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Patricia Neal est sans conteste possible l’actrice qui mérite le titre de Phoenix d’Hollywood. Si elle ne ressuscita pas de ses cendres au sens propre du terme, peu s’en fallut. Déjà anéantie par un grand amour malheureux et des drames personnels, l’actrice fut donnée pour morte lorsqu’elle fut plongée dans le coma par trois ruptures d’anévrisme consécutives alors qu’elle était enceinte. Revenue contre toute attente d’entre les morts, Patricia Neal eut quand même un bébé en parfaite santé et après avoir dû réapprendre à se mouvoir et à s’exprimer, revint exercer son métier d’actrice pour des triomphes plus grands encore. « Oh, il n’y a pas de miracle, je suis têtue, voilà tout ! » Disait-elle à propos de ce qu’il fallait pourtant bien appeler son miracle.

Patricia Neal est née à Packard, petite ville du Kentucky et non limousine de luxe, le 20 janvier 1926. Notre héroïne du jour est alors Patsy Louise Neal pour l’état civil, fille de William et Eura Mildred Neal. Lesquels flanqués de leurs trois enfants, deux filles et un garçon quitteront Packard Kentucky pour Knoxville Tennessee.

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C’est là que Patricia grandira, rêvant d’aussi loin qu’elle s’en souvienne des feux de Broadway et du glamour d’Hollywood. Libérée de l’université Patricia s’en ira comme tant d’autres tenter sa chance à Broadway mais ne décrochera que de modestes emplois de doublure avant d’obtenir de haute lutte quelques rôles.

Une opiniâtreté qui va s’avérer payante puisqu’en 1947, Patricia Neal est la première lauréate de l’histoire des Tony Awards. Les Tony Awards sont créés en 1947 en hommage à l’actrice Antoinette Perry décédée l’année précédente à l’âge de 58 ans.

Hollywood s’intéressera à la belle lauréate et fera appel à ses services en 1949 pour donner la réplique, en vedette s’il vous plaît, à Ronald Reagan. Il est bien difficile de dire aujourd’hui si Patricia eut ou non les débuts qu’elle méritait. Patricia se retrouve chez Warner. Le studio, fidèle à une tradition hollywoodienne lui chercha un moule. Il existait Lauren Bacall, on en avait fabriqué une copie en la personne de Lizabeth Scott, on fit de Patricia une sorte de seconde Lizabeth Scott à la même coiffure et à la même voix un peu virile pour finalement aboutir… A une copie d »Eleanor Parker avec qui Patricia va presque se confondre dans l’esprit du public.

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Ajoutons à celà qu’elle ne fut hélas pas parachutée dans les films les plus sensationnels du moment et on a presque fait le tour d’horizon de ses débuts californiens! La suite va se confondre presque immédiatement dans le tumulte que va provoquer sa romance avec Gary Cooper.

Tout commence par les droits d’un roman que la Warner a achetés depuis 1944 à la demande de Barbara Stanwyck qui veut tourner le film avec Humphrey Bogart. Entretemps, Bogart bataille pour tourner le film avec Lauren Bacall. Warner accepte mais se souvenant que Gary Cooper a toujours rêvé d’être architecte et que « The Fountainhead » est une histoire d’architecte, évince Bogey au profit de Gary Cooper. Lequel Gary se retrouve donc programmé pour tourner avec Lauren. Qui décida alors d’évincer Lauren? Lauren elle-même aurait-elle refusé le film s’il fallait le tourner sans Bogey? Je l’ignore. Quoi qu’il en soit, le rôle échut à Patricia Neal. Gary Cooper ne décolérait pas, estimant ce choix absurde ! Barbara Stanwyck de se côté apprenant que Patricia tournait « son film » s’estima ridiculisée par la Warner et leur flanqua son contrat à la tête !

Le film sortit sur les écrans et ne plus pas beaucoup, Patricia Neal se souvenant que seule Virginia Mayo lui avait adressé la parole le soir de la première en lui disant « Mais ne vous en faites pas mon petit, vous n’êtes pas si mal que ça! »

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C’est alors que Patricia et Gary ne pouvant plus masquer leurs sentiments avouèrent la passion qui les unissait. Kirk Douglas, le flirt officiel de Patricia fut le premier à prendre très mal la chose suivi par…l’Amérique entière! Ce n’était pas la première liaison extra conjugale de Gary Cooper mais là il parlait divorce! C’en était plus que l’Amérique ne pouvait en tolérer! Un divorce chez les Cooper! Et puis il y a cette différence d’âge que l’on juge scandaleuse: 25 ans séparent Gary et Patricia. On a déjà vu pire mais là, c’est « pas pareil »!

La Warner espérant que le tumulte allait se calmer et que les amoureux finiraient par emporter la sympathie générale, comment bouder Gary Cooper? Remit le couple sulfureux à l’affiche. Ce fut un tollé sans précédent!

Evidemment, c’est Patricia qui était désigné comme la cause de tous les maux, la Messaline, la Bethsabée, la salope. On l’enleva dare-dare du casting du « Roi du Tabac », le troisième film qu’elle devait tourner avec Gary pour confier le rôle à…Lauren Bacall!

Le couple lutta, Patricia s’effondra, Gary rentra au bercail la mort dans l’âme, Patricia anéantie par une dépression nerveuse quitta Hollywood et retourna oublier et se faire oublier à New-York!

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Evidemment et comme toujours, maintenant que les belles amours étaient vaincues par la raison et l’opinion, la presse plaignit les amants séparés avec une mauvaise foi et une hypocrisie qui tiennent de la perfection!

Patricia de son côté avait donné le change de manière exemplaire. Après avoir expédié tous ses biens à New-York elle mit son appartement californien en location et déclara: « Hollywood m’horripile! Cette vie en vase clos à dire du mal de tout le monde au bord de piscines de marbre et son impossibilité absolue d’avoir une vie privée m’insupportent au plus haut point! Si j’ai tenu si longtemps sans mourir c’est que mon travail m’a soutenue mais là je n’en peux plus! Vive New-York où on peut avoir un travail tout aussi passionnant et y vivre en paix en parlant d’autre choses que de robes de scandales et de cinéma. »

D’autres amours, Grace Kelly et Giselle Pascal attendent encore Gary mais il se gardera bien d’encore prononcer le mot « divorce » pour le reste de sa vie!

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Arrivée à Hollywood au début de 1941, Patricia Neal le quittait donc dès 1951. Elle avait pourtant trouvé dans « Something for the birds », un rôle étrangement précurseur car elle y était une ornithologue bataillant à Washington contre l’installation d’une exploitation gazière qui détruirait l’habitat d’un oiseau rare qui serait alors condamné à disparaître.

Elle resterait perdue pour le cinéma hollywoodien jusqu’en 1961 où elle ferait une rentrée aussi brillantissime qu’inattendue dans « Petit Déjeuner chez Tiffany ». Et encore! Parce que le film se tournait à New-York et qu’à New-York elle était une des personnalités les plus importantes du théâtre et de la télévision. Elle surgit donc, en technicolor et panavision, d’une élégance à stupéfier un mammouth empaillé ! Elle épate littéralement dans un rôle de riche parvenue signant avec beaucoup de mâle satisfaction de plantureux chèques à son gigolo dont elle a aussi fait la déco de la garçonnière avec un grand sens du chic masculin !

Durant cette décade d’exil à New-York, beaucoup de choses ont changé dans la vie de Patricia Neal. D’abord elle a retrouvé à New-York l’écrivain anglais Roland Dahl qu’elle avait rencontré à Hollywood. Ces deux-là se marièrent le 2 Juillet 1953 dans la ferme intention commune de fonder une belle et nombreuse famille. Ils auront cinq enfants.

Olivia née en 1955, Chantal en 1957, Théo en 1960, Ophélie en 1964 et Lucy en 1965.

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Et puis Patricia s’est entichée de l’actor’s studio et de la fameuse « méthode » qui consiste à tout intellectualiser au détriment de toute spontanéité. A l’époque le genre impressionne beaucoup et il vaudra à Patricia de fair une énorme sensation dans « Hud » où elle joue une boniche aux pieds nus dans une famille de cow-boy, objet de toutes les convoitises sexuelles et bonne cuisinière. Sa prestation lui vaudra l’Oscar de la meilleure actrice devant Leslie Caron, Shirley MacLaine, Rachel Roberts et Natalie Wood.

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La victoire de la paria de 1951 est d’autant plus éclatante que contrairement à ses rivales son rôle est très anecdotique dans le film et à tout prendre est plutôt un échantillonnage des vertus de la méthode qu’une véritable performance d’actrice. Revoir le film aujourd’hui est somme toute assez ennuyeux, la méthode s’est démodée, la composition poussée à l’excès se voit. Mais au début des années 60 l’effet est saisissant sur les populations et largement suffisant pour remplacer Patricia Neal au sommet du box office.

Malheureusement, Patricia Neal ne pourra pas savourer ce retour triomphal comme il se doit. Le destin a commencé sa sombre besogne.

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Le 5 décembre 1960, alors que le cinéma n’a pas encore braqué ses feux sur Patricia Neal elle fait ses premiers achats de Noël en ville lorsqu’un taxi dont le chauffeur a perdu le contrôle frappe le landau du petit Théo lequel est projeté au sol avec une violence extrême. Le nourrisson de quelques mois survivra mais gardera des séquelles irréversibles au cerveau. Patricia Neal entamera une longue bataille contre le sort qui s’acharne fêtant chaque nouveau petit progrès de son Théo comme un immense triomphe personnel. C’est une bataille qui durera deux longues années avant que le petit garçon n’ait récupéré l’essentiel de ses facultés et de son autonomie. Une bataille qu’elle mène durant le tournage de « Petit Déjeuner chez Tiffany »

Le 17 Novembre 1962 c’est sa petite Olivia, sa fille ainée alors âgée de 7 ans qui décède sans que Patricia ne puisse rien y faire. Soignée pour une simple rougeole, la petit fille est en réalité atteinte d’une très rare rougeole encéphalite. A la mort de la petite fille Roland Dahl sombre dans une profonde dépression. Durant des années il ne fera que répéter à ses autres enfants « Ah, pourquoi n’êtes vous pas comme ma petite Olivia qui est partie? » Ce qui n’aide pas à l’épanouissement personnel. Il n’écrit plus , Patricia travaille réussit à être formidable, à ne rien laisser paraître mais elle est absente de la maison.

En 1965, alors qu’elle est de nouveau enceinte, Patricia qui a épuisé ses forces nerveuses, physiques et mentales au delà de toute expression est victime de trois ruptures d’anévrisme consécutives et plonge dans le coma où elle restera trois semaines entre la vie et la mort. Sa petite fille viendra au monde en parfaite santé alors que sa mère est dans le coma.

Patricia ne mourra pas mais aura perdu l’usage de ses membres et de la parole. C’est son mari qui veillera à sa réhabilitation. La star retrouvera son autonomie mais restera longtemps sans pouvoir contrôler son œil gauche ce qui la force à vivre un bandeau sur l’œil.

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Son histoire bouleversera tant l’Amérique qu’en 1981 Glenda Jackson l’incarnera à l’écran dans le biopic qui lui sera consacré.

En 1983 après 30 ans d’union, le couple Dahl divorcera.

L’actrice après avoir surmonté la totalité de ses séquelles reviendra à l’écran et tournera jusqu’en 1999 où Robert Altman lui offre son dernier grand rôle dans « Cookies Fortune » avec Glenn Close.

Patricia Neal apparaîtra encore de ci de là jusqu’en 2009.

Elle décède dans sa 84ème année, vaincue cette fois par le cancer du poumon.

Celine Colassin

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QUE VOIR?

1949: John Loves Mary: Avec Ronald Reagan

1949: The Fountainhead: Avec Gary Cooper

1949: It’s a Great Feeling: Avec Doris Day, Eleanor Parker et Dennis Morgan

1949: The Hasty Heart: Avec Ronald Reagan

1951: Week-End with Father: Avec Van Heflin et Gigi Perreau

1951: Raton Pass: Avec Dennis Morgan et Steve Cochran

1951: The Day the Earth Stood Still: Avec Michael Rennie

1951: Operation Pacific: Avec John Wayne

1952: Diplomatic Courier: Avec Tyrone Power et Hildegarde Kneff

1952: Washington Story: Avec Van Johnson

1952: Something for the Birds: Avec Victor Mature

1954: Stranger from Venus: Avec Helmut Dantine et Derek Bond

1954: La tua donna: Avec Lee Marvin, Massimo Girotti et Léa Padovani

1957:A Face in the Crowd: Avec Andy Griffith et Anthony Franciosa

1961: Breakfast at Tiffany’s: Avec Audrey Hepburn et Georges Peppard

1963: Hud: Avec Paul Newman et Melvyn Douglas

1964: Psyche 59: Avec Curd Jürgens et Samantha Eggar

1965: In Harm’s Way: Avec John Wayne et Kirk Douglas

1973: Baxter! Avec Jean-Pierre Cassel et Britt Ekland

1973:Happy Mother’s Day, Love George: Avec Cloris Leachman

1977: Nido de Viudas: Avec Valentina Cortèse

1979: The Passage: Avec Anthony Quinn et James Mason

1999: Cookie’s Fortune: Avec Glenn Close et Julianne Moore

2009: Flying By: Avec Anhaise Christmas et Mo Collins

 

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