd Gough qui sera le père de son second enfant. Le couple Vidor avait un fils, Michael. Lloyd Gough la laissera veuve en Juillet 1984.

Karen décédait à son tour dans sa villa de Santa Monica le 8 mars 2003. Elle avait 93 ans. Elle s’éteignait emportée par une pneumonie entourée de ses arrière-petits-enfants.

Celine Colassin

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QUE VOIR ?

1929 : Thru Different Eyes : Avec Mary Duncan

1931 : Inspiration : Avec Greta Garbo et Robert Montgomery

1931 : High Stakes : Avec Mae Murray et Lowell Sherman

1931 : Strangers May Kiss : Avec Norma Shearer et Robert Montgomery

1931 : The Sin of Madelon Claudet : Avec Helen Hayes et Lewis Stone

1931 : Never the Twain Shall Meet : Avec Conchita Monténégro et Leslie Howard

1931 : Daybreak : Avec Helen Chandler et Ramon Novarro

1931 : Mata Hari : Avec Greta Garbo et Ramon Novarro

1932 : Flesh : Avec Wallace Beery et Ricardo Cortez

1932 : Arsène Lupin : Avec John et Lionel Barrymore

1932 : Scarface : The Shame of the Nation : Avec Ann Dvorak et Paul Muni

1932 : The Mask of Fu Manchu : Avec Boris Karloff et Myrna Loy

1933 : Dinner at Eight : Avec Jean Harlow et Marie Dressler

1936 : Devil’s Squadron : Avec Richard Dix

1940 : Pride and Prejudice : Avec Greer Garson et Laurence Olivier

1947 : The Thirteenth Hour : Avec Richard Dix

1949 : Samson and Delilah : Avec Hedy Lamarr et Victor Mature

1951 : M : Avec David Wayne

1953 : Born to the Saddle : Avec Leif Erickson

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