found 3 matching posts pour 'billie burke ziegfeld'


591: JEANNE EAGELS

591: JEANNE EAGELS 21447_123179056513

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je suis la plus grande actrice du monde, mais comme tout le monde s’en fout je suis le plus grand échec du monde » Ainsi parlait d’elle-même Jeanne Eagels peu avant sa mort mystérieuse et prématurée à l’âge de 39 ans.

La vie en effet n’avait pas épargné la très belle Jeanne Eagels, quelques articles mensongers lors de sa mort achèveront de brouiller son image et ternir son souvenir.

Et puis le coup de grâce à sa mémoire sera donné par George Sidney qui, en 1957, porte sa vie à l’écran; Confiant le soin à Kim Novak d’incarner l’actrice disparue dans un faux biopic qui n’aura aucun rapport, même lointain avec la vie, les amours et la mort de Jeanne Eagels.

4cjxowodaco7oxo4

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le film que le public prit pour argent comptant, on y voit Jeanne-Eagels-Kim Novak en cambrousarde vulgaire et colérique perdre un concours de beauté, trouver du travail dans un cirque, en épouser le parton Jeff Chandler, et dévorée d’ambition se hisser au sommet des affiches de Broadway sans aucun scrupule, saoûle comme une bourrique du début à la fin; N’hésitant pas à voler une pièce à une actrice sur le déclin qui en saute par la fenêtre de dépit. Ceci avant que Jeanne-Kim elle même ne rendre son âme au diable dans un dernier océan de Gin. Le tout sous les yeux de Chandler qui bien entendu, puisqu’on est à Hollywood, ne cesse jamais de l’aimer, impuissant à la sauver de ses excès de bibine!

544609eagels-225x300

Si la Columbia ne reculait devant rien en 1957,quitte à se faire poursuivre devant les tribunaux par la famille de Jeanne Eagels pour diffamation, tentons ici, non de réhabiliter la mémoire de Jeanne Eagels; Mais au moins de retracer son destin d’une manière plus conforme à la réalité. Réalité qui paradoxalement est beaucoup plus troublante et intéressante que le cinéma de monsieur Sidney.

9ns8xt1xu0cbn980-236x300

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Eugenia Eagles naît à Boston, le 26 Juin 1890 mais grandira à Kansas City dans le Missouri. Ses parents Edward et Julia on déjà eu un premier enfant à la naissance d’Eugenia, ils en auront encore quatre. Les Eagles ne sont pas riches et leur vie déjà miséreuse vire au drame lorsqu’Edward décède, le 14 Février 1910 alors qu’Eugénia n’a que 9 ans. Julia reste seule, veuve de 44 ans avec six enfant à nourrir. Deux grandes filles, quatre petits garçons.

A la rentrée suivante, Eugénia ne retournera pas à l’école, il faut travailler, il faut survivre.

Pour affronter sa vie misérable, la petite Eugénia n’a qu’un seul rêve, une seule idole: une photo de la tragédienne française Sarah Bernhardt qui la fascine comme si elle était une sublime créature venue d’un autre monde pour l’émerveiller. Il va sans dire que si l’illustre Sarah se produisit à New-York, elle ne mit jamais le pied à Kansas City et que Jeanne ne l’avait jamais vue jouer!

08ce9irvfcdu0ucf

marlene dietrich? Non, Jeanne Eagels!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle balayait les épiceries et faisait mille petit boulots pour survivre avec sa famille, toujours à l’affût d’une nouvelle opportunité de gagner un dollar.

C’est ainsi qu’elle fit ses débuts au théâtre! les troupes en tournée avaient l’habitude de recruter leurs figurants dans les villes où ils allaient jouer, ca leur revenait bien moins cher que de véhiculer une bouche à nourrir de plus a travers tout le pays sous prétexte qu’il fallait trimballer une halbarde sur scène. Et puis, il n’était pas rare que tous les fermier du coin viennent au spectacle parce que la fille du meunier « jouait ». Ca faisait des spectateurs en plus!

eagels-300x231

 

 

 

 

 

 

 

 

Eugenia devint fossoyeur dans « Hamlet ». Hamlet, la pièce que la divine Sarah si chère à son coeur avait jouée si merveilleusement disait-on dans les gazettes.

Devenue Jeanne Eagels, elle se souviendra que pliée en deux sous une large cagoule, faisant semblant de besogner son faux trou pour qu’on y flanque l’Ophélie du soir, elle connaissait par coeur la totalité des répliques de la pièce sans les avoir apprises et se les disait en même temps que les acteurs les déclamaient.

Le jeune fille fut littéralement dévorée par le démon du théâtre au point de ne plus respirer correctement quand elle n’était pas sur scène à creuser son trou imaginaire.

Elle serait actrice ou ne serait pas. Pour elle ce n’était pas une question de rêve ou d’ambition, c’était une question de survie.

jeanne-eagels

Jeanne Eagels a Ziegfeld Girl

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La jeune Eugénia qui travaille maintenant dans un grand magasin comme vendeuse est à l’affût de toutes les troupes en tournée qui posent leurs décors à Kansas City pour solliciter un rôle, aussi modeste soit-il.

Elle a quinze ans lorsque les célèbres frères Dubinsky arrivent à leur tour. Elle n’a que quinze ans et une beauté saisissante. Ses yeux d’un bleu vif dévorent les traits fins de son visage et peuvent évoquer toute la tendresse du monde comme le métal glacé d’une lame de rasoir.

Elle obtient un petit rôle, à peine mieux que ses figurations habituelles mais elle a pour la première fois quelque chose à dire et à faire. Elle le fit si bien que les Dubinsky l’engagèrent dans la troupe et qu’elle quitta Kansas City avec eux et pour la première fois de sa vie. Bientôt elle deviendrait madame Morris Dubinsky.

o6w9k5utba716o9a-229x300

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce mariage sera couronné par la naissance d’un enfant, mais un mystère plane toujours sur la maternité de la très jeune madame Dubinsky. Il est certain qu’après la naissance de son enfant elle sombra dans une profonde dépression. Certaines sources affirment que le bébé fut adopté par des amis très proches mais c’est Jeanne Eagels qui sema elle-même un doute en disant un jour « Evidemment que je ne parle jamais de ça, vous pensez que je ferais rêver le public en lui disant que je suis la mère d’un enfant mort? »

Il se peut donc que Jeanne Eagels ait sombré en dépression parce que son enfant était mort et non parce que l’idée d’être mère lui était intolérable.

C’est Morris Dubinsky qui pour la sortir de sa torpeur l’incita à se présenter à des auditions pour des spectacles sur Broadway. Jusque là elle n’avait travaillé que dans la troupe conjugale même si elle tenait maintenant les premiers rôles, l’idée se se confronter à d’autres avis et rencontrer d’autres professionnels la galvanisa.

Jeanne Eagels tenta sa chance et n’essuya aucun refus, sa beauté était littéralement fracassante et sa voix était claire, forte et bien placée. Elle joua donc quelques rôles puis fut repérée par Florenz Ziegfeld lui-même qui en fit une de ses reines de beauté.

Jeanne devenait célèbre, elle changea l’ordre des lettres de son nom, trouvant que Eagles en lettres lumineuses donnait moins bien que Eagels sur le fronton du New Amsterdam, le théâtre le plus chic et le plus cher  de New-York.

Les Ziegfld girls étaient considérées comme les plus belles femmes du monde, et Jeanne Eagels était la plus belle des Ziegfeld Girls. Elle avait même le privilège de donner la réplique à madame Ziegfeld en personne à savoir Billie Burke.

f084e6015c0c56a578b1927a8cca835c-300x249

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle accepta de donner également la réplique au travesti Julian Eltinge, ne détestant pas scandaliser quelque peu le bourgeois, puis devint la partenaire de la superstar George Arliss dans trois pièces à succès.

Divorcée de Morris Dubinsky, il se pourrait qu’elle ait été très brièvement mariée à l’acteur John Barrymore. le département publicité de la MGM où les deux acteurs seront bientôt sous contrat ayant préféré « étouffer » ces brèves épousailles entre amateurs de dive bouteille, il n’existe de pas preuve irréfutable de cette union.

Lorsque le cinéma deviendra parlant, le nouveau studio de Jeanne, la Paramount, rayera ses films muets de l’histoire du cinéma en clamant dans sa publicité pour « Jalousie » que ce n’était que le second film de la sensationnelle actrice!

eagels

 

 

 

 

 

 

 

Mais revenons en à l’époque  »Ziegfeld ». Il était donc impensable alors qu’avec une telle renommée de beauté’elle ne fit pas de cinéma! Elle débuta donc devant les caméras en 1915 et fascinée par ce nouveau mode d’expression, dès l’année suivante elle s’essayait à la mise en scène! En 1917 elle avait été la vedette de trois films, et en avait réalisé deux! Elle était riche célèbre et adulée, la petite fille du Kansas allait pouvoir enfin réaliser son rêve. la fin de la guerre en Europe n’était plus qu’une question de semaines disait-on, elle allait pouvoir s’embarquer vers la France et aller à Paris applaudir et qui sait rencontrer sa si chère Sarah Bernhardt

Elle allait rencontrer et s’enticher d’une actrice américaine exilée en France, Berverly Sitgreaves (Agnès Moorhead dans le film de Sidney) qui avait eu le privilège de donner la réplique à Sarah. Jeanne l’engagera comme coach, suivant religieusement son enseignement durant six ans. Ceci est un fait clairement établi alors que la légende de Jeanne Eagels la présente toujours comme une actrice de pur instinct sans aucune formation.

Rentrée en Amérique avec sa coach, Jeanne Eagels déclare: « Je suis incapable de dire si je préfère le cinéma ou le théâtre, je crois donc que je vais continuer à me consacrer aux deux! »

C’est ce qu’elle fit et partout les critiques furent dithirambiques, ce qui n’empêchait pas sa réputation de péricliter. l’actrice avait un très sérieux penchant pour la boisson, et si dans les années 40 et 50 ce serait très chic de se promener en public le verre de bourbon à la main quand on est une célébrité, Jeanne Eagels est une star au temps de la prohibition. L’alcool c’est satan et bien vite on considère comme un fait acquis qu’elle se drogue et se roule dans la luxure, d’aillleurs on le présume de la plupart des actrices, c’est croit-on leur lot quotidien. Jeanne Eagels est d’autant plus considérée comme une fille perdue qu’elle est devenue blonde platine dès son engagement chez Ziegfeld. Quinze ans avant une certaine Jean Harlow qui verra sa couleur de cheveux considérée comme de la pornographie en 1930, que dire de Jeanne Eagels en 1915?

jeanne_eagels_in_the_crinoline_girl

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle se remariera en 1925 avec Edward H. Coy. Un bellâtre qui se veut couturier mais dont la réputation tient à ses exploits sportifs quand il était étudiant à Yale. Il est lui aussi alcoolique notoire et mourra de ses excès à 47 ans. Bien entendu durant leur mariage, chaque fois que l’on verra Coy aviné à New-York ce sera de la faute de Jeanne même si elle est à Paris ou à Los Angeles!

L’actrice qui serait probablement diagnostiquée aujourd’hui souffrant de troubles bi-polaires, passait de la joie extrême à l’abattement le plus profond. travaillant jusqu’à l’épuisement, puis soudain disparaissant en laissant en plan tournage ou représentation théâtrale, son comportement erratique était mis sur le compte de ses excès. Elle sera suspendue durant dix-huit mois par le syndicat des acteurs qui lui interdit l’accès aux scènes américaines. « Je vous emmerde et je jouerait quand même,quitte à ouvrir mon proporé théâtre! je suis Jeanne Eagels » fut la réponse qui claqua comme un coup de fouet à la une de tous les journaux!

Mais Jeanne Eagels ne s’offrit pas de théâtre elle s’offrit un magnifique ranch à la campagne où elle pourrait enfin avoir autant de chiens qu’elle le voudrait. Elle en aura en permanance une trentaine jusqu’à l’heure de sa mort.

tnfg0vlw64slntg4-229x300

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au cinéma aussi elle aura des errements qui lui vaudront beaucoup d’ennuis et quelques brochettes d’ennemis. Monte Bell qui la dirige dans « Man, Woman and Sin »  avec John Gilbert exige que la MGM rompe le contrat de l’actrice , ce qui fut fait. Puis faisant amende honorable, c’est lui qui incite Paramout à lui offrir le même contrat que celui perdu chez MGM.

Lorsque John Gilbert sera ridiculisé en passant au cinéma parlant, Jeanne dont il avait été l’amant durant leur tournage commun prit seule sa défense « Si on lui faisait dire des textes moins débiles, le public ne se torderait pas de rire chaque fois qu’il ouvre la bouche! »

Et avec le recul, force est de constater que la voix de John Gilbert n’a rien de mièvre et qu’en effet, dans le film où il fit hurler de rire, on s’était contenté en guise de dialogues de lui faire lire les intertitres en carton que le public lisait encore lui-même quelques semaines auparavant.

Jeanne Eagels aimait le cinéma mais n’aimait pas son industrie , elle n’aimait pas ces stars déifiées par un public qui les applaudissait dans n’importe quoi! « Je veux que le public m’aime parce qu’il aime ce que je fais, pas parce que je suis en couverture de Photoplay et que je couche avec John Gilbert! »

Elle détestait également la publicité orchestrée par les studios et déclara un jour: « Le problème avec ce que l’on dit de moi dans les journaux, c’est que parfois les choses s’écartent un tout petit peu de la réalité, mais dieu merci, le public sait que la plupart du temps, tout est faux du premier au dernier mot! »

George Arliss qui fut son partenaire un temps attitré ne tarissait pas d’éloges à son propos alors que Leslie Howard n’aura de cesse de la traîner dans la boue. Il faut dire qu’un soir, alors qu’ils jouaient ensemble un « hit » à Broadway, Leslie Howard entame son monologue, son grand moment, face à Jeanne censée l’écouter religieusement. Mais ce soir là, trouvant Howard ennuyeux, elle se lève et l’interromp « Je vais boire un coup, je reviens! » Bientôt le public viendrait voir la pièce surtout pour celui des deux qui quitterait la scène le premier, car monsieur Howard aussi, avait ses humeurs! la pièce s’appelait « Mon Amant en carton » et un soir qu’ils ont tenu jusqu’à la fin et que Leslie Howard est plus applaudi qu’elle , elle lance au public: « Merci pour lui! merci pour mon amant en carton! »

Leslie Howard ne pardonna pas, mais il faut dire aussi qu’il aurait volontiers fermé l’acccès au métier d ‘acteur à tout qui n’était pas de noble extraction. Il traîna volontiers Bette Davis, son autre partenaire haïe dans la même boue parce que son seul tort était de n’être pas bien née! Il préféra donc ne plus avoir affaire à elles et se teindre les cheveux en orange pour jouer avec une fadeur extrême Hasley Wilks dans « Autant en Emporte le Vent » avec les très distinguées et d’excellente naissance Vivien Leigh et Olivia de Havilland.

jfhwepimkjnnmijw-224x300

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais Jeanne Eagels avait aussi ses fans inconditionnels! David Belasco, célèbre impresario et propriétaire d’un théâtre à son nom depuis 1907 tomba follement, éperdument amoureux de Jeanne Eagels dès qu’il la vit pour la première fois, inconnue sollicitant alors un petit rôle dans son théâtre. Il lui sera d’une fidélité exemplaire toute sa vie et par delà la mort puisqu’il prendra sa défense d’une manière aussi touchante que naïve; affirmant qu’elle était une créature aussi douce que belle, d’une humeur joyeuse et constante, une actrice de génie, sobre comme une photo de cactus, ne buvant que rarement et…sur prescription médicale pour gagner un peu de force grâce à la bière brune et au vin de Malaga!

Gageons que Jeanne elle-même en aurait bien ri!

Sa carrière théâtrale connut son point culminant avec « Rain » de Somerset Maugham. Une pièce scandaleuse où une prostituée coincée sur une île du pacifique pousse involontairement un homme de robe au suicide. Jeanne Eagels fit un triomphe inouï et la pièce allait partir en tournée quatre ans après 246 représentations!

1a38y2nou3a9on38

jeanne eagels dans « rain » de Somerset maugham, son grand triomphe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque la pièce reviendra à Nrew-York, fait rarissime, elle retrouvera l’affiche et Jeanne la jouera encore 648 fois! 648 nouveaux triomphes!

Mais il est faux de croire que Jeanne Eagels ait volé quoi que ce soit à une actrice en désaveu qui se serait suicidée de dépit pendant que Jeanne triomphait dans « sa » pièce. En réalité lorsque le rideau se lève pour la première fois sur Jeanne Eagels dans « Rain », la pièce se jouait déjà dans un autre théâtre avec une autre actrice et le succès n’était pas au rendez-vous. Mais Jeanne Eagels, plus jeune, plus belle et peut-être plus talentueuse, avait également un flair invincible pour tout ce qui touchait à l’art dramatique. Et pendant que la pièce se jouait « telle quelle » dans l’autre théâtre, elle n’hésita pas à faire modifier le second acte par Maugham lui-même. Le dramaturge donna raison en tout point à l’actrice et la pièce encore jouée aujourd’hui est celle voulue par Jeanne Eagels et non l’originale dont le texte s’est perdu et avec lui le souvenir de l’actrice qui l’avait jouée.

adi2bkfpcnpjpnf-244x300

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La légende veut aussi que Jeanne Eagels, bien trop erratique et avinée perdit le rôle au profit de Gloria Swanson lorsque la  pièce fut portée à l’écran. Une fois encore c’est faux. En fait la toute puissante et toute jeune censure interdit purement et simplement aux studios de porter cette histoire outrageante à l’écran.

Gloria Swanson alors en perte de popularité avait adoré voir Jeanne dans « Rain » et l’avait applaudie à tout rompre plusieurs fois. Devenue depuis peu productrice indépendante, elle était à l’affut de bons rôles et sauta sur l’occasion. Elle acheta les droits et avec ses puissants appuis politiques elle réussit à savoir ce qui provoquait l’interdit. Il lui suffit pour pouvoir produire le film et jouer Sadie Thompson de faire de l’homme de dieu un simple civil et le tour fut joué. Gloria connut un immense succès dans le rôle, mais que Jeanne Eagels fut une invétérée ivrogne ou sobre comme un silex n’a rien à y voir.

Plus tard Joan Crawford deviendra Sadie et connaîtra un échec retentissant, ensuite c’est Rita Hayworth qui revisitera le role dans une version musicalisée, technicolorisée et tournée en 3d. Ce sera la seule nomination aux Oscars pour la flamboyante Rita.

3d8jmzisjsuksjkz-238x300

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque Jeanne Eagels fut frappée d’interdiction  au théâtre, le cinéma venait de se mettre à parler et elle n’eut qu’à agiter un cil pour qu’une pluie de propositions s’abatte sur sa jolie tête blonde. Elle était magnifique et sa voix était parfaite. Hollywood la réclamait à corps et à cri. Quelle ne fut pas la stupéfaction générale de voir sur l’éran une femme amoindrie, maigre à faire peur, au jeu parfois étrangement saccadé , au regard s’échappant vers le vide et disons le, à la beauté altérée, aux traits émaciés.

A la revoir aujourd’hui il est évident que Jeanne Eagels est déjà une femme à la santé ruinée dans ses deux films parlants. Mais elle reste stupéfiante de justesse, d’audace et de modernité, réusissant alors qu’elle débite un texte mièvre à faire passer des milliers d’émotions souvent contradictoires que l’on prend comme autant de gifles.

Dans « The Letter », une scène m’avait particulièrement impressionnée. Lors d’une dispute conjugale, Jeanne en met plein la poire à son mari, avouant tous ses forfaits de femme adultère. le texte en soi n’est rien, mais on sent monter la jubilation d’enfin se débarrasser du poids de tous ses mensonges, son ryhme s’accelère, comme si elle était prise d’une frénésie de vérité et que la situation lui échappait. Lorsque son mari lui sort une platitude du style « j’étais toujours là pour toi », alors qu’elle continue son débit d’horreurs on voit dans son regard qu’elle est interpellée, qu’elle y réfléchit, le reconnait, culpabilise, se remet en question puis après une lueur de tendresse reconnaissante, elle songe à son amant et c’est sa sexualité enfin comblée qui prend la parole. Tout ça dure à peine une seconde.

1a3bdwaukbicbkcw

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jeanne Eagels sera nommée aux Oscars pour son rôle dans « La Lettre » mais sera évincée par Mary Pickford pourtant médiocre à souhait dans « Coquette ».

Mais Jeanne Eagels sera nommée à titre posthume.

Jeanne Eagels doit enchaîner avec un troisième tournage mais affaiblie elle doit déclarer forfait et est remplacée au pied levé par Ruth Chatterton. Adepte de l’auto médication, Jeanne soigne elle-même une sinusite chronique (mise bien entendu sur le compte de l’aspirtation intensive de drogues dures par voie nasale) et finit par attrapper des ulcères aux yeux.

Rentrée chez elle à New-york pour se reposer, elle est soudain prise d’une folle envie de sortir, s’amuser, boire et voir ses amis. mais alors qu’elle est fin prête, son visage se tord dans une effroyable grimace et elle s’écroule inanimée sur son lit. Nous sommes le 3 Octobre 1929, Jeanne a 39 ans depuis 3 mois à peine. Elle a profité de ses problèmes aux yeux pour renoncer au film prévu à la Paramount pour rentrer à New-York se faire opérer.

Si l’intervention a bien eu lieu, Jeanne détestait le script du film et sa suspension venant à son terme elle allait pouvoir remonter sur scène. Telles étaient les raisons non avouées de son retour sur la côte Est.

1a3c8z86abw3a1cb

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le compte rendu de sa fin est rigoureusement faux. Sa bonne témoignera qu’elle mourra presque instantanément après son malaise « Il était déjà trop tard lorsque les secours sont arrivés » gémira-elle longtemps dans les gazettes. Les trois autopsies successives révèleront la présence de drogues dures et d’alcool dans son sang, que l’actrice soit morte vaincue par ses excès ne fait donc aucun doute, la preuve en est faite, les autospises le confirment.

Or, la preuve en est établie, Jeanne Eagels ne mourrut pas chez elle et fut bien emmenée, inconsciente, à l’hôpital de la cinquième avenue. C’est là qu’elle s’éteint sans reprendre connaissance, avant d’entrer dans l’unité de soins et après avoir été prise de terribles convulsions. Or si la comédienne subit trois autopsies c’est qu’un mystère planait sur les circonstances exactes de sa mort brutale. En réalité la responsabilité de l’hôpital était mise en cause. On aurait administré à l’actrice inconsciente un puissant sédatif pour essayer de la ranimer. En vain. Or un autre médecin, va lui adminiseter une seconde fois le même sédatif dans le même but, ignorant que son collègue vient de le faire quelques minutes avant. Jeanne Eagels entre alors en convulsions et décède en quelques instants. L’héroïne et l’hydrate de chloral trouvés dans son sang font partie à haute dose des sédatifs de l’époque. Il est donc très probable qu’ils lui aient été administrés à l’hôpital et non absorbés par l’actrice elle-même qui, susceptible de consommer de l’héroïne, n’avait par contre aucune raison d’absorber de l’hydrate de chloral!

0warev4g0ugh0gge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quant à l’héroïne, présente dans son corps, on avait découvert qu’un produit commercialisé par les laboratoires Bayer et présent dans tous les sédatifs de l’époque, la diacétylmorphine se métabolisait en héroïne pure dans l’organisme. Il était donc impossible de ne pas trouver d’héroïne dans le sang de la défunte si on lui avait administré un sédatif à l’hôpital et à fortiori deux.

La mort de Jeanne Eagels stupéfia l’Amérique qui venait de perdre Rudolph Valentino!  5000 personne défileront devant sa dépouille pour lui rendre un ultime hommage teinté de curiosité morbide dans la même chapelle ardente que le fils du Cheik deux mois plus tôt.

Ensuite la dépouille de Jeanne Eagels sera rapatriée à Kansas City pour reposer , selon ses voeux au côté de son père et de son frère décédé quelques mois plus tôt.

Etrangement l’oubli se fera sur son art et son talent mais guère sur ses errances et ses excès.

Jeanne Eagels impressionnera terriblement une autre star: Bette Davis qui n’aura de cesse sa vie durant d’arriver à la cheville de son idole. Elle reprendra d’ailleurs le rôle de Jeanne dans un remake de « The Letter » en 1940 et sera elle aussi nommée aux Oscars pour sa performance. En 1934 déjà elle s’était inspirée de Jeanne Eagels pour créer son personnage de femme déchue dans « Of Human Bondage » face à…Leslie Howard qui se trouvait ainsi donner la réplique à la femme qu’il haïssait le plus singeant la femme qu’il avait tant haïe avant elle! Un régal pour Bette Davis, j’en suis sûre!

En 1950 encore lorsque Bette Davis prépare « All About Eve » et que le scénario fait dire au critique Adisson deWitt alias George Sanders: « On avait jamais rien vu de tel au théâtre avant elle » Bette Davis s’écrie outrée « Elle et Jeanne Eagels, bien sûr! »  La réplique sera modifiée tant en effet la chose était évidente, Adisson deWitt devait vénérer le souvenir de Jeanne Eagels pour être crédible en critique intransigeant sur la perfection!

0fdkzzysx4wbdfzw-240x300

 

 

 

 

 

 

 

 

 

QUE VOIR?

1914: A Lesson in Bridge (court métrage) avec George de Carlton

1918: The Cross Bearer: Avec Montagu Love

1927: Man, Woman and Sin: Avec John Gilbert

1929: The Letter: Avec Reginald Owen et Herbert Marshall

1929: Jealousy: Avec Fredric March

 

 

 

 

562: JULIETTE COMPTON

562: JULIETTE COMPTON 2pkf53obt96tbo9fjuliettecompton

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

S’il y a parmi mes étoiles filantes quelques destins que l’on pourrait qualifier de « classiques » pour les avoir déjà évoqués plusieurs fois avec peu de variantes, celui de Juliette Compton restera unique en son genre puisqu’Hollywood eut l’idée complètement saugrenue de faire de cette grande beauté la reine de…la contrefaçon!

Miss Juliette Compton naît le 3 Mai 1899 à Colombus en Géorgie. Débuts classiques pour cette beauté qui rêve de théâtre, tente la grande aventure New-Yorkaise et grimpe les échelons en montant sur les planches de Broadway jusqu’à la scène des « Ziegfeld Folies »!

On sait à quel point ce label « Ziegfeld » estampille les actrices « beauté fabuleuse » et avec quelle concupiscence le cinéma se penche sur leurs clichés promotionnels la bave au coin des bobines!

tumblr_lmr8xm5BWc1qbrdf3o1_500juliettecompton

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Américain standard n’a jamais eu les moyens de s’offrir une place pour assister à cette délectation visuelle réservée à des milliardaires bienheureux. Mais la réputation érotico-sulfureuse de ces dames que l’on disait nues s’était répandue jusqu’en des confins invraisemblables où l’on aurait été bien incapable de situer New-York sur une carte! Le fantasme allait bon train à travers le monde et le cinéma ne se faisait pas faute de profiter de cette publicité gratuite qui…Ne pouvait guère servir à Ziegfeld puisqu’elle titillait les envies d’un public qui n’aurait jamais les moyens d’être le sien.

Miss Compton a 25 ans lorsqu’elle fait pour la première fois don de sa beauté à un metteur en scène de cinéma. C’est Bertram Phillips qui la dirige dans « Her Redemption ». Un film policier sans grande ambition si ce n’est de proposer de nouvelles têtes au public et voir ce que celà donne! La « vedette » de la chose est Queenie Thomas, une actrice qui besogne devant les caméras depuis 1918 et dont l’histoire de septième art ne retiendra rien ou si peu. La véritable « attraction » de « Her Redemption » c’est bien la Ziegfeld Girl Juliette Compton!

Juliette passa semble-il le « test « avec brio car dorénavant elle tournera plusieurs films par an et dès 1926 elle est tête d’affiche, portant seule sur ses belles épaules toute la responsabilité du succès car on ne lui donne pour partenaire que des nouveaux « bellâtres » à tester et jamais de ces acteurs qui font déjà se pâmer les midinettes comme Valentino ou Niels Asher.

Elle passera avec beaucoup de chic et de glamour la fatale étape du parlant et se verra bientôt honorée d’un contrat chez Paramout!

C’est au service de ce studio qu’elle va vivre l’étape la plus étrange de sa carrière. Greta Garbo règne alors en reine absolue sur le cinéma, sur Hollywood et sur la MGM. la Paramount enrage et je ne sais qui s’avisant un jour que Juliette Compton avait dans le regard cette sorte de langueur suédoise et désabusée sous la paupière lourde comme la divine soi-même, le studio n’hésita pas à faire de son actrice le sosie parfait de Greta!

47n2i73igp6m742pjuliettecompton

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais comme le disait elle-meme Greta la principale intéressée: »Il n’y aura jamais qu’une seule Greta Garbo, c’est moi, car j’ai quelque chose que les autres n’ont pas, moi je suis un peu détraquée! »

Paramount se le tint pour dit, d’ailleurs ils avaient fait venir à grands frais une nouvelle bombe, germanique, cette fois, une certaine Marlène Dietrich.

Celle-ci fut bien mieux traitée que Juliette, on la distribua d’emblée dans un film de prestige taillé sur mesure pour son auguste personne et dans les bras de Gary Cooper. Ce fut « Morocco » qui valut d’emblée une gloire absolue à son actrice avec une nomination aux Oscars à la clé. Quant à Juliette, le studio Paramout, bon prince, la distribua aussi dans le film et omit de la mentionner au générique, comme c’est bête!

Le film terminé, tant qu’on y était, on singea Juliette en Marlène après l’avoir singée en Greta!

qndz6roaspm2aopzjuliettecompton

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’actrice toute à ces mutations physiques trouva le temps de devenir madame James Bartram en 1931 . Ephémère mari dont elle se séparerait cinq ans plus tard pour ne songer à divorcer qu’en 1942.

La Paramount ne délaissait pas Juliette pour autant, elle tourna quand même sept films en 1931 et partagera l’affiche avec quelques grands noms dont Marlène et Gary déjà cités mais aussi Joan Crawford, Ann Harding, Robert Montgomery, Sylvia Sydner, Billie Burke,  Ruth Chatterton, Robert Donat, Marion Davies ou Laurence Olivier qui aura le triste privilège de lui donner sa dernière réplique en 1941 dans « That Lady Hamilton » qu’il joue avec son épouse Vivien Leigh dans le rôle titre. Elle est soumise comme tant d’autres au régime « premer rôle dans de petits films, second rôle dans de grands films ». Un des « systèmes » les plus inébranlables d’Hollywood.

Lorsque le contrat Paramount viendra à  terme, Juliette s’en ira chez MGM le sancutaire de la divine Greta.

C’est à Londres qu’elle tourne son ultime film « That Lady Hamilton ».

La guerre terminée on ne revit pas Juliette Compton. Elle était rentrée en Californie dont elle aimait le climat et les orages. C’est là qu’elle s’éteindra le 19 mars 1989 à l’âge de 89 ans. Moins de deux mois plus tard elle serait morte nonagénaire!

xdajar98ejvara8djuliettecompton

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

QUE VOIR?

1924: Her Redemption: Avec Queenie Thomas

1926: Nell Gwyn: Avec Dorothy Gish

1926: White Heat: Avec Wyndham Standing et Vesta Sylva

1926: The Woman Tempted: Avec Warwick Ward et Nina Vanna

1930: Ladies of Leisure: Avec Barbara Stanwyck, Ralph Graves et Marie Prevost

1930: Morocco: Avec Marlène Dietrich et Gary Cooper

1930: Anybody’s Woman: Avec Ruth Chatterton, Clive Brook et Paul Lukas

1931: Unfaithful: Avec Ruth Chatterton et Paul Lukas

1931: Compromised: Avec Rose Hobart et Ben Lyon

1931: Husband’s Holiday: Avec Vivienne Osborne et Clive Brook

1932: Westward Passage: Avec Ann Harding et Laurence Olivier

1932: The Man Called Back: Avec Doris Kenyon et Conrad Nagel

1932: Strangers in Love: Avec Kay Francis et Fredric March

1933: Peg O’My Heart: Avec Marion Davies

1934: Le Comte de Monte Cristo: Avec Elissa Landi et Robert Donat

1934: Behold my Wife: Avec Sylvia Sydney et Gene Raymond

1935: No More Ladies: Avec Joan Crawford et Robert Montgomery

1940: Irène: Avec Anna Neagle et Ray Milland

1941: That Hamilton Woman: Avec Vivien Leigh et Laurence Olivier

552: BILLIE BURKE

552: BILLIE BURKE 7wsrwbdp57pa75ab

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Billie Burke est un véritable OVNI dans l’histoire du cinéma et fait partie intégrante de la culture populaire américaine, si tant est que celle-ci existe encore!

Cette femme à la voix de crécelle éraillée et maniérée comme un élevage de perruches mit à ses pieds cinq générations de spectateurs émerveillés et conquit Broadway avant Hollywood! Elle sera incarnée de son vivant au cinéma par la star Myrna Loy et aujourd’hui un parc New-yorkais dont les chemins s’articulent autour de la statue élevée à sa gloire porte son nom!

432136-188x300

Même pour nous, européens, son nom évoque vaguement quelque chose. il suffit alors de dire qu’elle était la gentille fée du « Magicien d’Oz » et aussitôt les regards pétillent!

Miss Billie Burke naît Mary William Ethelbert Appleton le 7 Août 1884. Son père est un clown de cirque très célèbre et non un chanteur comme on l’a trop souvent écrit. Sa gloire lui vaut de partir en tournée à travers toute l’Amérique et l’europe ensuite, sa fille et son épouse dans ses bagages. Londres ayant fait un véritable triomphe à l’artiste, la famille choisit de s’y installer.

La petite Billie est une petite fille épouvantablement timide et sa mère n’a de cesse que de la pousser dans la lumière de son père pour la guérir de cette tare bien étrange pour une fille de cl

billie burke

En 1903, elle a dix-neuf ans et fait enfin le « grand saut », elle paraît pour la première fois sur scène et…Le triomphe est instantané! Le public s’entiche immédiatement de cette créature diaphane aux joues rondes et à la voix étrange, aigrelette, haut perchée et comme essoufflée tout à la fois. Avec son jeu assez maniéré, le tout forme un ensemble absolument inédit et assure le triomphe!

billie burke

Presque immédiatement le plus puissant des agents londonniens, sir Charles Hawtrey la prend dans son écurie. Le temps de quelques pièces triomphales, un autre agent s’intéresse à elle et l’invite à venir enchanter le public américain à Broadway: Charles Frohman qui non seulement est l’agent de la glorieuse Ethel Barrymore mais produit également des pièces à succès où peuvent briller ses vedettes maison!

Bille Burke franchit l’océan et part à la conquête de son pays natal, toujours épouvantablement terrorisée car si il y a quelqu’un au monde qui ne croit pas un seul instant au talent de Billie Burke, c’est…Billie Burke!

Elle va pourtant triompher immédiatement et mettre Broadway à ses pieds en jouant du Somerset Maugham, du Mark Twain et du Shakespeare!

En 1914 elle est « repérée » par Florenz Ziegfeld jr. dont les revues aux « Folies » ont fait de la jeune femme américaine le fantasme absolu de toute la planète dès 1907!

L’homme est un incroyable dénicheur de talents et un invétéré coureur de jupons doublé d’un rêveur fantasque et dépensier! Jamais rien n’est trop beau ni trop coûteux pour habiller (et déshabiller) ses girls! Il fera débuter Martha Mansfield, Ruth Etting, Paulette Goddard, Lillian Lorraine, Barbara Stanwyck, Marion Davies, Billie Dove,Fanny Brice, Louise Brooks, Olive Thomas, Anna Held et tout un panthéon de beautés merveilleuses auxquelles il ne résistait que rarement!

Très vite le couple se marie, quelques jours après que Ziegfeld soit divorcé d’Anna Held et hélas quelques jours avant que ne se déclenche la grande guerre.

En 1916, le couple Ziegfeld fête la naissance de leur petite Patricia qui restera leur fille unique. Malgré la guerre rien n’est trop beau ni trop cher pour le couple sans doute le plus fantasque de son temps! On se partage entre une vaste propriété New-Yorkaise et une autre en Floride. Le théâtre de Ziegfeld compte 1600 places, il fait salle comble tous les soirs et le ticket d’entrée vaut bien un mois de salaire d’ouvrier!

C’est Lorenz, « Flo » pour les intimes qui incite Billie a faire ses débuts au cinéma dès 1916, son grand sens de la publicité lui fait comprendre immédiatement l’intérêt pour une actrice de pouvoir véhiculer son image à travers le monde entier.

billie-burke-fur

Billie Burke n’est que peu convaincue! le cinéma se tait, peut-elle faire illusion sans jouer de sa célèbre voix? Ses frayeurs la reprennent, durant toute sa carrière filmée elle s’inquiètera de savoir si elle a été « suffisante » dans ses scènes, ne briguant jamais les premiers rôles, craignant de ne pas faire illusion assez longtemps.

Si la vie de ce couple comblé dans sa vie professionnelle et privée peut sembler idyllique, il y a quand même des ombres au coûteux tableau. Florenz Ziegfeld fut follement amoureux d’une de ses actrices au talent pourtant médiocre mais à la beauté insensée: Lillian Lorraine. Elle avait quinze ans à peine lorsqu’il l’avait découverte et prise sous son aile, rêvant de faire d’elle la plus éblouissante star du monde. Cette passion lui coûta son mariage avec Anna Held, Ziegfeld ayant installé sa tapageuse maîtresse dans l’appartement en dessous de l’appartement conjugal. Mufle mais royal, très Louis XIV!

billie burke

Toute sa vie, et Billie le sait, il aimera passionnément Lillian Lorraine même si elle finira par sortir de son existence.

Ensuite encore, « Flo » ne peut résister aux charmes de ses girls et ses incartades sont aussi nombreuses qu’il y a de fille dans ses tableaux! Le mariage de Billie avec le génie du sex appeal fut qualifié d’absurde en son temps. Elle haussa les épaules laissant les médisants dire ce qu’ils voulaient et Ziegfeld coucher avec qui il voulait! La seule Ziegfeld girl ayant réussi à la rendre jalouse n’était autre que…Lillian Lorraine!

Mais Billie Burke n’est pas comme la précédente madame Ziegfeld contrite en jalousie! Elle est sans arrêt sur scène, triomphe automatiquement et tourne quand même une moyenne de cinq à six films par an jusqu’en 1921 où décidement fatiguée des singeries mimées devant les caméras muettes, elle refuse d’encore tourner et se consacre uniquement à la scène et à sa famille.

En 1929 hélas tout son univers bascule! le crash boursier emporte dans la tourmente généralisée tous les avoirs de Ziegfeld. La crise est totale, les théâtres ferment, celui de Ziegfeld, le plus coûteux en premier! Billie qui est maintenant une star immense depuis un quart de siècle va sans la moindre hésitation confier tout son avoir à Ziegfeld pour sauver la mise, en commençant par ses fabuleux bijoux. « C’est la moindre des choses, c’est lui qui me les avait donnés » argumenta-elle de son célèbre ton un rien pincé.

Mais la fortune de Billie n’y suffit pas, et la famille complètement râtissée comme des millions d’autres Américains, Billie accepta de revenir au cinéma. Certes, maintenant celui-ci parlait, ce qui n’était pas pour lui déplaire, mais les films se faisaient à Hollywood, à l’autre bout du monde.

Billie partit donc, seule, pour l’Ouest, invitée à la RKO par George Cukor en personne pour y devenir la mère d’une débutante qui serait bientôt aussi célèbre qu’elle: Katharine Hepburn.

« A Bill of Divorcement » va être contre toute attente le premier jalon d’une carrière immense pour l’actrice qui approche pourtant à grands pas de la cinquantaine! La MGM va se ruer sur elle avec un contrat mirifique et Billie Burke ne va plus quitter les plateaux où elles côtoiera désormais les plus grands et…uniquement les plus grands!

Ziegfeld hélas meurt à New-York durant le tournage du premier film de Billie. Elle n’interrompt le film que le temps de se rendre aux obséques de son mari adoré puis revient travailler avec Hepburn et Barrymore avec une dignité qui forcera le respect.

Elle restera la veuve de Ziegfeld jusqu’à sa propre fin. Elle ne récupèra pas un seul dollar de l’argent prêté à son défunt mari, car Ziegfeld avait emprunté sans compter à Randolph Hearst qui fera valoir ses droits et fera main basse sur le théâtre de Ziegfeld.

La tête haute, et d’une inaltérable dignité, Billie Burke va alors jouer les mondaines fofolles, toujours étonnée de voir la manière dont Hollywood envisageait la haute société! Comme une sorte d’asile! « Ces marchands de pellicule ne sont pas reçus dans la haute société, ils doivent se contenter de l’imaginer. Avec rancœur j’imagine! »

C’est elle qui lance les invitations à dîner dans « Dinner at Eight », en 1938 Hollywood la consacre avec une nomination aux Oscars pour son second rôle dans  »Merril We Live » face à Constance Bennett, mais c’est Fay Bainter qui l’évince pour son rôle dans « Jezebel ».

L’année suivante elle tourne le rôle emblématique de sa carrière: celui de la fée dans « Le Magicien d’Oz ».

Il y aura encore d’autres triomphes jusqu’au milieu des années 50 où l’actrice portant fièrement son élégante soixantaine s’attaque à la télévision!

Elle a 72 ans lorsqu’elle apparaît pour la dernière fois au cinéma, dans un western, genre nouveau pour elle, mais c’est John Ford qui le lui demandait, celà se refuse-il?

Elle se retire ensuite, pouvant largement être fière de son partimoine qui fait partie de la grande histoire non seulement d’Hollywood mais de l’Amérique entière. Sa fille l’a faite quatre fois grand’mère et c’est entourée des siens qu’elle décède le 14 Mai 1970. Elle était restée à Hollywood mais voulut être inhumée dans le quartier de New-York où elle avait vécu si heureuse au temps de Ziegfeld.

Une statue commémorative orne aujourd’hui sa tombe.

QUE VOIR?

1916: Peggy: Avec William Desmond

1918: In Pursuit of Polly: Avec Thomas Meighan

1919: Good, Gracious, Annabelle: Avec Herbert Rawlinson

1921: The Education of Elizabeth: Avec Lumsden Hare

1932: A Bill of Divorcement: Avec Katharine Hepburn et John Barrymore

1933: Dinner at Eight: Avec Jean Harlow, Lionel Barrymore, Wallace Beery et Marie Dressler

1934: Forsaking All Others: Avec Joan Crawford, Clark Gable et Robert Montgomery

1934: Finishing School: Avec Frances Dee et Ginger Rogers

1935: Becky Sharp: Avec Myriam Hopkins et Frances Dee

1935: Splendor: Avec Miriam Hopkins et Joel McCrea

1936: My American Wife: Avec Ann Sothern et Francis Lederer

1936: Craig’s Wife: Avec Rosalind Russell et John Boles

1937: Topper: Avec Constance Bennett et Cary Grant

1938: Merrily We Live: Avec Constance Bennett et Brian Aherne.

1938: The Young in Heart: Avec Janet Gaynor, Roland Young et Douglas Fairbanks jr.

1939: Le Magicien d’Oz: Avec Judy Garland

1939: Eternally Yours: Avec Loretta Young et David Niven

1940: The Ghost Comes Home: Avec Frank Morgan et Ann Rutherford

1940: Irène: Avec Anna Neagle et Ray Milland

1940: The Capitain is a Lady: Avec Beulah Bondi, Virginia Grey et Charles Coburn

1940: Hullabaloo: Avec Virginia Bruce, Frank Morgan et Dan Dailey

1941: One Night in Lisbon: Avec Madeleine Carroll et Fred MacMurray

1942: The Man Who Came to Dinner: Avec Bette Davis et Ann Sheridan

1942: Girl Trouble: Avec Joan Bennett et Don Ameche

1943: You’re a Lucky Fellow, Mr. Smith: Avec Evelyn  Ankers et Alan Jones

1946: The Bachelor’s Daughters: Avec Gail Patrick, Ann Dvorak et Claire Trevor

1949: The Barkleys of Broadway: Avec Fred Astaire et Ginger Rogers

1949: And Baby Makes Three: Avec Barbara Hale et Robert Young

1950: Father of the Bride: Avec Spencer Tracy, Elizabeth Taylor et Joan Bennett

1951: Father’s Little Divident: Avec Elizabeth Taylor, Spencer Tracy et Joan Bennett

1951: Three Husbands: Avec Eve Arden et Ruth Warrick

1953: Small Town Girl: Avec Ann Miller, Jane Powell et Farley Granger

1960: Seargent Rutledge: Avec Constance Towers et Jeffrey Hunter

achacunsoncinema |
filmss |
dorian78 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | carolineriche
| utopia2012
| ddlstream