samantha eggar

J’ignore si la flamboyante rousse Samantha Eggar aurait pu avoir ascendance plus stricte! Un père major dans l’armée de sa majesté le roi d’Angleterre et une mère d’origine néerlandaise!

Victoria Louise Samantha Marie Elizabeth Thérèse Eggar vient donc au monde à Hamstead, un quartier de Londres, le 5 Mars 1939.  La jeune fille sera élevée au couvent et lors de ses visites familiales, on lui inculquera de très sérieuses notions de discipline, de bienséance et d’économie qui lui feront beaucoup d’usage! La jeune fille se rêvait actrice ce qui bien entendu ne plut que fort modérément à la famille. A moins bien entendu qu’elle se consacre exclusivement à Shakespeare ce qui est une autre affaire au sein des familles anglaises, ne confondons pas saltimbanques et patrimoine culturel! Ainsi donc elle fit, apprit à servir le maître et obtint d’avoir une chambre en ville qui n’était guère plus grande que son lit et une voiture qui n’était elle-même guère plus grande que sa valise!

La jeune comédienne se sentait, comme elle le dit elle-même « un mouton parmi les autres moutons » et ne se sentait pas l’âme batailleuse que dissimulaient sous des moues candides et des sourires éclatants les autres aspirantes à la gloire. Ne se sentant décidément pas faite pour cette lutte que semblait être le monde, elle monta un jour dans sa minuscule voiture et jeta délibérément le tout à la rivière, telle Jeanne Moreau dans « Jules et Jim ».

Pourtant, dès 1961, la télévision britannique fit appel (puisqu’elle ne mourut pas noyée) à ses talent et lui confia un rôle récurrent dans une série à succès: « Rob Roy ». L’année suivante elle débutait au cinéma dans un film très modeste: « The Wild and the Willing » et dans un rôle tout aussi modeste sois dit en passant.

samantha eggar

Elle ne semblait donc pas destinée à une carrière fracassante et se sentait plus mouton que jamais. Elle se maria en 1964 avec l’acteur Tom Stern dont elle dira sans le moindre scrupule « Tom n’est pas un très bon acteur, il n’arrive jamais à exprimer tout à fait sincèrement ses émotions! ». Et dans la foulée, elle refusa de quitter sa chambrette pour un appartement conjugal digne de ce nom. Elle n’avait suffisamment confiance ni en ses dons ni en ceux de son mari pour envisager le moindre projet d’avenir matériel! Son couple n’était pas pour elle une valeur suffisante pour qu’elle accepte d’y investir quoi que ce soit. Et certainement pas sa signature au bas d’un bail locatif! Pourtant, à l’heure de ces décisions aussi inattendues que sages, le destin de Samantha Eggar se scelle déjà. A Hollywood, William Wyler, l’homme à qui Myriam Hopkins, Bette Davis, Audrey Hepburn et même Ben Hur doivent leurs plus grands triomphes vient de lire « Le Collectionneur » et il est tellement enthousiasmé par ce nouveau roman qu’il en achète les droits et renonce à tourner « La Mélodie du Bonheur » pour tourner ce film qui devrait selon lui battre « Psychose » sur son propre terrain.

Il choisit Terence Stamp pour jouer le tueur en série collectionneur de papillons et pour sa fragile victime il choisit Samantha qui passe le casting aussi motivée que si elle le passait pour tourner un publicité pour une margarine dégraissée. William Wyler avait d’abord choisi Julie Christie, mais au cours d’une conversation dont le sujet était les jeunes actrices anglaises aux bonnes manières, Stamp lui déclara sa rancœur pour Samantha qui l’avait éconduit brutalement alors qu’il la draguait au collège. Trouvant qu’elle avait des manières plus strictes que Julie Christie, Wyler fut séduit par cette ancienne rancœur d’école et se régala à l’idée de remettre ces deux-là en présence dans une situation aussi chargée que celle du « Collectionneur ». Plus tard, Terrence Stamp déclarera: « Si j’avais tourné ce film avec Julie Christie et non Samantha Eggar, il serait devenu instantanément un grand classique du cinéma »

samantha eggar

Elle tourna donc ce fameux  » Collectionneur » et vécut le tournage comme la pire aventure de sa vie, pire encore que son plongeon dans la rivière avec sa pauvre voiture! William Wyler la terrorisa littéralement pendant tout le tournage, et ce avec la complicité de Terence Stamp qui n’adressait pas la parole à la pauvre Samantha en dehors des prises de vues! L’actrice perd du poids à vue d’oeil, se couche tous les soirs à neuf heures secouée de crises de larmes sans comprendre que Wyler agit pour la garder sans cesse dans l’émotion choc du personnage car il est clair que l’on apprend pas à affronter les sérials killers dans l’étude des classiques de Shakespeare. Wyler avait vu juste! Le film fait un triomphe (Le Silence des Agneaux lui rend d’ailleurs un vibrant hommage), Terrence et Samantha sont tous les deux couronnés au Festival de Cannes! Bientôt ce sera la voie royale des Oscars où Samantha est nommée pour son rôle mais où elle sera évincée par sa compatriote Julie Christie.

L’actrice devient alors la nouvelle coqueluche d’Hollywood et enchaîne les tournages de prestige. Si elle se fourvoie dans le terrible « Docteur Doolittle » avec Rex Harrisson, Anatole Litvak lui donnera un rôle d’anthologie dans « La Dame dans l’Auto avec des Lunettes et un Fusil » qui sera l’autre grand titre de gloire de Samantha Eggar au cinéma.

Nous étions en 1970, entretemps, Samantha était devenue la maman d’un petit Nicholas puis d’une petite Jenna avant de divorcer en 1971.

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Etrangement, si l’actrice débute les années 70 comme une reine du grand écran couronnée à Cannes et nommée aux Oscars, elle devient très vite une des grandes incontournables de la télévision américaine qui lui fera revisiter le rôle de Deborah Kerr dans « Anna et le Roi » ou celui de Barbara Stanwyck dans « Double Indemnity ». L’histoire de Samantha Eggar pourrait presque déjà se terminer ici car elle traversa les années 80 en étant de toutes les séries mythiques de la décennie, de « Falcon Crest » à « Magnum » ou « Santa Barbara ». Les années 90 seront du même cru. Même si l’âge d’or des grands soaps est désormais révolu. Quant aux années 2000 et 2010 elles peuvent toujours compter sur la belle Samantha Eggar lorsqu’un rôle de femme follement séduisante et d’une distinction rare est à distribuer dans un spectacle de qualité. Et il est bien entendu inutile de dire qu’avec de tels débuts, le nom de Samantha Eggar est associé bien plus souvent qu’à son tour à quelques petits chefs d’oeuvre du cinéma fantastico-épouvantable comme « The Brood » ou « Welcome in Blood City »!

Celine Colassin

samantha eggar

QUE VOIR?

1962: The Wild and the Willing: Avec Virginia Maskell et Paul Rogers

1964: Dr. Crippen: Avec Coral Browne et Donald Pleasance

1964: Psyché 59: Avec Patricia Neal et Curd Jürgens

1965: The Collector: Avec Terence Stamp

1965: Return from the Ashes: Avec Ingrid Thulin et Maximilian Schell

1970: The Lady in the Car, with Glasses and a Gun: Avec Oliver Reed, Stéphane Audran et Bernard Fresson.

1970: The Walking Stick: Avec David Hemmings et Phyllis Calvert

1971: The Light of the Edge of the World: Avec Kirk Douglas, Yul Brynner, Fernando Rey et Jean-Claude Drouot

1977: The Seven per Cent Solution: Avec Vanessa Redgrave, Alan Arkin, Robert Duvall, Laurence Olivier et Joel Grey

1977: Why Shoot the Teacher?: Avec Bud Cord

1978: Battle Force: Avec Helmut Berger, Guillano Gemma, Henri Fonda et Orson Welles

1979: The Brood: Avec Oliver Reed

1980: The Exterminator: Avec Christopher George

1981: The Hot Touch: Avec Marie-France Pisier, Wayne Rogers et Melvyn Douglas

1983: Curtains: Avec George Vernon

1991: Ragin’Cajun: Avec Charlène Tilton et David Heavener

1994: Inevitable Grace: Avec Maxwell Caulfield et Tippi Hedren

1999: The Astronaut’s Wife: Avec Charlize Theron et Johnny Depp

 

 

 

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