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MARIE DUBOIS

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La blonde Marie Dubois fut longtemps un des soleils du cinéma au cœur des Français. Elle symbolisait la jeune française populaire sans vulgarité, jolie mais accessible, rayonnante, solaire, jeune et heureuse, simplement simple. Pourtant son image restait floue. Jamais semble-il, carrière n’avait été menée avec moins de maîtrise et comme on s’y perdait un peu, Marie n’avait pas de véritable image et donc n’avait pas de véritable public même si paradoxalement tout le monde la connaissait et l’aimait.

Claudine Lucie Pauline Huzé voit le jour à Paris, le 12 Janvier 1937. Petite fille de français moyens sans grandes histoires à raconter, son papa est comptable, sa maman secrétaire. Elle aura, comme toutes les petites filles de sa génération, l’enfance entachée d’occupation. Elle est presque adolescente quand la France peut se permettre d’oublier enfin les privations des années de guerre. Les gravats déblayés, les morts comptés, les tickets d’alimentations périmés et les films américains enfin distribués. L’avenir est à l’optimisme et Claudine veut être comédienne. « C’est un métier de putain » S’exclame un de ses oncles à table.

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Elle suivra les cours de la rue Blanche puis débutera au théâtre, ensuite la télévision où elle débute sous son vrai nom. Un parcours on ne peut plus classique, j’ai envie de dire traditionnel.  Il est de coutume de dire que c’est François Truffaut le premier qui l’a repérée. Ne pinaillons pas. Même lorsqu’il la convoque pour un bout d’essai resté célèbre, elle a déjà tourné un petit bout de rôle pour Eric Rohmer dans « Le Signe du Lion » avec la belle Michèle Girardon.

Si je qualifie les essais que fit Marie Dubois pour Truffaut de célèbres, c’est que non seulement ils sont toujours visibles mais qu’ils nous montrent une petite parisienne ravissante, sportive mais « coiffée » qui manque de s’évanouir lorsque Truffaut lui demande de se conduire comme une chiffonnière et de l’insulter copieusement. La jeune fille en est incapable, au bout de cinq minutes, rouge comme un camion de pompiers et triturant sa pauvre blouse elle réussit à lancer le mot « con » !

Truffaut qui la rebaptise d’un nom « le plus simple possible », sans doute en hommage déguisé à Claudine Dupuis qu’il admire un peu honteusement en secret, l’engage quand même. Comment se passer d’une aussi adorable demoiselle. Elle tournera pour lui dans « Tirez sur le pianiste » et « Jules et Jim ». Deux courts rôles, certes, elle n’est la vedette d’aucun des deux films, quoique son rôle dans « Tirez sur le Pianiste » soit loin d’être négligeable. Mais ce sera suffisant pour qu’elle se retrouve estampillée « nouvelle vague ».

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Or, s’il est une personne qui se fiche de la nouvelle vague comme d’une guigne, c’est bien Marie Dubois ! Assoiffée de vie, la comédienne se fiche de la psychologie et des états d’âme de ses metteurs en scène! Elle est la première à se précipiter dans le cinéma de Gérard Oury ou de Gilles Grangier pour donner la réplique à Bebel, Louis de Funès, Fernandel ou Bourvil! Pour Marie une seule chose compte: L’envie de faire le film! Et chemin faisant elle tournera pour une série de metteurs en scène propre à rendre n’importe quelle actrice française malade de jalousie! Elle tournera entre autres pour Truffaut, Rohmer, Resnais, Molinaro, Godard, Granier-Deferre, Grangier, Oury, Enrico, Lautner, Malle, Vadim, Sautet, Verneuil, Japrisot, Doniol-Valcroze, Chabrol, Corneau et même René Clair. Qui de sa génération peut dire mieux ou aussi bien si ce n’est Catherine Deneuve et peut-être Bernadette Lafont? D’autant que l’on peut ajouter à cette prestigieuse liste le nom de l’illustre Luchino Visconti qui la dirige dans son dernier film « L’Innocent » en 1976.

On peut même rappeler qu’elle fut d’une superproduction américaine « Monte Carlo or Bust » avec ses comparses Mireille Darc et Nicoletta Machiavelli. Une véritable usine à gaz avec Tony Curtis, Terry Thomas et Susan Hampshire en tête d’affiche

Comme la Garance de Marcel Carné dans « Les Enfants du Paradis », Marie Dubois aime plaire à qui lui plaît et ne sait pas dire non quand elle a envie de dire oui! Voilà tout son plan de carrière et sa vie privée va être tout aussi simple. En 1961 elle se marie avec Serge Rousseau qui fut lui-même acteur avant d’être agent de comédiens. Le couple aura une fille, Dominique, et c’est tout ce qu’il y aura à dire sur la vie privée de Marie Dubois, une des actrices françaises les plus sollicitées durant trois décennies.

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Un jour elle confessera à la télévision: « Non, ma vie n’est pas simple! Quand mes valises sont bouclées pour partir en tournage, je suis submergée par le désespoir de laisser ma petite fille et mon mari! Il m’arrive de sangloter des nuits entières dans ses bras et je sais que ma petite fille pleure aussi dans sa chambre. Je suis désespérée et je suis sincère. Et en même temps, il me piaffe d’être le lendemain, de partir, de rencontrer l’équipe et de tourner, de faire mon métier! Je suis une épouse je suis une maman et je suis une actrice, il faut que je me débrouille avec ça! Heureusement que mon mari le comprend…Mieux que moi d’ailleurs! »

Pourtant cette femme qui irradie de bonheur et de simplicité franche est une femme en sursis. Sur son premier tournage pour Truffaut, Marie Dubois se sent mal. Ce sont les premiers symptômes de la sclérose en plaques. D’abord anéantie par la nouvelle, la jeune femme qui n’a pas 25 ans et dont la vie commence à peine, refuse purement et simplement le diagnostic et se jette dans la vie comme si rien ne s’était passé, comme si rien n’avait été dit, diagnostiqué. La sclérose en plaques est une maladie très particulière qui peut laisser le malade qui en souffre tout à fait tranquille des années durant entre deux crises. Des crises qui frappent n’importe où n’importe comment, sans raison, sans symptômes annonciateurs et qui laissent chaque fois le malade un peu plus diminué jusqu’à la crise suivante qui viendra le lendemain, dans un an, dans dix, mais qui viendra. inéluctablement et à un rythme de plus en plus soutenu.

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Marie Dubois va avoir la chance inouïe de vivre vingt magnifiques années avant que la maladie ne se rappelle à son mauvais souvenir. 20 années à vivre heureuse avec son mari, faire le métier qu’elle adore et fonder avec sa fille une relation fusionnelle. Même si elles n’aimeront rien tant, lorsque Dominique sera devenue une aussi ravissante jeune femme que sa maman de se quereller comme des chiffonnières au point d’affoler les voisins, de l’aveu même de Marie Dubois. Puis de se jeter ensuite éperdument dans les bras l’une de l’autre. En 1977, Marie Dubois tourne un second rôle pour Alain Corneau dans son film « La Menace » dont les vedettes sont Carole Laure et Yves Montand. Sa prestation lui vaut le César de la meilleure actrice dans un second rôle. Sa joie est immense et ce César restera toujours cher à son cœur et en bonne place sur sa cheminée car il lui vient de ses pairs. Mais entre le tournage de Corneau et la soirée des Césars, le mal est revenu frapper l’actrice.

Elle va désormais vivre dans la crainte de se réveiller chaque matin diminuée par une crise. Sa bonne santé est irrévocablement condamnée, elle le sait et c’est inéluctable. Ce seront les béquilles puis la chaise roulante. Le processus est implacable et surtout incurable. Elle va devoir se montrer sage, ralentir sa carrière, ne plus accepter que des rôles de quelques jours, souvent pour la télévision où les tournages sont plus rapides. Peu à peu le mal fait son œuvre mais Marie Dubois pourra encore se survivre honorablement aux yeux du public en cachant son mal à tous pour rester une actrice. En 2001 l’actrice annonce publiquement sa maladie dont les crises se sont rapprochées et s’intensifient. Dans son drame elle a la chance de ne pas avoir la vue et l’élocution qui se brouillent comme c’est souvent le cas. La vie n’en a pas fini . En 2007 son mari la laisse veuve après 46 ans de mariage. Marie quitte alors son Paris adoré et s’installe à Pau pour se rapprocher de sa fille Dominique.

Clouée dans son fauteuil roulant, en sursis perpétuel, Marie Dubois reçoit les honneurs qui lui sont dus. Faite officier de la légion d’honneur en 2013, elle reste une femme active, certes plus dans le cinéma mais dans la reconnaissance de la maladie qui peu à peu la détruit. « Faire bouger les choses » c’est son truc! « J’ai fait de très gros progrès dans la vie depuis mes essais pour François Truffaut! Maintenant, le mot « con » c’est le mot le plus délicat de mon vocabulaire! »

Le 15 Octobre 2014, la maladie avait raison d’elle . Marie s’éteignait, veillée par sa fille Dominique. Ces derniers mois son état s’était aggravé et la comédienne avait dû quitter son appartement pour une maison de retraite médicalisée Marie avait 77 ans et elle avait été faite officier de la légion d’honneur l’année précédant sa fin.

Celine Colassin

Marie Dubois

QUE VOIR?

1959: Le Signe du Lion: Avec Michèle Girardon et Jess Hahn

1960: Tirez sur le Pianiste: Avec Michèle Mercier, Nicole Berger et Charles Aznavour

1961: Une Femme est une Femme: Avec Anna Karina, Jean-Paul Belmondo et Jean-Claude Brialy

1961: Le Monocle Noir: Avec Elga Andersen et Paul Meurisse

1962: L’Anglaise: Avec Jacques Monsigny

1962: Jules et Jim: Avec Jeanne Moreau, Oskar Werner et Henri Serre

1962: La Croix des Vivants: Avec Pascale Petit, Madeleine Robinson et Giani Esposito

1964: La Ronde: Avec Jane Fonda et Jean-Claude Brialy

1964: Week-End à Zuydcoote: Avec Jean-Paul Belmondo

1964: La Chasse à l’Homme: Avec Jean-Paul Belmondo

1964: L’Âge Ingrat: Avec Jean Gabin, Fernandel et Frank Fernandel

1964: Mata Hari, Agent H21: Avec Jeanne Moreau et Jean-Louis Trintignant

1965: Les Fêtes Galantes: Avec Jean-Pierre Cassel

1965: Les Grandes Gueules: Avec Lino Ventura et Bourvil

1966: La Grande Vadrouille: Avec Bourvil et Louis de Funès

1967: Le Voleur: Avec Jean-Paul Belmondo

1968: Ce Sacré Grand-père: Avec Michel Simon, Mary Marquet et Serge Gainsbourg

1969: Monte Carlo or Bust:  Avec Mireille Darc et Nicoletta Machiavelli

1970: La Maison des Bories: Avec Jean-Pierre Cassel et Maurice Garrel

1971: Bof…Anatomie d’un livreur: Avec Marie-Hélène Breillat

1972: L’Œuf: Avec Guy Bedos

1973: Le Serpent: Avec Virna Lisi, Yul Brynner et Henri Fonda

1974: Antoine et Sébastien: Avec François Périer et Jacques Dutronc

1974: Vincent, François, Paul…Et les Autres: Avec Yves Montand, Michel Piccoli et Serge Reggiani

1974; L’Escapade: Avec Jean-Louis Trintignant

1976: Nuit d’Or: Avec Bernard Blier et Klaus Kinski

1976: Les Mal Partis: Avec France Dougnac

1976: L’Innocent: Avec Laura Antonelli et Jennifer O’Neill

1977: la Menace: Avec Carole Laure et Yves Montand

1980: Mon Oncle d’Amérique: Avec Nicole Garcia, Gérard Depardieu et Nelly Borgeaud

1983: L’Ami de Vincent: Avec Françoise Fabian, Philippe Noiret et Jean Rochefort

1983: Garçon: Avec Nicole Garcia et Yves Montand

1987: Grand Guignol: Avec Guy Marchand et Caroline Cellier

1990: Un Jeu d’enfant: Avec Dominique Lavanant

1996: Les Caprices d’un Fleuve: Avec Bernard Giraudeau et Richard Bohringer

1997: Rien ne va Plus: Avec Isabelle Huppert et Michel Serrault

1999: A Vot’service: Avec Philippe Perrussel

 

DEBRA PAGET

debra paget

Si la très belle et très piquante Debra Paget n’avait pas été une vedette de cinéma sous contrat à la Century Fox, Hollywood aurait pu faire d’elle une de ses plus intéressantes attractions touristiques! Aux heures les plus brûlantes de sa gloire, l’actrice possédait le troisième fan mail du studio après celui de Betty Grable et de Marilyn Monroe. Elle possède également la même Cadillac Eldorado convertible que Marilyn Monroe. Mais si la voiture de la blonde Marilyn est sobrement noire, la Cadillac de miss Paget est « fraise écrasée » et la vedette l’a patiemment décorée elle-même de pierres précieuses qu’elle dit un temps  »vraies » mais qui sont bien entendu fausses. La presse se gausse « Miss Paget se balade toute la journée avec un seau de bimbeloterie dans le coffre de sa rutilante Cadillac pour remplacer les pierres qu’on lui vole à chaque arrêt« . Et Elle: « Et alors? A chaque strass de volé, un fan de gagné!« . Pendant cette joyeuse période, sa chère maman tenait à ce que l’on ne parle de Debra dans la presse uniquement sous l’appellation de « La Fille qui n’a jamais été embrassée! » et cette prude jeune fille offrait un boa constrictor à sa sœur pour son anniversaire!

 

Debra Paget avec sa plus grande fierté: Sa Cadillac Eldorado décapotable couleur fraise écrasée et couverte de pierreries fausses mais du meilleur effet pour éblouir le passant, surtout avec la perruque assortie à la voiture

Debra Paget avec sa plus grande fierté: Sa Cadillac Eldorado décapotable couleur fraise écrasée et couverte de pierreries fausses mais du meilleur effet pour éblouir le passant, surtout avec la perruque assortie à la voiture

Miss Debra Paget vient au monde dans une fratrie un peu compliquée de cinq personnes. Je dis compliquée car comme tous ses frères et sœurs feront du cinéma et comme ils prendront tous des pseudonymes plus exotiques que leurs noms de baptêmes, ça fait dix noms à retenir…Au moins!

Nous sommes donc le 19 Août 1933 lorsque Debralee Griffin vient au monde à Denver au Colorado. Sa mère, Marguerite Allen est une ancienne reine du vaudeville qui a fait carrière sous le pseudonyme de Margaret Gibson. Après avoir épousé monsieur Frank Griffin, elle a rangé ses plumes d’autruche, ses strass et ses faux cils à la naissance de sa fille Mareta Eloïse née en 1923, son  fils Frank jr. est né en 1929.

Mareta fera carrière sous le pseudonyme de Téala Loring d’abord et de Judith Gibson ensuite. Après la naissance de Debralee, c’est Lezlie qui vient au monde le 6 Mars 1935 et choisira le pseudonyme de Lisa Gaye.

En 1940, l’ex reine du vaudeville malgré ses quatre enfants ne peut se résoudre à l’anonymat qui est aujourd’hui le sien. Elle monte un numéro avec ses deux filles, elles deviennent les Gibson Sisters, Marguerite s’auto proclamant grande sœur de ses propres filles! Elles se produiront en trio à travers tout le pays, du Colorado à l’Illinois, de Denver à Chicago! Debralee est donc une professionnelle de la variété à sept ans. En 1944, étrangement, une nouvelle petite sœur, Meg, est venue agrandir la famille. Debralee a maintenant onze ans, et sa mère n’a pas lésiné sur les cours de danse ni sur la farandole des auditions.

Debra paget

La jeune Debra est une adolescente déjà très professionnelle et à la beauté saisissante. La silhouette souple et déliée malgré sa petite taille, des cheveux noirs qui ondulent naturellement et tombent en cascade sur ses épaules, une peau de lait et des yeux d’un beau vert jade cerclé de violet. Pour elle les choses vont aller très vite. Elle a la chance de donner au théâtre la réplique au french lover adulé des foules, j’ai nommé Charles Boyer lui-même. Lequel, fasciné par l’adorable jeune débutante lui donne un petit coup de pouce en la présentant à quelques directeurs de programmes radio. C’est alors un média tout puissant en Amérique comme partout ailleurs dans le monde puisque la télévision est encore expérimentale et qu’en attendant, la radio s’écoute même dans les régions les plus reculées où il n’y a pas de cinémas.

Bientôt la Century Fox tend l’oreille avant d’ouvrir les yeux. Pour la jolie Debralee c’est un contrat à Hollywood, dans le sacro saint studio de la star Betty Grable alors incontestable numéro un du box office. Debra est encore mineure, c’est sa famille qui doit gérer son contrat et à sa majorité, grâce à la loi Coogan, elle recevra une somme importante que le studio avait obligation de placer pour ses artistes mineurs jusqu’à leur majorité. Elle s’en servira pour s’offrir deux Cadillac de plus, son péché mignon avec les animaux  exotiques.

debra paget

Mais on le sait, la MGM est un studio peut tendre avec ses actrices et peut-être le moins doué de tous avec la Warner pour l’évolution de ses stars vers les plus hauts sommets. Le studio ne sait généralement pas quoi faire de ses actrices et Debra sera traitée comme Gene Tierney à la même époque, passant par toutes les nationalités, de la tahitienne à l’Egyptienne au gré des tournages et des nécessités. C’est le principe maison de faire faire un peu n’importe quoi à tout le monde avant de figer l’artiste dans un cliché définitif. La carrière de Sheree North n’y résister pas, Betty Grable tournera le même film encore et encore jusqu’à l’écœurement. Le studio étant même incapable de faire évoluer sa coiffure. Comme Marilyn, Debra Paget se battra contre la FOX durant la presque totalité de la durée de son contrat.

Une autres des marottes du studio étant de frustrer leurs stars maison. On n’obtient jamais les rôles que l’on brigue, on est obligés de tourner ceux dont on ne veut à aucun prix et si à tout hasard comme Jayne Mansfield on est content de son sort à la FOX, on est viré. C’est que quelque chose cloche dans le système! Pour être une star chez FOX, il faut prendre le studio par surprise et faire un « hit » inattendu avec un film, comme Marilyn avec Niagara, Gene avec Laura. Pour Debra ce sera « L’Oiseau de Paradis », titre qui lui va si bien au teint. Debra apprit à ses dépens les usages en vigueur chez FOX car dès son arrivée elle fut dépossédée de son rôle dans « La Rose Noire » au profit de la française Cécile Aubry qui vient de débarquer.

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N’ayons pas peur de le dire, si Debra Paget laisse une trace non négligeable dans la grande histoire hollywoodienne, c’est que la FOX a bien voulu la prêter à d’autres studios. En 1950, Debra se déplace à Hawaï avec Louis Jourdan et l’équipe de « L’Oiseau de Paradis » pour y tourner un rôle d’indigène. Avant le départ, le studio soumet son actrice à un coaching vocal intensif pour lui faire perdre son accent du Colorado.

Le film fera un triomphe inouï, même si Delmer Daves a fait reconstruire une fausse cascade haïtienne parce que la vraie ne lui plaît pas. Debra et Louis Jourdan sont le nouveau couple numéro un du studio, on prépare une autre superproduction pour eux « Drums Along Amazon » qui sera tourné au Pérou avec Yma Sumac en curiosité locale.  Un Pérou bien étrange d’ailleurs, et si « L’Oiseau de Paradis » pouvait sembler un tantinet « criard », que dire de ce film qui flirte avec le fauvisme exacerbé! Et en attendant, maman Marguerite lance le slogan de « La fille qui n’a jamais été embrassée », histoire de faire mousser les dix-huit ans tout proches de sa vedette de fille chérie. Le tournage terminé, Debra se voit sommée de remplacer June Haver dans un film qui plaisait beaucoup à cette dernière! Nous sommes chez FOX que diantre!

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Quant au film prévu pour Debra « Evangeline » , c’est donc Gene Tierney qui est prévue pour la remplacer. Ceci avant que Marisa Pavan ne débarque dans le jeu de quilles! Et malheureusement pour Debra, non seulement la FOX la traite aussi mal que les autres mais a pris goût à cette histoire de « Fille qui n’a jamais été embrassée ». Cette idée de brune sage dans un studio truffé de blondes scandaleuses leur paraît très judicieuse et il va s’en suivre une kyrielle de quiproquos et de situations ubuesques. La presse bien entendu guette à chaque instant l’heureux lauréat du premier baiser et chaque fois que Debra dit bonjour à un homme, son agent avertit la presse qu’il n’y a rien entre eux, c’est le livreur de pizzas ou le fiancé de sa sœur!

Sur le plateau de « Démétrius et les Gladiateurs » elle porte une rutilant bague de fiançailles et les spéculations sur le nom du donateur vont bon train, Debra déclare que c’est « juste une bague » mais les plus fins limiers découvrent que Mitzi Gaynor a la même, don de Howard Hugues soi-même! Il ne manquait plus que lui! Bientôt la même bague est vue au doigt gracieux de Terry Moore et de Jean Peters. Howard Hugues faisait alors les grandes heures de la maison Cartier! Debra, soyons justes a toujours contesté avoir reçu cette bague du fantasque magnat de l’aviation qui de son côté déclarait à qui mieux mieux qu’il allait effectivement l’épouser…Comme Mitzi, Terry et Jean!

La FOX de son côté, ravie de cette publicité gratuite et incessante estampille Debra Paget « Péplum et films bibliques » car elle a convaincu le studio dans sa prestation de jeune chrétienne amoureuse donnée en pâture sexuelle à toute une cargaison de gladiateurs! Pauvre « Fille qui n’a jamais été embrassée »!

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Debra Paget va donc collectionner les Cadillac, les péplums, quelques indispensables westerns et les animaux exotiques mâtinés de quelques hypothétiques fiancés jusqu’à ses 21 ans, âge où elle menace la FOX de quitter le studio si elle ne reçoit pas enfin des rôles de filles sexy! La bague en diamants avait disparu de son doigt quelques jours puis était réapparue…Deux fois plus grosse! Debra qui avait refusé de poser dans un maillot couleur chair pour la promotion de « Prince Vaillant » en s’exclamant à l’unisson avec Janet Leigh également concernée: « Ces maillots couleur chair donnent l’illusion de la nudité » fait cette fois un scandale parce que sa « danse exotique » dans « Princesse du Nil » a été censurée dix sept fois! Elle en fait un numéro pour se produire à l’ouverture d’une nouvelle boîte de nuit à Las Vegas. « Je la danserai dans son intégralités seulement vêtue de chaînes d’or » clame la fille qui n’ a jamais été embrassée. Et d’empocher 25.000$ pour trois semaines! En Janvier 1955, beaucoup de monde à Hollywood a déjà clamé sur les toits être le « vrai » fiancé de Debra Paget. Elle ne dément jamais, publicité oblige. D’ailleurs est-ce tout à fait faux? Le riche Jay Robinson est le seul à se plaindre de la star: « Comme je devais m’absenter plusieurs semaines et qu’elle adore les animaux exotiques, je lui ai offert un petit singe et elle m’a dit « Vous l’avez bien choisi, chaque fois que je le regarderai il me fera penser à vous et elle a éclaté de rire! »

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Debra s’affiche avec Jeffrey Hunter et sa mère commente: « Rien n’est plus absent de leurs projets que le mariage, ils sont comme frère et sœur!’ La fille qui n’a jamais été embrassée préfère Victor Mature, tout le monde le sait et elle s’apprête à rejoindre le plateau des « Dix Commandements ». La FOX a accepté de la prêter à la  Paramount et Debra évince au moins dix actrices qui bataillaient pour le rôle dont Elaine Stewart, Jean Peters et Anna-Maria Pierangeli la grande favorite sans même rencontrer Cecil B. DeMille! C’est un mystère encore irrésolu aujourd’hui. Pourquoi Debra a-elle été choisie entre toutes sans l’avis du metteur en scène pourtant pointilleux sur ses castings?

Bien des années après sa retraite, Debra qui aura versé dans la religion donnera la seule explication possible à ses yeux: « Dieu lui a dit de faire comme ça! » Mais en attendant ces révélations divines, Debra aura l’honneur d’être la première partenaire d’Elvis Presley à l’écran dans « Love Me Tender ». « Un soir il m’a appelée du Mexique, il m’attendait là-bas et voulait que je le rejoigne pour l’épouser. J’avais très envie de le faire mais papa et maman n’ont pas voulu!« .

En 1957 chaque chroniquer de Hollywood a « son fiancé » pour Debra Paget, persuadé de miser sur le bon cheval et tout le bottin mondain a eu à un moment ou à un autre les honneurs de cette étrange spéculation. La belle se tait, du moins à ce propos et préfère parler de ses débuts à la télévision, de sa salle de bains noire et or aux robinets 18 carats. Car Debra avec papa et maman a emménagé dans un manoir de 26 chambres pour être plus confortable avec ses robes, ses bijoux ses voitures et son zoo privé. Elle mène alors grand train et grand tapage, qui croirait que déjà sa carrière se termine?

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L’année 1958 commence avec l’annonce de nouvelles fiançailles, cette fois avec la chanteur David Street. Personne n’y aurait pris garde si Debra elle-même n’avait commenté en baissant ses beaux yeux de jade: « Nous nous connaissons depuis 1945″.

Fin du mois le couple est marié et passe sa lune de miel au Mexique où Debra tourne un film « From Earth to the Moon » Hollywood est sidéré de la vitesse à laquelle les choses se sont passées! Debra avait un nouveau fiancé officiel toutes les semaines depuis 1951 et n’avait jamais épousé personne! David a 37 ans, Debra en a 24, elle sera sa cinquième épouse et dès le retour du Mexique il emménage dans le manoir à 26 chambres, il est « un peu fauché en ce moment« ! Dix semaines plus tard Debra divorçait!

En 1961, Debra se remariait avec Budd Boetticher surtout connu pour avoir réalisé de nombreux westerns avec Randolph Scott.  Budd a 14 ans de plus que sa jolie épouse, laquelle pour avoir tourné en Europe a renoncé aux attraits de Cadillac pour ceux de Rolls Royce.

Ce mariage là durera dix-huit mois et la mère de Debra commente de manière véhémente: « Je ne tolèrerai pas qu’on se moque des mariages de Debra comme de ceux de Zsa-Zsa Gabor ou Elizabeth Taylor! Ma fille ne s’engage pas à la légère, elle n’a pas eu de chance, c’est tout! D’ailleurs elle est terriblement traumatisée et refuse tous les films qu’on lui propose! Heureusement que je lui ai obtenu un nouveau contrat à Las Vegas, danser lui fera le plus grand bien! » Toujours à Las Vegas en Avril 1962, elle y épouse le fils du ministre des finances de la Chine pré communiste

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Le 22 Juin 1964 leur fils Teh-Chi Gregory vient au monde. Son mari, de 13 ans son aîné est alors diplomate attaché à l’ambassade de Chine à Washington et Debra a annulé la plupart de ses contrats dès son mariage. On ne la voit plus guère que montant ou descendant de son jet privé avec ou sans son mari mais jamais sans son personnel. Madame n’appréciant que peu le rude climat de Washington, le couple vit au Texas, d’où l’avion.

Le couple divorcera en 1980 après dix-huit ans d’un mariage heureux et Debra refusera de discuter lors du divorce: « Nous ferons comme mon mari voudra, il est un homme merveilleux et nous resterons toujours les meilleurs amis du monde, quoi qu’il puise arriver et nous avons un enfant merveilleux ensemble.

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Debra s’installe alors avec sa chère maman, maintenant veuve dans une grande maison de Houston où elle aime à s’occuper de ses caniches. La star refuse d’être contactée par qui que ce soit pour quoi que ce soit à moins qu’il ne s’agisse de religion sa nouvelle passion. En 2013 Debra Paget devient octogénaire. Et incontestablement la plus belle octogénaire de toute l’histoire de l’humanité. Sa beauté du XXIème siècle est bien celle de l’oiseau du paradis. Un oiseau moins criard qu’autrefois mais qui rayonne bien plus aujourd’hui qu’hier.

Celine Colassin

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QUE VOIR?

1948: Cry of the City: Avec Shelley Winters, Victor Mature et Richard Conte

1949: Mother is a Freshman: Avec Loretta Young et Van Johnson

1949: House of Strangers: Avec Susan Hayward et Edward G. Robinson

1950: La Flèche Brisée: Avec James Stewart et Jeff Chandler

1950: Fourteen Hours: Avec Barbara Bel Geddes, Grace Kelly et Jeffrey Hunter

1951: L’Oiseau de Paradis: Avec Louis Jourdan et Jeff Chandler

1951: La Flibustière des Antilles: Avec Jean Peters et Louis Jourdan

1952: Belles on Their Toes: Avec Myrna Loy, Jeanne Crain et Jeffrey Hunter

1952: Stars and Stripes Forever: Avec Robert Wagner et Clifton Webb

1954: Prince Vaillant: Avec Robert Wagner, Janet Leigh et James Mason

1954: Princess of the Nile: Avec Jeffrey Hunter et Michael Rennie

1954: Les Gladiateurs: Avec Susan Hayward et Victor Mature

1955: White Feather (La Plume Blanche-Le Dernier Cheyenne): Avec Robert Wagner et Jeffrey Hunter

1955: Seven Angry Men: Avec Jeffrey Hunter et Raymond Massey

1956: Les Dix Commandements: Avec Charlton Heston et John Derek

1957: The River’s Edge: Avec Ray Milland et Anthony Quinn

1957: Omar Khayyâm: Avec Cornel Wilde et Michael Rennie

1958: From the Earth to the Moon: Avec Joseph Cotten et George Sanders

1959: Le Tigre du Bengale: Avec Paul Hubschmid

1959: Le Tombeau Hindou: Avec Paul Hubschmid

1960: Why Must I Die: Avec Terry Moore

1960: La Vallée des Pharaons: Avec Ettore Manni

1960: Journey to the Lost City: Avec Paul Hubschmid

1961: Most Dangerous Man Alive: Avec Ron Randell et Elaine Stewart

1961: I Masnadieri: Avec Daniela Rocca et Yvonne Sanson

1962: Tales of Terror: Avec David Frankham

1963: The Haunted Palace: Avec Vincent Price

 

 

JACQUELINE HUET

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Jacqueline Huet c’est un peu la Marilyn Monroe de la télévision.

La France avait encore en tête et au cœur l’image de cette femme magnifique, cette blonde aux grands yeux de jade, au sourire lumineux, à la diction parfaite et à l’élégance si parisienne alors que dans la triste solitude de son appartement de la rue Boileau à Paris, elle choisissait d’en finir. Jacqueline Huet absorbait une dose massive de barbituriques puis s’allongeait dans son bain, attendant la mort et non sans avoir laissé un message. Non un mot d’adieux ou d’explications, mais une recommandation à ceux qui la trouveraient « Ne me ranimez pas, je suis une vedette oubliée, c’est comme un canard à qui on a coupé la tête et qui court encore un peu »

Jacqueline Germaine Huet qui ne connaîtra jamais son père naît à Paris le 20 Octobre 1929.

La jolie petite demoiselle se rêvait comédienne et c’est dans un Paris occupé qu’elle suit les cours du conservatoire dont elle sortira diplômée en 1945, année de ses débuts au théâtre.

Pour le cinéma il faudra attendre 1947 et « l’Eventail », un film de René Clément dont Dany Robin et Claude Dauphin sont les vedettes et dans lequel Jacqueline sera à peine figurante. Mais qu’importe. Elle a dix-huit ans et elle est jolie comme un cœur même si elle est un peu grande pour son époque: un mètre 75! Dix ans plus tard cette particularité fera les délices des couturiers parisiens! On la verra d’ailleurs défiler à l’écran dans « Mannequins de Paris » en 1956. Mais malgré sa beauté assez spectaculaire, la carrière au cinéma de Jacqueline Huet ne prend jamais de véritable envol. Après 1958 elle sera créditée au générique de plusieurs films mais c’est parce qu’on la voit à la télévision et non parce qu’elle fait partie de l’intrigue.

Lorsqu’en 1958 l’ORTF lui proposa un contrat ce fut son véritable départ. Elle devint speakerine et devint très vite très populaire. Elle se froissera bien un peu parce que les autres speakerines entre elles l’appellent caca Huet en appuyant bien sur le T pour faire « cacahuète » phonétiquement mais ce ne sont que petites rosseries de couloirs. Jacqueline va devenir une véritable institution, l’institution « chic » du petit écran. Avant elle, les pionnières du métier comme Jacqueline Joubert sont des femmes plutôt ordinaires, avec un côté « ménagère » certes idéalisé et supposer refléter la téléspectatrice, l’épouse, la jeune maman des années 50. Jacqueline Huet c’est une autre limonade! C’est une beauté sensationnelle, spectaculaire dans la vie comme à l’écran. Et si ses consœurs reçoivent beaucoup de courrier, Jacqueline Huet en reçoit au moins autant mais d’un contenu très différent. On ne demande pas à Jacqueline Huet comme à Jacqueline Joubert ce qu’il faut faire avec un petit garçon qui refuse d’apprendre ses tables de multiplication mais si elle préfère recevoir un déshabillé rouge ou noir en même temps qu’une invitation à dîner chez Maxim’s.

jacqueline huet

Et dîner, Jacqueline ne s’en prive pas. Chaque soir après avoir annoncé « la fin de nos programmes », Jacqueline se perd dans la nuit parisienne. Elle aime sortit, rire, danser, boire et manger. La vie de Jacqueline c’est une fête perpétuelle. Quitte à débarquer aux écrans en ligne directe depuis chez Régine pour annoncer tout sourire et l’esprit embrumé « Et maintenant, la messe dominicale pour le plus grand plaisir des crétins! Heu, des chrétiens bien sûr! »

Lorsqu’en 1962 elle reprend au théâtre un rôle que Nicole Courcel avait porté au triomphe cinq ans plus tôt, « Zoé » de Jean Marsan, c’est un petit scandale! Les téléspectateurs se sentent abandonnés, délaissés, frustrés et se répandent dans tous les « courriers des lecteurs » possibles! LEUR Jacqueline quittera-elle leur petit écran? Son règne sur le petit écran en question va durer jusqu’en 1975. Ce sera la période la plus heureuse de la vie de Jacqueline qui ne se contente pas de présenter les programmes mais participe à de nombreuses émissions de variétés, devenue proche au fil du temps de Charles Aznavour, Mike Brant, Thierry le Luron. Elle pousse elle-même la chansonnette et c’est son jeune protégé Michel Drucker qui la reçoit en 1965 pour la première fois en qualité de chanteuse. « Le Jour et la nuit » qu’elle interprète avec une perruque bicolore connaîtra un très joli succès.

jacqueline huet

Mais lorsque l’ORTF choisit de se passer d’elle après dix-sept ans d’impeccables services, Jacqueline ressent un profond désarroi. Elle recevait des milliers de lettres par semaine de ses admirateurs. Elle ne pouvait pas faire un pas dans la rue sans être assaillie de demandes d’autographes et soudain plus rien.

Elle reviendra pourtant, C’est elle qui présente le tour de chant de Michel Sardou en tournée. Elle devient productrice mais le charme est rompu. Avec la télévision  c’est aussi au cabaret et au music hall qu’elle se produit en tant que chanteuse et avec un certain succès jusque dans les années 80. En 1981, sa collaboration avec la télévision n’est plus souhaitée. Elle aurait trop ouvertement appuyé la candidature de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence, laquelle lui échappe. Il passe à la trappe et sa fervente admiratrice le suit. On sait à quel point les postes à la télévision sont tributaires des opinions politiques de ceux qui les occupent.

La vie sentimentale de Jacqueline n’avait guère été plus heureuse que son expérience de militante politique.

Très jeune encore, en 1950  elle a épousé le comédien Yves Vincent et l’année suivante, elle met au monde sa fille Dominique. Après son divorce elle se remarie tout aussi brièvement avec son dermatologue. Elle sera ensuite la compagne de Théo Sarapo, lui-même veuf d’Edith Piaf. Mais cette romance là aussi sera courte. Théo Sarapo se tue le 28 Aout 1970 sur la route. Jacqueline aura d’autres amours, d’autres hommes dans sa vie.

Mais les années 80 sont vraiment des années noires pour Jacqueline Huet. En 1981 elle est éradiquée de la télévision, en 1982 elle est victime d’une très violente agression. L’année suivante c’est sa maman adorée qui décède. L’actrice sombre dans la dépression et abuse des somnifères et des antidépresseurs. En 1985 elle est hospitalisée. En Septembre 1986 elle est à nouveau hospitalisée mais aucune thérapie ne peut la sortir du gouffre où elle s’enfonce. Le 8  Octobre 1986, sortie de clinique depuis seulement quelques jours elle met fin à ses jours.

Elle était attendue par son amie Evelyne Leclerc qui inaugurait son restaurant « Le Cotton Club ». Elle ne vint pas et, comme Marilyn, après avoir passé un dernier appel à un ami, elle s’enfonça dans sa nuit.

Celine Colassin

jacqueline huet

QUE VOIR?

1947: L’Eventail: Avec Dany Robin et Claude Dauphin

1948: Mademoiselle s’amuse: Avec Giselle Pascal et Ray Ventura

1948: Et Dix de Der: Avec Denise Grey, Paulette Dubost et Nicolas Amato

1950: Porte d’Orient: Avec Tilda Thamar et Nathalie Nattier

1952: Ouvert conte X: Avec Yves Vincent

1952: La Demoiselle et son Revenant: Avec Robert Dhéry et Annick Morice

1954: Si Versailles m’était Conté: Avec Claudette Colbert, Michel Auclair et Jean-Pierre Aumont

1955: Treize à Table: Avec Micheline Presle et Fernand Gravey

1956: Mannequins de Paris: Avec Madeleine Robinson

1962: La Loi des Hommes: Avec Micheline Presle; Arletty et Philippe Leroy

1964: Clémentine Chérie: Avec France Anglade

1964: Les Pieds Nickelés: Avec Jean Rochefort et Charles Denner

1964: De L’Assassinat considéré comme l’un des Beaux Arts: Avec Béatrice Altariba et Edmond Ardisson

1977: Bloedverwanten: Avec Sophie Deschamps, Eddie Constantine et Ralph Arliss

 

JANE MARKEN

 

jane marken

Le 13 Janvier 1895, la famille Crabbe est en joie! Leur petite Jeanne Berthe Adolphine est née! Et dans cette aimable famille parisienne, on aurait été bien étonne si une cartomancienne de passage avait prédit que la petite vagissant dans son berceau deviendrait une des actrices incontournables du théâtre et du cinéma français du siècle à venir sous le pseudonyme de Jane Marken. Et en lisant ces lignes on est en droit d’être aussi étonnés que les Crabbe! Jane Marken, ce n’est pas Brigitte Bardot! Certes, mais qui est Brigitte Bardot face à Jane Marken? Brigitte est sa fille dans « Le Trou Normand », le premier film de Brigitte et  elle est aussi Juliette, l’orpheline dévergondée que la dame Marken sort de l’orphelinat « à l’essai » dans « Et Dieu Créa la Femme », mais à part ça?

La jeune Jeanne rêva très tôt de théâtre, ce qui faisait se gondoler les invités dans les dîners de famille! Une actrice chez les Crabbe! Quelle idée saugrenue! Pourquoi pas une danseuse de cancan? Alors, un soir, après un de ces fameux dîners, ne supportant plus d’être moquée, Jeanne quitta la table, telle Sarah Bernhard dans ses grands moments, puis revint un instant plus tard un livre à la main. Elle lut à l’assemblée un poème de Victor Hugo. Il régnait un silence de tombeau lorsqu’elle eut terminé sa lecture, et devant les yeux aussi écarquillés que les bouches étaient ouvertes, elle lança un « Et Alors? Et maintenant? »

C’était d’accord, Jeanne serait actrice!

Elle étudia donc l’art dramatique et fut engagée ensuite à l’Odéon où elle jouait les jeunes premières aidée en cela par un avantageux physique de poupée de porcelaine. L’Odéon avait sa très grande dame, Paule Andral. Paule était si proche de la grande Réjane que dans Paris on jasait, d’autant que Polaire et Colette n’étaient jamais bien loin et que Réjane avait installé Marcel Proust chez elle . Et Paule prit la ravissante mademoiselle Crabbe sous son aile! Avouons que l’on peut être plus mal parrainée dans vie! Marcel Proust, Réjane, Colette, Polaire et Paule Andral!

jane marken

Jane Marken, fit dit-on courir le tout Paris en étant tout simplement divine dans « Le Mariage de Figaro » Elle était adorable et ses charmes d’une scandaleuse fraîcheur mirent en émoi le cœur de Jules Berry, acteur déjà célèbre. Jane tomba alors follement amoureuse de l’un des personnages les plus fantasques de Paris, ledit Jules Berry, Marie Louis Jules Paulfichet pour l’état civil. L’acteur, de douze ans l’aîné de Jane la subjugua complètement comme il subjugua le public durant cinquante ans! La faconde, le culot et il faut bien dire le talent remplaçaient très avantageusement le physique de bellâtre chez l’acteur dont toutes les femmes étaient folles!

Il exigea de la jolie vedette dont il venait de faire la conquête qu’elle abandonne son métier pour n’être qu’à lui, ce qui signifiait à sa totale dévotion. Jane accepta, elle l’aimait. Tous les espoirs lui étaient pourtant permis, elle avait d’ailleurs tenu en 1916 un beau grand premier rôle au cinéma dans un film au titre suffisamment explicite: « La Source de Beauté ». Mais Jules Berry n’était pas un homme fantasque et déroutant qu’à la scène. La vie elle-même était pour lui un autre de ses théâtres, et peut-être bien son préféré. Fanatique des tapis verts, il perdait des sommes folles au jeu. Plus tard il lui arrivera d’avoir quatre à cinq films à tourner pour combler le déficit de  son compte en banque, chose dont il se souciait comme d’une guigne.

Jane se contentait d’aller applaudir son divin seigneur et maître aux soirs de première. Puis, comme l’ennui la faisait grossir elle resta chez elle et grossit encore un peu plus. Un jour du début des années 30, il ne reste pas une seule boîte de sardines chez le couple. Jane est seule à la maison, face au vide abyssal du garde-manger. Son Jules est disparu depuis plusieurs jours. On sonne. Le cœur serré, sait-on jamais avec Jules, Jane ouvre. C’est la concierge qui monte le courrier. Et parmi les lettres enflammées d’admiratrices dans le même état, la facture de carrossier Delage chez qui l’acteur a commandé une décapotable dessinée pour lui et construite à un seul exemplaire. Jane griffonna un mot qu’elle laissa sur la table de la cuisine « J’ai assez ri! », mit son manteau avant que les huissiers ne s’en emparent et fila à l’Odéon retrouver ses copines!

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L’histoire avait quand même duré plus de dix ans et il n’y avait pas que la Delage qui avait mis le feu aux poudres. Jules Berry avait connu un succès foudroyant avec son premier film parlant. Il y donnait la réplique à Suzy Prim, le public les réclamait à corps et à cri, ils devenaient inséparables au cinéma, sur scène et dans la vie. Jane était fauchée, elle était trompée, elle avait perdu sa beauté, sa réputation et douze ans de sa carrière à attendre le bon plaisir de l’ineffable! Elle s’était retirée en 1920, elle revient en 1932! Grâce à ses relations elle retrouve du travail mais elle n’a plus la jolie silhouette de petit trottin des années vingt. Elle a l’intelligence de forcer encore un peu la note et s’attaque au répertoire des matrones et des concierges. Répertoire où il n’est guère facile de briller.

Mais Jane Marken est une actrice de première force, frustrée d’une carrière qui lui est passée sous le nez et confrontée à Suzy Prim qui fait courir le tout Paris, qui aime tant jouer les grandes mondaines et à l’occasion, pourquoi pas, descendre le grand escalier des Folies Bergères!

Jane Marken a moins d’arguments, il faut qu’elle soit meilleure, elle le sera!

En 1933, Paule Andral la place sur un de ses films « Le Maître des Forges » dont Gaby Morlay est la vedette, Paule y joue sa mère, Jane Marken s’engouffre. L’année suivante elle joue la dévouée Prudence pendant qu’Yvonne Printemps crachote sa « Dame Aux Camélias ». Les choses démarrent. Elles vont s’accélérer. Il faudra plus de dix ans, presque vingt pour que Jane Marken devienne une des actrices fétiches du cinéma français que s’arrachent les plus grands. Gabin et Fernandel en sont fous, Marcel Carné la vénère, elle fascine Jouvet, elle est l’idole de Fernand Gravey. Michèle Morgan et Simone Signoret se régalent à l’idée de jouer avec elle, elle sera la mère des deux!

Et bien sûr elle ne joue pas avec Jules Berry et avec Suzy Prim encore moins! Ainsi elle est des films de Carné mais pas dans « Le Jour se Lève », ni « Les Visiteurs du Soir » puisque Jules Berry y tient un rôle.

Tout le monde aime Jane Marken, et même vous qui lisez ces lignes, vous allez voir combien…vous aussi vous la connaissez et vous l’aimez,

Dans « Gueule d’Amour » elle est madame Cailloux la patronne du restaurant se peignant les ongles pour plaire aux militaires « au lieu de trancher le saucisson » et surtout plaire à « Gueule d’Amour-Gabin ». Dans « Un grand amour de Beethoven » elle est la logeuse de Beethoven Harry Baur qui chante ses airs sans qu’il les entende et lui paye son terme en lui lançant des œufs à la tête ce qui la fait hurler de rire. Dans « Hôtel du Nord » elle est madame Lecouvreur, la patronne de l’hôtel qui recueille Annabella la jeune suicidaire après avoir recueilli un petit orphelin de la guerre d’Espagne. Dans « Paradis Perdu » c’est elle la concierge qui veille sur la petite fille de Fernand Gravey, laquelle grandira pour devenir Micheline Presle. Dans « Les Enfants du Paradis » elle est madame Hermine, la logeuse au cœur tendre « Oh! monsieur Frédéric! » Dans « Copie Conforme » elle est la concierge qui donne les clés d’un appartement contre un compliment bien tourné de Louis Jouvet en livreur d’armoires.

Dans « Dédée d’Anvers » elle se prostitue avec beaucoup de bonne volonté. « Tu vas en ville? Ramène-moi un rouge à lèvres, le même que d’habitude, « Jeune Fille »…Une recharge, hein! J’ai le tube! » Dans « La Marie du Port » elle est l’aubergiste qui, une nouvelle fois face à Gabin débine tous ses concitoyens le temps d’éplucher trois carottes avec le sourire entendu de ceux qui ne parlent jamais des autres.

Dans « Lady Paname », elle est l’épouse de Jouvet, encore lui, qui lui explique à son grand ravissement que s’il la trompe avec des jeunes filles c’est pour se rappeler sa beauté d’autrefois à laquelle il est fidèle. Dans « Retour à la Vie », Elle est la gentille tante Berthe qui mouille des tonnes de mouchoirs devant l’état de morte vivante de sa soeur Emma rentrée de Dachau « Et ses genoux, ses pauvres genoux…Deux pics sous les draps » Elle pleurniche face à Bernard Blier. Déjà.

Dans « Caroline Chérie » elle est la « bonne nourrice » de Martine Carol qu’elle enverrait bien à la guillotine pour avoir été une petite fille capricieuse. « Je ne vous veux pas de mal mais c’est tout! » Dans « Knock », elle est l’épouse du pauvre médecin de campagne qui cède son cabinet à…Louis Jouvet! Dans « Le Trou Normand », je l’ai dit déjà, elle est la charcutière cupide du village et mère de Brigitte Bardot.

brigitte bardot jane marken

Dans « Chiens Perdus Sans Collier » elle retrouve Gabin, elle est une bonne dame de l’assistance publique qui minaude au nom des enfants en se mettant à la troisième personne « Oui, nous avons volé, une fois…Du chocolat…Nous avions faim! » et Gabin: « Arrêtez de dire nous c’est ridicule et en plus c’est bête et ca m’énerve« . Et elle, imperturbable: « Oui, nous allons rentre si monsieur le juge veut bien car nous n’avons pas beaucoup dormi ces jours-ci et nous sommes bien fatigués! ».

Dans « Et Dieu Créa la Femme » elle retrouve Brigitte Bardot qu’elle a sortie de l’orphelinat.

Dans « Pot Bouille » elle tient un rôle d’anthologie où elle explique à sa fille Dany Carrel comment « mettre le grappin » sur un mari. Et puis, a la fin d’un discour qui est un véritable mode d’emploi de la prostitution, elle lance à son mari, outrée: « Et vous, ne laissez pas traîner partout ce genre de lectures, il y a dans ces journaux des articles qui ne sont pas pour les jeunes filles! »

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Dans « Le Miroir à Deux Faces », c’est elle qui passe une petite annonce matrimoniale pour caser sa fille laide Michèle Morgan avec l’instituteur Bourvil. Dans « Maxime » elle est Coco Naval, une cocotte sur le retour qui flanque la honte à Charles Boyer devant…Michèle Morgan.

Il y en a tant des films avec Jane Marken. Ils ne sont pas tous des chef d’œuvres même si dans sa carrière les chefs d’œuvres sont nombreux, mais son grand moment, son grand rôle, sa revanche sur la carrière avortée c’est Yves Allégret qui le lui offre dans « Manèges » où elle est la mère veule à souhait de Simone Signoret elle-même vulgaire à mourir.

maneges jane marken

Yves Allégret lui aussi adorait Jane Marken à un point tel que nombreux étaient ceux qui croyaient qu’elle était sa compagne de vie. Ils durent être bien perplexes en voyant Jane, Simone et Bernard Blier partenaires coup sur coup dans « Dédée d’Anvers » et « Manèges » deux films dirigés par Yves Allégret. Deux tournages où de leur aveu même ils ont ri comme des dingues du premier au dernier jour!

Au début des années 50, Jane Marken grâce aux deux films d’Allégret est vraiment une très grande vedette. Elle est très présente au théâtre et lorsqu’elle ne tourne pas elle est en tournée, toujours avec un succès. Elle est particulièrement adorée du public belge et passe régulièrement au théâtre du Vaudeville dans les galeries Saint Hubert de Bruxelles. Or, Jules Berry avait à ses débuts  signé un contrat de dix ans avec le théâtre des Galeries dans ces mêmes galeries Saint Hubert, les deux théâtres se font face à une centaine de mètres près. Jane Marken a la satisfaction de jouer « en face ». Le spectacle terminé, elle n’aime rien tant que d’aller manger des moules chez Léon à deux pas de là. C’est son péché mignon, son autre péché mignon étant d’avoir trouvé un petit chemin qui l’emmène directement rue des Bouchers sans devoir passer « devant le théâtre de l’autre »!

Jane Marken a peut-être raté une autre grande occasion de briller d’un éclat plus éblouissant dans les mémoires.

En 1936 elle a un rôle important dans « Une Partie de Campagne » de Jean Renoir. Le cinéaste s’inspire de l’œuvre de son père, le peintre Auguste Renoir pour une sorte de « Déjeuner sur l’herbe » impressionniste.  Jane, commerçante, en pique-nique du dimanche, y tance vertement sa fille Sylvia Bataille sur la conduite à tenir… avant de se laisser elle-même volontiers culbuter dans l’herbe folle par un beau aux moustaches en guidon de vélo.

jane marken une partie de campagne

Le film ne pouvait se tourner qu’en décors naturels, mais l’été 1936 pour être le premier été des congés payés n’en fut pas moins un des étés les plus pourris du siècle! La Marne sortit de son lit et en Septembre le film n’était pas fini. La pluie non plus. Chacun retourna à ses obligations professionnelles et le film ne fut jamais terminé. Il sera malgré tout monté près d’un demi siècle plus tard et le monde découvrit un chef d’œuvre absolu mais amputé de la moitié de son action.

La carrière de Jane au cinéma commence dès 1912 avec « La Course aux Millions » où elle donne la réplique très muette à Maurice Luguet, le père d’André Luguet! Elle est la ravissante infirmière veillant sur les derniers soupirs d’un mourant riche à millions.

Elle se termine en 1964 avec « Patate » entre Jean Marais, Danielle Darrieux, Anne Vernon et…Sylvie Vartan!

Après ce film, Jane qui approche des 70 ans prend ses distances avec le cinéma. Mais elle avait découvert la télévision en 1960 avec une adaptation de Cyrano de Bergerac où la belle Françoise Christophe jouait Roxanne et où elle était la duègne. L’expérience lui avait plu et après sa retraite de film, elle tourna encore deux séries pour la télévision « Les Aventures de Robinson Crusoé » et « L’Ami Fritz » avec Dominique Paturel.

La dame ensuite se retire discrètement. Le public habitué à la retrouver régulièrement ne s’en inquiéta pas, s’attendant à la revoir tôt ou tard au détour d’un film. Un court entrefilet dans la presse du 1 Décembre 1976 apprenait sa mort à l’âge de 81 ans.

Plus tard on saura que sa fin fut solitaire. Jane Marken fut incinérée selon ses vœux et ses cendres placés dans le columbarium du père Lachaise. Ce reposoir à célébrités ne jugea pas utile de conserver ses cendres et s’en débarrassa. Jane Marken n’était pas assez touristique. Jane n’avait pas de famille qui puisse renouveler la concession et l’oubli se fit.

Celine Colassin

jane marken

QUE VOIR?

1912: La Course aux Millions: Avec Maurice Luguet et René Navarre

1916: La Source de Beauté: Avec Léon Mathot

1919: Madame et son Filleul: Avec Fernande Albany et Louis Baron fils

1933: Le Maître des Forges: Avec Gaby Morlay et Paule Andral

1933: La Guerre des Valses: Avec Fernand Gravey, Madeleine Ozeray et Janine Crispin

1934: La Dame aux Camélias: Avec Yvonne Printemps et Pierre Fresnay

1935: Napoléon Bonaparte: Avec Albert Dieudonné, Gina Manès et Damia

1936: La Marmaille: Avec Florelle et Pierre Larquey

1936: Un grand amour de Beethoven: Avec Harry Baur, Annie Ducaux et Jany Holt

1936: Une Partie de Campagne: Avec Sylvia Bataille

1937: Gueule d’Amour: Avec Jean Gabin

1938: Hôtel du Nord: Avec Arletty, Annabella et Louis Jouvet

1938: Les Trois Valses: Avec Yvonne Printemps et Pierre Fresnay

1938: Remontons les Champs Elysées: Avec Sacha Guitry, Lucien Baroux et Jeanne Boitel

1940: Paradis Perdu: Avec Micheline Presle, Fernand Gravey et Elvire Popesco

1943: Adrien: Avec Fernandel et Paulette Dubost

1943: L’Eternel Retour: Avec Jean Maris et Madeleine Sologne

1943: Lumière d’Eté: Avec Madeleine Robinson et Pierre Brasseur

1944: Les Petites du Quai aux Fleurs: Avec Odette Joyeux, Louis Jourdan et Bernard Blier

1945: Falbalas: Avec Micheline Presle et Raymond Rouleau

1945: Les Enfants du Paradis: Avec Arletty et Pierre Brasseur

1946: Petrus: Avec Simone Simon et Fernandel

1946: Les Portes de la Nuit: Avec Nathalie Nattier, Yves Montand et Serge Reggiani

1946: Le Pays sans Etoiles: Avec Jany Holt et Gérard Philipe

1946: L’Idiot: Avec Edwige Feuillère et Gérard Philipe

1946: L’Homme au Chapeau Rond: Avec Raimu et Gisèle Casadesus.

1946: Nuits d’Alerte: Avec Hélène Perdrière et Roger Pigaut

1947: Le Beau Voyage: Avec Renée Saint Cyr et Pierre Richard Wilm

1947: Copie Conforme: Avec Louis Jouvet

1947: L’amour autour de la maison: Avec Maria Casarès et Pierre Brasseur

1948: Clochemerle: Avec Felix Oudart et Saturnin Fabre

1948: La Femme que j’ai Assassinée: Avec Micheline Francey et Charles Vanel

1948: Dédée d’Anvers: Avec Simone Signoret, Bernard Blier et Marcel Dalio

1949: Retour à la Vie: Avec Bernard Blier et Helena Manson

1949: Le Secret de Mayerling: Avec Dominique Blanchar, Jean Marais et Claude Farell

1950: Lady Paname: Avec Suzy Delair et Louis Jouvet

1950: Manèges: Avec Simone Signoret et Bernard Blier

1950: Ma Pomme: Avec Maurice Chevalier et Maurice Ronet

1950: Chéri: Avec Marcelle Chantal et Jean Desailly

1950: La Marie du Port: Avec Jean Gabin

1951: Boîte de Nuit: Avec Claudine Dupuis, Junie Astor et Alfred Rodes

1951: Knock: Avec Louis Jouvet et Jean Brochard

1951: Caroline Chérie: Avec Martine Carol

1951: Chacun Son Tour: Avec Michèle Philippe, Robert Lamoureux et Marthe Mercadier

1951: Dupont Barbès: Avec Madeleine Lebeau et Henri Vilbert

1952: Monsieur Taxi: Avec Michel Simon

1952: Le Trou Normand: Avec Brigitte Bardot et Bourvil

1953: Maternité Clandestine: Avec Dany Carrel et Dora Doll

1953: Capitaine Pantoufle: Avec Marthe Mercadier et François Perier

1955: Chiens Perdus sans Collier: Avec Jean Gabin

1956: Marie Antoinette Reine de France: Avec Michèle Morgan

1956: Et Dieu Créa la Femme: Avec Brigitte Bardot, Curd Jürgens et Jean Tissier

1956: Pitié pour les Vamps: Avec Viviane Romance et Giselle Pascal

1957: Pot Bouille: Avec Dany Carrel et Gérard Philipe

1957: Les Trois font la Paire: Avec Sophie Desmarets et Michel Simon

1957: L’Auberge en Folie: Avec Geneviève Kervine et Rudy Hirigoyen

1958: Le Miroir à Deux Faces: Avec Michèle Morgan et Bourvil

1958: Maxime: Avec Michèle Morgan et Charles Boyer

1958: Prison de femmes: Avec Danièle Delorme

1959: Des Femmes Disparaissent: Avec Magali Noël, Estella Blain et Robert Hossein

1959: Ce Corps tant Désiré: Avec Belinda Lee, Dany Carrel, Daniel Gélin et Maurice Ronet

1960: Interpol contre X: Avec Maria Vincent et Howard Vernon

1964: La Bonne Soupe: Avec Annie Girardot et Marie Bell

1964: Patate: Avec Danielle Darrieux, Anne Vernon et Sylvie Vartan

 

 

ANN RUTHERFORD

ann rutherford

Lorsque Lucille Mansfield abandonna sa carrière au cinéma pour épouser le ténor John Rutherford, bien qu’ils soient alors tous les deux célèbres, ils n’imaginaient probablement pas que la notoriété de leur fille Thérèse Ann éclipserait à tout jamais la leur.

Thérèse Ann Rutherford vient au monde à Vancouver en Colombie britannique le 2 Novembre 1917. Bientôt sa petite sœur Judith fera son apparition. Mais les deux fillettes ne garderont que peu de souvenirs de Vancouver. Elles sont très jeunes encore lorsque les Rutherford quittent le Canada pour s’installer à San Francisco. Et si le climat était plus clément, l’entente du couple ne s’améliora pas pour autant. Bientôt ils allaient divorcer et Lucille gagnerait Los Angeles ses deux filles sous le bras. Après tout, elle était une actrice de cinéma et Los Angeles devenait la capitale du cinéma! Où pouvait-elle aller d’autre?

Pour les Rutherford il était acquis que leurs filles seraient elles aussi des actrices. Elles étaient éduquées en ce sens, sans ostentation ni contraintes, un peu comme les pélicans éduquent leurs petits à être plus tard des pélicans! Anne Rutherford sera, on le sait, à la fois la plus convaincue et la plus douée. Elle touchera ses premiers cachets à sept ans.

Il existe une excellente anecdote à propos de ces juvéniles débuts: La petite demoiselle s’était « pris le chou » avec son professeur de diction et, étant persuadée d’avoir raison, s’était grandement vexée lorsque son professeur lui avait répondu « Et bien alors plus tard vous ferez du cinéma, c’est un métier pour vous, c’est un métier muet! »

Ann Rutherford

Lorsqu’elle avait bien travaillé à l’école, elle avait la permission d’aller assister aux enregistrements publics des émissions de radio. Elle se présenta donc à l’un des studios qu’elle fréquentait et demanda crânement à passer une audition. Quelques jours plus tard elle avait un rôle dans un feuilleton radiophonique, ce qui équivaut à l’époque à atteindre des sommets puisque les stars de radio sont plus célèbres encore que les stars de cinéma! Le professeur était mouché et Anne Rutherford débutait! L’honneur de la famille était sauf!

En 1935, lorsque le cinéma s’intéresse à elle, Ann Rutherford est déjà célèbre à travers tout le continent grâce à la radio. En 1935, Hollywood est encore sous le choc du bouleversement provoqué par le cinéma parlant. L’hécatombe des stars en place et la recherche effrénée de remplaçants sachant parler est encore dans toutes les mémoires pour ne pas dire tous les cauchemars. On s’était alors tourné vers Broadway et vers la radio et tant pis si ces beaux parleurs n’avaient pas visage de madone ou de dieu grec. On ferait avec! Depuis, Hollywood gardait à la fois l’œil et l’oreille tournés vers les scènes et les ondes.

Les vedettes de la radio étaient, je l’ai dit, plus célèbres encore que les stars de cinéma. Tout d’abord parce que la radio était reçue dans des confins où il n’y avait pas de cinéma et ensuite encore, il ne fallait pas se déplacer ni payer pour en profiter il suffisait de tourner un bouton, assis bien au chaud dans son fauteuil! Les stars de radio avaient aussi leurs fans magazines, il était aisé pour tout studio de mette un visage sur une voix! Ann Rutherford était ravissante, le studio « Mascot Pictures » fut le premier à l’inviter à l’écran.

ann rutherford

Et bien sûr dans un premier rôle! Elle était déjà célèbre et amenait par sa seule présence au sommet de l’affiche une merveilleuse publicité gratuite pour le film!

Mais Mascot n’était pas MGM ou Paramount. Spécialisé en petits westerns de série B, le studio avait un temps rivalisé avec Universal et avait même racheté les studios de Mark Sennett. Mais en 1935, alors même qu’Ann signe son contrat et tourne son premier film, le studio négocie sa fusion avec « Republic Pictures ». Voilà qui permet de tordre le cou à une erreur récurrente qui voudrait qu’Ann Rutherford ait changé de studio après son premier film. C’est en réalité et tout simplement son studio qui a changé de nom. Elle est restée, comme John Wayne lui aussi sous contrat chez Mascot, là où elle était. Elle sera donc parachutée dans ce qui reste une spécialité maison: le western, chantant ou non. Et pour atteindre des sommets, elle devra attendre de signer chez MGM.

C’est là qu’elle aura les deux très grandes chances de sa carrière; Tout d’abord elle est choisie pour être l’éternelle petite fiancée de Mickey Rooney dans la série des Andy Hardy. Ils reprendront leurs personnages respectifs d’adolescents amoureux treize fois, treize succès!

Et si la légende veut aujourd’hui que le couple star de la série ait été formé par Mickey Rooney et Judy Garland, Judy ne se montrera chez les Hardy que trois fois. Trois fois sur treize!

 

mickey rooney et ann rutherford

mickey rooney et ann rutherford

Et durant cette période faste, Ann va réussir à persuader Sam Goldwyn de la prêter à David O ‘Selznick qui souhaitait lui confier le rôle d’une des sœurs de Scarlett O’hara dans « Autant en Emporte le Vent ». Goldwyn ne voulait pas, le rôle était trop insignifiant, mais Ann ne céda pas et insista jusqu’à l’usure.

Hollywood était alors divisé en deux clans: ceux qui pensaient que ce film serait le plus gros bide de l’histoire du cinéma et ne voulaient en être à aucun prix et ceux qui étaient persuadés que le film entrerait immédiatement dans la légende et voulaient à tout prix en être, quitte à beurrer les sandwiches à la cantine et payer pour le faire. Anne était de ceux-là.

Ann-Rutherford, Vivien Leigh et Evelyn Keyes: les Soeurs O'Hara

Ann-Rutherford, Vivien Leigh et Evelyn Keyes

Ann Rutherford était donc une actrice très célèbre, lorsque le 31 D2cembre 1942, elle épousait le richissime David May II. Le couple aurait une fille dès l’année suivante: Gloria. Son mariage coïncide avec la fin de sa participation aux « Andy Hardy ». Il est vrai qu’elle n’aurait plus été très crédible! Devenue la richissime madame May, Ann Rutherford n’avait plus le besoin d’être sous contrat avec un studio et d’obéir aux ordres au risque d’être « suspendue » si elle n’était pas sage. Son contrat MGM terminé, elle ne le renouvela pas et devint une « indépendante », assise sur ses millions conjugaux, attendant l’offre qui l’intéresserait.

A l’avènement des années 50, Anne déserte Hollywood pour New-York et le cinéma au profit de la télévision.

En 1953 elle choisit de divorcer et dans la foulée refuse de reprendre du service dans les série des Andy Hardy que l’on envisage de remettre en chantier. Mickey Rooney chargé de la faire fléchir sera purement et simplement envoyé sur les roses: « Ne soyez pas ridicule! Des gens qui ont été amoureux fous l’un de l’autre à 17 ans ne peuvent plus l’être vingt ans plus tard! Ca ne s’est jamais vu, personne n’y croirait et nous serions grotesques » Elle ne changera pas d’avis! Etrangement, elle sera plus conciliante avec les différentes commémorations pour « Autant en Emporte le Vent » et acceptera toujours de bonne grâce d’y participer!

Ann Rutherford

Elle reviendra pourtant à Hollywood, dans les années 70 pour un petit baroud d’honneur mais rien qui puisse ajouter encore à sa carrière pourtant prestigieuse. Elle terminera d’ailleurs plutôt tristement en étant de la pitoyable aventure de « Won Ton, le Chien qui sauva Hollywood ».

Il aurait pu en être autrement si elle avait accepté le rôle de Rose vieillie dans « Titanic » qui lui avait été proposé après que Marguerite Chapman ait décliné l’offre. Mais sans doute sa fine acuité de 1939 qui l’avait faite croire en « Autant en Emporte le Vent » l’avait-elle quittée en 1997 et ne crut-elle pas au succès de cette resucée du plus célèbre naufrage du monde!

Ann Rutherford s’était remariée une seconde fois le 7 Octobre 1953, soit quatre mois après son divorce, avec William Dozier, ex mari de Joan Fontaine, et qui restera célèbre pour avoir été le premier à mettre en scène, pour la télévision, un certain superhéros nommé Batman.  Il laissa Anne veuve en 1991.

Ann-Rutherford

Anne vivra ensuite avec Al Morley jusqu’à sa propre fin. Elle s’éteint de sa belle mort dans sa villa de Beverly Hills le 11 Juin 2012. Son cœur faiblissait et l’actrice savait sa fin proche sans qu’elle n’en fasse tout un drame, estimant qu’elle avait vécu une vie parfaite. Une enfance heureuse, un métier qu’elle aimait, qui avait fait d’elle une femme riche, célèbre et respectée, des amours heureuses, une fille merveilleuse et une excellente santé. Les meilleures choses ayant une fin, elle estimait qu’il en était bien ainsi, elle avait 94 ans.

Anne avait exprimé le souhait de reposer au côté de son second mari William Dozier et ainsi fut fait.

Celine Colassin

ann rutherford

QUE VOIR?

1935: Waterfront Lady: Avec Frank Albertson

1935: The Singing Vagabond: Avec Gene Autry

1936: The Harvester: Avec Alice Brady

1936: The Lawless Nineties: Avec John Wayne

1937: You’re Only Young Once: Avec Cecilia Parker, Lewis Stone et Mickey Rooney

1938: Of Human Hearts: Avec James Stewart, Beulah Bondi et Walter Hudson

1938: Judge Hardy’s Children: Avec Mickey Rooney et Lewis Stone

1938: Love Finds Andy Hardy: Avec Mickey Rooney, Lana Turner et Judy Garland

1938: Out West with the Hardy’s: Avec Mickey Rooney, Lewis Stone et Fay Holden

1939: Angel of Mercy: court métrage avec John Nesbitt

1939: The Hardys Ride Hight: Avec Mickey Rooney, Lewis Stone et Virginia Grey

1939: Andy Hardy Gets Spring Fever: Avec Mickey Rooney, Lewis Stone  et Sara Haden

1939: Judge Hardy an Son: Avec Mickey Rooney, Lewis Stone et Martha O’Driscoll

1939: These Glamour Girls: Avec Lana Turner et Lew Ayres

1939: Four Girls in White: Avec Florence Rice

1939: Gone With the Wind: Avec Vivien Leigh et Evelyn Keyes

1940: Pride and Préjudice: Avec Greer Garson et Laurence Olivier

1940: The Ghost Comes Home: Avec Billie Burke et Frank Morgan

1940: Keeping Company: Avec Frank Morgan

1940: Andy Hardy’s Dilemma: A Lesson in Mathematics… and Other Things (court métrage)

1940: Andy Hardy Meets Debutante: Avec Mickey Rooney, Lewis Stone et Judy Garland

1941: Andy Hardy’s Private Secretary: Avec Mickey Rooney, Kathryn Grayson et Lewis Stone

1941: Whistling in the Dark: Avec Red Skelton

1941: Life Begins for Andy Hardy: Avec Mickey Rooney, Judy Garland et Lewis Stone

1941: Washington Melodrama: Avec Frank Morgan et Dan Dailey

1941: Badlands of Dakota: Avec Robert Stack et Frances Farmer

1942: This Time for Keeps: Avec Robert Sterling et Irène Rich

1942: The Courtship for Andy Hardy: Avec Mickey Rooney, Donna Reed et Lewis Stone

1942: Andy Hardy’s Double Life: Avec Mickey Rooney, Esther Williams et Lewis Stone

1942: Orchestra Wives: Avec Glenn Miller et Marion Hutton

1946: The Madonna’s Secret: Avec Gail Patrick et Francis Lederer

1947: La Vie Secrète de Walter Mitty: Avec Virginia Mayo et Danny Kaye

1948: Adventures of Don Juan: Avec Viveca Lindfors et Errol Flynn

1950: Operation Haylift: Avec Bill Marshall

1954: The Runaway Bus: Avec Belinda Lee, Lisa Gastoni et Petula Clark

1972: They Only Kill Their Masters: Avec Katharine Ross James Gardner

1976: Won Ton Ton, The Dog Who Saved Hollywood

 

FANNY COTTENCON

FANNY COTTENCON

Fanny Cottençon est de ces comédiennes françaises présentes sur tous les fronts, que ce soit le théâtre le cinéma ou la télévision et de celles qui ont la grâce d’une véritable popularité au cœur d’un public fidèle mais qui n’en fait pas pour autant des stars.

Cette comédienne dont on sait au fond fort peu de choses même si tout le monde la connaît naît au Gabon d’un papa géologue et d’une maman institutrice le 11 Mai 1957. Lorsque les Cottençon quitteront l’Afrique pour rentrer en France, ils s’installeront à Versailles.

Passionnée de théâtre et de cinéma, Fanny suit de très sérieuses études en ce sens. Fraîchement émoulue de la Rue Blanche, elle suit le parcours commun à toutes les jeunes comédiennes, sillonnant la France de festival en festival et chassant le petit rôle au bas des affiches et des génériques.

Elle débute véritablement en 1977, une première figuration à l’ombre de Michel Galabru dans « La Nuit de Saint Germain des Près », une autre à la télévision dans la série « Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau » dont Anouk Ferjac est la vedette. Fanny Cottençon mettra cinq bonnes années pour se faire une place au soleil des sunlights du cinéma français.

Mais quelle place!

En 1982 elle enchaîne deux tournages de première importance: « Paradis pout Tous » et « L’Etoile du Nord » qui la réunit à  Philippe Noiret et Simone Signoret dont elle joue la fille. Dans « Paradis pour Tous » elle était la fille de Stéphane Audran! Etre la fille de Signoret ne fut pas un mince affaire! La vétérane souhaitait avec beaucoup d’insistance que le rôle soit confié à sa fille Catherine Allégret mais la production lui avait tenu tête. L’Aïeule furibarde accueillit la pauvre Fanny aussi glaciale qu’une résidence secondaire en Sibérie et ne daigna ni lui rendre son bonjour ni regarder dans sa direction. Il faudra quelques jours à Simone pour adouber Fanny et dire du bout des lèvres « Elle est bien ».

fanny cottencon

L’année suivante sa prestation dans « L’Etoile du Nord » lui vaudra le césar du meilleur second rôle féminin, ce qui lui permet d’évincer la vétérane Denise Grey, la légende Danielle Darrieux et Stéphane Audran nommée pour « Paradis pour Tous » où elle jouait donc sa mère!

« Paradis pour tous » qui aura des retombées plus funestes pour Fanny, car son partenaire l’acteur Patrick Dewaere se suicide alors que le film vient de sortir. La presse bien entendu l’assaille. Elle, sa dernière partenaire qui vient de mimer l’amour dans ses bras.  Questions sur ce geste qui glaça d’effroi tout le cinéma français.  Le film prend une autre résonnance que celle qu’aurait dû lui valoir ses qualités dans une situation moins troublée et moins morbide.

Fanny Cottençon n’est pas de celles qui blablatent à qui mieux mieux dans les gazettes même si VOGUE la photographie en Nina Ricci.

Elle a rencontré Roger Coggio, compagnon de longue date d’Elizabeth Huppert et une longue liaison commence quand une autre se termine. Ils seront partenaires dans « Les Fourberies de Scapin » que Coggio adapte pour le cinéma et le couple est solide même si Roger Coggio a 21 ans de plus que sa compagne. Fanny Cottençon est donc sur la bonne voie, mais qu’est-ce qui freine son ascension vers le vedettariat absolu?

Sans doute parce que tout d’abord les autres comédiennes que sont Agnès Soral et Dominique Blanc jouent sur les mêmes arguments qu’elle. Sans être interchangeables elles tiennent le même type emploi. Ensuite encore, pour avoir tenu de beaux rôles dramatiques, Fanny Cottençon a également servi la soupe à quelques comiques dans des comédies qui ne volaient pas bien haut au dessus de la navrance. Francis Perrin lui fera particulièrement beaucoup d’usage. En bref Fanny Cottençon joue un peu de tout un peu partout et même si elle le fait très bien, son image est quand même un peu confuse. Le beau grand rôle qui pourrait faire pour elle ce que fit « L’Eté Meurtrier » pour Isabelle Adjani ne viendra pas.

fanny cottençon

Ensuite encore, elle est complètement étrangère à la notion de vedettariat et se fiche comme d’une guigne de jouer les vedettes!

Et puis la maladie va frapper Roger Coggio en 1991 et la comédienne va mettre sa carrière relativement en veilleuse jusqu’à ce que le cancer emporte Roger Coggio le 22 Octobre 2001 à l’âge de 67 ans.

Fanny va reprendre le collier et mettre les bouchées doubles Elle est de ces actrices populaires que la France aime à retrouver au coin de l’écran du dimanche soir, et tant pis si avec le temps c’est plus souvent dans un second rôle que dans un premier. Après avoir joué les « filles de », Fanny joue « Les mères de », elle enchaîne les tournages promène les « Monologues du vagin » à travers la France, et toujours belle, j’ai envie de dire « intacte », le regard pétillant, la silhouette gracieuse elle garde cette voix si particulière qui nous la rend plus attachante encore.

Et puis qui sait, si finalement, demain, ne viendra pas le beau grand rôle qui fera de Fanny Cottençon une star.

Enfin!

Celine Colassin

fanny cottencon

QUE VOIR ?

1977: La Nuit de Saint Germain des Près: Avec Chantal Dupuy, Michel Galabru et Mort Shuman

1981: Les Fourberies de Scapin: Avec Michel Galabru et Jean-Pierre Darras

1981: Le Roi des Cons: Avec Marie-Christine Descouard et Francis Perrin

1981: Signé Furax: Avec Maurice Risch

1982: Tête à Claques: Avec Francis Perrin

1982: L’Etoile du Nord: Avec Simone Signoret et Philippe Noiret

1982: Paradis pour Tous: Avec Patrick Dewaere et Stéphane Audran

1983: Tout le Monde peut se Tromper: Avec Francis Perrin

1983: L’Ami de Vincent: Avec Philippe Noiret et Jean Rochefort

1984: Femmes de Personne: Avec Marthe Keller et Jean-Louis Trintignant

1986: Golden Eighties: Avec Lio et Delphine Seyrig

1987: Tant qu’il y aura des Femmes: Avec Roland Giraud et Fiona Gélin

1987: Poussière d’Ange: Avec Fanny Bastien et Bernard Giraudeau

1987: Le journal d’un fou: De et avec Roger Coggio

1988: Les Saisons du Plaisir: Avec Stéphane Audran et Jean-Pierre Bacri

1988: A Gauche en Sortant de l’Ascenseur: Avec Emmanuelle Béart et Pierre Richard

1989: La Folle Journée ou le Mariage de Figaro: Avec Roger Coggio, Marie Laforêt et Michel Galabru

1991: Les Clés du Paradis: Avec Gerard Jugnot

1996: Pandora: Avec Philippe Léotard et Inès de Medeiros

2001: Mortel Transfert: Avec Hélène de Fougerolles et Jean-Luc Anglade

2004: Mariage Mixte: Avec Olivia Bonamy et Gerard Darmon

2007: La Chambre des Morts: Avec Mélanie Laurent et Gilles Lellouche

2011: Le Jour de la Grenouille: Avec Joséphine de Meaux et Patrick Catalifo

2013: Les Beaux Jours: Avec Fanny Ardant et Catherine Lachens

 

FRANCOISE PREVOST

françoise prevost

Françoise Denise Prévost naît à Paris le 13 janvier 1929. Elle est la fille de Marcelle Auclair et du jeune écrivain Jean Prévost alors âgé de vingt huit ans et qui mourra en résistant dans le maquis du Vercors où il avait rallié la résistance. Marcelle Auclair est ce que l’on appelle alors une des grandes élégantes du faubourg saint Honoré, et elle aussi écrivaine. On lui devra « La Bonne Nouvelle aux Enfants » et aussi « Le Livre Noir de l’Avortement ». Ajoutons à cela l’ouvrage « Mémoires à deux voix » que mère et fille publieront aux éditions du Seuil.

Jeune fille, Marcelle Auclair aura été l’amie de Valéry Larbaud, André Gide, François Mauriac, Marie Laurencin…Elle est l’amie d’Hélène Lazareff avec qui elle fondera le journal  Marie-Claire. Ces dames sont également des amies de madame Bardot, autre élégante de son temps à qui elles emprunteront son adolescente de fille Brigitte pour les pages « mode jeune fille » de leur magazine.

Marcelle et Jean Prévost auront trois enfants avant de divorcer: Michel, Françoise et Alain. La jeune Françoise, férue de belles lettres, ce qui est bien le moins avec des parents adhérents au comité national des écrivains fondé par Louis Aragon s’intéressera très tôt au théâtre.

francoise prevost

Elle fera, très jeune encore, ses débuts au théâtre en tenant de petits rôles mais dans de grands classiques. Elle complète cette formation avec quelques « pannes » sans envergure au cinéma, paraissant pour la première fois, figurante encore dans « Jean de la Lune » en 1949, dans l’ombre d’une Danielle Darrieux au sommet de sa beauté. Quant à la subsistance quotidienne elle est toute trouvée puisque Françoise travaille avec sa mère chez Marie-Claire. Marcelle sera la courriériste du journal jusqu’en 1967, rangeant sa plume à 68 ans pour revenir à la littérature. La jolie Françoise va végéter dix ans au cinéma de petit rôle en petit rôle sans trouver sa véritable chance. Et ce à un point tel qu’elle décide de renoncer à s’y faire une place et se consacrer définitivement au théâtre.

Mais c’était sans compter sans l’apparition de la Nouvelle Vague qui plus vite encore qu’elle ne dénigre les vedettes populaires et voue aux gémonies Martine Carol, Fernandel, Jean Gabin ou Claudine Dupuis, porte au pinacle des starlettes, des comédiennes obscures, des demoiselles de magasins ou, mieux encore, leurs petites amies du moment.

Françoise, qui ne saurait dire pourquoi, fait partie du lot ce ces créatures adoubées par les nouveaux maîtres auto-proclamés du cinéma français avec Bernadette Lafont, Juliette Mayniel, Danièle Gaubert, Françoise Brion, Anna Karina ou Chantal Goya! Elle devient muse, déesse vedette dans des films de Rivette, d’Albicocco et surtout de Pierre Kast qui fait d’elle son actrice fétiche. Françoise est enfin vedette. Vedette pour cinéastes confidentiels. Quelles que soient les qualités qu’ont ou n’ont pas les films de Rivette ou de Kast, si on n’est pas dans « la grande vadrouille » ce n’est pas la grande vadrouille non plus dans les caisses des cinémas qui malheureusement pour eux programment les oeuvres de ces génies de la faillite et du désaveu populaire.

francoise-prevost

Etrangement son image est radicalement différente en Italie ou elle est terriblement sollicitée et où elle tourne énormément pour des cinéastes moins désavoués d’un public populaire. Voire même des cinéastes ayant meilleure conscience des réalités d’un métier qui est aussi et surtout une industrie commerciale nécessitant un minimum de rendement positif.

Les années 60 seront des années bénies pour Françoise Prévost même si le public français, plusieurs fois berné par des oeuvres nouvelle vaguesques ne lui accordera jamais la confiance qu’il accorde à une Mireille Darc. Elle a un rendement intense et régulier de plusieurs films par an. Cinq pour la seule année 1963, où trop occupée elle doit décliner « Maigret voit Rouge », l’ultime Maigret de Jean Gabin avec qui elle ne tournera jamais.  il y avait eu dix films en 1961 et Françoise trouvait le temps pour tenir un rôle récurrent dans la mythique série « La caméra Explore le Temps » Autrement dit, Françoise cumule plus de tournages que les deux actrices les plus sollicitées du moment: Brigitte Bardot et Catherine Deneuve!

C’est une prouesse d’autant plus exceptionnelle qu’on ne peut guère mettre à son actif de beaux grands sujets populaires qu’elle aurait portés au triomphe! Mais au fond peu importe, l’actrice aborde les années 70 auréolée d’un réel prestige, fruit des prolifiques années 60 et juste revanche sur les besogneuses années 50. Elle fête l’évènement en alignant cinq films en 1970 et il semble que plus rien ne puisse freiner désormais la carrière de Françoise Prévost qui peut à juste titre briguer les lauriers d’une Jeanne Moreau.

françoise prevost

Mais hélas, la nouvelle va tomber comme un couperet. Fatale. Françoise Prévost souffre d’un cancer du sein.

Frappées par la maladie, certaines actrices gardent le secret et continuent leur métier, comme le firent Marie Dubois, Dany Carrel ou Ingrid Bergman. D’autres au contraire, comme Odile Versois et plus tard Jill Ierland ou Olivia Newton John choisissent de communiquer à propos de la maladie et de leur combat. Françoise Prévost fut de celles-là. Il ne m’appartient pas ici de juger laquelle des deux politiques est la meilleure. Les premières à juste titre d’ailleurs craignent de voir leur carrière entravée voire stoppée net. Les secondes estiment qu’en communiquant sur leur combat elles donnent l’espoir à des milliers de femmes anonymes et comme elles frappées par la maladie.

C’est louable et probablement très vrai. Mais qu’en est-il de ces beaux espoirs lorsque la maladie, malgré tout, triomphe de la combattante?

Je me souviens que dans ma famille où personne n’était pourtant concerné par la maladie, le cancer de Françoise Prévost faisait partie des conversations et forçait l’admiration de tous. Ma grand mère Francine parfois songeait à cette femme « si jeune » dans ses prières. Ma grand’mère Juliette admirait cette manière de tenir tête à la mort à un point tel qu’elle n’aurait pas détesté avoir un cancer elle aussi pour lutter gaillardement contre cette saloperie! Par solidarité! (un kyste au coude à cause d’une pelle de jardin lui fit d’ailleurs beaucoup d’usage) Quant à ma mère, elle ressentait le combat de Françoise Prévost comme une sorte de nouvelle victoire dans un autre combat, celui de la libération des femmes, comme si le fait de rester belle, de rester femme et de rester actrice en parlant ouvertement de sa maladie était une preuve irréfutable de l’avancée de la cause féminine. Ce n’était d’ailleurs pas faux.

Françoise Prévost mettra un point d’honneur à continuer sa carrière. Mais dès l’annonce officielle de sa maladie, les propositions en France vont se raréfier à une vitesse folle. Les assurances ne couvrent pas les comédiens en mauvaise santé ou ayant atteint les 80 ans. C’est donc la production qui doit assumer ses risques et ses pertes si un malheur arrive avant la fin du tournage et ce n’est pas toujours dans ses moyens. Il faut les reins bien solides pour courir le risque de devoir recommencer un film du début et donc multiplier l’investissement par deux si la star hélas s’éteint ou même si la maladie progresse et diminue ses moyens. L’Italie, étrangement sera moins frileuse et fera tourner Françoise Prévost tant que l’actrice elle-même le souhaitera.

Françoise Prévost renonce à son métier d’actrice après un dernier film tourné pour la télévision avec Arielle Dombasle en 1985: « Vive la Mariée ».

Le combat de l’actrice est d’autant plus admirable qu’en ces années 70 le traitement contre le cancer est d’une barbarie extrême et les souffrances infligées aux malades de véritables tortures chimiques, mécaniques et psychologiques probablement pires, bien pires au niveau de la souffrance que la maladie elle-même. Ce martyre extrême s’est adouci heureusement mais Françoise Prévost en son temps est passée par les pires abominations qui soient au nom d’un combat que l’on dit vain puisque l’actrice s’éteindra des suites de sa maladie. Mais Françoise Prévost s’éteint le 30  Novembre 1997, à l’âge de 67 ans. Elle aurait eu 68 ans deux mois plus tard.

Une extraordinaire victoire payée par plus de vingt ans d’une lutte acharnée pour vivre un jour de plus

Celine Colassin

francoise prevost

QUE VOIR?

1949: Jean de la Lune: Avec Danielle Darrieux et Claude Dauphin

1952: Nez de Cuir, Gentilhomme d’Amour: Avec Françoise Christophe et Jean Marais

1958:Cette Nuit là: Avec Mylène Demongeot et Maurice Ronet

1960: Comment qu’elle est: Avec Françoise Brion et Eddie Constantine

1960: The Enemy General: Avec Dany Carrel, Van Johnson et Jean-Pierre Aumont.

1961: La Récréation: Avec Jean Seberg et Christian Marquant

1961: Le Jeu de la Vérité: Avec Robert Hossein et Paul Meurisse

1962: Il Mare: Avec Umberto Orsini

1962: Bon Voyage! Avec Jane Wyman et Fred McMurray

1963: Un Tentativo Sentimentale: Avec Jean-Marc Bory

1963: Bekenntnisse eines möblierten Herrn: Avec Karl Michael Vogler

1963: Vacances Portugaises: Avec Jean-Pierre Aumont, Françoise Arnoul et Michel Auclair

1963: Merci Naterica! Avec Peter Vaneck et Clara O’Dovar

1966: Maigret und sein größter Fall: Avec Heinz Rühmann

1967: Pronto… c’è una certa Giuliana per te: Avec Mita Medici

1968: Histoires Extraordinaires: Avec Jane Fonda

1969: Häschen in der Grube: Avec Helga Anders et Anthony Steel

1970: La prima notte del Dottor Danieli, industriale col complesso del… Giocattolo: Avec Lando Buzzanca et Katia Christine

1971: Le Belve: Avec Ira de Furstenberg

1972: Les Anges: Avec Bruno Pradal et Didier Haudepin

1974: La Prova d’Amore:Avec Ely Galleani

1980: Le Soleil en Face:Avec Stéphane Audran et Jean-Pierre Cassel

 

 

YVETTE LEBON

Lebon yvette

Rien ne prédestinait Yvette Lebon à devenir une véritable vedette du cinéma français en un temps où le mot vedette avait une véritable signification. Il voulait dire que le public vous aimait, s’intéressait à vos faits et gestes, allait voir vos films et découpait vos photos dans les journaux. Rien, je le suppose ne la prédestinait non plus à devenir la doyenne des comédiennes françaises. Statut où elle succède officiellement à Paulette Dubost qui lui avait bien involontairement usurpé le titre puisque Paulette était la cadette d’Yvette de trois mois!

La future Yvette Lebon naît Simone Lebon le 14 Août 1910 dans une modeste famille ouvrière parisienne. Son papa est ferblantier, sa maman repasseuse. Les parents de la petite Simone rêvaient pour le ravissante petite fille une vie meilleure et moins dure que la leur. Mais hélas! La belle enfant n’était guère passionnée par l’école, ne trouvant seulement qu’un vague intérêt à la contemplation des mouches sur les carreaux. C’est que la petite, déjà rêvait. Rêvait au cinéma.

En ces temps bénis où le cinéma se considérait encore au service du public, l’affaire était déjà sérieuse mais pas encore engluée de prétention nombriliste. Il y avait un côté bon enfant qui s’est perdu. les plus grandes vedettes mangeaient à la cantine leur jambon-beurre avec les techniciens. D’autres comme Danielle Darrieux chantaient pour distraire les figurants quand les réglages techniques devenaient trop longs et tout le monde s’arrêtait de tourner pour entendre l’arrivée du tour de France à la T.S.F.

Quand on était une jolie fille on pouvait toujours venir voir tôt le matin à la porte des studios s’il n’y avait pas « un petit truc à faire ». Et comme Simone avait d’incroyables yeux verts très étirés en amandes et…Une paire de très jolies gambettes; l’outil indispensable depuis que Mistinguett avait déifié les siennes, ma foi, on la laissa apparaître dans un film qui se tournait: « Rive Gauche ». Un film aimable où Henri Garat faisait les yeux doux en roucoulant à Meg Lemonnier, jeune première très en vogue mais qui ne fit guère long feu. Yvette allait retrouver ce charmant duo dès son film suivant: « Il est Charmant » Nous étions en 1931, Simone devenue Yvette avait 21 ans, l’âge de la majorité légale, l’âge de la liberté!

yvette lebon

Les films des débuts d’Yvette Lebon son devenus bien difficiles à voir aujourd’hui. Henri Garat n’a connu la postérité que dans les bras de Lillian Harvey et quand bien même, la jeune Yvette était à peine visible dans ses premiers exploits. Elle aurait pu reprendre à son compte cette phrase de Michèle Morgan avec qui elle partage le même prénom de baptême et des débuts fugaces: « Ma première apparition au cinéma était si rapide que si tu éternuais au mauvais moment, tu me loupais! » La petite débutante aux yeux de chat et aux jambes de fée va peu à peu se frayer un chemin dans les distributions de films qui seront pour la plupart déjà oubliés avant d’être tournés. Elle croisera d’autres débutants comme un certain Fernandel avec qui elle est à l’affiche d’un des plus gros succès du rire des années 30: « Le Chéri de sa Concierge »

Elle obtient son premier rôle important dans « Zouzou » où elle sera le béguin de Jean Gabin et rivale de Joséphine Baker, la star ou plus exactement la curiosité du film. Pour l’occasion et pour le contraste, on fit d’Yvette une blonde platine, et comme sa rivale était noire, le personnage d’Yvette s’appellerait Claire! Pour qu’on comprenne bien. C’est elle qui guinche avec un Gabin, casquette sur l’oeil et clope au bec qui lui chante « Viens Fifine, viens Fifine, viens! » Yvette Lebon n’avait pas une tête à s’appeler Fifine, Joséphine Baker n’était pas la nouvelle Sarah Bernhardt, le scénario était tarabiscoté à mourir et le tout fit un four cuisant! Et comble de bonheur, Yvette termine le film avec un bras cassé! Mais la blonde Yvette était lancée. Et comme on l’avait vue dans une comédie musicale certes ratée et que le genre était à la mode, elle va curieusement se retrouver cataloguée « comédie musicale » et devenir une spécialiste du genre, un peu comme Ginger Rogers à Hollywood.

Mais nous ne sommes pas à Hollywood. Il faut donc entendre par comédie musicale des films avec peu d’intrigue mais beaucoup de soleil destinés à amener au cinéma les admirateurs d’un chanteur à la mode de préférence parfaitement empoté devant les caméras!

yvette lebon

Ce qui aura quand même des avantages car ces films seront tous d’énormes succès et les critiques se consoleront d’un « Tino Rossi pathétique d’ennui » avec « Yvette Lebon, vive et gaie comme un excellent champagne et les plus belles jambes du cinéma » Outre Tino Rossi qui lui chante « Marinella » elle se sera quand même retrouvée à jouer les amoureuses pâmées devant Jean Lumière et Charles Trenet! C’est un de ses partenaires non chantants qui ravira le coeur de la belle Yvette. En 1938 elle tourne « Gibraltar » avec Roger Duchesne et l’épouse, fort brièvement d’ailleurs à la fin du tournage. Tête de Viviane Romance, vedette du film où Duchesne jouait son fiancé adoré!

Yvette Lebon devenue vedette est une de ces jeunes filles de l’époque qui ont été petites filles pendant la guerre 14-18 et qui maintenant qu’elles sont libres ont bien l’intention d’en profiter! Yvette est de toutes les fêtes et lorsque le ciel de Paris s’assombrit sous la menace nazie, elle s’en aperçoit à peine! Toujours entre un film, une pièce et un voyage sur la côte d’Azur, elle est à peine interloquée quand Paris est occupé. Elle est plus active que jamais et la guerre éclaircit les rangs de ses rivales! Après « Premier Rendez-Vous », Danielle Darrieux se volatilise et passe en Suisse sous un faux nom, Michèle Morgan et Micheline Presle sont en zone libre et ne tournent pas, Annie Vernay vient de décéder, il ne reste guère que Corinne Luchaire pour lui disputer la place car les deux jeunes femmes jouent sur les mêmes arguments! A ceci près qu’Yvette n’a que des amis et que la très fantasque Corinne est considérée par ses contemporains comme la plus bête des oies jamais apparue sur un écran!

Yvette Lebon est à l’arrivée des Allemands toute à sa liaison avec Sacha Guitry. Et malgré les privations et le couvre feu, cinéma et théâtre se portent à merveille. Yvette Lebon fait partie d’une « bande » , d’un cercle d’amis où gravitent Tino Rossi, Mireille Balin et quelques autres dont les Luchaire père et fille. Si Yvette Lebon et Corinne Luchaire ne furent jamais réellement fan l’une de l’autre, Jean Luchaire va beaucoup plaire à Yvette qui a une faiblesse pour les hommes mûrs et il va succéder à Sacha Guitry dans sa vie. Ce qui fait d’elle la « belle-mère » de sa rivale de cinéma Corinne Luchaire! La situation ne manque pas d’un rocambolesque piquant!

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La vie de la jeune comédienne est alors faite de tournages, de fêtes et de champagne, et que tout celà soit le fruit du marché noir ne la concerne tout simplement pas. N’est-ce pas au directeur de chez Maxim’s de s’arranger avec sa conscience et les tickets d’alimentation? Tant qu’il restera des restaurants, des couturiers, des fourreurs, des coiffeurs et des bijoutiers, Yvette Lebon restera cliente! la guerre après tout, ce n’est pas le problème des actrices! Mais la guerre aura une fin, Jean Luchaire directeur de la presse collaborationniste sera passé par les armes. Sa fille Corinne frappée d’indignité nationale mourra à 28 ans. Et alors même que Mireille Balin, Sacha Guitry, Arletty, Louis Ferdinand Céline, Ginette Leclerc seront inquiétés à la libération, Yvette Lebon qui s’était terriblement affichée fut très curieusement laissée tranquille! Elle qui avait un jour déclaré en plaisantant: « Hitler? Ce que je pense d’Hitler? mais je n’en pense rien! Si je rencontrais je lui demanderais un autographe, après tout c’est une célébrité! » Mais la plaisanterie se portait mal en ces temps troublés ou Paris libéré se libérait aussi de ses haines et de ses rancœurs ! On en avait tondues pour moins que ca!

Comme Danielle Darrieux, Yvette Lebon se fait discrète à la libération, ce qui ne les empêchera pas de tourner pour le cinéma dès 1946 et Yvette poussera même la crânerie en tournant en 1947 un film…Autrichien! « Les Amours de Blanche Neige »! Mais après cette petite bravade, il faut bien admettre que la carrière d’Yvette Lebon est en complète capilotade. L’actrice ne tourne plus. Le genre de films où elle avait brillé s’est terriblement démodé. Elle fait partie d’un passé que l’on préfère aujourd’hui oublier. La fin de la guerre a ramené au cinéma les stars exilées comme Michèle Morgan et toute une nouvelle pléthore de stars hollywoodiennes déferle enfin sur les écrans! Le public découvre Rita Hayworth, Vivien Leigh, Lana Turner, Ava Gardner, Betty Grable, Veronica Lake , Hedy Lamarr! Des stars dont il entendait parler depuis cinq ans sans pouvoir aller les admirer au cinéma pour cause d’embargo hitlérien.

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La concurrence est rude et il faut bien reconnaître que le public français ne fut guère courtois avec les actrices qui eurent le courage de rester dans un Paris occupé pour tourner des films souvent magnifiques et sous les bombes! Mais Yvette Lebon a une bonne étoile, une bonne étoile qui ne la quittera jamais. Elle rencontre l’homme qui sera son second mari Natan Waschberger, producteur alors très actif en Italie. Il a sous contrat la star Maria Montez dont il produit les films.

Il produit pour sa belle épouse de 42 ans un film d’époque où elle sera Milady de Winter face à Rossano Brazzi et Yvette Lebon pourra être fière du résultat. Elle est tout simplement magnifique en rouée Milady. C’est l’heure de la seconde carrière, la carrière italienne. Sans doute moins prestigieuse, mais l’actrice n’est plus une jeune vedette. Elle est maintenant une dame et laisse les jeux de gambettes et œillades assassines à Dominique Boschero ou Marisa Allasio. Elle récupère son statut de vedette et va tourner avec régularité jusqu’à la fin des années 60. Puis devenue maman et vivant essentiellement à Hollywood, on ne la verra plus que dans quelques courts rôles dans des projets qui avaient réussi à éveiller son enthousiasme. On peut sourire en pensant que la partenaire de Tino Rossi deviendra celle de Serge Gainsbourg!

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Le temps passant, Yvette Lebon qui fut toujours d’une coquetterie folle ne souhaita pas se voir vieillir à l’écran même si à 60 ans elle en paraissait 35 et prit une retraite très dorée entre sa villa de Beverly Hills et quelques yachts voguant sur les mers des caraïbes! Elle verra non sans fierté son fils Patrick prendre la succession de son père et devenir un puissant producteur Hollywoodien, c’est lui qui réunira Brad Pitt  et Angelina Jolie à l’écran.

Et puis en 1992, Yvette Lebon est veuve. elle a 82 ans. Paris et son seizième arrondissement lui manquent. elle quitte Hollywood et rentre au pays. Mais le Paris qui flirte avec l’an 2000 n’est pas le Paris des années 30. Yvette ne s’y plaît plus vraiment et choisit de s’installer à Cannes. C’est là qu’elle vécut centenaire, heureuse et nullement recluse. Ma grand’mère aurait dit « A cent ans elle demande encore où on danse celle-là! » si elle l’avait vue papillonner comme aux plus beaux jours lors de l’inauguration de l’allée Jean Sablon à Cannes.

Elle aura la grande stupéfaction, plus de 70 ans après les faits d’être questionnée sur son comportement pendant la guerre à la faveur d’un documentaire « L’Occupation Intime ». Les journalistes vont à sa rencontre dans sa retraite cannoise et ont la surprise de se trouver nez à nez avec une femme qui a l’air d’avoir un demi siècle de moins que son âge; toujours belle et toujours coquette, élégante, vive, sincère et drôle. Elle répondra l’air un tantinet effaré, comme si elle n’y avait jamais vraiment pensé : »J’étais d’une inconscience complète, je faisais des films, il y avait du champagne, des fêtes, la guerre ca me passait complètement au dessus de la tête, j’étais une jeune folle, une sotte! Finalement j’ai eu beaucoup de chance, j’aurais pu le payer très cher! »

Peut-être.

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Le 28 Juillet 2014, Yvette Lebon s’éteignait dans son appartement cannois. Elle avait 103 ans et à quelques jours près elle en aurait même eu 104!

Aujourd’hui grâce aux facilités de communication que nous offrent les nouvelles technologies, lorsque l’on parle d’Yvette Lebon il y a toujours bien quelqu’un pour laisser un commentaire du style  » Et ses amis de la gestapo? » Je répondrai d’abord que quelques amourettes ne font pas d’une actrice célèbre une femme plus coupable qu’une concierge anonyme dénonçant ses locataires pour s’emparer d’une machine à coudre Singer.

Je répondrai ensuite et surtout qu’il y a toujours eu des guerres et qu’il y a toujours eu des jeunes filles. Des sages et des frivoles, des cigales et des fourmis.

En 1943 elles valsaient avec des officiers en uniforme allemand et buvaient du champagne de contrebande. Aujourd’hui la France est en guerre au Mali ca ne les empêche pas d’épouser des musulmans, aller au restaurant quand on manque de fonds pour les restos du coeur, porter des fourrures et avoir un chien, et aller en vacances au club Med alors que tant de gens dorment dans des cartons.

Chacun sa vie. Quant à moi je gère un blog sur le cinéma, pas sur le patriotisme et Yvette Lebon est une actrice, pas une résistante, ça, on l’aura compris! Si les hommes de sa génération n’ont pas incriminé Yvette Lebon, ce n’est ni à moi ni à nous de le faire. Et quand bien même il y a d’autres combats à mener que de s’acharner sur une centenaire défunte pour quelques fêtes et quelques amants.

Celine Colassin

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QUE VOIR?

1931: Rive Gauche: Avec Meg Lemonnier et Henri Garat

1931: Il est Charmant: Avec Meg Lemonnier et Henri Garat

1934: Le Chéri de sa Concierge: Avec Colette Darfeuil, Fernandel et Alice Tissot

1935: Trois Artilleurs au Pensionnat: Avec Raymond Cordy et Jeanne Fusier Gir

1936: Marinella: Avec Tino Rossi

1936: Coup de Vent: Avec Jean Acquistapace

1937: Abus de Confiance: Avec Danielle Darrieux et Charles Vanel

1937: Romarin: Avec Jean Acquistapace et Jeanne Boitel

1938: Gibraltar: Avec Viviane Romance, Roger Duchesne et Erich von Stroheim

1940: L’Homme qui Cherche la vérité: Avec Raimu

1941: Romance de Paris: Avec Charles Trenet, Jean Tissier et Jacqueline Porel

1942: Le Moussaillon: Avec Roger Duchesne

1942: Le Destin Fabuleux de Désirée Clary: Avec Gaby Morlay et Sacha Guitry

1945: Paméla: Avec Renée Saint Cyr, Fernand Gravey et George Marchal

1946: Monsieur Grégoire s’évade: Avec Bernard Blier et Jules Berry

1947: Les Amours de Blanche Neige: Avec Erika Matejko

1952: Milady et les Mousquetaires: Avec Rossano Brazzi

1954: Il Cavaliere di Maison Rouge: Avec Renée Saint Cyr

1955: Sophie et le crime: Avec Marina Vlady et Dora Doll

1956: Maruzzella: Avec Marisa Allasio et Massimo Serrato

1960: Les Nuits de Raspoutine: Avec Gianna Maria Canale, Edmund Prudom et John Drew Barrymore

1960: La Vallée des Pharaons: Avec Debra Paget et Ettore Manni

1962: Ulysse contre Hercule: Avec Dominique Boschero et George Marchal

1963: Scaramouche: Avec Michele Girardon et Gérard Barray

1966: Baraka sur X: Avec Sylvia Koscina et Gérard Barray

1967: Toutes Folles de Lui: Avec Sophie Desmarets et Robert Hirsch, Jean-Pierre Marielle et Julien Guiomar

1967: Le Vicomte règle ses comptes: Avec Kerwin Mathews, Sylvia Sorrente et Jean Yanne

1970: Cannabis: Avec Jane Birkin et Serge Gainsbourg

1971: La Cavale: Avec Juliet Berto et Catherine Rouvel

1972: Je, Tu, Elles: Avec Jacqueline Coué

 

 

ROMINA POWER

romina power

Romina Power était déjà monstrueusement célèbre avant sa naissance. Pensez donc! Tyrone Power le séducteur Century Fox numero un allait être papa. Son épouse la sublime Linda Christian qui l’avait arraché à Lana Turner allait lui donner un bébé, faire de lui un papa! Comme le temps passe! Le beau Tyrone aux yeux de braise, digne descendant d’une prestigieuse lignée d’acteurs shakespeariens était devenu, dès le milieu des années 30 et en seulement quelques films le principal rival de Robert Taylor soi-même. Il avait cumulé les conquêtes dont Loretta Young, Annabella sa première épouse, Janet Gaynor, Judy Garland ou encore Sonja Henie la patineuse  »petite fée de la glace » championne olympique de la discipline.

En instance de divorce avec Annabella , Tyrone Power vivait une liaison passionnée avec Lana Turner et le mariage ne faisait de doute pour personne, et surtout pas pour Lana, tant il était évident que ces deux-là étaient faits l’un pour l’autre. Même s’il se murmurait, d’ailleurs assez fort, que le beau Tyrone ne détestait pas non plus les charmes virils de certains messieurs. Tyrone était parti pour un tour du monde en avion pendant que Lana, restée à Hollywood fignolait la liste des invités et ses plans de table. On imagine sa tête lorsqu’elle apprit par la gazette matinale qu’en ce 27 Janvier 1949 « son » Tyrone s’était marié avec une starlette mexicaine rigoureusement inconnue nommée Linda Christian! Il s’était marié le 27, son divorce avait été officialisé le 26! Aussitôt Linda Christian devint la curiosité numéro un d’Hollywood et on dut bien admettre que sa beauté fracassante faisait passer la star Lana Turner pour une concierge endimanchée. En outre la nouvelle madame Power parle sept langues et…tourne pour le cinéma hollywoodien depuis 1944.

Linda Christian et Tyrone Power

Linda Christian et Tyrone Power

Linda Christian ne fut pas reçue à Hollywood comme le serait plus tard Grace Kelly sur son rocher monégasque. On n’y aime pas trop ces arrivées fulgurantes de nouvelles starlettes flanquées au bras d’un illustre mari de la corporation. Ava Gardner qui avait eu l’outrecuidance de devenir madame Mickey Rooney alors qu’elle était aussi inconnue que scandaleusement belle avait été considérée comme une sorte de domestique qui aurait quitté l’office pour épouser le fils de la maison. Et cette Linda Christian était peut-être plus belle encore qu’Ava, mais elle était mexicaine! Hollywood qui n’aimait rien tant que de se gausser des déconvenues sentimentales de Lana prit cette fois son parti et lorsque Tyrone tomba dans les rets de l’iceberg brûlant, à savoir la nouvelle importation suédoise, miss Anita Ekberg, on dansa la farandole, on alluma des feux de joie! La mexicaine avait eu ce qu’elle méritait! La Mexicaine était trompée par la suédoise, l’honneur de l’américaine était vengé! Mais l’iceberg ne fit pas long feu contre le sublime volcan et Linda Christian resta madame Power, menant grand train, conduisant ses querelles de ménage avec autant de panache que ses dépenses chez Harry Winston!

Le 2 Octobre 1951, Linda fait donc de Tyrone Power le papa comblé de la petite Romina. Le 13 Septembre 1953, ce sera le tour de la petite Taryn de venir compléter la famille. Mais entre les deux naissances, la relation entre les époux s’est détériorée. Linda, ses filles sous le bras quitte Hollywood et regagne Rome la ville qu’elle adorait et où elle avait d’ailleurs rencontré Tyrone. Les petites filles ne verront plus que très peu leur papa après le fracassant divorce de leurs parents. Le 15 Novembre 1958, Tyrone Power meurt sur le tournage de « Salomon et la Reine de Saba » emporté par un infarctus foudroyant. Sa nouvelle compagne allait mettre leur fils au monde trois mois après ses funérailles.

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En Italie, Linda Christian mena son habituel tapage et devint une des grandes égéries de la Dolce Vita des années 60. Une des reines de la via Venetto, traînant dans son sillage une armada de princes consorts énamourés, finissant par épouser très momentanément le plus assidu d’entre eux, l’acteur Edmund Prudom. Mais ce n’est pas pour ses frasques, ses diamants et ses fourrures que Linda Christian va faire jaser plus que de raison dans les chaumières. C’est pour sa relation très particulière avec sa fille Romina.

Dans la foulée du scandale  »Lolita », le coeur des années 60 avait battu au rythme des nymphettes, ces adolescentes effrontées, toujours blondes et destinées à chambouler tous les démons de midi, préférant les voitures de sport au collège, semant l’effroi dans les populations bien pensantes et accessoirement chez papa maman. Dans la déferlante de la libération sexuelle et de l’émancipation des femmes, Linda affiche ouvertement sa relation mère-fille comme une relation de copines-complices libres et très adultes. Elle distribue avec un sourire ébloui les photos de starlette de sa fille, ravissante brune à la longue crinière lui balayant les reins. Elle a quinze ans lorsqu’elle débute au cinéma et sa mère verra d’un très bon oeil les scènes qu’elle tourne entièrement nue et qui scandalisent la planète entière… A l’exception de maman.

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Romina présente également à sa mère et à la presse ses « fiancés », chanteurs chevelus cherchant leur voie entre les Beatles et Dylan. Ces dames échangeant leurs avis respectifs sur les hommes de leur vie et leur sexualité s’il faut en croire la presse complètement éberluée de l’époque. On accusera plus souvent qu’à son tour Linda Christian de « vendre » sa fille aux cinéastes afin d’assurer à la fois sa relève et ses revenus. Les plus violents détracteurs de Linda parleront de « prostitution » d’autant plus odieuse qu’elle était orchestrée par la mère de l’actrice.

Nous étions en 1965, la jeunesse secouait la poussière de plusieurs siècles de soumission aux carcans bourgeois. On voulait vivre, on voulait aimer, on voulait être libre. Linda offrit tout celà à ses filles, tout ce qu’elle n’avait pas eu. Romina ferait ce qu’elle voulait, tout simplement. Et tant pis pour les bonnets de nuit que cela choque!

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On en avait pourtant déjà vu d’autres, mais on pouvait toujours lire dans la presse « Qu’une fille de 14 ans se montre nue à l’écran  , ce n’est déjà pas très courant même à notre époque d’émancipation, mais que ce soit avec le consentement pour ne pas dire avec les conseils voire les encouragements de maman, c’est quand même surprenant! » et d’ajouter « A dix-veufs ans elle a déjà une maturité que beaucoup de filles n’atteindront même jamais!«  Il faut dire que Romina elle-même avait alimenté la polémique à son sujet en déclarant « Si mon père Tyrone Power revenait, je crois qu’il ne serait pas content de la manière dont je mène ma vie et ma carrière, lui qui détestait choquer »

Le cinéma, bien sûr lui ouvrait les bras et tendait ses contrats. Elle était ravissante, très libérée et universellement célèbre depuis sa naissance. Mais la vraie passion de Romina c’était la musique.

On l’avait croisée dans l’ombre de Danielle Darrieux dans « 24 heures de la vie d’une Femme » où pour une fois c’est Danielle qui tombait la chemise pendant que Romina restait couverte jusqu’au menton mais pour « Justine ou les Infortunes de la Vertu » le scandale sera bien plus important que les recettes du film. La presse trouvera le moyen de s’offusquer: « Toute la publicité du film est concentrée sur la nudité intégrale de sa vedette qui n’a pas quinze ans« ! Evidemment, « publicité « voulait dire « intérêt » quant à la « vedette », elle n’ a en effet pas quinze ans, elle en a dix-huit! Elle en a dix-huit et elle trouvé le grand amour de sa vie, au grand dam pour ne pas dire l’effroi de Linda Christian!

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Linda voulait pour sa fille un beau Roméo digne de sa beauté, de ses origines et de tous ses talents. Elle ne comprenait pas qu’elle se soit entichée de ce chanteur Italien plus petit qu’elle, plus vieux, et qu’elle trouvait non seulement épouvantablement laid mais sans aucune éducation. Albano Carissi a été baptisé Albano par son père en souvenir de ses combats en Albanie durant la seconde guerre mondiale. Il n’a ni classe ni beauté ni charme ni argent mais Romina ne veut rien entendre.

Linda, d’une sidérante verdeur assiste à leur mariage, réfugiée déjà dans des espoirs de divorce rapide.

Romina disait « oui » à Albano alors qu’elle avait dit « non » au prince Stanislas Klossowski de Rola, fils du peintre Balthus, après trois ans de romance. Il fut le fiancé de Romina entre ses 15 et ses 18 ans et on ne les voyait jamais sans maman Linda qui chaperonnait ces amours. Et Romina d’ajouter à la veille de son mariage: « Je déteste tout ce que j’ai fait au cinéma jusqu’ici sauf mes deux derniers films parce que je les ai faits avec Al Bano, avant c’est maman qui signait mes contrats, maintenant ce sera lui! » puis se tournant vers sa mère liquéfiée elle lui lança: « Je m’en fiche que tu n’aimes pas Albano, il plairait à papa! »

romina power et albano mariage

Le couple restera marié 29 ans. Unis le 26 Juillet 1970, ils divorceront en 1999.

Ensemble ils connaîtront un succès foudroyant en Italie, ils chantent en duo. Romina porte des robes de princesse qui feront rêver plusieurs générations de petites filles. Ils participent à tous les grands concours nationaux et internationaux comme San Remo ou l’eurovision de la Chanson. Albano gagnera même un procès pour plagiat contre…Michael Jackson! Ils sont littéralement déifiés en Italie, un émission de télévision sans eux n’est jamais vraiment réussie et le groupe ABBA ne réussira jamais à surclasser les ventes de Romina Power et Albano en Italie. Ce sont des stars ultra populaires et le public national fait un triomphe à chaque film que tourne Romina, Albano étant devenu son partenaire attitré.

Ils auront le temps d’avoir quatre enfants: Ylenia Maria née en 1970, Yan Marco né en 1973, Cristel Chiara née en 1985 et Romina Iolanda née en 1987.

romina power

Malheureusement, en 1994, leur fille aînée Ylenia est portée disparue en Louisiane. Romina s’épuisera à la rechercher en vain. Si Albano accepte de faire le deuil de sa fille, Romina ne renonce pas et vit d’espoir. Cette situation aura raison de leur couple qui va alors vivre un triste « crépuscule des dieux » après 30 ans d’une carrière superbe portée par la fidélité sans bornes de leur public.

Ylenia était connue du public puisqu’elle présentait « La Roue de la Fortune » à la télévision italienne mais suivait en parallèle de très sérieuses études de lettres. Comme son frère, la jeune femme est passionnée de voyage et caresse depuis longtemps l’idée de parcourir le monde en solitaire avec seulement un sac à dos et son journal de bord.

Ylenia et ses parents

Ylenia et ses parents

Elle voyage ainsi depuis plusieurs mois et le 26 Décembre 1993 elle quitte le Belize en bus pour gagner la Louisiane. Son frère Yan lui aussi en voyage devait la rejoindre au Belize pour passer Noël avec elle. Mais retardé il n’est arrivé que le 27 Décembre. Sa soeur est partie depuis quelques heures. On sait que la jeune femme s’est installée dans un hôtel du quartier français de New-Orleans et fréquente un musicien des rues afro-américain Alexander Masekela de 20 ans son aîné. Ylenia portée disparue, Alexander Masekela sera arrêté le 31 janvier mais sera relâché car rien ne peut le relier concrètement à la disparition de la jeune présentatrice.

Un vigile, le gardien de l’aquarium, déclarera avoir vu une jeune femme correspondant au signalement de la disparue sauter dans le fleuve Mississipi mais le corps, probablement entraîné vers le large n’a jamais été retrouvé et rien ne permet d’affirmer qu’il s’agit bien de la fille de Romina Power et Albano.

Albano entreprend alors une carrière solo, part en tournée, le public ne suivra pas.

Après son divorce il se remariera en 2001 avec une présentatrice de télévision plus célèbre pour son exhibitionnisme forcené que pour sa finesse d’esprit: Lorendana Lecciso avec qui il a deux autres enfants. Albano fait partie de ces personnalités qui se sont engouffrées dans les émissions de télé réalité qui déferlent en Italie comme ailleurs. Il participe à l’équivalent italien d’un Koh Lanta pour célébrités lorsque Lorendana le plaque en direct dans son émission, répandant son linge sale sur les écrans des téléspectateurs médusés.

Romina qui était de son côté membre du jury de « Danse avec les Stars » est sidérée elle aussi mais ne fera pas de commentaires, sa mère Linda Christian ne lui a pas appris que cinq langues, elle lui a aussi appris à se tenir comme une lady! Depuis la disparition de sa fille, Romina Power n’ a plus le coeur à pousser la chansonnette. Elle peint, elle écrit, elle  passe à la mise en scène en 2006 avec « Upaya ». Mais pour l’Italie elle sera toujours et à jamais l’interprète de « Félicita ». Elle choisit alors de quitter l’Italie où elle est une des principales cibles de la presse à scandale  pour les Etats-Unis où elle n’est « que » la fille de Tyrone Power et s’installe en Arizona.

Linda Christian qui avait pris la même décision vit depuis plusieurs années aux USA lorsqu’elle est diagnostiquée souffrant d’un cancer du colon. Romina s’installe alors chez sa mère à Palm Springs et l’accompagne dans son agonie. Linda Christian meurt emportée par sa maladie le 22 Juillet 2011, elle avait 87 ans.

Romina Power est restée en Amérique ou elle vit et travaille, toujours très belle la soixantaine venue, elle affiche une beauté solaire héritée de ses parents, bon sang ne saurait mentir, elle a sacrifié (un peu) de sa longue chevelure, elle a l’air d’une femme de 50 ans et n’a pas perdu l’espoir de retrouver sa fille ou tout du moins de connaître enfin la vérité.

PS

Trois autres jeunes filles disparaissent en quelques mois d’intervalle. Après Ylenia en Louisiane c’est au tour de Jayme Engstorm dont la beauté blonde est très similaire à celle de Ylenia qui disparaît en Floride le 20 Février. C’est ensuite  Jeanie Lofton qui disparaît  au Texas le 2 Avril,  Marciella Cortez disparaît en Californie le 20 Juillet . Quatre jeunes filles sensiblement du même âge et de même type disparaissent en quelques mois dans le sud des Etats-Unis. Aucune n’a été retrouvée. A ma connaissance la police n’a pas relié ces disparitions entre elles.

Le vigile, Anthony Cordova qui a vu la jeune fille sauter dans le Mississipi déclare qu’elle aurait dit « Je vais dans l’eau parce que c’est à l’eau que j’appartiens ». Mais pourquoi Ylenia se serait-elle exprimée en anglais avant de se donner la mort puisque ce n’était pas sa langue maternelle et qu’elle ne comptait être comprise de personne? Se peut-il aussi que la jeune femme ait crié sa phrase ultime comme pour se donner en spectacle avant d’accomplir son geste? Ou le vigile était assez près pour entendre un murmure? Questionné sur le sujet, il déclare que la jeune femme est venue lui demander de partir d’où il était, ce qu’il aurait accepté de faire et qu’il l’aurait alors entendue murmurer ces mots. Etrange conception du métier de vigile si une jeune femme demande au bord ‘un fleuve de détourner le regard car elle « va à l’eau à qui elle appartient » est-ce bien le moment d’une pause clope?

Comme toute personne disparue en Amérique, Ylenia a un « numero de dossier » au FBI. Ce numéro n’est effacé que lorsque la personne est retrouvée, soit morte, soit vivante mais désireuse de rester « disparue » l’enquête alors s’arrête mais la famille comme le veut la loi n’est pas prévenue si la personne ne le souhaite pas. Ylenia n’a plus de numero de personne disparue au FBI.

Je comprends Romina Power qui refuse de faire le deuil de sa fille alors que tant de questions sont sans réponses.

Celine Colassin

Romina Power

QUE VOIR?

1966: Come imparai ad amare le donne: Avec Michèle Mercier, Nadja Tiller et Anita Ekberg

1967: Assicurasi Vergine: Avec Leopoldo Trieste et Daniela Rocca

1968: L’Oro dl Mondo: Avec Albano et Linda Christian

1968: Vingt Quatre heures de la vie d’une Femme: Avec Danielle Darrieux

1969: Justine de Sade: Avec Klaus Kinski, Sylvia Koscina et mercedes MacCambridge

1969: Pensando a te: Avec Albano

1970: Angeli senza paradiso: Avec Albano et Agostina Belli

1970: Mezzanotte d’amore: Avec Albano et Dolores Palumbo

1983: Champagne in paradisio: Avec Albano

 

YVETTE MIMIEUX

yvette mimieux

Yvette Mimieux surgit sur les écrans avec une telle fraîcheur, une telle jeunesse, une telle beauté et un tel talent qu’il est sidérant qu’elle ne soit pas devenue une des plus grandes stars du monde en quelques instants ! Yvette méritait mille fois une carrière de prestige ou au moins égales à celles de Sandra Dee ou Hayley Mills. Et malgré le battage médiatique fait autour de stars telles que Raquel Welch ou Ursula Andress, Yvette était peut-être bien la seule véritable révélation de sa génération. Mais peut-être que le cinéma n’est pas le seul responsable du rendez-vous raté entre Yvette et la gloire.

Yvette vient au monde à Los Angeles le 8 Janvier 1942. Sa maman est française, ce qui explique son prénom. son papa est mexicain, ce qui explique son second prénom : Carmen. La ravissante Yvette ne sera jamais suffisamment célèbre pour que les gazettes et les échotières en tout genre se penchent sur son enfance sa famille, sa vie son œuvre. Ou peut-être est-ce elle qui ne sera jamais suffisamment bavarde ou avide de confidences. On ne connaîtra que son étrange rancœur vis à vis d’Inger Stevens qu’elle déteste et qui le lui rend bien. Un soir où elles se croisent dans un night club hollywoodien elle se lancent des bordées d’injures qui sidérèrent toute l’assistance! Hormis cette étrange aversion, on sait que la demoiselle à la beauté diaphane rêvait de cinéma, comme toutes les jeunes filles de Los Angeles et qu’elle avait même participé à un des innombrables concours de beauté dont la mode avait fini par faire partie des mœurs californiennes.

yvette-mimieux

Yvette n’était pas de ces créatures pulpeuses dont la tendance fait rage en cette année 1957. Sa beauté fragile et son regard mélancolique auraient plutôt donné envie de la nourrir ou de l’adopter que d ‘épingler sa photo en bikini dans une caserne de pompiers. Mais enfin, le premier prix du concours c’était une apparition dans le prochain film d’Elvis Presley. Peut-on résister à pareille aubaine quand on a 15 ans en 1957? Il semblerait que les quatre finalistes du concours soient proposées au jugement avisé d’Elvis soi-même et que le king n’ait pas retenu Yvette, elle ne sera pas figurante dans « Jailhouse Rock ».

Ses débuts au cinéma prendront un détour assez inattendu. Elle qui est née à deux pas des studios débute dans « A Certain Smile » alors qu’elle était en voyage à…Paris, là où les extérieurs du film se tournent. Rentrée en Amérique, Yvette fera ses débuts à la télévision et se trouve en fort bonne place pour anticiper un nouveau phénomène de société qui « couve » en cette fin des années 60. Depuis l’avènement de Frank Sinatra, Hollywood a découvert l’intérêt financier qu’il y a à plaire aux « Teenagers ». Avec Elvis on tourne des films destinés à leur plaire, surtout aux filles. Mais maintenant on mijote des films qui plairaient tout aussi bien aux garçons! Des films avec des acteurs teenagers eux aussi, avec plein de jolies filles, et de beaux garçons confrontées aux problèmes spécifiques de leur âge, à savoir la sexualité, la sexualité et la sexualité et bien entendu avec plein de chansons à la mode !

yvette mimieux

Nous sommes en 1960. Yvette a décroché un rôle de jeune fille du futur sa baladant en mini robe rose dans « La Machine à Explorer le temps » avec cet air ravissant mais désabusé « revenu de tout » qu’aime afficher sa génération. Elle est ensuite choisie pour un des principaux rôles de « Where the Boys Are ». Un film d’un nouveau genre qui va pulvériser tous les records! Le « Beach Party film ». Elle est le personnage dramatique de l’intrigue. La ravissante qui croit aux belles promesses des jolis garçons en vacances et accepte de « coucher ». Le tout pendant que Paula Prentiss se coltine un nigaud, que Connie Francis qui deviendra une star planétaire grâce au film ne trouve rien à se mettre sous le jupon et que Dolorès Hart ferre un beau milliardaire avec un yacht! On est quand même à Hollywood! Toute la distribution du film va atteindre des sommets de popularité, en commençant par Connie, bien sûr mais aussi Paula Prentiss, Dolorès Hart, George Hamilton et bien entendu Yvette Mimieux qui non seulement était ravissante en diable mais avait le seul rôle valable du film!

Sacrée vedette, Yvette Mimieux voit les rôles et les contrats pleuvoir sur son crâne délicat. En 1962 Hollywood enterre Marilyn mais l’Italie se réjouit! « Enfin Yvette Mimieux est arrivée en Italie où elle est venue rejoindre Rossano Brazzi et Olivia de Havilland pour son film « Light in the Piazza« .

yvette mimieux

Film où elle aura George Hamilton pour partenaire. Film où elle est époustouflante dans un rôle disons-le tout à fait indéfendable de pin-up attardée mentale à la suite d’un coup de sabot de cheval et que sa mère Olivia de Havilland essaie de caser avec George Hamilton qui ne s’est rendu compte de rien!

Alors pourquoi Yvette, après de tels débuts ne devint-elle pas la star numéro un du box office? Quelques mauvais films, quelques échecs, des actrices plus ambitieuses qu’elles comme Ann Margret, Jane Fonda ou Natalie Wood qui prennent beaucoup de place dans une industrie qui amorce une crise existentielle? L’actrice estampillée vedette dans un genre de film qui se démode déjà, il n’en faudrait pas plus pour freiner une carrière hollywoodienne. Mais Yvette Mimieux ajoutera encore l’exil européen à la débâcle américaine. Au cours de l’un de ses fréquents séjours parisiens, elle rencontre le réalisateur Serge Bourguignon. Serge Bourguignon est alors oscarisé pour son film « Les Dimanches de Ville d’Avray » et Yvette restera longtemps sa compagne.

En 1969, il lui offrira un rôle digne de son talent dans « The Picasso Sommer » avec Albert Finney. Le couple s’était un peu brouillé en 1966, Serge préparait « A Cœur Joie » avec Brigitte Bardot, Yvette s’était un peu consolée avec John Derek fraîchement abandonné par Ursula Andress!

yvette mimieux et son austin

Mais ce film résonne comme le glas de leur histoire. Bientôt Yvette Mimieux deviendra la quatrième épouse du réalisateur mythique Stanley Donen. Le couple se marie en 1972. Ils divorceront en 1985 mais resteront les meilleurs amis du monde. L’année suivante, Yvette se remarie avec monsieur Howard F. Ruby.

L’actrice tournera jusqu’en 1992. De moins en moins présente au cinéma, elle est très active à la télévision. mais après le tournage du téléfilm « Lady Boss » sur un scénario de Jackie Collins, elle renonce à sa carrière. Le temps passant avait fait de la frêle jeune fille de 1962 une femme belle et distinguée, abordant les types de rôles dont se délectaient Lee Remick ou Joanne Woodward et dont la beauté restera pour nous inaltérable.

Yvette-mimieux

Yvette Mimieux ne fut pas la plus grande star du monde, sa carrière n’est pas la plus éblouissante de toutes même si elle n’a pas à en rougir. Elle est une actrice chère à mon cœur car à mes yeux elle symbolise avec la française Jeanne Valérie toute la fraicheur dont le cinéma est capable. Car on a beau être cinéphile invétérée, on n’a pas envie des sortilèges sophistiqués de Joan Crawford  tous les jours.

Alors « Where the Boys Are » et « Light on the Piazza » n’ont peut-être pas révolutionné la pensée universelle mais j’aime à les revoir et les revoir encore. Aujourd’hui le cinéma est triste, misérabiliste et nombriliste, il n’ a plus ni cœur ni poésie et répète les même poncifs de trentenaires en crise jusqu’à en être redondant et ennuyeux. Alors, chère Yvette, vous n’avez peut-être pas brillé longtemps, mais vous êtes quand même le dernier éclat du cinéma.

Celine Colassin.

yvette-mimieux

QUE VOIR?

1958: A Certain Smile: Avec Christine Carère, Joan Fontaine et Rossano Brazzi

1960: Platinum High School: Avec Terry Moore et Mickey Rooney

1960: The Time Machine: Avec Rod Taylor

1960: Where the Boys Are: Avec Dolorès Hart, Paula Prentiss et Connie Francis

1962: Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse: Avec Ingrid Thulin, Glenn Ford, Charles Boyer

1962: The Wonderful World of the Brothers Grimm: Avec Laurence Harvey et Claire Bloom

1962: Light in the Piazza: Avec George Hamilton et Olivia de Havilland

1963: Diamond Head (Le Seigneur d’Hawaï): Avec Charlton Heston et Georges Chakiris

1965: La Récompense: Avec Max von Sydow et Efrem Zimbalist

1967: Monkeys Go Home: Avec Maurice Chevalier et Dean Jones

1968: The Mercenaries (Le Dernier Train du Katanga) Avec Rod Taylor, Jim Brown et Olivier Despax

1969: The Picasso Summer: Avec Albert Finney

1972: Skyjacked: Avec Charlton Heston et James Brolin

1975: Journey Into Fear: Avec Sam Waterston et Zero Mostel

1976: Jackson Country Jail (La Prison du Viol) Avec Tommy Lee Jones

1979: The Black Hole: Avec Anthony Perkins, Maximilian Shell et Ernest Borgnine

1981: Circle of Power: Avec Christopher Allport (la dernière apparition au cinéma d’Yvette Mimieux)

 

 

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