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698: BEULAH BONDI

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Beulah Bondi est une incontournable des seconds rôles hollywoodiens à qui il convient d’ouvrir ces pages. Peut-être même y a-il longtemps que cela aurait dû être fait.

Que puis je plaider pour ma défense?

Que l’absolue discrétion dont fit preuve toute sa vie durant miss Beulah Bondi, la grande prêtresse du second rôle me prive de matière a faire un article vraiment digne. Non de sa gloire, mais de sa réputation.

Durant toute sa carrière, miss Bondi arriva au studios, connaissant son texte sur le bout des doigts.

Dès que les habilleuses, les coiffeurs et les maquilleurs la libéraient, elle arrivait sur le plateau, souvent pour y être la mère de James Stewart, jouait ses scènes, donnait le meilleur d’elle-même. Puis, son travail de la journée terminé, elle  faisait le trajet dans l’autre sens, repassant par les mains des habilleuses des coiffeurs et des maquilleurs pour défaire ce qui avait été fait. Puis elle rentrait chez, elle, du moins le présume-on. Elle rentrait dans son mystère.

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Miss Beulah Bondi n’était pas mariée, elle ne le sera jamais. elle n’avait pas d’enfants, elle n’en aura jamais.

On ne lui connait ni scandale ni péché mignon. Tout ce qu’il faut savoir de miss Bondi est là, semble-il. Sur l’écran!

Le 3 Mai 1888 Beulah Bondy naît à Valparaiso.

Valparaiso Indiana, pas Valparaiso Chili.

Elle n’a que huit ans lorsqu’elle se risque sur la scène pour la première fois dans le rôle du petit Lord Fauntleroy. Rôle de petit garçon, certes mais souvent confié à des petites filles telle Mary Pickford. Le petit lord est délicat!

Il y a plusieurs années qu’elle se taille un joli succès personnel à Broadway lorsqu’elle est invitée à Hollywood en 1931. Non parce qu’elle défraie la chronique, non parce que sa beauté fait tourner les têtes les plus solidement vissées, non parce qu’elle connaît des triomphes personnels inouïs.

Simplement, parce que la pièce où elle se produit vient d’être rachetée avec toute sa distribution pour être portée à l’écran.

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La méthode peut nous sembler bien étrange. mais en 1931, elle est on ne peut plus normale.

le cinéma vient de se mettre à parler, quelques unes des plus somptueuses stars de l’écran se sont faites excommunier par le micro. On manque de personnel! Hollywood regorge d’acteurs et de beautés sublimes, pas de comédiens et de voix bien placées.

Or le paradoxe est que le parlant a privé Hollywood de bon nombre d’acteurs mais le public en revanche se presse comme jamais aux portes des cinémas pour « entendre ». En bref il faut faire plus de films avec moins de gens!

Ajoutons à cela que les sujets en préparation étaient destinés à être montrés, pas à être entendus!

Donc on ne manquait pas que d’acteurs, on manquait de rôles adaptés à la nouvelle technique révolutionnaire et passionnante qu’était le son.

Alors si à Broadway il y a des pièces intéressantes à dire et une distribution d’acteurs connaissant leurs rôles sur le bout des doigts, Hollywood achète le tout!

Voici donc Beulah faisant partie du lot! Elle arrive à Hollywood dans une indifférence complète, on a, comme on l’a vu bien d’autres chats à fouetter, et puis Beulah a 42 ans!

Voici donc Beulah sous contrat, ce n’est pas plus mal, on a toujours besoin d’actrices pouvant jouer les gentilles mamans ou les vielles villes revêches ou doucement cinglées!

Hollywood ne pouvait pas alors imaginer ce qui l’attendait!

Le public allait s’enticher de Beulah et la réclamer!

Bientôt les plus prestigieux metteurs en scène ne jureront plus que par elle et la réclameront dès qu’ils le pourront. Parmi eux, King Vidor, le premier à l’avoir dirigée au cinéma.

Mais aussi Clarence Brown, William Wyler et Frank Capra. Ni Marlène Dietrich ni Greta Garbo ne peuvent en dire autant. Plus tard ce sera au tour d’Anthony Mann.

Elle devient la maman officielle de James Stewart au cinéma, elle le sera quatre fois. Non parce que l’acteur l’exige mais parce que le public ne tolèrerait pas que l’on distribue le rôle à une autre actrice!

Ell fera également beaucoup d’usage à Joan Crawford, Barbara Stanwyck, Sylvia Sydney, Fred McMurray et Debbie Reynolds!

Il faut dire que Beulah excelle dans les rôles bienveillants dont le plus bel exemple est peut-être sa directrice d’orphelinat préposée aux adoptions dans « Penny Sérénade » avec Cary Grant et Irène Dunne.

Lorsque l’Amérique entre en guerre et qu’Hollywood dans son élan patriotique enquête pour savoir quelles actrices les valeureux soldats ont envie de voir à l’écran durant leurs permissions, le nom de Beulah Bondi, a la stupéfaction générale viendra s’aligner au côté des noms de Betty Grable, Alice Faye, Ginger Rogers, Carole Landis, Veronica Lake, Lana Turner et Rita Hayworth!

Il va bien falloir l’admettre, le public adore Beulah Bondi et il va falloir lui confier de bons rôles, des rôles plus importants. Si Mary Pickford avait été la petite fiancée de l’Amérique pendant la guerre 14-18, Beulah Bondi sera la maman chérie de l’Amérique pendant la guerre suivante!

Elle est plus que cela encore, elle est le visage de la famille américaine et des valeurs de la nation. Beulah Bondi est le visage du patriotisme.

Ne va-on pas lui confier un premier rôle dans un film taillé sur mesures intitulé « Le Capitaine est une dame »? Succès qui aura des suites telles que  »Elle aussi, c’est un soldat! »

C’est une prouesse étourdissante si on se souvient que Beulah est venue à Hollywood parce que l’on s’intéressait à la pièce qu’elle jouait et non à elle! Les scènes qu’elle avait jouées dans « The Painted Veil » avec Greta Garbo avaient été coupées sans scrupules. Hollywood ne s’aviserait plus jamais de commettre un tel sacrilège!

Les années 40 furent définitivement ses années les plus prospères… Du moins au cinéma!

Car dès 1950, Beulah s’intéresse de très près à la télévision. Et la télévision, il va s’en dire s’intéresse encore plus à elle. Elle est déjà follement aimée du public, maintenant qu’on peut la recevoir dans son salon par le biais du petit écran elle est littéralement idolâtrée!

Elle s’amuse donc à revenir de temps à autre au cinéma, sans doute pour des raisons de prestige lorsque John Farrow ou Delmer Dave la supplient. Après avoir tourné avec Garbo, avec Crawford, elle découvre Lana Turner avant Diana Dors et Debbie Reynolds!

En 1961 elle fête ses 30 ans de carrière et le nombre de ses films devenus des classiques donne le tournis à tout cinéphile digne de ce nom!

Beulah se résous à ralentir le rythme à un film par an, il faut dire qu’elle a allègrement dépassé le cap des soixante dix ans! Mais si elle s’éloigne peu à peu du grand écran, tirant sa révérence définitive en 1963, elle tourne avec allégresse pour la télévision jusqu’en 1976…Elle a 87 ans!

Elle tournerait peut-être encore avec autant d’enthousiasme à 120 ans passé si elle n’avait pas été victime de l’accident le plus bête qui soit!

En Janvier 1981, elle trébuche sur son chat dans sa cuisine. la chute est brutale, elle a des côtes cassées et un poumon perforé. C’est ce qui cause sa fin le 11 Janvier 1981 à l’âge de 91 ans bien tassés.

Beulah qui avait toujours été d’une discrétion absolue sur sa vie privée entendait bien qu’il en reste ainsi après sa mort. Ni hommages, ni fleurs ni couronnes, elle ne voulut même pas de tombe et ses cendres furent dispersées dans le Pacifique comme elle l’avait exigé dans ses dernières volontés

Beulah Bondi

QUE VOIR?

1931: Street Scène: Avec Sylvia Sydney et Estelle Taylor

1932: Rain: Avec Joan Crawford

1934: The Painted Veil: Avec Greta Garbo, George Brent et Herbert Marshall

1934: Finishing School: Avec Frances Dee, Ginger Rogers et Billie Burke

1934: Ready for Love: Avec Ida Lupino et Richard Arlen

1935: The Good Fairy: Avec Margaret Sullavan et Herbert Marshall

1936: The Gorgeous Hussy: Avec Joan Crawford, Robert Taylor et Lionel Barrymore

1936:The Trail of the Lonesome Pine: Avec Sylvia Sydney, Henri Fonda et Fred McMurray

1936: The Moon’s Our Home: Avec Margaret Sullavan et Henri Fonda

1938: The Buccaneer: Avec Franciska Gaal, Fredric March et Margot Grahame

1939: Mr Smith Goes to Washington: Avec James Stewart et Jean Arthur

1940: Remember the Night: Avec Barbara Stanwyck et Fred McMurray

1940: The Capitain is a Lady: Avec Virginia Grey et Charles Coburn

1941: Penny sérénade: Avec Irène Dunne et Cary Grant

1941:The Shepherd of the Hills: Avec Betty Field et John Wayne

1943: Tonight we Raid Calais avec Annabella et John Sutton

1944: She’s a Soldier Too : Avec Nina Foch

1944: I Love a Soldier: Avec Paulette Goddard et Sonny Tuft

1944: Our Hearts Where Young and Gay: Avec Diana Lynn, Gail Russell et Dorothy Gish

1944: The Very Thought of You: Avec Eleanor Parker

1944: And Now, Tomorrow: Avec Loretta Young, Susan Hayward et Alan Ladd

1946: It’s A Wonderful Life: Avec James Stewart et Donna Reed

1946: Sister Kenny: Avec Rosalind Russell

1947: High Conquest: Avec Anna Lee et Gilbert Roland

1948: The Snake Pit: Avec Olivia de Havilland

1949: The Life of Riley: Avec Rosemary DeCamp et William Bendix

1950: The Furies: Avec Barbara Stanwyck

1952: Lone Star: Avec Ava Gardner et Clark Gable

1953: Latin Lovers: Avec Lana Turner et Ricardo Montalban

1954: Track of the Cat: Avec Robert Mitchum, Tab Hunter, Diana Lynn et Teresa Wright

1956: Back From Eternity: Avec Anita Ekberg et Robert Ryan

1957: The Unholy Wife: Avec Diana Dors et Rod Steiger

1959: A Summer Place: Avec Sandra Dee et Dorothy McGuire

1959: The Big Fischerman: Avec Susan Kohner, Martha Hyer et Howard Keel

1961: Tammy, Tell me True: Avec Sandra Dee et John Gavin

1962: The Wonderful World of the Brothers Grimm: Avec Claire Bloom et Laurence Harvey

1963: Tammy and the Doctor: Avec Sandra Dee et Peter Fonda

647: ANN RUTHERFORD

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Lorsque Lucille Mansfield abandonna sa carrière au cinéma pour épouser le ténor John Rutherford, bien qu’ils soient alors tous les deux célèbres, ils n’imaginaient probablement pas que la notoriété de leur fille Thérèse Ann éclipserait à tout jamais la leur.

Thérèse Ann Rutherford vient au monde à Vancouver en Colombie britannique le 2 Novembre 1917. Bientôt sa petite sœur Judith fera son apparition.

Mais les deux fillettes ne garderont que peu de souvenirs de Vancouver. Elles sont très jeunes encore lorsque les Rutherford quittent le Canada pour s’installer à San Francisco.

Et si le climat était plus clément, l’entente du couple ne s’améliora pas pour autant. Bientôt ils allaient divorcer et Lucille gagnerait Los Angeles ses deux filles sous le bras.

Après tout, elle était une actrice de cinéma et Los Angeles devenait la capitale du cinéma! Où pouvait-elle aller d’autre?

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Pour les Rutherford il était acquis que leurs filles seraient elles aussi des actrices. Elles étaient éduquées en ce sens, sans ostentation ni contraintes, un peu comme les pélicans éduquent leurs petits à être plus tard des pélicans!

Anne Rutherford sera, on le sait, à la fois la plus convaincue et la plus douée. Elle touchera ses premiers cachets à sept ans.

Il existe une excellente anecdote à propos de ces juvéniles débuts: La petite demoiselle s’était « pris le chou » avec son professeur de diction et, étant persuadée d’avoir raison, s’était grandement vexée lorsque son professeur lui avait répondu « Et bien alors plus tard vous ferez du cinéma, c’est un métier pour vous, c’est un métier muet! »

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Lorsqu’elle avait bien travaillé à l’école, elle avait la permission d’aller assister aux enregistrements publics des émissions de radio. Elle se présenta donc à l’un des studios qu’elle fréquentait et demanda crânement à passer une audition! Quelques jours plus tard elle avait un rôle dans un feuilleton radiophonique, ce qui équivaut à l’époque à atteindre des sommets puisque les stars de radio sont plus célèbres encore que les stars de cinéma!

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Le professeur était mouché et Anne Rutherford débutait! L’honneur de la famille était sauf!

En 1935, lorsque le cinéma s’intéresse à elle, Ann Rutherford est déjà célèbre à travers tout le continent grâce à la radio.

En 1935, Hollywood est encore sous le choc du bouleversement provoqué par le cinéma parlant. L’hécatombe des stars en place et la recherche effrénée de remplaçants sachant parler est encore dans toutes les mémoires pour ne pas dire tous les cauchemars. On s’était alors tourné vers Broadway et vers la radio et tant pis si ces beaux parleurs n’avaient pas visage de madone ou de dieu grec. On ferait avec!

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Depuis, Hollywood gardait à la fois l’œil et l’oreille tournés vers les scènes et les ondes.

Les vedettes de la radio étaient, je l’ai dit, plus célèbres encore que les stars de cinéma. Tout d’abord parce que la radio était reçue dans des confins où il n’y avait pas de cinéma et ensuite encore, il ne fallait pas se déplacer ni payer pour en profiter il suffisait de tourner un bouton, assis bien au chaud dans son fauteuil!

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Les stars de radio avaient aussi leurs fans magazines, il était aisé pour tout studio de mette un visage sur une voix! Ann Rutherford était ravissante, le studio « Mascot Pictures » fut le premier à l’inviter à l’écran.

Et bien sûr dans un premier rôle! Elle était déjà célèbre et amenait par sa seule présence au sommet de l’affiche une merveilleuse publicité gratuite pour le film!

Mais Mascot n’était pas MGM ou Paramount. Spécialisé en petits westerns de série B, le studio avait un temps rivalisé avec Universal et avait même racheté les studios de Mark Sennett. mais en 1935, alors même qu’Anne signe son contrat et tourne son premier film, le studio négocie sa fusion avec « Republic Pictures ».

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Voilà qui permet de tordre le cou à une erreur récurrente qui voudrait qu’Anne Rutherford ait changé de studio après son premier film. C’est en réalité et tout simplement son studio qui a changé de nom. Elle est restée, comme John Wayne lui aussi sous contrat chez Mascot, là où elle était.

Elle sera donc parachutée dans ce qui reste une spécialité maison: le western, chantant ou non. Et pour atteindre des sommets, elle devra attendre de signer chez MGM.

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C’est là qu’elle aura les deux très grandes chances de sa carrière; Tout d’abord elle est choisie pour être l’éternelle petite fiancée de Mickey Rooney dans la série des Andy Hardy.

Ils reprendront leurs personnages respectifs d’adolescents amoureux treize fois, treize succès!

Et si la légende veut aujourd’hui que le couple star de la série ait été formé par Mickey Rooney et Judy Garland, Judy ne se montrera chez les Hardy que trois fois. Trois fois sur treize!

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Et durant cette période faste, Ann va réussir à persuader Sam Goldwyn de la prêter à David O ‘Selznick qui souhaitait lui confier le rôle d’une des sœurs de Scarlett O’hara dans « Autant en Emporte le Vent ».

Goldwyn ne voulait pas, le rôle était trop insignifiant, mais Ann ne céda pas et insista jusqu’à l’usure.

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Ann-Rutherford, Vivien Leigh et Evelyn Keyes: les Soeurs O’Hara

Hollywood était alors divisé en deux clans: ceux qui pensaient que ce film serait le plus gros bide de l’histoire du cinéma et ne voulaient en être à aucun prix et ceux qui étaient persuadés que le film entrerait immédiatement dans la légende et voulaient à tout prix en être, quitte à beurrer les sandwiches à la cantine et payer pour le faire. Anne était de ceux-là.

Ann Rutherford était donc une actrice très célèbre, lorsque le 31 D2cembre 1942, elle épousait le richissime David May II. Le couple aurait une fille dès l’année suivante: Gloria. Son mariage coïncide avec la fin de sa participation aux « Andy Hardy ». Il est vrai qu’elle n’aurait plus été très crédible!

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Devenue la richissime madame May, Ann Rutherford n’avait plus le besoin d’être sous contrat avec un studio et d’obéir aux ordres au risque d’être « suspendue » si elle n’était pas sage.

Son contrat MGM terminé, elle ne le renouvela pas et devint une « indépendante », assise sur ses millions conjugaux, attendant l’offre qui l’intéresserait.

A l’avènement des années 50, Anne déserte Hollywood pour New-York et le cinéma au profit de la télévision.

En 1953 elle choisit de divorcer et dans la foulée refuse de reprendre du service dans les série des Andy Hardy que l’on envisage de remettre en chantier. Mickey Rooney chargé de la faire fléchir sera purement et simplement envoyé sur les roses: « Ne soyez pas ridicule! Des gens qui ont été amoureux fous l’un de l’autre à 17 ans ne peuvent plus l’être vingt ans plus tard! Ca ne s’est jamais vu, personne n’y croirait et nous serions grotesques » Elle ne changera pas d’avis!

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Etrangement, elle sera plus conciliante avec les différentes commémorations pour « Autant en Emporte le Vent » et acceptera toujours de bonne grâce d’y participer!

Elle reviendra pourtant à Hollywood, dans les années 70 pour un petit baroud d’honneur mais rien qui puisse ajouter encore à sa carrière pourtant prestigieuse.

Elle terminera d’ailleurs plutôt tristement en étant de la pitoyable aventure de « Won Ton, le Chien qui sauva Hollywood ».

Il aurait pu en être autrement si elle avait accepté le rôle de Rose vieillie dans « Titanic » qui lui avait été proposé après que Marguerite Chapman ait décliné l’offre.

Mais sans doute sa fine acuité de 1939 qui l’avait faite croire en « Autant en Emporte le Vent » l’avait-elle quittée en 1997 et ne crut-elle pas au succès de cette resucée du plus célèbre naufrage du monde!

Ann Rutherford s’était remariée une seconde fois le 7 Octobre 1953, soit quatre mois après son divorce, avec William Dozier, ex mari de Joan Fontaine, et qui restera célèbre pour avoir été le premier à mettre en scène, pour la télévision, un certain superhéros nommé Batman.  Il laissa Anne veuve en 1991.

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Anne vivra ensuite avec Al Morley jusqu’à sa propre fin. Elle s’éteint de sa belle mort dans sa villa de Beverly Hills le 11 Juin 2012. Son cœur faiblissait et l’actrice savait sa fin proche sans qu’elle n’en fasse tout un drame, estimant qu’elle avait vécu une vie parfaite. Une enfance heureuse, un métier qu’elle aimait, qui avait fait d’elle une femme riche, célèbre et respectée, des amours heureuses, une fille merveilleuse et une excellente santé. Les meilleures choses ayant une fin, elle estimait qu’il en était bien ainsi, elle avait 94 ans.

Anne avait exprimé le souhait de reposer au côté de son second mari William Dozier et ainsi fut fait.

Celine Colassin

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QUE VOIR?

1935: Waterfront Lady: Avec Frank Albertson

1935: The Singing Vagabond: Avec Gene Autry

1936: The Harvester: Avec Alice Brady

1936: The Lawless Nineties: Avec John Wayne

1937: You’re Only Young Once: Avec Cecilia Parker, Lewis Stone et Mickey Rooney

1938: Of Human Hearts: Avec James Stewart, Beulah Bondi et Walter Hudson

1938: Judge Hardy’s Children: Avec Mickey Rooney et Lewis Stone

1938: Love Finds Andy Hardy: Avec Mickey Rooney, Lana Turner et Judy Garland

1938: Out West with the Hardy’s: Avec Mickey Rooney, Lewis Stone et Fay Holden

1939: Angel of Mercy: court métrage avec John Nesbitt

1939: The Hardys Ride Hight: Avec Mickey Rooney, Lewis Stone et Virginia Grey

1939: Andy Hardy Gets Spring Fever: Avec Mickey Rooney, Lewis Stone  et Sara Haden

1939: Judge Hardy an Son: Avec Mickey Rooney, Lewis Stone et Martha O’Driscoll

1939: These Glamour Girls: Avec Lana Turner et Lew Ayres

1939: Four Girls in White: Avec Florence Rice

1939: Gone With the Wind: Avec Vivien Leigh et Evelyn Keyes

1940: Pride and Préjudice: Avec Greer Garson et Laurence Olivier

1940: The Ghost Comes Home: Avec Billie Burke et Frank Morgan

1940: Keeping Company: Avec Frank Morgan

1940: Andy Hardy’s Dilemma: A Lesson in Mathematics… and Other Things (court métrage)

1940: Andy Hardy Meets Debutante: Avec Mickey Rooney, Lewis Stone et Judy Garland

1941: Andy Hardy’s Private Secretary: Avec Mickey Rooney, Kathryn Grayson et Lewis Stone

1941: Whistling in the Dark: Avec Red Skelton

1941: Life Begins for Andy Hardy: Avec Mickey Rooney, Judy Garland et Lewis Stone

1941: Washington Melodrama: Avec Frank Morgan et Dan Dailey

1941: Badlands of Dakota: Avec Robert Stack et Frances Farmer

1942: This Time for Keeps: Avec Robert Sterling et Irène Rich

1942: The Courtship for Andy Hardy: Avec Mickey Rooney, Donna Reed et Lewis Stone

1942: Andy Hardy’s Double Life: Avec Mickey Rooney, Esther Williams et Lewis Stone

1942: Orchestra Wives: Avec Glenn Miller et Marion Hutton

1946: The Madonna’s Secret: Avec Gail Patrick et Francis Lederer

1947: La Vie Secrète de Walter Mitty: Avec Virginia Mayo et Danny Kaye

1948: Adventures of Don Juan: Avec Viveca Lindfors et Errol Flynn

1950: Operation Haylift: Avec Bill Marshall

1954: The Runaway Bus: Avec Belinda Lee, Lisa Gastoni et Petula Clark

1972: They Only Kill Their Masters: Avec Katharine Ross James Gardner

1976: Won Ton Ton, The Dog Who Saved Hollywood

633: MARY WICKES

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Je vous avais promis, chers lecteurs cinéphiles lorsque j’ai ouvert le deuxième tome de ces « Etoiles Filantes » que je complèterais cette constellation de portraits en y ajoutant des articles consacrés aux « seconds couteaux » de légende.

Ces actrices qui au fil du siècle n’ont peut-être pas donné au cinéma ses lettres de noblesse mais ont été un gage de qualité pour les films où elles paraissaient. Et pour tout dire la garantie de notre plaisir.

Ces femmes que nous avons plus aimées qu’admirées, ces actrices de première force que l’on retrouve presque par surprise mais toujours avec plaisir dans l’ombre que leur font les grandes étoiles et dont la filmographie nous laisse soudain pantois et émerveillés.

Ces femmes telles Dominique Davray, Marthe Villalonga, Kathleen Freeman, Estelle Winwood, Jane Marken, Helen Broderick et tant d’autres, ces actrices que j’ai tant de plaisir à « croquer » dans ces pages même si retracer leur parcour personnel relève du pensum. La presse s’est toujours inquiété de savoir comment Marilyn Monroe obtenait sa nuance de rouge à lèvres ou si le fauteuil en rotin de Sylvia Kristel était confortable, mais de là à interviewer Gabrielle Fontan, point trop n’en fallait demander!

Mary Wickes  The Man Who Came to Dinner (1942)

Je vous invite aujourd’hui à retrouver l’une des plus extraordinaires d’entre elles: Mary Wickes

Mary Isabella Wickenhauser vient au monde le 13 Juin 1910 à Saint Louis dans le Missouri et se dépêchera de raccourcir son encombrant patronyme qui n’aurait pas tenu en entier sur un fronton de théâtre! Je reviendrai plus tard sur cette date de naissance sujette à caution.

Ses parents, Frank et Mary Isabella mère sont des immigrés irlandais très pieux et qui ne badinent pas avec l’éducation, même des filles! Notre héroïne, le futur clown du cinéma sortira diplômée de science pô!

Autant dire que si elle avait dit à papa et maman qu’elle voulait  monter sur les planches elle aurait connu le bûcher ou tout du moins le cachot ou  le couvent!

Elle devra donc attendre sa majorité et avoir gagné quelques sous pour tenter sa chance à Broadway et surgir sur les planches avec le jeune Henri Fonda peu décontenancé par sa taille proprement gigantesque pour son époque, handicap auquel elle n’avait pas du tout pensé!

Mary était consciente de n’avoir pas la beauté ravageuse d’une Joan Crawford, ni le glamour d’une Thelma Todd ni même l’élégance un tantinet compassée d’une Norma Shearer, mais elle était bien loin d’être un épouvantail! Si ce n’était cette taille rocambolesque!

Il était clair qu’elle ne serait pas Juliette, elle ne serait même pas Mary Pickford, si elle voulait briller, il allait falloir trouver autre chose que les rôles de charmantes!

Elle décida alors de faire de ce handicap une aubaine et elle accentua encore sa stature impressionnante d’une démarche rapide et masculine, d’une voix forte et de  gestes brusques! Genre dans lequel elle n’avait aucune concurrence puisqu’elle créait l’emploi! Et tant qu’elle y était, elle se vieillit de six ans pour faire plus « vieille fille » Mary Wickes était née en 1916 et non 1910, mais il faudra attendre son acte de décès pour découvrir cette judicieuse petite opération marketing.

Orson Welles sera le premier intrigué, puis c’est la Warner qui ayant entendu parler de cet étrange phénomène l’invita à Hollywood rejoindre le staff du studio. Mary Wickes, cabotine dans l’âme va tout oser, même de faire le pitre dans les films hautement dramatiques de Bette Davis! Laquelle lui arrivant péniblement au genou ne fit pas de commentaires! Abbott et Costello feront moins les dégoûtés et bientôt, Doris Day, Danny Kaye et Lucille Ball vont se l’arracher!

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Mary s’est fait une spécialité des personnages de grandes bringues volontiers blagueuses mais vite offusquée des plaisanteries des autres ce qui lui permet de tirer des têtes scandalisées qui font hurler le public de rire!

Le principe est souvent le même: Mary fait une remarque avec un sous entendu très drôle et probablement grivois à un personnage. le personnage mis en confiance lui répond d’une autre blague à sous entendu. Mary se marre un peu car en fait elle n’ a pas compris, puis comprend enfin et tire une tête outrée devant le pauvre personnage qui ne sait plus où se mettre. La drôlerie de l’ensemble vient du fait que c’est Mary elle-même qui a incité le personnage à sortir de sa réserve polie. Elle a d’ailleurs souvent une autorité quelconque sur  ce pauvre bougre ce qui rend sa situation encore plus délicate pour lui!

Son personnage, toujours secondaire varie peu d’un film à l’autre. En ces temps lointains les studios vous collaient une étiquette et s’en débarrasser relevait de l’impossible. Et puis Mary était estampillée second rôle, on ne débloquait pas des budgets sur une tête pareille! On n’avait pas encore inventé Barbra Streisand! Ses rôles sont généralement des sortes de numéros que les scénaristes ont rajouté à des scénarii un peu mièvres afin de faire pétiller à la fois l’actrice et le film comme c’est le cas dans « Mademoiselle Swing » où elle apprend à Michèle Morgan à bien se tenir!

Au milieu des années 50, la télévision étant de plus en plus populaire, Mary Wickes y sera de plus en plus présente. D’abord flanquée de Lucille Ball puis engagée par Disney qui fait d’elle un des personnages majeurs du « Mickey Mouse Club ». En 1966, elle connaît un triomphe personnel aux côtés de Rosalind Russell en religieuses pour « The Trouble with Angels ». Le film marquera les mémoires et inspirera 30 ans plus tard la série des « Sister Act ». La production partant à la recherche des bonnes sœurs survivantes du film de 1966. Bien entendu, Mary Wickes était bel et bien là, fidèle au poste! Elle reprit du service sous cornette et connut deux nouveaux triomphes personnels aux côtés cette fois de Whoopi Goldberg et Maggie Smith.

Devenue un des piliers du spectacle américain, elle passe des shows tv de Doris et Lucille aux planches de Broadway avant de revenir au cinéma, le temps ne semble pas avoir de prise sur Mary Wickes.

Elle était toujours active et venait de terminer « Little Women » avec Winona Ryder lorsque sa santé chancela. Il faut dire qu’elle avait officiellement allègrement dépassé les 80 ans, ce qui forçait l’admiration et était toujours bien trop occupée pour écouter ses signaux d’alertes physiques de plus en plus fréquents.

Mary Wickes souffrait d’un cancer du sein non diagnostiqué lorsqu’elle fut hospitalisée pour des problèmes rénaux. A peine arrivée à l’hôpital, incapable de tenir en place, elle s’était levée de son lit et s’était cassé la hanche! Elle fut emportée par sa maladie qui provoqua une hémorragie fatale quelques jours plus tard.

C’était le 22 Octobre 1995. L’impayable artiste officiellement avait 85 ans, en réalité 79 et venait de terminer « Le Bossu de Notre Dame », un dessin animé Disney où elle prêtait sa voix à une gargouille!

Restée célibataire et sans enfants, Mary Wickes avait souhaité reposer auprès de ses chers parents et fut inhumée à leurs côtés dans l’Illinois. Sa voisine de palier , la vétérane Fay Wray fut dévastée de chagrin à la perte de sa fantasque voisine.

L’actrice défunte fut amèrement pleurée par ceux qui l’avaient côtoyée. Avant que l’actrice ne soit incinérée et ne rejoigne l’Illinois, un service funèbre fut organisé à Los Angeles. A la fin de celui-ci lorsque les employés des pompes funèbres reprirent le cercueil, une des poignées céda et on entendit le bruit sourd à l’intérieur du corps bousculé de l’actrice. Un dernier petit gag bien dans son style avant l’ultime tomber de rideau.

Le temps passant n’a pas altéré son souvenir contrairement à d’autres vedettes bien plus célèbres qu’elle en leur temps et l’avènement d’internet l’a faite découvrir à une nouvelle génération de fans. Ne serait-ce que par son personnage de madame Lamont, professeur de ballet classique dans l’épisode « Le Ballet » dans la série « I Love Lucy » tourné en 1952 et qui fait le buzz bien plus d’un demi siècle plus tard!

Mary était une amie très intime de Lucille Ball et de Vivian Vance alias Ethel dans la série  » Love Lucy ». Vivian partit en éclaireuse en s’éteignant bien avant ses amies. Elle souffrait d’un cancer du sein qui s’était ensuite attaqué à ses os. Lucille et Mary souhaitant dire adieu à leur amie n’eurent pas le courage de la visite rune dernière fois et y allèrent ensemble. En sortant de chez Vivian, elles repartirent bras dessus bras dessous dans la rue et dès qu’elles eurent tourné le coin elles se mirent à pleurer de désespoir. Mary commenta « On braillait comme deux bœufs désespérés devant un abattoir, je suis sûre que les gens qui nous ont croisées ont cru qu’on tournait un film burlesque »

Celine Colassin

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I love lucy Lucille Ball et Mary Wickes

L’engouement constant autour de son art et sa personne lui valut une étoile posthume sur le « Walk of Fame », posée en 2004. Hollywood lui devait bien ça! Plus d’un demi siècle passé à nous faire rire tout en inspirant à Disney le personnage de Cruella dont elle était bien entendu la voix!

« Mary Wickes est une vraie superstar, car même si personne ne connaît son nom, tout le monde connaît sa tête! » Doris Day.

Doris n’aurait pu mieux dire, car non seulement Mary côtoya durant sa carrière un demi siècle de grandes vedettes de premier plan, depuis Bette Davis, Lucille Ball, Jane Wyman, Glenn Ford, Spencer Tracy, Olivia de Havilland, Rosalind Russell, Doris Day, Shirley MacLaine, Jennifer Jones, Jack Lemmon, Maggie Smith et Roger Moore jusqu’à Susan Sarandon, Jodie Foster, Meryl Streep, Michael Douglas, Whoopi Goldberg, Diane Lane et Claire Danes!

Mais elle fut une grande et fidèle amie des plus puissantes stars de son époque et il était inconcevable qu’elles ne fassent pas appel à ses services lors de leurs shows télévisés, qu’il s’agisse de Lucille Ball ou Doris Day, les plus fidèles d’entre les fidèles mais aussi de Red Skelton, Dinah Shore, Angela Lansbury, Shirley Temple, Bob Hope, Donna Reed, Debbie Reynolds ou James Stewart!

Je crois sincèrement que personne ne peut dire mieux!

Celine Colassin

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QUE VOIR?

1938: Too Much Johnson (court métrage) Avec Joseph Cotten et Orson Welles

1936: Seeing Red (court métrage): Avec Red Skelton

1942: Now Voyager: Avec Bette Davis et Paul Henreid

1942: Who Done It? Avec Bud Abbott et Lou Costello

1942: The Man Who Came to Dinner: Avec Bette Davis, Ann Sheridan et Billie Burke

1943: How’s About It?: Avec les Andrews Sisters

1948: June Bride: Avec Bette Davis et Robert Montgomery

1949: Anna Lucastra: Avec Paulette Goddard

1950: The Petty Girl: Avec Joan Caulfield et Elsa Lanchester

1951: I’ll See You in My Dreams: Avec Doris Day et Patrice Wymore

1952: The Story of Will Rogers: Avec Will Rogers jr. et Jane Wyman

1952:Young Man with Ideas: Avec Ruth Roman, Denise Darcel et Glenn Ford

1953: By the Light of the Silvery Moon: Avec Doris Day

1953: The Actress: Avec Jran Simmons, Teresa Wright et Spencer Tracy

1954: Destry: Avec Audie Murphy et Mari Blanchard

1954: White Christmas; Avec Vera Ellen, Bing Crosby, Danny Kaye et Rosemary Clooney

1954: Pa et Ma Kettle at Home: Avec Marjorie Main et Percy Kilbride

1955: Good Morning, Miss Dove: Avec Jennifer Jones et Robert Stack

1958: The Proud Rebel: Avec Olivia de Havilland et Alan Ladd

1961: The Sins of Rachel Cade: Avec Angie Dickinson et Roger Moore

1962: The Music Man: Avec Shirley Jones et Robert Preston

1964: Fate is the Hunter: Avec Nancy Kwan et Glenn Ford

1965: How to Murder your Wife: Avec Virna Lisi, Jack Lemmon et Claire Trevor

1966: The Trouble with Angels: Avec Rosalind Russell

1967: The Spirit is Willing: Avec Vera Miles et Cid Caesar

1972: Napoléon and Samantha: Avec Jodie Foster et Michael Douglas

1972: Snowball Express: Avec Nancy Olson et Dean Jones

1978: The Great Brain: Avec Jimmy Osmond

1980: Touched by Love: Avec Diane Lane et Deborah Raffin

1990: Poscards from the Edge: Avec Meryl Streep et Shirley MacLaine

1992: Sister Act: Avec Whoopi Goldberg et Maggie Smith

1993: Sister Act II: Avec Whoopi Goldberg et Maggie Smith

1994: Little Women: Avec Winona Ryder, Susan Sarandon et Claire Danes

 

591: JEANNE EAGELS

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« Je suis la plus grande actrice du monde, mais comme tout le monde s’en fout je suis le plus grand échec du monde » Ainsi parlait d’elle-même Jeanne Eagels peu avant sa mort mystérieuse et prématurée à l’âge de 39 ans.

La vie en effet n’avait pas épargné la très belle Jeanne Eagels, quelques articles mensongers lors de sa mort achèveront de brouiller son image et ternir son souvenir.

Et puis le coup de grâce à sa mémoire sera donné par George Sidney qui, en 1957, porte sa vie à l’écran; Confiant le soin à Kim Novak d’incarner l’actrice disparue dans un faux biopic qui n’aura aucun rapport, même lointain avec la vie, les amours et la mort de Jeanne Eagels.

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Dans le film que le public prit pour argent comptant, on y voit Jeanne-Eagels-Kim Novak en cambrousarde vulgaire et colérique perdre un concours de beauté, trouver du travail dans un cirque, en épouser le parton Jeff Chandler, et dévorée d’ambition se hisser au sommet des affiches de Broadway sans aucun scrupule, saoûle comme une bourrique du début à la fin; N’hésitant pas à voler une pièce à une actrice sur le déclin qui en saute par la fenêtre de dépit. Ceci avant que Jeanne-Kim elle même ne rendre son âme au diable dans un dernier océan de Gin. Le tout sous les yeux de Chandler qui bien entendu, puisqu’on est à Hollywood, ne cesse jamais de l’aimer, impuissant à la sauver de ses excès de bibine!

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Si la Columbia ne reculait devant rien en 1957,quitte à se faire poursuivre devant les tribunaux par la famille de Jeanne Eagels pour diffamation, tentons ici, non de réhabiliter la mémoire de Jeanne Eagels; Mais au moins de retracer son destin d’une manière plus conforme à la réalité. Réalité qui paradoxalement est beaucoup plus troublante et intéressante que le cinéma de monsieur Sidney.

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Eugenia Eagles naît à Boston, le 26 Juin 1890 mais grandira à Kansas City dans le Missouri. Ses parents Edward et Julia on déjà eu un premier enfant à la naissance d’Eugenia, ils en auront encore quatre. Les Eagles ne sont pas riches et leur vie déjà miséreuse vire au drame lorsqu’Edward décède, le 14 Février 1910 alors qu’Eugénia n’a que 9 ans. Julia reste seule, veuve de 44 ans avec six enfant à nourrir. Deux grandes filles, quatre petits garçons.

A la rentrée suivante, Eugénia ne retournera pas à l’école, il faut travailler, il faut survivre.

Pour affronter sa vie misérable, la petite Eugénia n’a qu’un seul rêve, une seule idole: une photo de la tragédienne française Sarah Bernhardt qui la fascine comme si elle était une sublime créature venue d’un autre monde pour l’émerveiller. Il va sans dire que si l’illustre Sarah se produisit à New-York, elle ne mit jamais le pied à Kansas City et que Jeanne ne l’avait jamais vue jouer!

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marlene dietrich? Non, Jeanne Eagels!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle balayait les épiceries et faisait mille petit boulots pour survivre avec sa famille, toujours à l’affût d’une nouvelle opportunité de gagner un dollar.

C’est ainsi qu’elle fit ses débuts au théâtre! les troupes en tournée avaient l’habitude de recruter leurs figurants dans les villes où ils allaient jouer, ca leur revenait bien moins cher que de véhiculer une bouche à nourrir de plus a travers tout le pays sous prétexte qu’il fallait trimballer une halbarde sur scène. Et puis, il n’était pas rare que tous les fermier du coin viennent au spectacle parce que la fille du meunier « jouait ». Ca faisait des spectateurs en plus!

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Eugenia devint fossoyeur dans « Hamlet ». Hamlet, la pièce que la divine Sarah si chère à son coeur avait jouée si merveilleusement disait-on dans les gazettes.

Devenue Jeanne Eagels, elle se souviendra que pliée en deux sous une large cagoule, faisant semblant de besogner son faux trou pour qu’on y flanque l’Ophélie du soir, elle connaissait par coeur la totalité des répliques de la pièce sans les avoir apprises et se les disait en même temps que les acteurs les déclamaient.

Le jeune fille fut littéralement dévorée par le démon du théâtre au point de ne plus respirer correctement quand elle n’était pas sur scène à creuser son trou imaginaire.

Elle serait actrice ou ne serait pas. Pour elle ce n’était pas une question de rêve ou d’ambition, c’était une question de survie.

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Jeanne Eagels a Ziegfeld Girl

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La jeune Eugénia qui travaille maintenant dans un grand magasin comme vendeuse est à l’affût de toutes les troupes en tournée qui posent leurs décors à Kansas City pour solliciter un rôle, aussi modeste soit-il.

Elle a quinze ans lorsque les célèbres frères Dubinsky arrivent à leur tour. Elle n’a que quinze ans et une beauté saisissante. Ses yeux d’un bleu vif dévorent les traits fins de son visage et peuvent évoquer toute la tendresse du monde comme le métal glacé d’une lame de rasoir.

Elle obtient un petit rôle, à peine mieux que ses figurations habituelles mais elle a pour la première fois quelque chose à dire et à faire. Elle le fit si bien que les Dubinsky l’engagèrent dans la troupe et qu’elle quitta Kansas City avec eux et pour la première fois de sa vie. Bientôt elle deviendrait madame Morris Dubinsky.

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Ce mariage sera couronné par la naissance d’un enfant, mais un mystère plane toujours sur la maternité de la très jeune madame Dubinsky. Il est certain qu’après la naissance de son enfant elle sombra dans une profonde dépression. Certaines sources affirment que le bébé fut adopté par des amis très proches mais c’est Jeanne Eagels qui sema elle-même un doute en disant un jour « Evidemment que je ne parle jamais de ça, vous pensez que je ferais rêver le public en lui disant que je suis la mère d’un enfant mort? »

Il se peut donc que Jeanne Eagels ait sombré en dépression parce que son enfant était mort et non parce que l’idée d’être mère lui était intolérable.

C’est Morris Dubinsky qui pour la sortir de sa torpeur l’incita à se présenter à des auditions pour des spectacles sur Broadway. Jusque là elle n’avait travaillé que dans la troupe conjugale même si elle tenait maintenant les premiers rôles, l’idée se se confronter à d’autres avis et rencontrer d’autres professionnels la galvanisa.

Jeanne Eagels tenta sa chance et n’essuya aucun refus, sa beauté était littéralement fracassante et sa voix était claire, forte et bien placée. Elle joua donc quelques rôles puis fut repérée par Florenz Ziegfeld lui-même qui en fit une de ses reines de beauté.

Jeanne devenait célèbre, elle changea l’ordre des lettres de son nom, trouvant que Eagles en lettres lumineuses donnait moins bien que Eagels sur le fronton du New Amsterdam, le théâtre le plus chic et le plus cher  de New-York.

Les Ziegfld girls étaient considérées comme les plus belles femmes du monde, et Jeanne Eagels était la plus belle des Ziegfeld Girls. Elle avait même le privilège de donner la réplique à madame Ziegfeld en personne à savoir Billie Burke.

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Elle accepta de donner également la réplique au travesti Julian Eltinge, ne détestant pas scandaliser quelque peu le bourgeois, puis devint la partenaire de la superstar George Arliss dans trois pièces à succès.

Divorcée de Morris Dubinsky, il se pourrait qu’elle ait été très brièvement mariée à l’acteur John Barrymore. le département publicité de la MGM où les deux acteurs seront bientôt sous contrat ayant préféré « étouffer » ces brèves épousailles entre amateurs de dive bouteille, il n’existe de pas preuve irréfutable de cette union.

Lorsque le cinéma deviendra parlant, le nouveau studio de Jeanne, la Paramount, rayera ses films muets de l’histoire du cinéma en clamant dans sa publicité pour « Jalousie » que ce n’était que le second film de la sensationnelle actrice!

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Mais revenons en à l’époque  »Ziegfeld ». Il était donc impensable alors qu’avec une telle renommée de beauté’elle ne fit pas de cinéma! Elle débuta donc devant les caméras en 1915 et fascinée par ce nouveau mode d’expression, dès l’année suivante elle s’essayait à la mise en scène! En 1917 elle avait été la vedette de trois films, et en avait réalisé deux! Elle était riche célèbre et adulée, la petite fille du Kansas allait pouvoir enfin réaliser son rêve. la fin de la guerre en Europe n’était plus qu’une question de semaines disait-on, elle allait pouvoir s’embarquer vers la France et aller à Paris applaudir et qui sait rencontrer sa si chère Sarah Bernhardt

Elle allait rencontrer et s’enticher d’une actrice américaine exilée en France, Berverly Sitgreaves (Agnès Moorhead dans le film de Sidney) qui avait eu le privilège de donner la réplique à Sarah. Jeanne l’engagera comme coach, suivant religieusement son enseignement durant six ans. Ceci est un fait clairement établi alors que la légende de Jeanne Eagels la présente toujours comme une actrice de pur instinct sans aucune formation.

Rentrée en Amérique avec sa coach, Jeanne Eagels déclare: « Je suis incapable de dire si je préfère le cinéma ou le théâtre, je crois donc que je vais continuer à me consacrer aux deux! »

C’est ce qu’elle fit et partout les critiques furent dithirambiques, ce qui n’empêchait pas sa réputation de péricliter. l’actrice avait un très sérieux penchant pour la boisson, et si dans les années 40 et 50 ce serait très chic de se promener en public le verre de bourbon à la main quand on est une célébrité, Jeanne Eagels est une star au temps de la prohibition. L’alcool c’est satan et bien vite on considère comme un fait acquis qu’elle se drogue et se roule dans la luxure, d’aillleurs on le présume de la plupart des actrices, c’est croit-on leur lot quotidien. Jeanne Eagels est d’autant plus considérée comme une fille perdue qu’elle est devenue blonde platine dès son engagement chez Ziegfeld. Quinze ans avant une certaine Jean Harlow qui verra sa couleur de cheveux considérée comme de la pornographie en 1930, que dire de Jeanne Eagels en 1915?

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Elle se remariera en 1925 avec Edward H. Coy. Un bellâtre qui se veut couturier mais dont la réputation tient à ses exploits sportifs quand il était étudiant à Yale. Il est lui aussi alcoolique notoire et mourra de ses excès à 47 ans. Bien entendu durant leur mariage, chaque fois que l’on verra Coy aviné à New-York ce sera de la faute de Jeanne même si elle est à Paris ou à Los Angeles!

L’actrice qui serait probablement diagnostiquée aujourd’hui souffrant de troubles bi-polaires, passait de la joie extrême à l’abattement le plus profond. travaillant jusqu’à l’épuisement, puis soudain disparaissant en laissant en plan tournage ou représentation théâtrale, son comportement erratique était mis sur le compte de ses excès. Elle sera suspendue durant dix-huit mois par le syndicat des acteurs qui lui interdit l’accès aux scènes américaines. « Je vous emmerde et je jouerait quand même,quitte à ouvrir mon proporé théâtre! je suis Jeanne Eagels » fut la réponse qui claqua comme un coup de fouet à la une de tous les journaux!

Mais Jeanne Eagels ne s’offrit pas de théâtre elle s’offrit un magnifique ranch à la campagne où elle pourrait enfin avoir autant de chiens qu’elle le voudrait. Elle en aura en permanance une trentaine jusqu’à l’heure de sa mort.

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Au cinéma aussi elle aura des errements qui lui vaudront beaucoup d’ennuis et quelques brochettes d’ennemis. Monte Bell qui la dirige dans « Man, Woman and Sin »  avec John Gilbert exige que la MGM rompe le contrat de l’actrice , ce qui fut fait. Puis faisant amende honorable, c’est lui qui incite Paramout à lui offrir le même contrat que celui perdu chez MGM.

Lorsque John Gilbert sera ridiculisé en passant au cinéma parlant, Jeanne dont il avait été l’amant durant leur tournage commun prit seule sa défense « Si on lui faisait dire des textes moins débiles, le public ne se torderait pas de rire chaque fois qu’il ouvre la bouche! »

Et avec le recul, force est de constater que la voix de John Gilbert n’a rien de mièvre et qu’en effet, dans le film où il fit hurler de rire, on s’était contenté en guise de dialogues de lui faire lire les intertitres en carton que le public lisait encore lui-même quelques semaines auparavant.

Jeanne Eagels aimait le cinéma mais n’aimait pas son industrie , elle n’aimait pas ces stars déifiées par un public qui les applaudissait dans n’importe quoi! « Je veux que le public m’aime parce qu’il aime ce que je fais, pas parce que je suis en couverture de Photoplay et que je couche avec John Gilbert! »

Elle détestait également la publicité orchestrée par les studios et déclara un jour: « Le problème avec ce que l’on dit de moi dans les journaux, c’est que parfois les choses s’écartent un tout petit peu de la réalité, mais dieu merci, le public sait que la plupart du temps, tout est faux du premier au dernier mot! »

George Arliss qui fut son partenaire un temps attitré ne tarissait pas d’éloges à son propos alors que Leslie Howard n’aura de cesse de la traîner dans la boue. Il faut dire qu’un soir, alors qu’ils jouaient ensemble un « hit » à Broadway, Leslie Howard entame son monologue, son grand moment, face à Jeanne censée l’écouter religieusement. Mais ce soir là, trouvant Howard ennuyeux, elle se lève et l’interromp « Je vais boire un coup, je reviens! » Bientôt le public viendrait voir la pièce surtout pour celui des deux qui quitterait la scène le premier, car monsieur Howard aussi, avait ses humeurs! la pièce s’appelait « Mon Amant en carton » et un soir qu’ils ont tenu jusqu’à la fin et que Leslie Howard est plus applaudi qu’elle , elle lance au public: « Merci pour lui! merci pour mon amant en carton! »

Leslie Howard ne pardonna pas, mais il faut dire aussi qu’il aurait volontiers fermé l’acccès au métier d ‘acteur à tout qui n’était pas de noble extraction. Il traîna volontiers Bette Davis, son autre partenaire haïe dans la même boue parce que son seul tort était de n’être pas bien née! Il préféra donc ne plus avoir affaire à elles et se teindre les cheveux en orange pour jouer avec une fadeur extrême Hasley Wilks dans « Autant en Emporte le Vent » avec les très distinguées et d’excellente naissance Vivien Leigh et Olivia de Havilland.

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Mais Jeanne Eagels avait aussi ses fans inconditionnels! David Belasco, célèbre impresario et propriétaire d’un théâtre à son nom depuis 1907 tomba follement, éperdument amoureux de Jeanne Eagels dès qu’il la vit pour la première fois, inconnue sollicitant alors un petit rôle dans son théâtre. Il lui sera d’une fidélité exemplaire toute sa vie et par delà la mort puisqu’il prendra sa défense d’une manière aussi touchante que naïve; affirmant qu’elle était une créature aussi douce que belle, d’une humeur joyeuse et constante, une actrice de génie, sobre comme une photo de cactus, ne buvant que rarement et…sur prescription médicale pour gagner un peu de force grâce à la bière brune et au vin de Malaga!

Gageons que Jeanne elle-même en aurait bien ri!

Sa carrière théâtrale connut son point culminant avec « Rain » de Somerset Maugham. Une pièce scandaleuse où une prostituée coincée sur une île du pacifique pousse involontairement un homme de robe au suicide. Jeanne Eagels fit un triomphe inouï et la pièce allait partir en tournée quatre ans après 246 représentations!

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Lorsque la pièce reviendra à Nrew-York, fait rarissime, elle retrouvera l’affiche et Jeanne la jouera encore 648 fois! 648 nouveaux triomphes!

Mais il est faux de croire que Jeanne Eagels ait volé quoi que ce soit à une actrice en désaveu qui se serait suicidée de dépit pendant que Jeanne triomphait dans « sa » pièce. En réalité lorsque le rideau se lève pour la première fois sur Jeanne Eagels dans « Rain », la pièce se jouait déjà dans un autre théâtre avec une autre actrice et le succès n’était pas au rendez-vous. Mais Jeanne Eagels, plus jeune, plus belle et peut-être plus talentueuse, avait également un flair invincible pour tout ce qui touchait à l’art dramatique. Et pendant que la pièce se jouait « telle quelle » dans l’autre théâtre, elle n’hésita pas à faire modifier le second acte par Maugham lui-même. Le dramaturge donna raison en tout point à l’actrice et la pièce encore jouée aujourd’hui est celle voulue par Jeanne Eagels et non l’originale dont le texte s’est perdu et avec lui le souvenir de l’actrice qui l’avait jouée.

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La légende veut aussi que Jeanne Eagels, bien trop erratique et avinée perdit le rôle au profit de Gloria Swanson lorsque la  pièce fut portée à l’écran. Une fois encore c’est faux. En fait la toute puissante et toute jeune censure interdit purement et simplement aux studios de porter cette histoire outrageante à l’écran.

Gloria Swanson alors en perte de popularité avait adoré voir Jeanne dans « Rain » et l’avait applaudie à tout rompre plusieurs fois. Devenue depuis peu productrice indépendante, elle était à l’affut de bons rôles et sauta sur l’occasion. Elle acheta les droits et avec ses puissants appuis politiques elle réussit à savoir ce qui provoquait l’interdit. Il lui suffit pour pouvoir produire le film et jouer Sadie Thompson de faire de l’homme de dieu un simple civil et le tour fut joué. Gloria connut un immense succès dans le rôle, mais que Jeanne Eagels fut une invétérée ivrogne ou sobre comme un silex n’a rien à y voir.

Plus tard Joan Crawford deviendra Sadie et connaîtra un échec retentissant, ensuite c’est Rita Hayworth qui revisitera le role dans une version musicalisée, technicolorisée et tournée en 3d. Ce sera la seule nomination aux Oscars pour la flamboyante Rita.

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Lorsque Jeanne Eagels fut frappée d’interdiction  au théâtre, le cinéma venait de se mettre à parler et elle n’eut qu’à agiter un cil pour qu’une pluie de propositions s’abatte sur sa jolie tête blonde. Elle était magnifique et sa voix était parfaite. Hollywood la réclamait à corps et à cri. Quelle ne fut pas la stupéfaction générale de voir sur l’éran une femme amoindrie, maigre à faire peur, au jeu parfois étrangement saccadé , au regard s’échappant vers le vide et disons le, à la beauté altérée, aux traits émaciés.

A la revoir aujourd’hui il est évident que Jeanne Eagels est déjà une femme à la santé ruinée dans ses deux films parlants. Mais elle reste stupéfiante de justesse, d’audace et de modernité, réusissant alors qu’elle débite un texte mièvre à faire passer des milliers d’émotions souvent contradictoires que l’on prend comme autant de gifles.

Dans « The Letter », une scène m’avait particulièrement impressionnée. Lors d’une dispute conjugale, Jeanne en met plein la poire à son mari, avouant tous ses forfaits de femme adultère. le texte en soi n’est rien, mais on sent monter la jubilation d’enfin se débarrasser du poids de tous ses mensonges, son ryhme s’accelère, comme si elle était prise d’une frénésie de vérité et que la situation lui échappait. Lorsque son mari lui sort une platitude du style « j’étais toujours là pour toi », alors qu’elle continue son débit d’horreurs on voit dans son regard qu’elle est interpellée, qu’elle y réfléchit, le reconnait, culpabilise, se remet en question puis après une lueur de tendresse reconnaissante, elle songe à son amant et c’est sa sexualité enfin comblée qui prend la parole. Tout ça dure à peine une seconde.

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Jeanne Eagels sera nommée aux Oscars pour son rôle dans « La Lettre » mais sera évincée par Mary Pickford pourtant médiocre à souhait dans « Coquette ».

Mais Jeanne Eagels sera nommée à titre posthume.

Jeanne Eagels doit enchaîner avec un troisième tournage mais affaiblie elle doit déclarer forfait et est remplacée au pied levé par Ruth Chatterton. Adepte de l’auto médication, Jeanne soigne elle-même une sinusite chronique (mise bien entendu sur le compte de l’aspirtation intensive de drogues dures par voie nasale) et finit par attrapper des ulcères aux yeux.

Rentrée chez elle à New-york pour se reposer, elle est soudain prise d’une folle envie de sortir, s’amuser, boire et voir ses amis. mais alors qu’elle est fin prête, son visage se tord dans une effroyable grimace et elle s’écroule inanimée sur son lit. Nous sommes le 3 Octobre 1929, Jeanne a 39 ans depuis 3 mois à peine. Elle a profité de ses problèmes aux yeux pour renoncer au film prévu à la Paramount pour rentrer à New-York se faire opérer.

Si l’intervention a bien eu lieu, Jeanne détestait le script du film et sa suspension venant à son terme elle allait pouvoir remonter sur scène. Telles étaient les raisons non avouées de son retour sur la côte Est.

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Le compte rendu de sa fin est rigoureusement faux. Sa bonne témoignera qu’elle mourra presque instantanément après son malaise « Il était déjà trop tard lorsque les secours sont arrivés » gémira-elle longtemps dans les gazettes. Les trois autopsies successives révèleront la présence de drogues dures et d’alcool dans son sang, que l’actrice soit morte vaincue par ses excès ne fait donc aucun doute, la preuve en est faite, les autospises le confirment.

Or, la preuve en est établie, Jeanne Eagels ne mourrut pas chez elle et fut bien emmenée, inconsciente, à l’hôpital de la cinquième avenue. C’est là qu’elle s’éteint sans reprendre connaissance, avant d’entrer dans l’unité de soins et après avoir été prise de terribles convulsions. Or si la comédienne subit trois autopsies c’est qu’un mystère planait sur les circonstances exactes de sa mort brutale. En réalité la responsabilité de l’hôpital était mise en cause. On aurait administré à l’actrice inconsciente un puissant sédatif pour essayer de la ranimer. En vain. Or un autre médecin, va lui adminiseter une seconde fois le même sédatif dans le même but, ignorant que son collègue vient de le faire quelques minutes avant. Jeanne Eagels entre alors en convulsions et décède en quelques instants. L’héroïne et l’hydrate de chloral trouvés dans son sang font partie à haute dose des sédatifs de l’époque. Il est donc très probable qu’ils lui aient été administrés à l’hôpital et non absorbés par l’actrice elle-même qui, susceptible de consommer de l’héroïne, n’avait par contre aucune raison d’absorber de l’hydrate de chloral!

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Quant à l’héroïne, présente dans son corps, on avait découvert qu’un produit commercialisé par les laboratoires Bayer et présent dans tous les sédatifs de l’époque, la diacétylmorphine se métabolisait en héroïne pure dans l’organisme. Il était donc impossible de ne pas trouver d’héroïne dans le sang de la défunte si on lui avait administré un sédatif à l’hôpital et à fortiori deux.

La mort de Jeanne Eagels stupéfia l’Amérique qui venait de perdre Rudolph Valentino!  5000 personne défileront devant sa dépouille pour lui rendre un ultime hommage teinté de curiosité morbide dans la même chapelle ardente que le fils du Cheik deux mois plus tôt.

Ensuite la dépouille de Jeanne Eagels sera rapatriée à Kansas City pour reposer , selon ses voeux au côté de son père et de son frère décédé quelques mois plus tôt.

Etrangement l’oubli se fera sur son art et son talent mais guère sur ses errances et ses excès.

Jeanne Eagels impressionnera terriblement une autre star: Bette Davis qui n’aura de cesse sa vie durant d’arriver à la cheville de son idole. Elle reprendra d’ailleurs le rôle de Jeanne dans un remake de « The Letter » en 1940 et sera elle aussi nommée aux Oscars pour sa performance. En 1934 déjà elle s’était inspirée de Jeanne Eagels pour créer son personnage de femme déchue dans « Of Human Bondage » face à…Leslie Howard qui se trouvait ainsi donner la réplique à la femme qu’il haïssait le plus singeant la femme qu’il avait tant haïe avant elle! Un régal pour Bette Davis, j’en suis sûre!

En 1950 encore lorsque Bette Davis prépare « All About Eve » et que le scénario fait dire au critique Adisson deWitt alias George Sanders: « On avait jamais rien vu de tel au théâtre avant elle » Bette Davis s’écrie outrée « Elle et Jeanne Eagels, bien sûr! »  La réplique sera modifiée tant en effet la chose était évidente, Adisson deWitt devait vénérer le souvenir de Jeanne Eagels pour être crédible en critique intransigeant sur la perfection!

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QUE VOIR?

1914: A Lesson in Bridge (court métrage) avec George de Carlton

1918: The Cross Bearer: Avec Montagu Love

1927: Man, Woman and Sin: Avec John Gilbert

1929: The Letter: Avec Reginald Owen et Herbert Marshall

1929: Jealousy: Avec Fredric March

 

 

 

 

562: JULIETTE COMPTON

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S’il y a parmi mes étoiles filantes quelques destins que l’on pourrait qualifier de « classiques » pour les avoir déjà évoqués plusieurs fois avec peu de variantes, celui de Juliette Compton restera unique en son genre puisqu’Hollywood eut l’idée complètement saugrenue de faire de cette grande beauté la reine de…la contrefaçon!

Miss Juliette Compton naît le 3 Mai 1899 à Colombus en Géorgie. Débuts classiques pour cette beauté qui rêve de théâtre, tente la grande aventure New-Yorkaise et grimpe les échelons en montant sur les planches de Broadway jusqu’à la scène des « Ziegfeld Folies »!

On sait à quel point ce label « Ziegfeld » estampille les actrices « beauté fabuleuse » et avec quelle concupiscence le cinéma se penche sur leurs clichés promotionnels la bave au coin des bobines!

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L’Américain standard n’a jamais eu les moyens de s’offrir une place pour assister à cette délectation visuelle réservée à des milliardaires bienheureux. Mais la réputation érotico-sulfureuse de ces dames que l’on disait nues s’était répandue jusqu’en des confins invraisemblables où l’on aurait été bien incapable de situer New-York sur une carte! Le fantasme allait bon train à travers le monde et le cinéma ne se faisait pas faute de profiter de cette publicité gratuite qui…Ne pouvait guère servir à Ziegfeld puisqu’elle titillait les envies d’un public qui n’aurait jamais les moyens d’être le sien.

Miss Compton a 25 ans lorsqu’elle fait pour la première fois don de sa beauté à un metteur en scène de cinéma. C’est Bertram Phillips qui la dirige dans « Her Redemption ». Un film policier sans grande ambition si ce n’est de proposer de nouvelles têtes au public et voir ce que celà donne! La « vedette » de la chose est Queenie Thomas, une actrice qui besogne devant les caméras depuis 1918 et dont l’histoire de septième art ne retiendra rien ou si peu. La véritable « attraction » de « Her Redemption » c’est bien la Ziegfeld Girl Juliette Compton!

Juliette passa semble-il le « test « avec brio car dorénavant elle tournera plusieurs films par an et dès 1926 elle est tête d’affiche, portant seule sur ses belles épaules toute la responsabilité du succès car on ne lui donne pour partenaire que des nouveaux « bellâtres » à tester et jamais de ces acteurs qui font déjà se pâmer les midinettes comme Valentino ou Niels Asher.

Elle passera avec beaucoup de chic et de glamour la fatale étape du parlant et se verra bientôt honorée d’un contrat chez Paramout!

C’est au service de ce studio qu’elle va vivre l’étape la plus étrange de sa carrière. Greta Garbo règne alors en reine absolue sur le cinéma, sur Hollywood et sur la MGM. la Paramount enrage et je ne sais qui s’avisant un jour que Juliette Compton avait dans le regard cette sorte de langueur suédoise et désabusée sous la paupière lourde comme la divine soi-même, le studio n’hésita pas à faire de son actrice le sosie parfait de Greta!

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Mais comme le disait elle-meme Greta la principale intéressée: »Il n’y aura jamais qu’une seule Greta Garbo, c’est moi, car j’ai quelque chose que les autres n’ont pas, moi je suis un peu détraquée! »

Paramount se le tint pour dit, d’ailleurs ils avaient fait venir à grands frais une nouvelle bombe, germanique, cette fois, une certaine Marlène Dietrich.

Celle-ci fut bien mieux traitée que Juliette, on la distribua d’emblée dans un film de prestige taillé sur mesure pour son auguste personne et dans les bras de Gary Cooper. Ce fut « Morocco » qui valut d’emblée une gloire absolue à son actrice avec une nomination aux Oscars à la clé. Quant à Juliette, le studio Paramout, bon prince, la distribua aussi dans le film et omit de la mentionner au générique, comme c’est bête!

Le film terminé, tant qu’on y était, on singea Juliette en Marlène après l’avoir singée en Greta!

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L’actrice toute à ces mutations physiques trouva le temps de devenir madame James Bartram en 1931 . Ephémère mari dont elle se séparerait cinq ans plus tard pour ne songer à divorcer qu’en 1942.

La Paramount ne délaissait pas Juliette pour autant, elle tourna quand même sept films en 1931 et partagera l’affiche avec quelques grands noms dont Marlène et Gary déjà cités mais aussi Joan Crawford, Ann Harding, Robert Montgomery, Sylvia Sydner, Billie Burke,  Ruth Chatterton, Robert Donat, Marion Davies ou Laurence Olivier qui aura le triste privilège de lui donner sa dernière réplique en 1941 dans « That Lady Hamilton » qu’il joue avec son épouse Vivien Leigh dans le rôle titre. Elle est soumise comme tant d’autres au régime « premer rôle dans de petits films, second rôle dans de grands films ». Un des « systèmes » les plus inébranlables d’Hollywood.

Lorsque le contrat Paramount viendra à  terme, Juliette s’en ira chez MGM le sancutaire de la divine Greta.

C’est à Londres qu’elle tourne son ultime film « That Lady Hamilton ».

La guerre terminée on ne revit pas Juliette Compton. Elle était rentrée en Californie dont elle aimait le climat et les orages. C’est là qu’elle s’éteindra le 19 mars 1989 à l’âge de 89 ans. Moins de deux mois plus tard elle serait morte nonagénaire!

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QUE VOIR?

1924: Her Redemption: Avec Queenie Thomas

1926: Nell Gwyn: Avec Dorothy Gish

1926: White Heat: Avec Wyndham Standing et Vesta Sylva

1926: The Woman Tempted: Avec Warwick Ward et Nina Vanna

1930: Ladies of Leisure: Avec Barbara Stanwyck, Ralph Graves et Marie Prevost

1930: Morocco: Avec Marlène Dietrich et Gary Cooper

1930: Anybody’s Woman: Avec Ruth Chatterton, Clive Brook et Paul Lukas

1931: Unfaithful: Avec Ruth Chatterton et Paul Lukas

1931: Compromised: Avec Rose Hobart et Ben Lyon

1931: Husband’s Holiday: Avec Vivienne Osborne et Clive Brook

1932: Westward Passage: Avec Ann Harding et Laurence Olivier

1932: The Man Called Back: Avec Doris Kenyon et Conrad Nagel

1932: Strangers in Love: Avec Kay Francis et Fredric March

1933: Peg O’My Heart: Avec Marion Davies

1934: Le Comte de Monte Cristo: Avec Elissa Landi et Robert Donat

1934: Behold my Wife: Avec Sylvia Sydney et Gene Raymond

1935: No More Ladies: Avec Joan Crawford et Robert Montgomery

1940: Irène: Avec Anna Neagle et Ray Milland

1941: That Hamilton Woman: Avec Vivien Leigh et Laurence Olivier

552: BILLIE BURKE

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Billie Burke est un véritable OVNI dans l’histoire du cinéma et fait partie intégrante de la culture populaire américaine, si tant est que celle-ci existe encore!

Cette femme à la voix de crécelle éraillée et maniérée comme un élevage de perruches mit à ses pieds cinq générations de spectateurs émerveillés et conquit Broadway avant Hollywood! Elle sera incarnée de son vivant au cinéma par la star Myrna Loy et aujourd’hui un parc New-yorkais dont les chemins s’articulent autour de la statue élevée à sa gloire porte son nom!

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Même pour nous, européens, son nom évoque vaguement quelque chose. il suffit alors de dire qu’elle était la gentille fée du « Magicien d’Oz » et aussitôt les regards pétillent!

Miss Billie Burke naît Mary William Ethelbert Appleton le 7 Août 1884. Son père est un clown de cirque très célèbre et non un chanteur comme on l’a trop souvent écrit. Sa gloire lui vaut de partir en tournée à travers toute l’Amérique et l’europe ensuite, sa fille et son épouse dans ses bagages. Londres ayant fait un véritable triomphe à l’artiste, la famille choisit de s’y installer.

La petite Billie est une petite fille épouvantablement timide et sa mère n’a de cesse que de la pousser dans la lumière de son père pour la guérir de cette tare bien étrange pour une fille de cl

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En 1903, elle a dix-neuf ans et fait enfin le « grand saut », elle paraît pour la première fois sur scène et…Le triomphe est instantané! Le public s’entiche immédiatement de cette créature diaphane aux joues rondes et à la voix étrange, aigrelette, haut perchée et comme essoufflée tout à la fois. Avec son jeu assez maniéré, le tout forme un ensemble absolument inédit et assure le triomphe!

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Presque immédiatement le plus puissant des agents londonniens, sir Charles Hawtrey la prend dans son écurie. Le temps de quelques pièces triomphales, un autre agent s’intéresse à elle et l’invite à venir enchanter le public américain à Broadway: Charles Frohman qui non seulement est l’agent de la glorieuse Ethel Barrymore mais produit également des pièces à succès où peuvent briller ses vedettes maison!

Bille Burke franchit l’océan et part à la conquête de son pays natal, toujours épouvantablement terrorisée car si il y a quelqu’un au monde qui ne croit pas un seul instant au talent de Billie Burke, c’est…Billie Burke!

Elle va pourtant triompher immédiatement et mettre Broadway à ses pieds en jouant du Somerset Maugham, du Mark Twain et du Shakespeare!

En 1914 elle est « repérée » par Florenz Ziegfeld jr. dont les revues aux « Folies » ont fait de la jeune femme américaine le fantasme absolu de toute la planète dès 1907!

L’homme est un incroyable dénicheur de talents et un invétéré coureur de jupons doublé d’un rêveur fantasque et dépensier! Jamais rien n’est trop beau ni trop coûteux pour habiller (et déshabiller) ses girls! Il fera débuter Martha Mansfield, Ruth Etting, Paulette Goddard, Lillian Lorraine, Barbara Stanwyck, Marion Davies, Billie Dove,Fanny Brice, Louise Brooks, Olive Thomas, Anna Held et tout un panthéon de beautés merveilleuses auxquelles il ne résistait que rarement!

Très vite le couple se marie, quelques jours après que Ziegfeld soit divorcé d’Anna Held et hélas quelques jours avant que ne se déclenche la grande guerre.

En 1916, le couple Ziegfeld fête la naissance de leur petite Patricia qui restera leur fille unique. Malgré la guerre rien n’est trop beau ni trop cher pour le couple sans doute le plus fantasque de son temps! On se partage entre une vaste propriété New-Yorkaise et une autre en Floride. Le théâtre de Ziegfeld compte 1600 places, il fait salle comble tous les soirs et le ticket d’entrée vaut bien un mois de salaire d’ouvrier!

C’est Lorenz, « Flo » pour les intimes qui incite Billie a faire ses débuts au cinéma dès 1916, son grand sens de la publicité lui fait comprendre immédiatement l’intérêt pour une actrice de pouvoir véhiculer son image à travers le monde entier.

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Billie Burke n’est que peu convaincue! le cinéma se tait, peut-elle faire illusion sans jouer de sa célèbre voix? Ses frayeurs la reprennent, durant toute sa carrière filmée elle s’inquiètera de savoir si elle a été « suffisante » dans ses scènes, ne briguant jamais les premiers rôles, craignant de ne pas faire illusion assez longtemps.

Si la vie de ce couple comblé dans sa vie professionnelle et privée peut sembler idyllique, il y a quand même des ombres au coûteux tableau. Florenz Ziegfeld fut follement amoureux d’une de ses actrices au talent pourtant médiocre mais à la beauté insensée: Lillian Lorraine. Elle avait quinze ans à peine lorsqu’il l’avait découverte et prise sous son aile, rêvant de faire d’elle la plus éblouissante star du monde. Cette passion lui coûta son mariage avec Anna Held, Ziegfeld ayant installé sa tapageuse maîtresse dans l’appartement en dessous de l’appartement conjugal. Mufle mais royal, très Louis XIV!

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Toute sa vie, et Billie le sait, il aimera passionnément Lillian Lorraine même si elle finira par sortir de son existence.

Ensuite encore, « Flo » ne peut résister aux charmes de ses girls et ses incartades sont aussi nombreuses qu’il y a de fille dans ses tableaux! Le mariage de Billie avec le génie du sex appeal fut qualifié d’absurde en son temps. Elle haussa les épaules laissant les médisants dire ce qu’ils voulaient et Ziegfeld coucher avec qui il voulait! La seule Ziegfeld girl ayant réussi à la rendre jalouse n’était autre que…Lillian Lorraine!

Mais Billie Burke n’est pas comme la précédente madame Ziegfeld contrite en jalousie! Elle est sans arrêt sur scène, triomphe automatiquement et tourne quand même une moyenne de cinq à six films par an jusqu’en 1921 où décidement fatiguée des singeries mimées devant les caméras muettes, elle refuse d’encore tourner et se consacre uniquement à la scène et à sa famille.

En 1929 hélas tout son univers bascule! le crash boursier emporte dans la tourmente généralisée tous les avoirs de Ziegfeld. La crise est totale, les théâtres ferment, celui de Ziegfeld, le plus coûteux en premier! Billie qui est maintenant une star immense depuis un quart de siècle va sans la moindre hésitation confier tout son avoir à Ziegfeld pour sauver la mise, en commençant par ses fabuleux bijoux. « C’est la moindre des choses, c’est lui qui me les avait donnés » argumenta-elle de son célèbre ton un rien pincé.

Mais la fortune de Billie n’y suffit pas, et la famille complètement râtissée comme des millions d’autres Américains, Billie accepta de revenir au cinéma. Certes, maintenant celui-ci parlait, ce qui n’était pas pour lui déplaire, mais les films se faisaient à Hollywood, à l’autre bout du monde.

Billie partit donc, seule, pour l’Ouest, invitée à la RKO par George Cukor en personne pour y devenir la mère d’une débutante qui serait bientôt aussi célèbre qu’elle: Katharine Hepburn.

« A Bill of Divorcement » va être contre toute attente le premier jalon d’une carrière immense pour l’actrice qui approche pourtant à grands pas de la cinquantaine! La MGM va se ruer sur elle avec un contrat mirifique et Billie Burke ne va plus quitter les plateaux où elles côtoiera désormais les plus grands et…uniquement les plus grands!

Ziegfeld hélas meurt à New-York durant le tournage du premier film de Billie. Elle n’interrompt le film que le temps de se rendre aux obséques de son mari adoré puis revient travailler avec Hepburn et Barrymore avec une dignité qui forcera le respect.

Elle restera la veuve de Ziegfeld jusqu’à sa propre fin. Elle ne récupèra pas un seul dollar de l’argent prêté à son défunt mari, car Ziegfeld avait emprunté sans compter à Randolph Hearst qui fera valoir ses droits et fera main basse sur le théâtre de Ziegfeld.

La tête haute, et d’une inaltérable dignité, Billie Burke va alors jouer les mondaines fofolles, toujours étonnée de voir la manière dont Hollywood envisageait la haute société! Comme une sorte d’asile! « Ces marchands de pellicule ne sont pas reçus dans la haute société, ils doivent se contenter de l’imaginer. Avec rancœur j’imagine! »

C’est elle qui lance les invitations à dîner dans « Dinner at Eight », en 1938 Hollywood la consacre avec une nomination aux Oscars pour son second rôle dans  »Merril We Live » face à Constance Bennett, mais c’est Fay Bainter qui l’évince pour son rôle dans « Jezebel ».

L’année suivante elle tourne le rôle emblématique de sa carrière: celui de la fée dans « Le Magicien d’Oz ».

Il y aura encore d’autres triomphes jusqu’au milieu des années 50 où l’actrice portant fièrement son élégante soixantaine s’attaque à la télévision!

Elle a 72 ans lorsqu’elle apparaît pour la dernière fois au cinéma, dans un western, genre nouveau pour elle, mais c’est John Ford qui le lui demandait, celà se refuse-il?

Elle se retire ensuite, pouvant largement être fière de son partimoine qui fait partie de la grande histoire non seulement d’Hollywood mais de l’Amérique entière. Sa fille l’a faite quatre fois grand’mère et c’est entourée des siens qu’elle décède le 14 Mai 1970. Elle était restée à Hollywood mais voulut être inhumée dans le quartier de New-York où elle avait vécu si heureuse au temps de Ziegfeld.

Une statue commémorative orne aujourd’hui sa tombe.

QUE VOIR?

1916: Peggy: Avec William Desmond

1918: In Pursuit of Polly: Avec Thomas Meighan

1919: Good, Gracious, Annabelle: Avec Herbert Rawlinson

1921: The Education of Elizabeth: Avec Lumsden Hare

1932: A Bill of Divorcement: Avec Katharine Hepburn et John Barrymore

1933: Dinner at Eight: Avec Jean Harlow, Lionel Barrymore, Wallace Beery et Marie Dressler

1934: Forsaking All Others: Avec Joan Crawford, Clark Gable et Robert Montgomery

1934: Finishing School: Avec Frances Dee et Ginger Rogers

1935: Becky Sharp: Avec Myriam Hopkins et Frances Dee

1935: Splendor: Avec Miriam Hopkins et Joel McCrea

1936: My American Wife: Avec Ann Sothern et Francis Lederer

1936: Craig’s Wife: Avec Rosalind Russell et John Boles

1937: Topper: Avec Constance Bennett et Cary Grant

1938: Merrily We Live: Avec Constance Bennett et Brian Aherne.

1938: The Young in Heart: Avec Janet Gaynor, Roland Young et Douglas Fairbanks jr.

1939: Le Magicien d’Oz: Avec Judy Garland

1939: Eternally Yours: Avec Loretta Young et David Niven

1940: The Ghost Comes Home: Avec Frank Morgan et Ann Rutherford

1940: Irène: Avec Anna Neagle et Ray Milland

1940: The Capitain is a Lady: Avec Beulah Bondi, Virginia Grey et Charles Coburn

1940: Hullabaloo: Avec Virginia Bruce, Frank Morgan et Dan Dailey

1941: One Night in Lisbon: Avec Madeleine Carroll et Fred MacMurray

1942: The Man Who Came to Dinner: Avec Bette Davis et Ann Sheridan

1942: Girl Trouble: Avec Joan Bennett et Don Ameche

1943: You’re a Lucky Fellow, Mr. Smith: Avec Evelyn  Ankers et Alan Jones

1946: The Bachelor’s Daughters: Avec Gail Patrick, Ann Dvorak et Claire Trevor

1949: The Barkleys of Broadway: Avec Fred Astaire et Ginger Rogers

1949: And Baby Makes Three: Avec Barbara Hale et Robert Young

1950: Father of the Bride: Avec Spencer Tracy, Elizabeth Taylor et Joan Bennett

1951: Father’s Little Divident: Avec Elizabeth Taylor, Spencer Tracy et Joan Bennett

1951: Three Husbands: Avec Eve Arden et Ruth Warrick

1953: Small Town Girl: Avec Ann Miller, Jane Powell et Farley Granger

1960: Seargent Rutledge: Avec Constance Towers et Jeffrey Hunter

513: HELEN CHANDLER

 

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En abordant aujourd’hui le parcours de l’actrice Helen Chandler, j’ouvre une nouvelle page dans l’album bien fréquenté des destins tragiques d’Hollywood. Je viens d’effleurer en ces mêmes pages le destin de Mayo Methot avec qui Helen Chandler a plus d’une similitude. Les deux femmes se croiseront d’ailleurs dans « Vanity Street » en 1932.

Helen Chandler vient au monde à Charleston qui n’est pas encore une danse mais une ville de Caroline du Sud, nous sommes le 1 Février 1906.

Je sais hélas fort peu de choses sur les débuts dans la vie de la jeune demoiselle Chandler, mais toujours est-il qu’en ce début de siècle où la passion du public pour les enfants stars touche à la névrose, Helen débute à Broadway à l’âge de 9 ans.

D’une claire beauté diaphane, le public croit voir un ange descendu des cintres et fait de la jeune Helen l’enfant chérie de Broadway. Elle fêtera ses 20 ans sur les planche et en haut des affiches. Elle s’offrira le luxe de jouer dans Richard III à l’âge de 19 ans face à John Barrymore puis donnera la réplique à Lionel Barrymore dans Macbeth l’année suivante. C’est durant ces prestigieuses représentations qu’Helen fêta ces fameux vingt ans. Tout lui souriait. Belle a mourir, talentueuse et adulée du public, le monde lui appartenait.

Grande prêtresse du théâtre de Shakespeare, Helen sera également une Ophélie de légende et personne jamais n’osa lui proposer « Monte là dessus cocotte et fais pouêt-pouêt »!

Inévitablement un tel phénomène classieux de talent et de beauté ne pouvait laisser Hollywood indifférent.

Helen Chandler fêta d’autres vingt ans avant de traverser le pays pour rejoindre les studios californiens: Les 20 ans passés sur les scènes de Broadway.

Elle fera ses débuts à l’écran chez FOX, dans un court rôle du « Maître de Musique », fantaisie viennoise menée par Loïs Moran.

Etrangement, Helen Chandler ne fut pas reçue comme le messie à Hollywood! Alors que la capitale du film se vautrerait bientôt aux pieds de Marlène Dietrich comme elle l’avait fait pour Greta Garbo qui sortaient d’à peu près nulle part, la belle Helen va se faire bringuebaler d’un studio à l’autre comme une sorte d’excédent de bagage.

Pourtant, et fort étrangement, à chacune de ses prestations, les critiques sont élogieuses, frisant l’excès de superlarifs.

Certaines potinières et non des moindres s’insurgeront contre la traitement infligé à Helen.

« Le comportement d’Hollywood envers Helen Chandler est inqualifiable! Voilà une actrice à la beauté parfaite, une actrice shakesperienne comme il en est peu et les studios la relègent au second plan derrière des dindes sans saveur ânonant leurs textes juste assez fort pour empêcher les spectateurs de ronfler! Si vraiment le cinéma traverse une crise, je crois que c’est la crise du bon sens! » (Variety, Août 1930)

Helen Chandler fut plus mesurée et ne se plaignit pas publiquement. En fait elle briguait un rôle: celui d’Alice au Pays des Merveilles qu’Hollywood envisageait de porter à l’écran.

Elle avait l’habitude à Broadway de recvoir les meilleures pièces sur un plateau d’argent, mais à Hollywood, il fallait se battre. Elle se battit pour devenir Alice. La bataille fut âpre bien qu’aucune grande star ne soit sur les rangs.

Par contre, durant cette bataille, on lui refila un autre scénario dont absolument personne ne voulait car personne ne croyait à cette histoire de chauve souri humaine suçeuse de sang:Dracula.

Helen Chandler avait déjà tâté du cinéma fantastique et n’était pas bégueule, mais ce film là, franchement était mal parti! Le scénario de départ était lourd comme un coffre fort, plusieurs kilos de pages couvertes de salmigondis aussi invraisemblables qu’alambiques où personne ne comprenait rien. Tod Browning ensuite avait acheté les droits pour Lon Chaney mais Lon Chaney était mort. Personne depuis n’acceptait de revêtir la cape du ténébreux comte.

Tod Browning lui-même posait problème car s’il avait été un des grands maitres du cinéma muet, son style s’accordait mal au parlant. Bref, l’affaire s’engageait mal et Universal était au bord de la faillite. Il faudrait bidouiller les effets spéciaux avec trois radis et deux bouts de ficelle. Et en plus, cerise sur le gâteau, il y avait cet étrange acteur un peu cinglé qui avait joué la pièce à Broadway et faisait le siège du studio pour récupérer son rôle à l’écran, quitte à travailler pour un salaire de misère! Ce Bela Lugosi qui finalement ferait le film pour 3.500 dollars tout compris.

Alors si Helen Chandler pouvait apporter un peu d’élégance et de crédibilité à l’ensemble, ça ne serait pas plus mal!

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L’actrice accepta, fit le film et le film fit un triomphe! 50.000 billets furent vendus en une demi heure et la presse annonça que les premiers spectateurs du film s’étaient évanouis! C’était faux mais le public se rua!  Universal pouvait couvrir ses murs d’or, on allait tourner des suites, Bela Lugosi allait devenir une star. Helen Chandler fut remerciée, elle ne fut pas Alice au Pays des Merveilles, elle ne tourna même pas les suites de Dracula!

La reine de Broadway était traitée à Hollywood comme une serpillère et on ne se fit pas faute de s’y essuyer les pieds. Ainsi pour « Midnight Alibi » où elle devait tenir le premier rôle face à Richard Barthelmess, elle se fait reléguer dans un second rôle face à Ann Dvorak qui hérite du sien en tête d’affiche. Motif: La Warner a racheté le contrat d’Ann Dvorak à Howard Hugues 40.000$ et il faut rentabiliser. Ensuite encore, la MGM voyait en Ann une nouvelle Joan Crawford. Et chez Warner, précisément on a toujours rêvé d’une Crawford!

Alors la belle reprendra la voie royale du théâtre, revenant malgré tout à Hollywood pour y tourner jusqu’en 1935, année où son contrat se terminait. Elle prit ses jambes à son cou et on ne l’y reprit plus à une exeption près: son ultime film en 1938 « Mr Boggs Steps Out » où elle serait mise en concurrence avec…Toby Wing! Deux mondes s’affrontent!

Mais son échec hollywoodien avait perturbé cette sensible créature plus que de raison, et comme Dixie Lee, comme Mayo Methot, comme Jeanne Eagels, elle trouvait désormais refuge et soutien dans l’alcool. C’est titubante qu’elle quitta le plateau de son dernier film.

Dorénavant la star sur la pente raide de la déchéance ira de retours annoncés en cures de désintoxication et s’enfoncera inexorablement dans un oubli teinté de mépris.

En 1950 on reparle d’elle. Helen Chandler refait la UNE. Ivre morte, elle s’est endormie en fumant et son appartement a été dévasté par les flammes. Sauvée de justesse elle reste atrocement défigurée. N’ayant plus aucun espoir, recluse, seule et défigurée, elle boit jusqu’à sombrer dans des comas ethiliques, désespérée à chaque fois de se réveiller.

Ce traitement aura raison d’elle. Helen Chandler meurt le 30 Avril 1965 à seulement 59 ans. Son coeur lâche durant une opération chirurgicale pour un ulcère à l’estomac. Elle avait passé les 15 dernières années de sa vie enfermée seule à boire sans relâche mais paradoxalement était revenue à Hollywood, la ville qui l’avait baffouée et détruite.

Sur son testament elle exigeait d’être icinérée et que ses cendres soient jetées en mer pour que plus rien enfin ne la rattache à ce monde.

Ainsi fut fait.

Celine Colassin.

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QUE VOIR?

1927: The Joy Girl: Avec Marie Dressler, Olive Borden et Neil Hamilton

1931: Dracula: Avec Bela Lugosi

1932: Vanity Street: Avec Charles Bickford et Mayo Methot

1933: Christopher Strong: Avec Katharine Hepburn, Billie Burke et Colin Clive

1934: Long Lost Father: Avec John Barrymore

1934: Midnight Alibi: Avec Ann Dvorak et Richard Barthelmess

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