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673: JEANNE BOITEL

jeanne boitel

A chaque époque, le cinéma français aura eu ses « grandes vedettes ». Ses stars que l’on croit alors être la signature du siècle cinématographique. On croit en la pérennité éternelle de leur gloire comme on croira dans les années 80 que le cinéma serait éternellement Adjani ou Lazure.

Il en fut de même pour la très élégante Jeanne Boitel dans les années 30.

Très vite dirigée par Renoir après l’avoir été par Viktor Tourjansky et George Lacombe, Jeanne Boitel dès ses premières apparitions à l’écran est à l’affiche avec les plus grands noms du cinéma français: Pierre Richard Wilm, Victor Francen, Ivan Mosjoukine, Jean Debucourt. Et des grands noms qui sont alors synonymes d’œuvres de grand prestige! Ces messieurs ne jouent pas dans « Les Trouffions sont de corvée »!

jeanne boitel

Le cinéma français des années 30 est encore fait d’acteurs qui ont leur « emploi » Il y a les éternels poivrots, les éternelles concierges, les incurables idiots, les comiques, les méchants, les séducteurs et les « grands » Ceux qui le geste étudié et la diction parfaite jouent les grands rôles comme si le cinéma était une succursale filmée de la comédie française. Ils ont pour noms Pierre Richard Wilm, Pierre Blanchar, Jean Debucourt, Marcel Herrand et quelques autres grands seigneurs de la distinction « a la française ».

La classification vaut pour ces dames également et le rayon « grandes dames » est abondamment peuplé d’actrices drapées dans la dignité de leur robe de soir et leur quant à soi haute couture. Marcelle Chantal, Arlette Marchal, Annie Ducaux, Marie Bell, Edwige Feuillère, Vera Korène, Paule Andral, Gabrielle Dorziat et bien sûr Jeanne Boitel.

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L’emploi a aujourd’hui disparu et c’est fort dommage car non seulement il était très spectaculaire mais on pouvait y vieillir et donc durer longtemps comme le prouvèrent Mary Marquet, Marguerite Moreno et Françoise Rosay.

Aujourd’hui les actrices françaises ne sont plus des « personnages », cette tradition finira après le règne de Marlène Jobert.  Aujourd’hui elles n’ont plus d’emploi fixe, elles sont de simples outils dans les mains des metteurs en scène. Elles croient y gagner, mais que gagne-on à être interchangeable?

Mais revenons-en à l’actrice qui nous occupe aujourd’hui et à la merveilleuse époque du cinéma français que fut celle de Jeanne Boitel.

Notre sujet du jour vient au monde à Paris le 4 Janvier 1904 sous le patronyme complet de Jeanne, Marie, Andrée Boitel. Passionnée de théâtre c’est sur les planches qu’elle fera ses débuts. Des débuts vite remarqués. Elle est belle, elle est classieuse, et surtout, elle chante joliment avec une de ces petites voix fluettes et haut perchées qui sont alors follement à la mode.

Il n’en faut pas plus pour qu’on se l’arrache de Paris jusqu’à Berlin. Le cinéma s’est mis à parler, il se met à chanter, vive l’opérette, vive Jeanne Boitel!

Dès sa première apparition au cinéma, le physique de Jeanne Boitel fait mouche. Allurale et distinguée, elle trouve immédiatement son emploi de grande dame raffinée jusque dans ses principes bourgeois.

A elle le drame mondain, la reconstitution historique, les beaux textes de grands auteurs dits dans des robes Schiaparelli ou Chanel! Il est d’ailleurs à souligner ce fait propre à l’emploi de grande dame du cinéma français des années 30: Appauvries, voire ruinées par le scénario, elle n’en perdent pas un seul diamant. A peine triturent-elle un petit mouchoir de dentelle de Calais pour marquer l’émoi.

Affolées par la situation dramatique de l’intrigue, elle continuent à arpenter l’enfilade de salons blancs de leur hôtel particulier en robe à traîne, couvertes de bijoux et parfaitement coiffées devant les domestiques sidérées. La bonne attendant de savoir combien d’invités au dîner et le chauffeur de savoir s’il doit sortir la Rolls, la Voisin ou la Packard.

Soulignons également la récurrence d’un grand classique propre à l’emploi. Une fois sur deux, la grande dame, voit débouler dans son salon blanc une aventurière mal élevée qui lui lance  » Madame est cocue! »

La grande dame déjà en robe du soir à l’heure du petit déjeuner, bat alors deux fois des faux-cils au lieu d’une, ce qui veut dire en langage grande dame « juste ciel, quelle odieuse créature et quel affreux chapeau »

Puis dans un sourire aimable elle dit à la fieffée: « Est-ce là tout ce que vous aviez à me dire?  Dans ce cas, James va vous reconduire »

Car la grande dame est toujours très polie avec les plus pauvres qu’elle, c’est à dire tout le monde. D’ailleurs ce sont surtout les pauvres qui vont au cinéma, elle le sait. Elle est donc condescendante mais pas brutale. Elle se doit à son public, ça vaut bien quelque sacrifice d’orgueil.

La grande dame aime aussi à contrarier les amours des autres. C’est dans sa nature, c’est comme ca. Elle n’aime pas que son mari fricote avec sa secrétaire ou que son fils veuille épouser la fille du charcutier ou du jardiner ce qui est pire. Par contre la grande dame tombe volontiers amoureuse d’un artiste incompris et désargenté, voire même d’un gangster. Pourquoi pas, après tout?

La grande dame ne craint pas le paradoxe. Elle est tout à fait capable d’arriver dans son roadster Mercedes à Ménilmontant pour un cinq à sept passionné dans une chambre de bonne au sixième sans ascenseur. Mais ceci dit, à la fin du film elle ne quitte jamais son noble et riche mari pour les beaux yeux du marchand de charbon.

L’emploi sera donc le lot de Jeanne Boitel au cinéma durant toutes les années 30, sauvée parfois de l’élégant carcan par une quelconque opérette, mais le fait demeure l’exception qui confirme sa règle.

Par contre, dès que la déferlante teutonne ébranla le mode et déferla sur Paris, Jeanne Boitel, telle qu’elle elle-même dans ses plus grands rôles, toisa l’occupant et les dirigeants de la UFA en particulier. « Tourner pour l’occupant? Vous n’y pensez pas, mon ami! »

Oui, parce que quand la grande dame vous méprise ou n’est pas d’accord avec vous, elle vous appelle « mon ami »

Jeanne Boitel se retrancha au théâtre durant toute l’occupation refusant toutes les propositions de films avec beaucoup d’ostentation. C’est que voyez-vous, non contente de toiser l’ennemi comme autrefois la fille de concierge qui lui disait « madame est cocue », Jeanne Boitel s’était lancée dans la résistance et n’abandonnera le combat que le dernier Allemand raccompagné manu militari hors des frontières françaises!

La guerre finie elle avait sonné le glas de ses 40 ans, était-il bien convenable de reprendre du collier? Elle préféra accepter la proposition de la Comédie Française et y entre en 1947 pour y rester jusqu’en 1966!

On ne l’aurait peut-être jamais revue si Sacha Guitry qui l’avait dirigée en 1938 dans « Remontons les Champs Elysées » n’avait gardé d’elle un souvenir aussi ému qu’ébloui et ne l’avait pas assiégée jusqu’à ce qu’elle cède pour rejoindre la distribution de « Si Versailles nous était Conté’. Nous étions en 1954, il y avait 16 ans que Jeanne Boitel n’avait plus mis le nez devant une caméra. Elle reprendra donc un peu de service, essentiellement au profit de Sacha Guitry. Mais paradoxalement, c’est sa dernière apparition à l’écran qui fera entrer son nom dans le livre de souvenirs du cinéma français à défaut de le faire entrer dans sa légende.

Elle accepte contre toute attente un rôle de ménagère! Mais pas n’importe quelle ménagère! Elle devient madame Maigret, alias Jean Gabin dans « Maigret tend un Piège » Et elle restera, en peignoir et savates, la seule madame Maigret du cinéma!

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le commissaire Maigret et madame née Boitel

Joli pied de nez à son image qui était restée jusque là celle d ‘une véritable reine.

Mais les grandes dames aussi on de l’humour!

Elle tournera jusqu’en 1973 car elle avait fait, sur le tard il est vrai, la découverte de la télévision.

Jeanne Boitel prit sa retraite à 70 ans, estimant qu’elle en avait assez fait et préférant se retirer « toujours en forme ». Elle vivra encore une heureuse retraite dans sa bonne ville de Paris, toujours curieuse de ce qui se tourne et de ce qui se joue jusqu’au fatidique 7 Août 1987 où elle s’éteint dans sa 83ème année.

Celine Colassin

jeanne boitel

QUE VOIR?

1931: Une Soir, Au Front: Avec Pierre Richard Wilm et Jean Debucourt

1931: L’Aiglon: Avec Victor Francen et Jean Weber

1932: L’Amoureuse Aventure: Avec Marie Glory et Albert Préjean

1932: Un Coup de Téléphone: Avec Jean Weber et Colette Darfeuil

1932: Maurin des Maures: Avec Jean Acquistapace et Antonin Berval

1932: Si tu veux: Avec Armand Bernard

1933: Chotard et Cie: Avec Fernand Charpin

1934: Trois pour Cent: Avec Gabriel Signoret

1934: Famille Nombreuse: Avec  Georges Milton et Janine Borelli

1934: Casanova: Avec Ivan Mosjoukine et Madeleine Ozeray

1935: Les Dieux s’amusent: Avec Henri Garat et Armand Bernard

1935: Remous: Avec Jean Galland et Françoise Rosay

1937: Romarin: Avec Yvette Lebon et Jean Acquistapace

1938: Remontons les Champs Elysées: Avec Sacha Guitry et Lucien Baroux

1954: Si Versailles nous était Conté: Avec Michel Auclair et Jean-Pierre Aumont

1955: Napoléon: Avec Jean-Pierre Aumont et Pierre Brasseur

1956: Marie-Antoinette, Reine de France: Avec Michèle Morgan et Jacques Morel

1956: Si Paris nous était Conté: Avec Françoise Arnoul, Danielle Darrieux et Sophie Desmarets

1957: Bonjour Jeunesse: Avec Christine Carère

1958: Maigret tend un Piège: Avec Jean Gabin et Annie Girardot.

616: JANE MARKEN

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Le 13 Janvier 1895, la famille Crabbe est en joie! Leur petite Jeanne Berthe Adolphine est née!

Et dans cette aimable famille parisienne, on aurait été bien étonne si une cartomancienne de passage avait prédit que la petite vagissant dans son berceau deviendrait une des actrices incontournables du théâtre et du cinéma français du siècle à venir sous le pseudonyme de Jane Marken.

Et en lisant ces lignes on est en droit d’être aussi étonnés que les Crabbe! Jane Marken, ce n’est pas Brigitte Bardot! Certes, mais qui est Brigitte Bardot face à Jane Marken? Brigitte est sa fille dans « Le Trou Normand », le premier film de Brigitte et  elle est aussi Juliette, l’orpheline dévergondée que la dame Marken sort de l’orphelinat « à l’essai » dans « Et Dieu Créa la Femme », mais à part ça?

La jeune Jeanne rêva très tôt de théâtre, ce qui faisait se gondoler les invités dans les dîners de famille! Une actrice chez les Crabbe! Quelle idée saugrenue! Pourquoi pas une danseuse de cancan?

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Alors, un soir, après un de ces fameux dîners, ne supportant plus d’être moquée, Jeanne quitta la table, telle Sarah Bernhard dans ses grands moments, puis revint un instant plus tard un livre à la main. Elle lut à l’assemblée un poème de Victor Hugo. Il régnait un silence de tombeau lorsqu’elle eut terminé sa lecture, et devant les yeux aussi écarquillés que les bouches étaient ouvertes, elle lança un « Et Alors? Et maintenant? »

C’était d’accord, Jeanne serait actrice!

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Elle étudia donc l’art dramatique et fut engagée ensuite à l’Odéon où elle jouait les jeunes premières aidée en cela par un avantageux physique de poupée de porcelaine. L’Odéon avait sa très grande dame, Paule Andral. Paule était si proche de la grande Réjane que dans Paris on jasait, d’autant que Polaire et Colette n’étaient jamais bien loin et que Réjane avait installé Marcel Proust chez elle . Et Paule prit la ravissante mademoiselle Crabbe sous son aile! Avouons que l’on peut être plus mal parrainée dans vie! Marcel Proust, Réjane, Colette, Polaire et Paule Andral!

Jane Marken, fit dit-on courir le tout Paris en étant tout simplement divine dans « Le Mariage de Figaro » Elle était adorable et ses charmes d’une scandaleuse fraîcheur mirent en émoi le cœur de Jules Berry, acteur déjà célèbre.

Jane tomba alors follement amoureuse de l’un des personnages les plus fantasques de Paris, ledit Jules Berry, Marie Louis Jules Paulfichet pour l’état civil. L’acteur, de douze ans l’aîné de Jane la subjugua complètement comme il subjugua le public durant cinquante ans! La faconde, le culot et il faut bien dire le talent remplaçaient très avantageusement le physique de bellâtre chez l’acteur dont toutes les femmes étaient folles!

Il exigea de la jolie vedette dont il venait de faire la conquête qu’elle abandonne son métier pour n’être qu’à lui, ce qui signifiait à sa totale dévotion. Jane accepta, elle l’aimait. Tous les espoirs lui étaient pourtant permis, elle avait d’ailleurs tenu en 1916 un beau grand premier rôle au cinéma dans un film au titre suffisamment explicite: « La Source de Beauté »

Mais Jules Berry n’était pas un homme fantasque et déroutant qu’à la scène. La vie elle-même était pour lui un autre de ses théâtres, et peut-être bien son préféré. Fanatique des tapis verts, il perdait des sommes folles au jeu, plus tard il lui arrivera d’avoir quatre à cinq films à tourner pour combler le déficit de  son compte en banque, chose dont il se souciait comme d’une guigne.

Jane se contentait d’aller applaudir son divin seigneur et maître aux soirs de première, puis comme l’ennui la faisait grossir elle resta chez elle et grossit encore un peu plus. Un jour du début des années 30, il ne reste pas une seule boîte de sardines chez le couple. Jane est seule à la maison, face au vide abyssal du garde-manger. Son Jules est disparu depuis plusieurs jours. On sonne. Le cœur serré, sait-on jamais avec Jules, Jane ouvre. C’est la concierge qui monte le courrier. Et parmi les lettres enflammées d’admiratrices dans le même état, la facture de carrossier Delage chez qui l’acteur a commandé une décapotable dessinée pour lui et construite à un seul exemplaire.

Jane griffonna un mot qu’elle laissa sur la table de la cuisine « J’ai assez ri! », mit son manteau avant que les huissiers ne s’en emparent et fila à l’Odéon retrouver ses copines!

L’histoire avait quand même duré plus de dix ans et il n’y avait pas que la Delage qui avait mis le feu aux poudres! Jules Berry avait connu un succès foudroyant avec son premier film parlant. Il y donnait la réplique à Suzy Prim, le public les réclamait à corps et à cri, ils devenaient inséparables au cinéma, sur scène et dans la vie.

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Jane était fauchée, elle était trompée elle avait perdu sa beauté, sa réputation et douze ans de sa carrière à attendre le bon plaisir de l’ineffable! Elle s’était retirée en 1920, elle revient en 1932! Grâce à ses relations elle retrouve du travail mais elle n’a plus la jolie silhouette de petit trottin des années vingt. Elle a l’intelligence de forcer encore un peu la note et s’attaque au répertoire des matrones et des concierges. Répertoire où il n’est guère facile de briller.

Mais Jane Marken est une actrice de première force, frustrée d’une carrière qui lui est passée sous le nez et confrontée à Suzy Prim qui fait courir le tout Paris et aime tant jouer les grandes mondaines et à l’occasion, pourquoi pas, descendre le grand escalier des Folies Bergères!

Jane Marken a moins d’arguments, il faut qu’elle soit meilleure, elle le sera!

En 1933, Paule Andral la place sur un de ses films « Le Maître des Forges » dont Gaby Morlay est la vedette, Paule y joue sa mère, Jane Marken s’engouffre. L’année suivante elle joue la dévouée Prudence pendant qu’Yvonne Printemps crachote sa « Dame Aux Camélias ».

Les choses démarrent. Elles vont s’accélérer. Il faudra plus de dix ans, presque vingt pour que Jane Marken devienne une des actrices fétiches du cinéma français que s’arrachent les plus grands. Gabin et Fernandel en sont fous, Marcel Carné la vénère, elle fascine Jouvet, elle est l’idole de Fernand Gravey. Michèle Morgan et Simone Signoret se régalent à l’idée de jouer avec elle, elle sera la mère des deux!

Et bien sûr elle ne joue pas avec Jules Berry et avec Suzy Prim encore moins! Ainsi elle est des films de Carné mais pas dans « Le Jour se Lève », ni « Les Visiteurs du Soir » puisque Jules Berry y tient un rôle.

Tout le monde aime Jane Marken, et même vous qui lisez ces lignes, vous allez voir combien…vous aussi vous la connaissez et vous l’aimez,

Dans « Gueule d’Amour » elle est madame Cailloux la patronne du restaurant se peignant les ongles pour plaire aux militaires « au lieu de trancher le saucisson » et surtout plaire à « Gueule d’Amour-Gabin ».

Dans « Un grand amour de Beethoven » elle est la logeuse de Beethoven Harry Baur qui chante ses airs sans qu’il l’entende et lui paye son terme en lui lançant des œufs à la tête ce qui la fait hurler de rire.

Dans « Hôtel du Nord » elle est madame Lecouvreur, la patronne de l’hôtel qui recueille Annabella la jeune suicidaire après avoir recueilli un petit orphelin de la guerre d’Espagne.

Dans « Paradis Perdu » c’est elle la concierge qui veille sur la petite fille de Fernand Gravey, laquelle grandira pour devenir Micheline Presle.

Dans « Les Enfants du Paradis » elle est madame Hermine, la logeuse au cœur tendre « Oh! monsieur Frédéric! »

Dans « Copie Conforme » elle est la concierge qui donne les clés d’un appartement contre un compliment bien tourné de Louis Jouvet en livreur d’armoires.

Dans « Dédée d’Anvers » elle se prostitue avec beaucoup de bonne volonté. « Tu vas en ville? Ramène-moi un rouge à lèvres, le même que d’habitude, « Jeune Fille »…Une recharge, hein! J’ai le tube! »

Dans « La Marie du Port » elle est l’aubergiste qui, une nouvelle fois face à Gabin débine tous ses concitoyens le temps d’éplucher trois carottes avec le sourire entendu de ceux qui ne parlent jamais des autres.

Dans « Lady Paname », elle est l’épouse de Jouvet, encore lui, qui lui explique à son grand ravissement que s’il la trompe avec des jeunes filles c’est pour se rappeler sa beauté d’autrefois à laquelle il est fidèle.

Dans « Retour à la Vie », Elle est la gentille tante Berthe qui mouille des tonnes de mouchoirs devant l’état de morte vivante de sa soeur Emma rentrée de Dachau « Et ses genoux, ses pauvres genoux…Deux pics sous les draps » Elle pleurniche face à Bernard Blier. Déjà.

Dans « Caroline Chérie » elle est la « bonne nourrice » de Martine Carol qu’elle enverrait bien à la guillotine pour avoir été une petite fille capricieuse. « Je ne vous veux pas de mal mais c’est tout! »

Dans « Knock », elle est l’épouse du pauvre médecin de campagne qui cède son cabinet à…Louis Jouvet!

Dans « Le Trou Normand », je l’ai dit déjà, elle est la charcutière cupide du village et mère de Brigitte Bardot.

Dans « Chiens Perdus Sans Collier » elle retrouve Gabin, elle est une bonne dame de l’assistance publique qui minaude au nom des enfants en se mettant à la troisième personne « Oui, nous avons volé, une fois…Du chocolat…Nous avions faim! » et Gabin: « Arrêtez de dire nous c’est ridicule et en plus c’est bête et ca m’énerve« . Et elle, imperturbable: « Oui, nous allons rentre si monsieur le juge veut bien car nous n’avons pas beaucoup dormi ces jours-ci et nous sommes bien fatigués! ».

Dans « Et Dieu Créa la Femme » elle retrouve Brigitte Bardot qu’elle a sortie de l’orphelinat.

Dans « Pot Bouille » elle tient un rôle d’anthologie où elle explique à sa fille Dany Carrel comment « mettre le grappin » sur un mari. Et puis, a la fin d’un discour qui est un véritable mode d’emploi de la prostitution, elle lance à son mari, outrée: « Et vous, ne laissez pas traîner partout ce genre de lectures, il y a dans ces journaux des articles qui ne sont pas pour les jeunes filles! »

Dans « Le Miroir à Deux Faces », c’est elle qui passe une petite annonce matrimoniale pour caser sa fille laide Michèle Morgan avec l’instituteur Bourvil

Dans « Maxime » elle est Coco Naval, une cocotte sur le retour qui flanque la honte à Charles Boyer devant…Michèle Morgan.

Il y en a tant des films avec Jane Marken. Ils ne sont pas tous des chef d’œuvres même si dans sa carrière les chefs d’œuvres sont nombreux, mais son grand moment, son grand rôle, sa revanche sur la carrière avortée c’est Yves Allégret qui le lui offre dans « Manèges » où elle est la mère veule à souhait de Simone Signoret elle-même vulgaire à mourir.

Yves Allégret lui aussi adorait Jane Marken à un point tel que nombreux étaient ceux qui croyaient qu’elle était sa compagne de vie. Ils durent être bien perplexes en voyant Jane, Simone et Bernard Blier partenaires coup sur coup dans « Dédée d’Anvers » et « Manèges » deux films dirigés par Yves Allégret. Deux tournages où de leur aveu même ils ont ri comme des dingues du premier au dernier jour!

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Au début des années 50, Jane Marken grâce aux deux films d’Allégret est vraiment une très grande vedette. Elle est très présente au théâtre et lorsqu’elle ne tourne pas elle est en tournée, toujours avec un succès. Elle est particulièrement adorée du public belge et passe régulièrement au théâtre du Vaudeville dans les galeries Saint Hubert de Bruxelles. Or, Jules Berry avait à ses débuts  signé un contrat de dix ans avec le théâtre des Galeries dans ces mêmes galeries Saint Hubert, les deux théâtres se font face à une centaine de mètres près. Jane Marken a la satisfaction de jouer « en face ». Le spectacle terminé, elle n’aime rien tant que d’aller manger des moules chez Léon à deux pas de là. C’est son péché mignon, son autre péché mignon étant d’avoir trouvé un petit chemin qui l’emmène directement rue des Bouchers sans devoir passer « devant le théâtre de l’autre »!

Jane Marken a peut-être raté une autre grande occasion de briller d’un éclat plus éblouissant dans les mémoires.

En 1936 elle a un rôle important dans « Une Partie de Campagne » de Jean Renoir. Le cinéaste s’inspire de l’œuvre de son père, le peintre Auguste Renoir pour une sorte de « Déjeuner sur l’herbe » impressionniste.  Jane, commerçante, en pique-nique du dimanche, y tance vertement sa fille Sylvia Bataille sur la conduite à tenir… avant de se laisser elle-même volontiers culbuter dans l’herbe folle par un beau aux moustaches en guidon de vélo.

Le film ne pouvait se tourner qu’en décors naturels, mais l’été 1936 pour être le premier été des congés payés n’en fut pas moins un des étés les plus pourris du siècle! La Marne sortit de son lit et en Septembre le film n’était pas fini. La pluie non plus. Chacun retourna à ses obligations professionnelles et le film ne fut jamais terminé. Il sera malgré tout monté près d’un demi siècle plus tard et le monde découvrit un chef d’œuvre absolu mais amputé de la moitié de son action.

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Sa carrière au cinéma commence dès 1912 avec « La Course aux Millions » où elle donne la réplique très muette à Maurice Luguet, le père d’André Luguet! Elle est la ravissante infirmière veillant sur les derniers soupirs d’un mourant riche à millions.

Elle se termine en 1964 avec « Patate » entre Jean Marais, Danielle Darrieux, Anne Vernon et…Sylvie Vartan!

Après ce film, Jane qui approche des 70 ans prend ses distances avec le cinéma, mais elle avait découvert la télévision en 1960 avec une adaptation de Cyrano de Bergerac où la belle Françoise Christophe jouait Roxanne et où elle était la duègne. L’expérience lui avait plu et après sa retraite de film, elle tourna encore deux séries pour la télévision « Les Aventures de Robinson Crusoé » et « L’Ami Fritz » avec Dominique Paturel.

La dame ensuite se retire discrètement, le public habitué à la retrouver régulièrement ne s’en inquiéta pas, s’attendant à la revoir tôt ou tard au détour d’un film. Un court entrefilet dans la presse du 1 Décembre 1976 apprenait sa mort à l’âge de 81 ans.

Plus tard on saura que sa fin fut solitaire. Jane Marken fut incinérée selon ses vœux et ses cendres placés dans le columbarium du père Lachaise. Ce reposoir à célébrités ne jugea pas utile de conserver ses cendres et s’en débarrassa. Jane Marken n’était pas assez touristique. Jane n’avait pas de famille qui puisse renouveler la concession et l’oubli se fit.

Celine Colassin

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QUE VOIR?

1912: La Course aux Millions: Avec Maurice Luguet et René Navarre

1916: La Source de Beauté: Avec Léon Mathot

1919: Madame et son Filleul: Avec Fernande Albany et Louis Baron fils

1933: Le Maître des Forges: Avec Gaby Morlay et Paule Andral

1933: La Guerre des Valses: Avec Fernand Gravey, Madeleine Ozeray et Janine Crispin

1934: La Dame aux Camélias: Avec Yvonne Printemps et Pierre Fresnay

1935: Napoléon Bonaparte: Avec Albert Dieudonné, Gina Manès et Damia

1936: La Marmaille: Avec Florelle et Pierre Larquey

1936: Un grand amour de Beethoven: Avec Harry Baur, Annie Ducaux et Jany Holt

1936: Une Partie de Campagne: Avec Sylvia Bataille

1937: Gueule d’Amour: Avec Jean Gabin

1938: Hôtel du Nord: Avec Arletty, Annabella et Louis Jouvet

1938: Les Trois Valses: Avec Yvonne Printemps et Pierre Fresnay

1938: Remontons les Champs Elysées: Avec Sacha Guitry, Lucien Baroux et Jeanne Boitel

1940: Paradis Perdu: Avec Micheline Presle, Fernand Gravey et Elvire Popesco

1943: Adrien: Avec Fernandel et Paulette Dubost

1943: L’Eternel Retour: Avec Jean Maris et Madeleine Sologne

1943: Lumière d’Eté: Avec Madeleine Robinson et Pierre Brasseur

1944: Les Petites du Quai aux Fleurs: Avec Odette Joyeux, Louis Jourdan et Bernard Blier

1945: Falbalas: Avec Micheline Presle et Raymond Rouleau

1945: Les Enfants du Paradis: Avec Arletty et Pierre Brasseur

1946: Petrus: Avec Simone Simon et Fernandel

1946: Les Portes de la Nuit: Avec Nathalie Nattier, Yves Montand et Serge Reggiani

1946: Le Pays sans Etoiles: Avec Jany Holt et Gérard Philipe

1946: L’Idiot: Avec Edwige Feuillère et Gérard Philipe

1946: L’Homme au Chapeau Rond: Avec Raimu et Gisèle Casadesus.

1946: Nuits d’Alerte: Avec Hélène Perdrière et Roger Pigaut

1947: Le Beau Voyage: Avec Renée Saint Cyr et Pierre Richard Wilm

1947: Copie Conforme: Avec Louis Jouvet

1947: L’amour autour de la maison: Avec Maria Casarès et Pierre Brasseur

1948: Clochemerle: Avec Felix Oudart et Saturnin Fabre

1948: La Femme que j’ai Assassinée: Avec Micheline Francey et Charles Vanel

1948: Dédée d’Anvers: Avec Simone Signoret, Bernard Blier et Marcel Dalio

1949: Retour à la Vie: Avec Bernard Blier et Helena Manson

1949: Le Secret de Mayerling: Avec Dominique Blanchar, Jean Marais et Claude Farell

1950: Lady Paname: Avec Suzy Delair et Louis Jouvet

1950: Manèges: Avec Simone Signoret et Bernard Blier

1950: Ma Pomme: Avec Maurice Chevalier et Maurice Ronet

1950: Chéri: Avec Marcelle Chantal et Jean Desailly

1950: La Marie du Port: Avec Jean Gabin

1951: Boîte de Nuit: Avec Claudine Dupuis, Junie Astor et Alfred Rodes

1951: Knock: Avec Louis Jouvet et Jean Brochard

1951: Caroline Chérie: Avec Martine Carol

1951: Chacun Son Tour: Avec Michèle Philippe, Robert Lamoureux et Marthe Mercadier

1951: Dupont Barbès: Avec Madeleine Lebeau et Henri Vilbert

1952: Monsieur Taxi: Avec Michel Simon

1952: Le Trou Normand: Avec Brigitte Bardot et Bourvil

1953: Maternité Clandestine: Avec Dany Carrel et Dora Doll

1953: Capitaine Pantoufle: Avec Marthe Mercadier et François Perier

1955: Chiens Perdus sans Collier: Avec Jean Gabin

1956: Marie Antoinette Reine de France: Avec Michèle Morgan

1956: Et Dieu Créa la Femme: Avec Brigitte Bardot, Curd Jürgens et Jean Tissier

1956: Pitié pour les Vamps: Avec Viviane Romance et Giselle Pascal

1957: Pot Bouille: Avec Dany Carrel et Gérard Philipe

1957: Les Trois font la Paire: Avec Sophie Desmarets et Michel Simon

1957: L’Auberge en Folie: Avec Geneviève Kervine et Rudy Hirigoyen

1958: Le Miroir à Deux Faces: Avec Michèle Morgan et Bourvil

1958: Maxime: Avec Michèle Morgan et Charles Boyer

1958: Prison de femmes: Avec Danièle Delorme

1959: Des Femmes Disparaissent: Avec Magali Noël, Estella Blain et Robert Hossein

1959: Ce Corps tant Désiré: Avec Belinda Lee, Dany Carrel, Daniel Gélin et Maurice Ronet

1960: Interpol contre X: Avec Maria Vincent et Howard Vernon

1964: La Bonne Soupe: Avec Annie Girardot et Marie Bell

1964: Patate: Avec Danielle Darrieux, Anne Vernon et Sylvie Vartan

 

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Rien ne prédestinait Yvette Lebon à devenir une véritable vedette du cinéma français en un temps où le mot vedette avait une véritable signification: Il voulait dire que le public vous aimait, s’intéressait à vos faits et gestes, allait voir vos films et découpait vos photos dans les journaux.

Rien, je le suppose ne la prédestinait non plus à devenir la doyenne des comédiennes françaises. Statut où elle succède officiellement à Paulette Dubost qui lui avait bien involontairement usurpé le titre puisque Paulette était la cadette d’Yvette de trois mois!

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La future Yvette Lebon naît Simone Lebon le 14 Août 1910 dans une modeste famille ouvrière parisienne. Son papa est ferblantier, sa maman repasseuse.

Les parents de la petite Simone rêvaient pour le ravissante petite fille une vie meilleure et moins dure que la leur mais hélas, la belle enfant n’était guère passionnée par l’école, ne trouvant seulement qu’un vague intérêt à la contemplation des mouches sur les carreaux.

C’est que la petite, déjà rêvait. Rêvait au cinéma.

Mais en ces temps bénis où le cinéma se considérait encore au service du public, l’affaire était déjà sérieuse mais pas encore engluée de prétention nombriliste. Il y avait un côté bon enfant qui s’est perdu. les plus grandes vedettes mangeaient à la cantine leur jambon-beurre avec les techniciens, d’autres comme Danielle Darrieux chantaient pour distraire les figurants quand les réglages techniques devenaient trop longs et tout le monde s’arrêtait de tourner pour entendre l’arrivée du tour de France à la T.S.F.

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Quand on était une jolie fille on pouvait toujours venir voir tôt le matin à la porte des studios s’il n’y avait pas « un petit truc à faire ». Et comme Simone avait d’incroyables yeux verts très étirés en amandes et…Une paire de très jolies gambettes; l’outil indispensable depuis que Mistinguett avait déifié les siennes, ma foi, on la laissa apparaître dans un flm qui se tournait: « Rive Gauche ». Un film aimable où Henri Garat faisait les yeux doux en roucoulant à Meg Lemmonier, jeune première très en vogue mais qui ne fit guère long feu. Yvette allait retrouver ce charmant duo dès son film suivant: « Il est Charmant »

Nous étions en 1931, Simone devenue Yvette avait 21 ans, l’âge de la majorité légale, l’âge de la liberté!

Les films des débuts d’Yvette Lebon son devenus bien difficiles à voir aujourd’hui. Henri Garat n’a connu la postérité que dans les bras de Lillian Harvey et quand bien même, la jeune Yvette était à peine visible dans ses premiers exploits! Elle aurait pu reprendre à son compte cette phrase de Michèle Morgan avec qui elle partage le même prénom de baptème et des débuts fugaces: « Ma première apparition au cinéma était si rapide que si tu éternuais au mauvais moment, tu me loupais! »

la petite débutante aux yeux de chat et aux jambes de fées va peu à peu se frayer un chemin dans les distributions de films qui seront pour la plupart déjà oubliés avant d’être tournés. Elle croisera d’autres débutants comme un certain Fernandel avec qui elle est à l’affiche d’un des plus gros succès du rire des années 30: « Le Chéri de sa Concierge »

Elle obtient son premier rôle important dans « Zouzou » où elle sera le béguin de Jean Gabin et rivale de Joséphine Baker, la star ou plus exactement la curiosité du film. Pour l’occasion et pour le contraste, on fit d’Yvette une blonde platine, et comme sa rivale était noire, le personnage d’Yvette s’appellerait Claire! Pour qu’on comprenne bien. C’est elle qui guinche avec un Gabin, casquette sur l’oeil et clope au bec qui lui chante « Viens Fifine, viens Fifine, viens! » Yvette Lebon n’avait pas une tête à s’appeler Fifine, Joséphine Baker n’était pas la nouvelle Sarah Bernhardt, le scénario était tarabiscoté à mourir et le tout fit un four cuisant! Et comble de bonheur, Yvette termine le film avec un bras cassé!

Mais la blonde Yvette était lancée. Et comme on l’avait vue dans une comédie musicale certes ratée et que le genre était à la mode, elle va curieusement se retrouver cataloguée « comédie musicale » et devenir une spécialiste du genre, un peu comme Ginger Rogers à Hollywood.

Mais nous ne sommes pas à Hollywood. Il faut donc entendre par comédie musicale des films avec peu d’intrigue mais beaucoup de soleil destinés à amener au cinéma les admirateurs d’un chanteur à la mode de préférence parfaitement empoté devant les caméras!

Ce qui aura quand même des avantages car ces films seront tous d’énormes succès et les critiques se consoleront d’un « Tino Rossi pathétique d’ennui » avec « Yvette Lebon, vive et gaie comme un excellent champagne et les plus belles jambes du cinéma »

Outre Tino Rossi qui lui chante « Marinella » elle se sera quand même retrouvée à jouer les amoureuses pâmées devant Jean Lumière et Charles Trenet!

C’est pourtant un de ses partenaires non chantants qui ravira le coeur de la belle Yvette. En 1938 elle tourne « Gibraltar » avec Roger Duchesne et l’épouse, fort brièvement d’ailleurs à la fin du tournage. Tête de Viviane Romance, vedette du film où Duchesne jouait son fiancé adoré!

Yvette Lebon devenue vedette est une de ces jeunes filles de l’époque qui ont été petites filles pendant la guerre 14-18 et qui maintenant qu’elles sont libres ont bien l’intention d’en profiter! Yvette est de toutes les fêtes et lorsque le ciel de Paris s’assombrit sous la menace nazie, elle s’en aperçoit à peine! Toujours entre un film, une pièce et un voyage sur la côte d’Azur, elle est à peine interloquée quand Paris est occupé! Elle est plus active que jamais et la guerre éclaircit les rangs de ses rivales! Après « Premier Rendez-Vous », Danielle Darrieux se volatilise et passe en Suisse sous un faux nom, Michèle Morgan et Micheline Presle sont en zone libre et ne tournent pas, Annie Vernay vient de décéder, il ne reste guère que Corinne Luchaire pour lui disputer la place car les deux jeunes femmes jouent sur les mêmes arguments! A ceci près qu’Yvette n’a que des amis et que la très fantasque Corinne est considérée par ses contemporains comme la plus bête des oies jamais apparue sur un écran!

Yvette Lebon est à l’arrivée des Allemands toute à sa liaison avec Sacha Guitry . Et malgré les privations et le couvre feu, cinéma et théâtre se portent à merveille. Yvette Lebon fait partie d’une « bande » , d’un cercle d’amis où gravitent Tino Rossi, Mireille Balin et quelques autres dont les Luchaire père et fille. Si Yvette Lebon et Corinne Luchaire ne furent jamais réellement fan l’une de l’autre, Jean Luchaire va beaucoup plaire à Yvette qui a une faiblesse pour les hommes mûrs et il va succéder à Sacha Guitry dans sa vie. Ce qui fait d’elle la « belle-mère » de sa rivale de cinéma Corinne Luchaire! La situation ne manque pas d’un rocambolesque piquant!

La vie de la jeune comédienne est alors faite de tournages, de fêtes et de champagne, et que tout celà soit le fruit du marché noir ne la concerne tout simplement pas, n’est-ce pas au directeur de chez Maxim’s de s’arranger avec sa conscience et les tickets d’alimentation? Tant qu’il restera des restaurants, des couturiers, des fourreurs, des coiffeurs et des bijoutiers, Yvette Lebon restera cliente! la guerre après tout, ce n’est pas le problème des actrices!

Mais la guerre aura une fin, Jean Luchaire directeur de la presse collaborationniste sera passé par les armes, sa fille Corinne frappée d’indignité nationale. Et alors même que Mireille Balin, Sacha Guitry, Arletty, Louis Ferdinand Céline, Ginette Leclerc seront inquiétés à la libération, Yvette Lebon qui s’était terriblement affichée fut très curieusement laissée tranquille!

Elle qui avait un jour déclaré en plaisantant: « Hitler? Ce que je pense d’Hitler? mais je n’en pense rien! Si je rencontrais je lui demanderais un autographe, après tout c’est une célébrité! » mais la plaisanterie se portait mal en ces temps troublés ou Paris libéré se libérait aussi de ses haines et de ses rancoeur! On en avait tondues pour moins que ca!

Comme Danielle Darrieux, Yvette Lebon se fait discrète à la libération, ce qui ne les empêchera pas de tourner pour le cinéma dès 1946 et Yvette poussera même la crânerie en tournant en 1947 un film..Autrichien! « Les Amours de Blanche Neige »!

Mais après cette petite bravade, il faut bien admettre que la carrière d’Yvett Lebon est en complète capilotade. L’actrice ne tourne plus. Le genre de films où elle avait brillé s’est terriblement démodé, elle fait partie d’un passé que l’on préfère aujourd’hui oublier. la fin de la guerre a ramené au cinéma les stars exilées comme Michèle Morgan et toute une nouvelle pléthore de stars hollywoodiennes déferle enfin sur les écrans! Le public découvre Rita Hayworth, Vivien Leigh, Lana Turner, Ava Gardner, Betty Grable, Veronica Lake , Hedy Lamarr! Des stars dont il entendait parler depuis cinq ans sans pouvoir aller les admirer au cinéma pour cause d’embargo hitlérien.

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la concurrence est rude et il faut bien reconnaître que le public français ne fut guère courtois avec les actrices qui eurent le courage de rester dans un Paris occupé pour tourner des films souvent magnifiques et sous les bombes!

Mais Yvette Lebon a une bonne étoile, une bonne étoile qui ne la quittera jamais. Elle rencontre l’homme qui sera son second mari Natan Waschberger, producteur alors très actif en Italie. Il a sous contrat la star maria Montez dont il produit les films.

Il produit pour sa belle épouse de 42 ans un film d’époque où elle sera Milady de Winter face à Rossano Brazzi et Yvette Lebon pourra être fière du résultat. Elle est tout simplement magnifique en rouée Milady.

C’est l’heure de la seconde carrière, la carrière italienne, sans doute moins prestigieuse, mais l’actrice n’est plus une jeune vedette. Elle est maintenant une dame et laisse les jeux de gambettes et oeillades assassines à Dominique Boschero ou Marisa Allasio! Elle récupère son statut de vedette et va tourner avec régularité jusqu’à la fin des années 60. Puis devenue maman et vivant essentiellement à Hollywood, on ne la verra plus que dans quelques courts rôles dans des projets qui avaient réussi à éveiller son enthousiasme.

On peut sourire en pensant que la partenaire de Tino Rossi deviendra celle de Serge Gainsbourg!

Le temps passant, Yvette Lebon qui fut toujours d’une coquetterie folle ne souhaita pas se voir vieillir à l’écran même si à 60 ans elle en paraissait 35 et prit une retraite très dorée entre sa villa de Beverly Hills et quelques yachts voguant sur les mers des caraïbes!

Elle verra non sans fierté son fils Patrick prendre la succession de son père et devenir un puissant producteur Hollywoodien, c’est lui qui réunira Brad Pitt  et Angelina Jolie à l’écran.

Et puis en 1992, Yvette Lebon est veuve. elle a 82 ans, Paris et son seizième arrondissement lui manquent. elle quitte Hollywood et rentre au pays.

Mais le Paris qui flirte avec l’an 2000 n’est pas le Paris des années 30. Yvette ne s’y plaît plus vraiment et choisit de s’installer à Cannes. C’est là qu’elle vit centenaire, heureuse et nullement recluse.

Ma grand’mère aurait dit « A cent ans elle demande encore où on danse celle-là! » si elle l’avait vue papillonner comme aux plus beaux jours lors de l’innauguration de l’allée Jean Sablon à Cannes.

Elle aura la grande stupéfaction, plus de 70 ans après les faits d’être questionnée sur son comportement pendant la guerre à la faveur d’un documentaire « L’Occupation Intime ». les journalistes vont à sa rencontre dans sa retraite cannoise et ont la surprise de se trouver nez à nez avec une femme qui a l’air d’avoir un demi siècle de moins que son âge; toujours belle et toujours coquette, élégante, vive, sincère et drôle.

Elle répondra l’air un tantinet effaré, comme si elle n’y avait jamais vraiment pensé : »J’étais d’une inconscience complète, je faisais des films, il y avait du champagne, des fêtes, la guerre ca me passait complètement au dessus de la tête, j’étais une jeune folle, une sotte! Finalement j’ai eu beaucoup de chance, j’aurais pu le payer très cher! »

Peut-être.

Le 28 Juillet 2014, Yvette Lebon s’éteignait dans son appartement cannois. Elle avait 103 ans et à quelques jours près elle en aurait même eu 104!

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Aujourd’hui grâce aux facilités de communication que nous offrent les nouvelles technologies, lorsque l’on parle d’Yvette Lebon il y a toujours bien quelqu’un pour laisser un commentaire du style  » Et ses amis de la gestapo? » Je répondrai d’abord que quelques amourettes ne font pas d’une actrice célèbre une femme plus coupable qu’une concierge anonyme dénonçant ses locataires pour s’emparer d’une machine à coudre Singer.

Je répondrai ensuite et surtout qu’il y a toujours eu des guerres et qu’il y a toujours eu des jeunes filles. Des sages et des frivoles, des cigales et des fourmis.

En 1943 elles valsaient avec des officiers en uniforme allemand et buvaient du champagne de contrebande, Aujourd’hui la France est en guerre au Mali ca ne les empêche pas d’épouser des musulmans, aller au restaurant quand on manque de fonds pour les restos du coeur, porter des fourrures et avoir un chien, et aller en vacances au club med alors que tant de gens dorment dans des cartons.

Chacun sa vie. Quant à moi je gère un blog sur le cinéma, pas sur le patriotisme et Yvette Lebon est une actrice, pas une résistante, ça, on l’aura compris! Si les hommes de sa génération n’ont pas incriminé Yvette Lebon, ce n’est ni à moi ni à nous de le faire. Et quand bien même il y a d’autres combats à mener que de s’acharner sur une centenaire pour quelques fêtes et quelques amants.

Celine Colassin

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QUE VOIR?

1931: Rive Gauche: Avec Meg Lemonnier et Henri Garat

1931: Il est Charmant: Avec Meg Lemonnier et Henri Garat

1934: Le Chéri de sa Concierge: Avec Colette Darfeuil, Fernandel et Alice Tissot

1935: Trois Artilleurs au Pensionnat: Avec Raymond Cordy et Jeanne Fusier Gir

1936: Marinella: Avec Tino Rossi

1936: Coup de Vent: Avec Jean Aquistapace

1937: Abus de Confiance: Avec Danielle Darrieux et Charles Vanel

1937: Romarin: Avec Jean Aquistapace et Jeanne Boitel

1938: Gibraltar: Avec Viviane Romance, Roger Duchesne et Erich von Stroheim

1940: L’Homme qui Cherche la vérité: Avec Raimu

1941: Romance de Paris: Avec Charles Trenet, Jean Tissier et Jacqueline Porel

1942: Le Moussaillon: Avec Roger Duchesne

1942: Le Destin Fabuleux de Désirée Clary: Avec Gaby Morlay et Sacha Guitry

1945: Paméla: Avec Renée Saint Cyr, Fernand Gravey et George Marchal

1946: Monsieur Grégoire s’évade: Avec Bernard Blier et Jules Berry

1947: Les Amours de Blanche Neige: Avec Erika Matejko

1952: Milady et les Mousquetaires: Avec Rossano Brazzi

1954: Il Cavaliere di Maison Rouge: Avec Renée Saint Cyr

1955: Sophie et le crime: Avec Marina Vlady et Dora Doll

1956: Maruzzella: Avec Marisa Allasio et Massimo Serrato

1960: Les Nuits de Raspoutine: Avec Gianna Maria Canale, Edmund Prudom et John Drew Barrymore

1960: La Vallée des Pharaons: Avec Debra Paget et Ettore Manni

1962: Ulysse contre Hercule: Avec Dominique Boschero et George Marchal

1963: Scaramouche: Avec Michele Girardon et Gérard Barray

1966: Baraka sur X: Avec Sylvia Koscina et Gérard Barray

1967: Toutes Folles de Lui: Avec Sophie Desmarets et Robert Hirsch, Jean-Pierre Marielle et Julien Guiomar

1967: Le Vicomte règle ses comptes: Avec Kerwin Mathews, Sylvia Sorrente et Jean Yanne

1970: Cannabis: Avec Jane Birkin et Serge Gainsbourg

1971: La Cavale: Avec Juliet Berto et Catherine Rouvel

1972: Je, Tu, Elles: Avec Jacqueline Coué

 

491: ODETTE FLORELLE

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Retracer le parcours de Florelle, ce si charmant mais si lointain souvenir n’est pas une mince affaire!

Ce gai rossignol ne tenait guère en place, s’éparpillait en de multiples activités parfois inattendues, et enfin, elle avait une sauce bien à elle pour accomoder les tristes réalités de la vie à son bon plaisir, réécrivant au jour le jour un parcours mieux fait pour éblouir les foules ou attendrir le public!

Cet oiseau rare naît en Vendée, le 9 Août 1898, aux Sables d’Olonne.

Elle est pour l’état civil la petite Odette, Elisa, Joséphine, Marguerite Rousseau.

Elle ne manquera pas au début de sa gloire de dépeindre les tristes années de misère enfantine qui affligèrent la famille avant que l’on ne se décide, le ventre creux, à gagner Paris. Sans doute venait-elle de lire « Les Deux Orphelines » avant de recevoir les journalistes émus d’une aussi noire destinée.

Or il n’y eut pas plus d’années misérables que de petite soeur aveugle! Monsieur Rousseau père est l’adjoint du maire et on est plutôt bourgeois dans la famille.

Mais il reste vrai que les Rousseau quittérent la Vendée pour gagner Paris, histoire de voir depuis la capitale ce beau siècle tout neuf!

Et madame Rousseau mère, n’y tenant plus au milieu de toute cette agitation décida de travailler! En Vendée c’eût été impensable, mais à Paris c’était d’un commun!

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Elle devint donc caissière à « La Cigale », un music hall en vogue, non loin de la place Pigalle et de son célèbre moulin rouge, lequel d’ailleurs existe toujours.

Et c’est là qu’en 1909 débutera la petite Odette Rousseau. Par un concours de circonstance bienvenu! La petite fille n’a que 12 ans mais passe le plus de temps possible à « La Cigale », pour « aider » sa maman. En fait elle ne loupe pas une miette de tout ce qui se passe sur scène, dans les coulisses ou même dans les rues de ce passionnant quartier. Et ne voilà-il pas qu’un soir il manque un gamin, l’air gavroche, pour donner une courte réplique à un artiste dans un sketch. Certains soirs, Florelle, attendrie sur ses jeunes années se souviendra qu’il s’agissait de Raimu. Ce qui n’est pas tout à fait vrai même s’ils seront bientôt partenaires.

Comme le petit galopin d’acteur faisait faux bond, l’alerte caissière songea à sa petite Odette qui traînait là sans rien faire mais qui connaissait le spectacle par coeur! On l’affulbla en titi de Paris et on la jeta sur scène!

Le plus dur fut ensuite de lui faire quitter la scène en question! Elle serait restée pour se faire applaudir jusqu’au jugement dernier! Le spectacle terminé, Odette mit au point un tour de chant « d’enfant » comme c’était la mode! Elle partira en tournée se produire en Allemagne, eu Autrice, en Hongrie, en Roumanie, en Turquie!

Une chose est sûre, Odette savait ce qu’elle allait faire de sa vie! « je suis tombée amoureuse du spectacle et des applaudissements à 9 ans » Avec un aplomb et un culot monstre elle courut les auditions. Elle était jolie comme un coeur, blonde, potelée, avec de grands yeux bleu myosotis qui lui dévoraient la figure, et qui de plus est, elle avait un joli timbre de soprano du plus bel effet dans les operettes à la mode!

Elle alla donc de cabaret en music hall, les salles gagnaient en prestige et les rôles en importance. Elle fut bientôt une habituée du « Bataclan », de  » la Scala » ou « L’Européen » qui deviendra bientôt son fief.

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En 1912 elle tâte pour la première fois du cinéma, elle est encore « Mademoiselle Rousseau » mais n’est guère convaincue par l’expérience et après un deuxième film en 1913 elle jette l’éponge et préfère se lancer dans une grande tournée mondiale avec la troupe de « L’Européen ». C’est au cours de cette tournée qu’elle aura l’idée de son pseudonyme « Florelle » pour faire joli sur les affiches car son ténor de partenaire s’appelle Jean Flor, ce qui fait « Flor et Florelle » .

La tournée de « L’Européen » fait un triomphe mais est brutalement interrompue alors même que l’on joue à guichets fermés à Vienne, c’est la guerre!

Florelle, dépitée rentrouve son cher Paris alors que tonne au loin la menaçante grosse Bertha. Elle devient avec Mistinguett une des premières « Pin-up » à poilus (Même si le terme « Pin-up »n’a pas encore été inventé par Hollywood). Détail amusant, entre deux séances photo elle prend des cours d’infirmière comptant bien faire « son devoir » mais la guerre finira avant qu’elle ne soit « bonne pour le service »

Florelle aura même son petit moment de bravoure et de gloire partiotique en jouant les Mata Hari bien involontaires. Elle trouve dans un des rares taxis qui sillonnent encore la Capitale un porte documents (on n’a pas non plus inventé l’attaché case) rempli de documents estampillés « top secret » qu’elle s’en va immédiatement confier au ministère de la guerre (Qu’en aurait-elle fait d’autre?) La presse dûment informée fit d’elle une une héroïne de l’ombre, à peine si elle n’avait pas bouté l’ennemi hors de France à elle toute seule d’une oeillade assassine, un hasard et une course en taxi!

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La paix retrouvée, Florelle est sur scène! La Cigale, bien sûr, l’Abri, le bataclan où elle asa propre revue « Un Drôle de Numéro ». Sur scène là où elle estime être sa place. D’aucuns voient en elle la nouvelle Mistinguett, ce qui ne plut guère à la principale concernée! Sans doute pour faire bisquer la Miss, Maurice Chevalier, alors sa propriété privée va ramener Florelle vers les plateaux de cinéma en 1923 pour lui donner une muette réplique dans « L’Affaire de la Rue de Lourcine ». Le message est clair, Florelle brigue la relève! Mais le cinéma muet l’exaspère au plus haut point et après trois films en 1923, elle jure une nouvelle fois de ne plus jamais y revenir!

Par contre, elle accepte de reprendre les revues de Mistinguett en tournée et part à nouveau à la conquête du monde sous des tonnes de plume et de strass, chantant à son tour et en cinq langues s’il vous plaît  »On m’suit », « Il m’a vue nue » et bien entendu « Ca c’est Paris! » L’Amérique du Sud, la Grèce, l’Italie, la Belgique, l’Egypte, la Turquie encore où elle est déifiée. C »est à Cuba qu’elle tombera amoureuse d’un beau ténébreux qu’elle épousera dans la foulée mais qu’elle ne jugera pas opportun de ramener dans ses bagages.

L’année 1927 est la grande année pour Florelle. Elle rentre seule à Paris, enregistre ses premiers disques, tombe follement amoureuse d’une des plus fabuleuses futures icônes du cinéma. Henri Garat, le Rudolph Valentino européen. Se fichant comme d’une guigne du mari cubain, Florelle mène grand train et affiche ses amours tapageuses.  Le cinéma, dit-on va se mettre à parler et…Mistinguett se fâche et quitte avec fracas le « Moulin Rouge ». Florelle a enfin sa revanche sur la Miss, elle peut triompher à Paris! Au Moulin!

La presse dit d’elle a l’époque « Florelle est surtout connue pour avoir les plus beaux bijoux de paris, les robes les plus à la mode  ce qui à notre époque veut dire les plus déshabillées! » et puis encore « Elle régne sur Paris le Paris du jour et le Paris de la nuit, elle est la reine du seul Paris qui compte, celui qui va de Maxim’s au Moulin Rouge »!

La principale intéressée confirme en 1936: « Ce que l’on dit de moi est vrai, je possède pour des millions de bijoux, j’ai cinq domestiques, une limousine avec deux chauffeurs. Un pour le jour et l’autre pour la nuit! Pourquoi devrais-je en rougir? j’en suis fière au contraire! J’ai tout gagné on ne m’a rien donné! »

En 1930, le cinéma parla, en effet. Henri Garat était devenu une star inouïe en Allemagne. A Paris Florelle a l’impression de piétiner un peu, elle décide de le rejoindre et d’elle aussi tenter sa chance devant les caméras teutones.

Pourquoi le public allemand ne fut-il pas aussi sensible au charme et au talent de Florelle que le reste du monde, je l’ignore. Mais elle ne trouva que peu de choses dignes d’elle à se mettre sous la dent, se contentant souvent des versions françaises des films d’autres actrices mieux cotées ou de seconds rôles sans envergure ni attrait dans des oeuvres mineures. Elle devra attendre d’être présentée à Pabst pour enfin briller.

On sait bien sûr qu’elle sera en 1931 l’inoubliable et fabuleuse héroïne de « L’Opéra de Quat Sous » de Pabst face à Albert Préjean. Mais Pabst ne voulait à aucun prix entendre parler d’elle! « Vous n’êtes ni assez jeune ni assez jolie » Il voulait absolument Madeleine Renaud! Florelle dut enregistrer à ses frais les chansons de l’opérette pour fléchir la décision de Pabst. Et puis il y a dans la distribution du film une autre actrice, une débutante dans un rôle minuscule, un rôle trop court pour être crédité au générique mais une débutante qui fera son chemin: Arletty.

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Florelle avait souffert de la présence de son aînée Mistinguett, bientôt elle devra souffrir de la présence de sa cadette Arletty. Arletty qui est aussi brune qu’elle n’est blonde, aussi maigre qu’elle n’est potelée, aussi grande qu’elle n’est petite; Arletty qui est aussi effrontée qu’elle n’est minaudière. Arletty, son antithèse et son exact contraire! Arletty qui va bousculer tous les principes de l’élégance, du chant et de l’art dramatique. Arletty qui va faire de Florelle une relique d’avant guerre.

En 1935, le destin jouera un tour à sa manière à la blonde actrice en l’opposant à sa brune rivale dans « Amants et Voleurs ». Florelle l’ignore mais ce sera le glas de sa carrière.

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Mais bien entendu, à Berlin, en 1931, ni l’une ni l’autre n’ont conscience de tout ceci. Florelle est toute à sa joie du rôle et du succès du film. Elle devient une star et les offres vont pleuvoir, à un moment de sa vie où il faut bien le dire, la situation devenait critique.

Florelle tournera de bons films, enregistrera des chansons magnifiques, mais elle alignera également une kyrielle de sottises qui finiront par lasser le public le plus assidu. A la fin des années 30, sa cote est en chute libre. On ne peut pas tourner que des chefs d’œuvres quand on tourne 40 films en 5 ans!

Au passage elle avait trouvé le temps d’épouser le fils du propriétaire du Moulin Rouge, Marcel Fouqueret mais elle demandera le divorce en 1940 pour être tombée follement amoureuse d’un des fils Amar du cirque du même nom!

Elle revient à ses premières amours, le music hall, mais le public ne se dérange plus. Elle ouvre alors un café à Montmartre, « Chez Florelle », où le soir venu elle régale ses clients de quelques-uns de ses grands airs. La guerre, c’est triste à dire, vint bien à propos pour la star déchue mais orgueilleuse.

Elle hurla sur les toits son mépris pour l’occupant (ce qui était vrai) et son refus catégorique de tourner pour la « Continental » (ce qui était faux dans la mesure où on ne lui avait rien demandé). Elle entrera en résistance, sera arrêtée trois fois par la gestapo. En 1944, alors qu’elle n’est pas à Paris, les Allemands saccagent son appartement et le dévalisent emportant jusqu’au téléphone et le lavabo! Elle sera médaillée à la libération mais ne recevra aucune offre de film ou de revue. Tout le monde ne crut pas ces lamentations à propos de la mise à sac de son appartement et le vol de ses biens les plus précieux car tout le monde la savait déjà en situation précaire avant la guerre. Par  contre elle décrivit si bien ses fabuleux trésors qu’elle écopa d’un redressement fiscal qui acheva de la mettre sur la paille!

Elle s’exila au Maroc après Bruxelles où elle ouvrit un autre « Chez Florelle » en attendant que ça se passe. Il y eut des « Chez Florelle » jusqu’en Côte d’Ivoire! « Des affaires où j’ai toujours investi et où j’ai toujours été exploitée et escroquée »

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Elle tentera alors de renouer avec sa carrière envolée mais le temps avait passé et elle était maintenant une dame prématurément vieillie. Elle s’était remariée avec un dompteur d’ours blancs mais ce mariage là n’avait pas fait plus long feu que l’autre. On lui propose des figurations, des gérances de bistrots populaires.

Pourtant il y aura une rémission dans l’enchaînement de ses misères. On la laisse se produire dans un cabaret pur le moins obscur « Le Saint Yves »! Le risque n’est pas grand, c’est l’époque où les artistes sont payés « au chapeau ». mais le miracle se produit. Florelle est fascinante, ensorcelante comme l’ont été Fréhel, Damia ou Berthe Silva. la cabaret se remplit, le tout Paris se déplace, Cocteau entre autres. l’actrice Simone paris vient chaque fois qu’elle peut flanquée d’un journaliste ou d’un producteur.

Plus tard elle se souviendra: Elle entrait en scène come une pauvre petite chose misérable et souffreteuse dans une robe de satin noir. traverser la petite scène pour aller s’accouder au piano semblait déjà un exploit. Mais dès le premier accord, de cette pauvre chose surgissait Florelle, la Florelle de « L’Opéra de quat ‘sous » dont elle chantait le grand air comme si elle avait 20 ans.

La journée elle était gérante d’un bistrot minable « Le camélia Bar », 23 bis avenue Junot. Elle avait fiché derrière le bar une banderole blanche et rouge « Chez Florelle » espérant sans doute attirer quelque chaland de plus. Quand on le reconnaissant elle semblait plus triste encore et laissait tomber d’un ton amer « La vie ca pourrait être tellement formidable si ca n’était pas si déguelasse »

En 1956, Florelle se retire. Non sans avoir aligné deux rôles dans des films de prestige où elle fut tout simplement fantastique. l’obstination de son admiratrice avait payé! Elle fut maman Coupeau dans « Gervaise » puis la belle mère de Gabin dans « Le Sang à la Tête ». On découvrait là une actrice d’une force et d’une justesse inouïe mais c’était un peu tard.

Florelle en avait soupé. Le film terminé elle quitta à jamais ce Paris dont elle avait été une des plus jolies fleurs pour n’y plus jamais revenir.

Elle regagna sa chère Vendée où elle possédait toujours malgré ses plaintes désespérées une très belle villa au bord de la mer! Les choses auraient pu s’arrêter là mais c’était mal connaître Florelle qui ouvrit aux Sables d’Olonne un énième « Chez Florelle ».

Grièvement blessée dans un accident de voiture elle ne récupéra jamais de toutes ses blessures et c’est une vieille dame diminuée qui s’éteignait dans la souffrance le 28 Septembre 1974. La douleur avait eu raison de son courage et de ses dernières forces. Florelle mourrait seule en hôpital psychiatrique.

Celine Colassin

French35

QUE VOIR?

1923: L’Affaire de la Rue de Lourcine: Avec Maurice Chevalier

1923: Gonzague: Avec Maurice Chevalier, Marguerite Moreno et Nina Myral

1930: Mon Coeur Incognito: Avec Mady Christians et Jean Angelo

1930: Le Procureur Hallers: Avec Colette Darfeuil et Jean-Max

1931: Le Poignard Malais: Avec Charlotte Barbier-Krauss et Gaby Basset

1931: Autour d’une Enquête: Avec Annabella et Colette Darfeuil

1931: L’Opéra de Quat’ Sous: Avec Albert Préjean

1931: Gagne ta Vie: Avec Dolly Davis et Victor Boucher

1932: Tumultes: Avec Charles Boyer

1932: La Dame de chez Maxim’s: Avec André Lefaur

1933: Mimosa Bar: Avec Jim Gerald

1933: La Femme Nue: Avec Raymond Rouleau

1935: Amants et Voleurs: Avec Arletty et Michel Simon

1935: Les Dieux s’amusent: Avec Jeanne Boitel et Henri Garat

1936: La Marmaille: Avec Pierre Larquey et Hélène Perdrière

1938: Clocloche: Avec Denise Bosc et Pierre Larquey

1940: Sixième Etage: Avec Janine Darcey et Pierre Brasseur

1945: Les Caves du Majestic: Avec Suzy Prim, Denise Grey et Albert Préjean

1955: Oasis: Avec Michèle Morgan et Pierre Brasseur

1956: Gervaise: Avec Maria Schell et François Périer

1956: Le Sang à la Tête: Avec Jean Gabin

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