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ANN MAGNUSON

Ann+Magnuson

Evidemment, de par son principe même, ce blog s’est créé ses propres limites  dont les frontières sont parfois un peu floues voire indéfinissables. Les « Etoiles Filantes du cinéma du XXème siècle » permettent peut-être autant de cas de figures différentes que le blog ne contient et ne contiendra de portraits. Le clivage paraît simple entre les grandes diva du septième art qui ont marqué leur époque et nos mémoires. Et puis les autres qui souvent sans être moins brillantes ou moins belles ont manqué de chance, de temps ou de renommée.

Mais il y a cette autre catégorie de femmes, d’artistes qui ont tâté du cinéma, souvent peu et avec un succès mitigé, voire confidentiel mais qui sont dans d’autres domaines de véritables icônes. Domaines où elles ne méritent pas un article tel que je leur consacre mais une véritable encyclopédie à leur culte et sont tout sauf des « Etoiles Filantes ». Je pense à Sarah Bernhardt, Mistinguett, Joséphine Baker, Edith Piaf ou Niko qui ne sont objectivement rien aux yeux des cinéphiles et figurent parmi les plus éblouissantes légendes dans leur domaine de prédilection. Telle est Ann Magnuson. Strictement inconnue pour certains, icône incontournable et fabuleuse pour d’autres, dont je suis.

Ann Magnuson naît le 4 Janvier 1956 à Charleston en Virginie Occidentale. Ses parents sont ce qu’il est convenu d’appeler des intellectuels puisque son père est avocat et sa mère journaliste. Mais nous sommes quand même en province. Ann a également un frère « Bobby » qu’elle adore.

Lorsque Ann a 17 ans, en 1973, le premier programme de télé réalité déferle sur les Etats-Unis et passionne toute sa génération: « An American Family ». Un programme où il ne se passe rien! On suit une famille aisée de Santa Barbara dans ses activités quotidiennes. Ann n’en louperait un épisode pour rien au monde. Ses parents ne voient strictement aucun intérêt à la chose puisqu’en effet il n’y en a pas. Ann doit regarder son émission préférée dans la cuisine. C’est la mode aux USA depuis les années soixante d’avoir un troisième téléviseur (le second étant dans la chambre des parents).

Ann Magnuson

Dix millions d’Américains suivent le programme où en principe il ne se passait rien. A ceci près que le couple de Santa Barbara va voler en éclats et que le beau Lance, le fiston de la famille va « avouer » son homosexualité. On ne disait pas encore « coming out » mais les réactions ébouriffées de l’Amérique profonde agirent comme un déclic sur la jeune Anne. Elle regarda autour d’elle, un tantinet effarée et se rendit compte avec une stupéfaction extrême qu’en fait elle vivait chez les ploucs et qu’elle en était une aussi. La famille Magnuson elle-même fut très choquée de l’évocation de l’homosexualité  à la télévision un jeudi soir à l’heure du dîner, sans se rendre compte un seul instant que leur fils Bobby, lui aussi…Comme un prophète sous l’impulsion d’une apparition divine, Ann fit ses valises et gagna New-York séance tenante. New-York où, espérait-elle, l’attendait la civilisation. la vraie, celle des esprits, pas des sanitaires!

Ann a bien fait! Elle va devenir une véritable icône des intellectuels branchés de Manhattan. Elle devient une Dj célèbre et fait les belles nuits du Club 57 où elle se produit également dans quelques « performances » de son cru qui font le régal des habitués hilares tel que David Bowie, un de ses meilleurs amis. Elle chante, parfois faux, en faux russe, danse, joue des percussions ou entre en scène en annonçant: « Je vais vous chanter la complainte d’une femme au foyer se rendant compte que son mari est possédé par le démon » la société bourgeoise des années 60 où elle a grandi devient le terrain idéal de ses délires et ses parodies, ensuite ce sera la télévision et sa bête noire Kate Bush qu’elle adore singer. Pour les Américain branchés, Ann Magnuson est ce qu’est Jennifer Saunders au cœur des Anglais! mais une Jennifer Saunders bien plus…Subversive!

ann magnuson

Mais sa plus grande émotion « people » restera quand même sa rencontre avec Lance de « An American Family »

Durant toutes les années 70, l’icône des artistes et de la jet set côtoie tous les talents qui feront le génération future. Il était inévitable que les ayant divertis et inspirés, ils ne fassent pas appel à ses services lorsque leur propre heure de gloire serait venue. C’est ainsi qu’elle débute au cinéma en 1980 et connaît une notoriété d’actrice cinq ans plus tard sous la direction de sa copine Susan Seidelman et avec son autre copine Madonna dans « Recherche Susan Désespérément ». Avant cela elle était allée se faire vampiriser par Bowie dans « The Hunger ». En 1987 elle accède au statut de star dans un premier rôle face à John Malkovich dans « Making Mr Right ».

Ann Magnuson se veut cependant plus une artiste polyvalente entre happening et underground qu’une actrice commerciale. Même si elle accède désormais à la tête d’affiche et aux génériques de films de prestiges dont certains, on l’a vu, ont marqué leur génération. Toujours là où on ne l’attend pas, fidèle à elle-même tout en se renouvelant sans cesse, Ann Magnuson continue sa carrière éclectique pour la plus grande joie de ses fans. Et remercions en passant la télévision américaine de faire si souvent appel à ses services!

Sa série fétiche « An American Family » qui avait mis le feu aux poudres de sa carrière va devenir une espèce de réalité parallèle à la sienne.

Le beau Lance, le fils homosexuel de « An American Family » est frappé du sida. la télévision va diffuser un ultime épisode de la série à sa demande. On le verra mourant, demandant à sa famille réunie autour de lui de rester unie.

Ann Magnuson elle aussi veillait son frère adoré que l’implacable virus allait emporter.

QUE VOIR?

ann magnuson

QUE VOIR?

1980: The Long Island Four: Avec David McDermott et Klaus Nomi

1982: Vortex: Avec James Russo

1983: The Hunger: Avec David Bowie

1985: Recherche Susan désespérément: Avec Madonna

1986: Sleepwalk: Avec Suzanne Fletcher

1987: The Critical Years: (court métrage) avec Birgit Berlin

1988: Tequila Sunrise: Avec Michèle Pfeiffer et Mel Gibson

1987: Making Mr. Right: Avec John Malkovich

1994: Cabin Boy: Avec Chris Eliott

1997: Lévitation: Avec Sarah Paulison

1997: Still Breathing: Avec Brenda Frazer

2000: Housebound: Avec Katharina Wressing

2002: Panic Room: Avec Jodie Foster et Forest Whitaker

2003: Ghostlight: Avec Richard Move et Deborah Harry

2007: Chaising Tchaïkovski: Avec Corinne Blanchon et Boyd Banks

2011: Woman’s Picture: Avec Corey Parker

2011: Rose (Court métrage) Avec Kim Howard et Stéphanie Norwood

2015: One More Time: Avec Christopher Walken

 

 

ELSA MARTINELLI

elsa martinelli

J’ai un peu de mal à faire d’Elsa Martinelli une de mes « Etoiles Filantes » car j’ai une affection sans bornes pour cette actrice que j’ai longtemps considérée comme la perfection physique absolue, peut-être parce qu’elle était mon antithèse complète. Je dois pourtant m’y résoudre. Sa carrière n’est en rien comparable à celle d’une Michèle Morgan, d’une Sophia Loren ou d’une Danielle Darrieux et son souvenir majestueux qui s’estompe déjà n’est pas celui d’une Marilyn, d’une Ava, d’une Rita ni même d’une Jayne. Elle a pourtant une particularité extrêmement rare chez les actrices: Elsa Martinelli est luxueuse.

elsa martinelli

Le 13 Janvier 1935, Elsa Tia voit le jour en Toscane, dans la petite ville  cernée de remparts médiévaux de Grosseto. La famille est aussi pauvre que nombreuse. A la fin de la guerre Elsa aura l’air d’un petit chat de gouttière efflanqué qui ferait plus pitié qu’autre chose. Les privations des jeunes années auront le même effet sur sa constitution que sur celle d’Audrey Hepburn, elles resteront filiformes à jamais.

elsa martinelli and cat

La légende d’Elsa Martinelli, car légende il y a, voudrait que la belle enfant soit devenue un célèbre mannequin et que l’acteur Kirk Douglas ayant vu sa photo en première page de LIVE magazine soit tombé sous le charme et l’ait invitée à Hollywood. Cette demoiselle, devenue jolie, rêvait certes de gloire et si elle avait fait quelques photos, LIVE magazine ce ne serait pas pour tout de suite. Elle avait plutôt fait de très modestes débuts au cinéma où on l’avait retrouvée perdue dans le casting du film de Claude Autan Lara « Le Rouge et le Noir ».

Kirk Douglas, habitué des studios italiens où il s’attaquait alors au personnage d’Ulysse y avait croisé la jeune Brigitte Bardot alors dans sa période de « films italiens tous très cons mais où j’étais bien filmée, c’est déjà ça » et avait jeté son dévolu sur elle, souhaitant la ramener à Hollywood pour y tourner à ses côtés « La Rivière de nos Amours ». Hollywood ayant toujours fait l’effet d’un repoussoir à Brigitte Bardot, la jeune madame Vadim dédaigna l’offre même si Ulysse la pourchassa jusque sur les plages du festival de Cannes. S’étant piqué de faire une découverte et Brigitte ayant elle-même déjà été découverte par Vadim, Kirk jettera son dévolu sur Elsa Martinelli. Marlon Brando jetait bien le sien sur une certaine Ursula Andress!

elsa martinelli

« L’affaire Kirk Douglas » sera racontée par Elsa elle-même. « J’avais fait pas mal de photos de mode et j’étais invitée par une agence New-Yorkaise à venir travailler en Amérique. Je suis arrivée à New-York avec dix dollars en poche. Le taxi jusqu’à l’hôtel qu’on m’avait recommandé m’en coûta six et la chambre pour la nuit, huit! J’étais en déficit immédiat! Je n’étais riche que de mon contrat avec l’agence mais si je n’avais pas donné satisfaction, dieu sait ce qu’il me serait arrivé car un contrat peut être rompu du jour au lendemain. Heureusement tout se passa bien et le lendemain j’étais riche de 300$ ce qui représentait 15 jours de travail pour une secrétaire New-Yorkaise! C’est alors que Kirk Douglas m’a appelée à mon hôtel après avoir vu ma photo en couverture de « LIFE ». Il m’a appelée et je ne l’ai pas cru, je croyais à une blague de Mario, un ami italien! Je lui ai posé des questions sur « 20.000 lieues sous les mers » que j’avais vu à Rome avant de partir pour les USA. Je lui ai même fait chanter la chanson du film! Quand j’ai été sûre que c’était bien Kirk Douglas, je lui ai dit « Bon, d’accord je serai à Hollywood demain! »

Elsa peaufina son anglais, aborda le style « westernien »  pour y devenir une  indienne et fut sensationnelle! Kirk Douglas avait visé juste et avait bel et bien déniché un oiseau rare!

elsa martinelli

Elsa allait devenir une vedette confirmée à Hollywood et après ce bon vieux Kirk, elle donnerait la réplique à quelques mâles pointures tels John Wayne, Charlton Heston, Orson Welles, Robert Mitchum, Dustin Hoffman ou Richard Burton!

La jeune Elsa avait la tête bien faite et bien pleine, elle ne s’enivra pas de bourbon au volant de sa Cadillac rose, ne tomba pas amoureuse de James Dean ou de son psy et mena rondement ses affaires. Très vite elle rentrait en Italie, histoire d’asseoir sa popularité. Elle signa un contrat pour ses films européens avec Carlo Ponti qui lui fit tourner « La fille de la Rizière » et « Donatella » Sa prestation dans « Donatella » lui vaudra l’ours d’argent au festival du film de Berlin.

elsa martinelli

Le physique de la jeune actrice starifiée au milieu des années 50 préfigurait ce que serait l’idéal féminin des décennies futures et flanquait quand même un solide coup de vieux aux poupées rebondies telles Marilyn Monroe, Jayne Mansfield ou Jane Russell qui sentirent leur trône d’idéal féminin devenir plutôt glissant sous leurs confortables fesses. Elsa s’était d’ailleurs fendue d’une charge à boulets rouges sur cette mode des poitrines opulents au printemps 1962: « J’ai réussi au cinéma sans posséder une poitrine invraisemblable mais aujourd’hui, surtout en Italie, il semble qu’il soit impossible d’être une actrice sans être d’abord une exposition ambulante de charmes pectoraux! Je croyais naïvement que les gens qui allaient voir des films s’intéressaient à l’histoire qu’on leur racontait! Si j’avais su qu’il suffisait d’un soutien-gorge rembourré pour les épater, je ne me serais pas donné tout ce mal pour jouer la comédie! »

elsa martinelli

L’Italie n’était pas peu fière de la réussite hollywoodienne de sa belle enfant. Réussite d’autant plus inattendue qu’Elsa était complètement inconnue au pays à l’heure de son départ pour l’Amérique. Elle devint une véritable star internationale, se partageant entre deux continents. La mode des coproductions internationales lui ouvrit les portes du cinéma français où après avoir été la partenaire de Jean Marais elle serait dirigée par Roger Vadim.

Sa photogénie et son élégance racée lui ouvrirent toutes grandes les portes de l’univers de la mode et Elsa devint une habituée des pages VOGUE ou HARPER’S BAZAAR. Elle allait faire pour le compte de Chanel la couverture de LIVE magazine  ce qui dut faire plaisir à Kirk Douglas qui avait anticipé l’évènement de neuf ans!

elsa martinelli

La totalité des actrices ayant été un jour mannequins aiment à se plaindre de cette profession ennuyeuse dont on a fait le tour en cinq minutes, ajoutant « Si vous croyez que c’est drôle de faire le même métier qu’un cintre »! Ce n’est pas le cas d’Elsa Martinelli qui faut figure d’exception à la règle. « La mode, la haute couture, ça m’a toujours passionnée, j’adore cet univers et je l’adorerai toujours! »  En 195 elle créera même sa ligne de prêt à porter.

elsa martinelli

Durant toutes les années 60 et 70, Elsa Martinelli fut terriblement présente, folle de mode, jet setteuse infatigable sa vie semblait faite de tournages de prestiges, vols longs courriers, réceptions mondaines, défilés haute couture où on la croisait tant sur les podiums qu’au premier rang des richissimes acheteuses ou des stylistes!

Elsa devint comtesse en 1957 en épousant Franco Mancinelli Scotti di San Vito, père de sa fille Christiana qui vient au monde en 1958.

Le comte est très beau et n’a rien à envier aux jeunes premiers en vogue. La presse est folle de ce couple jeune beau riche et heureux. leur voyage de noces à Port Ercole en Toscane fait chavirer les cœurs. Au mois de Juillet suivant ils y retourneront et le public  en sera tout aussi ravi. On se régale en ce bel été de leur photos d’amoureux se promenant main dans la main dans le petit port ou jouant comme tous les amoureux du monde dans la Méditerranée plus bleue que d’habitude pour fêter ce bel amour.

elsa martinelli

Plus tard, Elsa deviendra l’épouse du photographe Willy Rizzo avec qui elle créera son entreprise de design mobilier. Entreprise qui fut considérée comme un caprice et qui finit par compter plus de 150 ouvriers. Il faut ici rendre à Cesar ce qui est à lui. Willy Rizzo s’était attaqué au design dès le milieu des années 60 et c’est Elsa qui vint le rejoindre pour lancer l’entreprise dont la production fit les délices de Brigitte Bardot mais aussi de Salvador Dali. Ce qui me semble gage de qualité comme de prestige lorsqu’un artiste de la trempe de Salvador Dali craque sur votre travail de designer et casse sa tirelire pour s’offir quelques pièces! C’est un peu comme si Picasso vous achetait un tableau!

Elsa avait mis plusieurs années avant d’épouse Willy Rizzo. Non que l’envie lui en manquât, mais elle attendait comme Sophia Loren et Vittorio de Sica le bon vouloir du tribunal ecclésiastique seul habilité à dénouer ce qui avait été noué devant dieu! Un jour qu’une journaliste lui demandait pourquoi elle n’était pas mariée avec Rizzo elle répondit: » C’est à l’Italie qu’il faut demander ça, pas à moi! »

elsa martinelli

Le couple Rizzo qui avait convolé en 1970 finit par divorcer et Elsa continua sa prestigieuse carrière d’actrice et de mondaine internationale. Elle avait pourtant déclaré: « Tous les couples mariés doivent affronter un monstre sans pitié: l’habitude. Willy et moi avons nos chambres et nos salles de bains séparées. Lorsque nous avons envie de nous aimer ou simplement de nous voir, nous nous donnons rendez-vous chez nous, c’est tout à fait merveilleux et si tout le monde faisait comme nous, il y aurait bien moins de divorces! » 

Dès la fin des années 70 elle délaisse sa carrière d’actrice même si on la verra encore à la télévision jusqu’au milieu des années 90. Et j’insiste sur le fait que c’est bien Elsa qui délaissa le cinéma et non l’inverse. Sous prétexte de libération sexuelle, la pornographie finissait pas envahir tous les écrans dans une sorte d’escalade à la nudité et aux pratiques sexuelles en gros plan. Elsa qui avait été une femme libre avant la lettre, n’avait jamais eu que faire d’un soutien gorge et avait beaucoup posé pour l’objectif de charme de son ami Angelo Frontoni avait l’image d’une star très libérée. Les propositions qui lui étaient faites étaient bien plus que scabreuses et l’actrice les goûtait fort peu. « Je n’ai rien à faire dans ce cinéma vulgaire et cru fait par des gens laids qui s’affichent nus au nez des gens avec beaucoup de complaisance. Si ce cinéma -là doit exister il est urgent de créer un circuit parallèle qui regroupera les amateurs du genre et permettra aux familles d’encore fréquenter les salles obscures sans rougir de honte »

elsa martinelli

Restée très belle on la revoyait à la cérémonie des Oscars en 2008 dans une robe fourreau rouge drapant sa gracieuse silhouette et perchée sur des talons aiguilles gigantissimes. Elsa Martinelli était belle, elle était discrète mais pas retraitée. Sans doute posait-elle parfois un regard satisfait sur l’Ours d’or de la meilleure actrice que lui décerna le prestigieux festival de Berlin en 1956 qui devait trôner sur une création Willy Rizzo quelque part dans sa villa. Peut-être passait elle en coup de vent, sanglée dans le dernier trench Dior, masquée derrière ses lunettes noires revoir quelques autres pièces Willy Rizzo exposées au musée d’art moderne de New-York. Je l’ignore. Mais quoi que fasse Elsa Martinelli, je sais qu’il en était bien ainsi.

La mort la surprendra dans sa 82ème année le 8 Juillet 2017. C’était un samedi, un sombre samedi où le monde perdait un peu de son élégance et de sa lumière.

Celine Colassin

elsa martinelli

QUE VOIR?

1954: Le Rouge et le Noir: Avec Danielle Darrieux, Gérard Philippe et Antonella Lualdi

1955: The Indian Fighter: Avec Kirk Douglas

1956: La risaia: Avec Michel Auclair et Folco Lulli

1956: Donatella: Avec Walter Chiari

1957: Manuela: Avec Trevor Howard et Donald Pleasance

1958: La Mina: Avec Antonio Cifariello

1959: Ciao, ciao bambina! Avec Antonio Cifariello et Lorella de Luca

1959: I battellieri del Volga Avec John Derek et Dawn Addams

1959: Tunisi Top Secret: Avec Raf Mattioli et Georgia Moll

1959: Costa Azzurra: Avec Rita Gam, Alberto Sordi et Georgia Moll

1959: La Notte Brava (Les garçons) Avec Laurent Terzieff, Jean-Claude Brialy et Franco Interlenghi.

1960: Il carro armato dell’8 settembre: Avec Dorian Gray, Yvonne Furneaux et Marisa Merlini

1960: I piaceri del sabato notte: Avec Jeanne Valérie et Maria Perschy

1960: Et Mourir de Plaisr: Avec Annette Stroyberg et Mel Ferrer

1960: Le Capitan: Avec Jean Marais et Bourvil

1960: Un amore a Roma: Avec Mylène Demongeot et Peter Baldwin

1961: La Menace: Avec Marie-José Nat et Robert Hossein

1962: Hatari: Avec John Wayne

1962: Le Proces: Avec Jeanne Moreau et Anthony Perkins

1962: The Pigeon That Took Rome: Avec Charlton Heston

1963: the V.L.P’s: Avec Orson Welles, Elizabeth Taylor, Richard Burton et Louis Jourdan

1964: De l’Amour: Avec Anna Karina et Michel Piccoli

1965: La decima Vittima: vec Ursula Andress et Mrcello Mastroianni

1965: Je vous Salue Mafia: Avec Eddie Constantine, Micheline Presle et Michel Lonsdale

1965: La Fabuleuse Aventure de Marco Polo: Avec Horst Bucholz et Orson Welles

1965: Un Milliard dans un Billiard: Avec Jean Seberg et Claude Rich

1965: L’Or du Duc: Avec Claude Rich et Pierre Brasseur

1966: Come imparai ad amare le donne: Avec Michèle Mercier et Nadia Gray

1967: Le Plus Vieux Métier du Monde: Avec Gastone Moschin

1967: Sept Fois Femme: Avec Shirley MacLaine et Lex Barker

1967: Maroc 7: Avec Cyd Charisse et Gene Barry

1967: Le Plus Vieux Métier du Monde: Avec Gastone Moschin

1968: Un dollaro per 7 vigliacchi: Avec Dustin Hoffman et Cesar Romero

1968: Manon 70: Avec Catherine Deneuve et Jean-Claude Brialy

1968: Candy: Avec Ewa Aulin, Richard Burton et Ringo Star

1969: Les Chemins de Katmandou: Avec Jane Birkin et Renaud Verley

1970: OSS 117 prend des Vacances: Avec Luc Meranda et Edwige Feuillère

1971: La Aracuana: Avec Victor Alcazar et Antonio Alfonso

1976: Garofano Rosso: Avec Marina Berti et Isa Barzizza

1990: Arriverderci Roma (Court Metrage) Avec Valentina Forte et Gordon Thomson

1993: Anni 90 Parte II: Avec Carol Alt et Christian de Sica

ELSA MARTINELLI dans VOGUE

 

 

DELPHINE SEYRIG

delphine seyrig

Lorsque mes amis cinéphiles qui hantent mes pages vont découvrir que j’ai placé Delphine Seyrig parmi mes étoiles filantes, ils vont se mettre à hurler et me vouer aux enfers! Comment? Delphine Seyrig, la référence intellectuelle du cinéma? La blonde pensante des écrans, une étoile filante? Comment est-ce que j’ose? Et bien j’ose, tout simplement.

Parce que tout d’abord Delphine Seyrig n’eut jamais la moindre envie d’être une star et ne fit rien pour. Elle était une actrice, certes et à ce titre elle préférait jouer une pièce qui l’intéressait trois soirs à Conflan plutôt que de signer chez MGM pour un remake de « Ma Soeur est du Tonnerre ». Delphine Seyrig défendait plus ses convictions et ses positions féministes et syndicalistes que son prestige.

Et rien ne vieillit plus vite que les convictions, plus rien ne s’oublie mieux que les prises de position. Tout simplement parce que le temps passe, les choses changent et s’oublient. Les combats filmés de Delphine nous laissent aujourd’hui plus un regret de n’avoir pas su profiter mieux de cet éblouissant talent, de cette femme si belle et qui savait être si drôle. Le réel intérêt de Delphine pour des problèmes qui ont donné la couleur de son temps mais ne sont plus du nôtre la rend un peu floue à nos souvenirs pourtant admiratifs. Et puis d’ailleurs, si Delphine était encore parmi nous et que j’aie eu le bonheur de lui dire que je préparais ce modeste article, je sais pertinemment ce qu’elle m’aurait répondu: « Vous voulez écrire sur moi? Mais celà n’a aucun intérêt! Ecrivez donc sur le voisin d’en face qui croupit dans l’indifférence et l’anonymat, ce sera certainement plus intéressant, ce que vous devez savoir de moi je vous l’ai montré au cinéma ou au théâtre et celà doit vous suffire! » Oui, c’est ce qu’elle m’aurait dit, car c’est ce qu’elle disait à tout le monde!

delphine seyrig

Bien que d’origine alsacienne, c’est à Beyrouth, au Liban que Delphine Claire Berliane Seyrig vient au monde le 10 Avril 1932. Son père, Henri Seyrig est alors le directeur général des antiquités de Syrie et du Liban depuis 1929. Sa mère, Hermine de Saussure fut navigatrice avant son mariage.

J’ignore à quel moment Delphine revint en France, mais ce fut pour se retrouver interne au collège cévenol d’où elle sortira en 1950 avec chevillée au corps la ferme intention de devenir comédienne. Elle suivit donc des cours qui n’existent plus aujourd’hui, l’EJD: « L’Education par le Jeu Dramatique » et c’est là qu’elle rencontrera Roger Blin qu’elle considèrera comme son mentor. Elle suivra les cours avec assiduité mais mettra quand même 3 ans avant de décrocher un petit rôle au théâtre, un théâtre qui lui non plus n’existe plus, le « Quartier Latin ». Se sentant sur scène dans son élément, Delphine rêve d’emboîter les pas de Jeanne Moreau et de Geneviève Page. Elle se présente au TNP dans l’espoir fou de devenir la partenaire de Gérard Philipe. Malheureusement, on lui trouva les dents de travers et une voix difficilement supportable, elle ne fut pas retenue.

Ce fut la première et la dernière fois de sa vie qu’elle sollicita quelque chose! Plus tard elle avouera « Je ne demande jamais rien, je ne sollicite personne, lorsqu’il y a eu un véritable trou dans ma carrière avant « Marienbad », je suis restée stoïquement assise sur ma chaise en attendant que le téléphone sonne j’aurais pu rester comme ça, figée jusqu’à la nuit des temps! »

Mais en attendant, échaudée par le TNP, elle change radicalement d’option et s’embarque vers l’Amérique s’inscrire aux cours du célèbre Actor’s Studio ».

delphine seyrig

C’est là qu’elle fera non seulement ses débuts au cinéma en 1958 dans « Pull My Daisy », un court métrage, il est vrai, mais rencontrera son mari. Un peintre américain, qui sera également le père de son fils. Et si Delphine me lisait elle s’exclamerait « Mais comment savez-vous ça? » Je sais même, lui répondrais-je, chère Delphine, que vous dérochâtes enfin un casting qui vous intéressait alors que vous étiez enceinte jusqu’aux yeux. Etat que vous dissimulâtes la chose dans de savants bandages pour vous présenter , d’ailleurs sans succès, à l’audition

Mais continuons…

Delphine revint en France, avec son fils mais sans son mari. Elle avait mâtiné sa voix chantante d’un nouvel accent américain qui mixé avec ses intonations libanaises fascinera dorénavant tous ceux qui l’entendront. Dès son retour elle joue du Tourgueniev au théâtre de l’Atelier, c’est là qu’un soir Alain Resnais vient la voir. Séduit, lui propose le premier rôle féminin du film qu’il prépare: « L’Année Dernière à Marienbad ». Le film fut très beau, très ennuyeux. Delphine sublime et considérée comme une véritable révélation. Elle devint immédiatement célèbre et classée parmi les grandes intellectuelles du cinéma avec Emmanuelle Riva ou Jeanne Moreau.

Si « L’Année Dernière à Marienbad » fut un film dont tout le monde parla, souvent à tort et à travers d’ailleurs, c’est parce que tout le monde savait qu’il était, en effet, ennuyeux à mourir. On ne trouvait guère de spectacle plus soporifique à part sans doute chez Antonioni ou Godard. La réputation du film à ce propos était telle, qu’il devint une blague récurrente et faillit passer dans le langage populaire comme un synonyme de « Mortel Ennui ». Delphine n’en eut cure, elle enchaîna avec allégresse et durant dix ans une farandole ininterrompue de films dont bien peu, hélas, trouvèrent un écho même minime auprès du public. A part sans doute le magnifique « Baisers Volés », très estampillé « Nouvelle Vague » quand même, et le mythique « Peau d’Ane » de Jacques Demy où en marraine la fée de Catherine Deneuve elle imprègne les mémoires et les imaginations à jamais.

delphine_seyrig

Personnage qui pour être le plus célèbre de sa carrière ne résonna que peu chez Delphine Seyrig qui déclara avoir trouvé son travail sur le film de Demy « intéressant mais sans plus ». Elle déclarait d’ailleurs aussi: » Si je suis heureuse de jouer? Mais pas du tout! c’est très un travail très dur et très angoissant, que ce soit sur scène ou sur un plateau, on a toujours peur de ne pas y arriver, disons que jouer fait partie de ma vie, un peu comme de passer à table! »

Elle était donc l’égérie d’un cinéma intellectuel réservé à quelques cerveaux torturés, aimant se demander pourquoi diable on avait tourné ce film et ce qu »il voulait dire. Les pauvres ignorant sans doute que le scénario surréaliste du « Charme Discret de la Bourgeoisie » avait été commandé à des scénaristes parce que Bunuel n’avait « rien envie de dire » et que ces braves scénaristes en question non plus. Il ne s’agissait en fait en guise de chef d’œuvre, de quelques idées avortées pour d’autres scénarii sorties de vieux cartons et mixées avec quelques instants volés à la vie comme la scène du restaurant et du cercueil qui était vraiment arrivée à je ne sais plus qui.

Delphine fut aussi la muse filmée de Marguerite Duras qui confite dans la vanité de sa supériorité d’écrivaine estima que le cinéma n’était pas un métier bien fûté et que tout le monde savait en faire, surtout elle. Elle aligna une série de films, où elle engagea quatre fois Delphine, pour quatre choses qui n’ont aucun rapport avec le cinéma, ni de près ni de loin. Quatre œuvres qui n’éveillent strictement aucun questionnement en qui que ce soit. Si ce n’est évidemment de savoir pourquoi des producteurs supposés saints d’esprits lui ont donné de l’argent à mettre au feu du bûcher de sa prétention et de son incompétence.

delphine seyrig

Lorsque Marguerite Duras prépare « India Song »  avec Delphine, elle déclare: Je vais faire deux films en un, celui du son et celui des images! Et à la question « Comment allez-vous faire cela, » elle répond « Je vais désynchroniser le son et les images, on verra les personnages parler, on entendra ce qu’ils disent plus tard! Les films de Duras sont envoûtants comme une grève à la déchèterie et suscitent un plaisir inégalé seulement par l’arrachage de dents sans anesthésie.

Le comble étant sans doute que lorsqu’on lui demandait pourquoi Delphine était son actrice préférée elle répondait « elle marche bien », marcher dans le sens mettre un pied devant l’autre, pas dans le sens de drainer le public vers ses films bien entendu. Delphine, quant à elle, ignorait de toute sa superbe l’échec commercial de ses films et lorsque l’on s’aventurait à lui en parler, elle avait la candeur de se piquer et de répondre d’un ton charmant mais d’un sourire agacé: « Et bien il va falloir éduquer le public! »

En 1975 d’ailleurs elle s’ébaubit outrée dans la presse parce que le prix d’interprétation au festival de Cannes lui a échappé au profit de Valerie Perrine dans « Lenny ». Delphine Seyrig estime qu’elle était « Bien meilleure dans « Aloïse » que je ne sais qui dans je ne sais quelle chose commerciale! «  Et d’ajouter qu’elle était dans quatre films présentés au festival, que de l’avoir ainsi ignorée est un comble! On n’avait vu qu’elle! Tout ceci en se gardant bien de dire que le festival de Cannes lui avait rendu un hommage spécial.

Et Marguerite Duras l’infatigable lui apporta son soutien en ajoutant que non seulement il était outrageant que Delphine n’ait pas été primée, mais que la seule chose dont elle retiendrait du festival de Cannes c’était l’intérêt pour une écrivaine d’assister à un spectacle où tout était incroyablement truqué du début à la fin et de fond en comble! Tête de sa si chère amie Jeanne Moreau qui officiait cette année là en qualité de présidente du jury!

Delphine ne digère pas facilement l’outrage cannois. « En 1975 j’avais quatre films au festival de Cannes et depuis, rien! Pas une seule proposition depuis trois ans! Mais je sais parfaitement pourquoi! Les producteurs ont peur de moi! J’ai une trop grande gueule! C’est quand même incroyable! » Il est vrai qu’elle n’avait plus tourné en France jusqu’à ce qu’elle décroche un rôle dans « Repérages » avec Jean-Louis Trintignant, Léa Massari et Valérie Mairesse. Mais en aurait-elle eu le temps?  Marguerite Duras l’avait embringuée dans « Baxter, Vera Baxter » puis elle avait filé en Italie tourner pour Mario Monicelli  » Caro Michèle ».

delphine seyrig

Notre blonde éthérée s’était installée dans un vaste appartement tout blanc, où seul le piano était noir, à la place des Vosges, ce qui faisait d’elle la voisine d’Annie Girardot et de Francis Blanche! Elle menait une liaison avec Sami Frey qui durera jusqu’à sa propre fin et l’actrice serait finalement connue pour ses combats acharnés de féministe et de syndicaliste plus que pour ses prestations filmées. Elle afficha toujours un mépris souverain pour le show business. Mais, fait paradoxal, portera essentiellement à l’écran des robes qui auraient mieux convenu à Marilyn Monroe ou Marlène Dietrich et n’aimera rien tant que de se coiffer comme Jean Harlow soi-même!

Delphine Seyrig intellectualisait, certes, mais dans le glamour stylé, on n’est pas des bœufs!

Et puis la maladie frappa. Delphine était atteinte, jeune encore, du cancer du poumon. Elle se battit et continua crânement à travailler, rejoignant d’ailleurs Sami Frey sur scène. La souffrance altéra ses traits, elle adopta une coiffure toute en bouclettes qui n’ajoutait rien à sa beauté, Les années 80 ne lui allaient pas au teint et elle ne connaîtrait pas les années 90.

Delphine Seyrig mourait, emportée par la maladie le 15 Octobre 1990 à seulement 58 ans. Elle avait terminé un ultime film qui sortirait de manière posthume: « Johanna d’Arc of Mongolia », que personne n’alla voir, bien entendu, savait-on même qu’il existât?

Sami Frey était toujours à ses côtés et l’accompagna jusqu’à sa dernière demeure au cimetière Montparnasse.

Celine Colassin

delphine seyrig

QUE VOIR?

1958: Pull My Daisy: Avec Allen Ginsberg

1961: L’Année Dernière à Marienbad: Avec Giorgio Albertazzi

1966: Qui Etes-Vous, Polly Maggoo?: Avec Dorothy MacGowan, Sami Frey et Jean Rochefort

1966: L’Accident: Avec Jacqueline Sassard, Dirk Bogarde, Michael York et Stanley Baker

1967: La Musica: Avec Robert Hossein et Gérard Blain

1968: Baisers Volés: Avec Jean-Pierre Léaud

1969:Mr Freedom: Avec Donald Pleasance et Jean-Claude Drouot

1970: Peau d’Âne: Avec Catherine Deneuve

1972: Le Charme Discret de la Bourgeoisie: Avec Fernando Rey, Stéphane Audran et Bulle Ogier

1973: Le Jour du Chacal: Avec Edward Fox et Terrence Alexander

1973: Le Journal d’un Suicidé: Avec Sami Frey et Marie-France Pisier

1974: The Black Windmill: Avec Michael Caine et Donald Pleasance

1974: Dites-le avec des Fleurs: Avec John Moulder Brown et Fernando Rey

1974: Le Cri du Cœur: Avec Maurice Ronet et Stéphane Audran

1975: Jeanne Dielman, 23 Quai du Commerce, 1080 Bruxelles: Avec Jacques Doniol Valcroze

1975: Aloïse: Avec Isabelle Huppert

1975: India Song: Avec Michael Lonsdale et Mathieu Carrière

1975: Le Jardin qui Bascule: Avec Sami Frey et Jeanne Moreau

1976: Caro Michele: Avec Mariangela Melato et Aurore Clément

1977: Je t’aime, Tu danses: Avec Rita Poelvoorde et Maurice Béjart

1977: Baxter, Vera Baxter: Avec Noëlle Châtelet

1977: Repérages: Avec Jean-Louis Trintignant et Léa Massari

1980: Chère Inconnue: Avec Simone Signoret et Jean Rochefort

1980: Le Chemin perdu: Avec Charles Vanel, Magali Noël et Christine Pascal

1981: Freak Orlando: Avec Magdalena Montezuma

1986: Golden Eighties: Avec Charles Denner, Lio et Fanny Cottençon

1989: Johanna d’Arc of Mongolia: Avec Badema et Lydia Billiet

 

 

 

 

 

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