rita cadillac

Dans les années 50, le public masculin qui éprouvait la nostalgie de ses premiers émois adolescents devant les photos de Viviane Romance eut pour les effeuilleuses des cabarets de Pigalle à la fois  beaucoup d’indulgence et d’intérêt. Ces dames, naviguant entre gangsters, boas de plumes, mambo et rififi en jupe fendue et talons aiguilles devinrent une figure incontournable du film français noir et blanc. Dès qu’il y a un policier et un truand, il y a Pigalle et sa strip-teaseuse! Le personnage, il faut bien le dire est très intéressant. Le film s’agrémente d’une créature au physique forcément explosif, peu avare de ses charmes, capable du plus grand amour dévot pour son jules comme des plus basses trahisons. Si elles ne sont pas « descendues » à la fin du film,  (on a sa petite morale) c’est qu’elles sont coupables et vont en prison! Jamais en tous cas elles ne deviennent mères de familles. Leur statut s’est malgré tout amélioré. De leur trottoir d’avant guerre, elles sont montées sur les scènes d’après. Pour se déshabiller en poussant la chansonnette, certes, mais quand même…Y’a progrès. La strip-teaseuse de Pigalle c’est un personnage de tragédie grecque en guêpière et porte-jarretelles!

Dans ce contexte, il était tout à fait logique que le cinéma fasse appel à une « vraie »!

Vint Rita Cadillac.

rita cadillac

Nicole Yasterbelsky naît à Paris le 19 Mai 1936. Pourvue d’une formation de danseuse, la jeune fille n’a rien trouvé de très probant comme débouché artistique. A la libération, comme une certaine Denise Darcel avant elle, elle trouve son emploi dans une « cave » après un bref passage dans le chorus des Folies Bergères. Dans le Paris d’après-guerre, des « boîtes de nuit » se sont improvisées dans des caves d’immeubles désaffectés, à moitié écroulés ou qui furent aménagées en abris durant les bombardements. Une certaine Régine ouvrira le bal en disposant des bancs de bois dans une ancienne cave à charbon et en produisant de jeunes artistes pour distraire le public. Les caves réaffectées aux plaisirs de la nuit seront le berceau de l’existentialisme, du concept de la « boîte de nuit » Juliette Greco y débutera et même Mistinguett s’y produira en 1948 avec une démonstration de « swing » de trente minutes à l’âge vénérable de 73 ans!

Si une fille est bien roulée, pas trop bégueule et plutôt « affranchie », elle peut être sûre de trouver un boulot de barmaid, vestiairiste, vendeuse de cigarettes ou même, devenir une « attraction », pourquoi pas?

En 1951, la jeune Nicole fait la connaissance d’un certain monsieur Bernardin. Propriétaire d’une de ces caves et qui compte sur de la « jolie fille » pour appâter la clientèle et faire de sa « cave » un lieu bien différencié de ce qui existe déjà. (La sienne est d’ailleurs Avenue Georges V et a la particularité pour une cave d’être un rez de chaussée!) Il est à la recherche de ces créatures exceptionnelles lorsque sa route croise celle de la jeune danseuse sans emploi. Il y a à Paris une longue tradition de Lido, de Moulin Rouge et de Folie Bergère. Les jeunes danseuses à la recherche d’un emploi ne s’étonnent généralement pas de propositions de travail où leurs charmes ont autant d’importance que leur talent et un costume aussi clinquant que réduit, limité souvent à un sourire et quelques plumes.

rita cadillac

L’Amérique est pour la France libérée une sorte de mirage merveilleux fait de richesse et de liberté. La cave deviendra le « Crazy Horse », on y fera du « Strip-Tease ». Son effeuilleuse ne peut pas être une « Nicole » ce sera Rita Cadillac. Un trait de Génie. Cela peut paraître idiot mais c’est nouveau et le succès est colossal. Rita Hayworth est dans tous les fantasmes, les Cadillac aussi, et les appellations automobiles sont à l’époque entrées dans le vocabulaire érotique. Les femmes sont « carrossées », elles ont des « châssis » et des « pare-chocs », ce sont même de « belles cylindrées », de « jolis petits bolides ». Tout Paris se précipite pour admirer Rita Cadillac qui en quelques jours seulement devient le symbole incontournable de la nuit parisienne, de l’érotisme et de la beauté féminine. Rita qui gagnait 30.000 francs par mois aux Folies-Bergères en gagne maintenant 60.000…Par soir! (pour 3X7 minutes de représentation)

Après Rita, les cachets de ces dames redescendront à 10.000 par soir! L’impact de Rita Cadillac est tel que la direction des Folies Bergères lui fait un pont d’or pour mener sa nouvelle revue, ignorant que la belle faisait partie de la troupe quelques mois plus tôt! Rita Cadillac fera le « doublé »: les Folies Bergère avant minuit, le Crazy après. Elle aura bientôt d’autres « collègues » rebaptisées telles Kiki Moleskine, Rolly Rolls , Rita Renoir et bien plus tard Lova Moore. La superbe enregistre quelques disques, reprises érotisées de « Fascination » ou créations à son usage pour affoler encore un peu plus les libidos comme « Ne comptez pas sur moi pour me montrer toute nue! ».

Le Paris de 1950 a les yeux rivés sur les courbes de Rita Cadillac qui semble être la quintessence de la femme. Elle ne trouvera de réelle concurrente en curiosité qu’en la personne de Coccinelle, copie conforme de Martine Carol avant d’être celle de Brigitte Bardot.  Mais comme le tout Paris électrisé le sait, cette blonde pulpeuse fut autrefois un individu du sexe opposé et qui de plus est ne s’effeuille pas en scène. La dame, puisque maintenant dame il y a préfère se marier à Notre Dame et se produire à l’Olympia.

rita cadillac

Quoi qu’il en soit, Rita Cadillac et Coccinelle représentent à elles deux le Paris sublime et dévergondé des cabarets, de la nuit et de ses mystérieux et dangereux sortilèges. Comme au bon temps d’Offenbach, il est impossible en 1950 qu’un provincial passe par la capitale sans passer par un cabaret! (et se faire plumer au champagne tiède, il n’est pas un touriste ou un provincial, il est un cave doublé d’un micheton!)

Le cinéma, bien sûr s’intéressa de très près à ces « attractions  » et sollicita ces dames. Coccinelle détesta l’expérience et regagna ses plumes et ses boys, Rita se piqua au jeu.

Elle débuta, blonde et belle à mourir dès 1954 dans « Soir de Paris » et continua une très honorable carrière, on la retrouvera même fort peu intéressée par les charmes d’Alain Delon dans « Mélodie en Sous-Sol » Rita fut réellement une star et connut une renommée extraordinaire, et strip-teaseuse ou pas, aucune gloire nationale n’aurait rechigné à être surprise en sa compagnie! Lorsque dans les années 60 elle tomba amoureuse d’un beau Grec lors d’une tournée à Athènes, on s’empressa de lui écrire une chanson: J’aime un Athénien » qu’elle introduisit dans son tour de chant. En 1962, elle se produit en marge du festival de la chanson à Beyrouth et le succès est tel que son contrat est reconduit (et augmenté d’autant) de semaine en semaine. Elle aurait pu y rester pour l’éternité si Pierre Grimblat qui l’avait déjà dirigée avec Eddie Constantine dans « Me faire ça à moi » ne lui proposait pas de remettre le couvert avec « L’empire de la nuit ». Le temps qu’elle se libère de l’emprise libanaise, Grimblat l’a remplacée par Elga Andersen!

En 1963, Rita est sur scène avec Tino Rossi à l’ABC avec leur comédie musicale « Le Temps des Guitares » qui triomphe. Et dès le rideau baissé, Rita file donner son tour de chant à « La Dolce Vita », un cabaret de Montparnasse.  »Le Temps de Guitares » partira en tournée , Rita chantant en duo « Le Hully-Gully » avec le vétérans des petits noëls! Bien sûr les temps changèrent, le strip-tease passa de mode avec la nouvelle liberté sexuelle qui déshabillait maintenant les filles dans la rue. Rita se retira dans sa jolie propriété du Calvados et ne fit plus qu’une très éphémère apparition au cinéma en 1981. Dans les années 70, elle s’était illustrée au théâtre et avait joué dans « La Maison de Zaza » (close comme il se doit) avec la vétérane Pauline Carton!

On apprenait sa mort le 4 Avril 1995 après une très longue lutte contre le cancer.

Elle s’éteignit à Deauville où elle repose.

Celine Colassin

cadillac-rita.

QUE VOIR?

1954: Soir de Paris

1960: Me Faire Ca à Moi!: Avec Eddie Constantine et Bernadette Lafont

1962: Cadavres en Vacances: Avec Jeanne Valérie et Philippe Nicaud.

1962: Un Clair de Lune à Monbeuge: Avec Pierre Perrin, Sophie Hardy, Claude Brasseur et Bernadette Lafont.

1962: Dossier 1413: Avec Claudine Dupuis, Jean Danet, Dora Doll et Johnny Hallyday.

1963: Cadavres en Vacances: Avec Simone Renant et Jeanne Valérie

1967: Mélodie en Sous-Sol: Avec Alain Delon

1981: Le Bateau.

Avec le souvenir de Rita Cadillac, il me semble opportun de rendre un hommage à la France des années 50, cette France souvent considérée comme une France triste et sombre soignant encore ses blessures de guerre, ce qui est d’ailleurs vrai. Mais c’est également une France libre, ouverte et disponible, une France respectueuse des femmes et des libertés. La preuve en est faite avec l’existence même de Rita Cadillac. Une strip-teaseuse « star », aimée, reconnue, appréciée d’un public qui trouve tout à fait normal que l’on se déshabille dans une boîte de Pigalle si on l’a choisi (Les femmes n’étaient pas les dernières à l’applaudir, d’ailleurs). Un public qui se réjouit pour elle si elle est amoureuse ! Une France où la transsexuelle Coccinelle se produit à l’Olympia face à un public respectueux qui l’aime et applaudit ses chansons, laquelle Coccinelle, j’aime à le souligner, sa maria en blanc en Notre Dame et fut surtout une star adulée au…Moyen Orient !

Tout cela me semble bien lointain, aujourd’hui, pas à vous?

 

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