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717: VRGINIA BRISSAC

virginia brissac

Quelle étrange carrière que celle de Virginia Brissac. Sans doute une des plus étranges carrières de toute l’histoire du film américain!

Virginia Alice Brissac naît à San José en Californie le 11 Juin 1883. Son père est un agent d’assurances et bientôt les Brissac vont quitter la Californie pour l’Illinois et s’installer à Chicago. C’est là qu’elle fournira ses armes en tant qu’actrice. Son physique délicat convient à merveille aux personnages souffreteux. Elle exploite le même « fond de commerce » que Lillian Gish. Mais Lillian vit à New-York, autant dire à Broadway et Mary Pickford va lui présenter Griffith.

Autant dire aussi que si Virginia Brissac est là bien avant Lillian et joue les vedettes à Chicago depuis 1902, Lillian Gish va la prendre de vitesse et la coiffer au poteau de la course à la gloire!

Virginia Brissac

Virginia est une vedette, mais une vedette de Chicago! Et être une vedette de Chicago c’est un peu comme être une élégante de Tourcoing!

Elle reste d’ailleurs curieuse des stars de son temps et bien qu’elle soit elle-même une célébrité, elle tient depuis l’enfance une collection d’autographes à laquelle elle tient comme à la prunelle de ses yeux.

Une anecdote à ce propos a traversé le temps et survécu au moins autant que le souvenir de Virginia elle-même. Encore petite fille elle avait fait une demande d’autographe à Rudyard Kipling. Le secrétariat de celui-ci lui avait répondu qu’elle devait fournir la preuve d’un versement de 2.50$ à un œuvre de bienfaisance de son choix pour recevoir l’autographe en question.

Elle était peut-être encore une enfant mais elle avait déjà la langue bien pendue. la réponse allait être célèbre et parvenir jusqu’à Kipling alors aux Indes. « Je ne suis qu’une petite fille avec 50 cents d’argent de poche par semaine, vous comprendrez donc que réunir la somme de 2.50 dollars m’ a pris du temps! Maintenant que c’est fait, j’attends l’autographe! »

Un autre des ces exploits personnel aurait lieu au départ des troupes pour la grande guerre. Prenant des risques inconsidérés pour photographier les navires de guerre au départ, elle tombe à la mer et ne doit sa survie qu’au courage d’un jeune engagé volontaire de 22 ans qui devint grâce à son imprudence un héros avant d’avoir quitté le pays!

Hormis ces hauts faits, Virginia continue sa carrière de vedette théâtrale. En 1905 sa gloire locale est suffisamment grande pour qu’elle emmène ses plus grands succès comme « L’Eventail de lady Windermere » en tournée, la ramenant ainsi dans sa Californie natale le temps de quelques représentations couronnées de succès. En Juillet 1906, Virginia convole avec un de ses partenaires l’acteur Eugène D. Mockbee. Mais si elle était une gloire du Chicago, il est une grande vedette de Washington et c’est là que le couple s’installe puisque Virginia a promis en se mariant fidélité et surtout obéissance. Le couple s’installe à Spokane et c’est là que Virginia devient maman le 28 Octobre 1907.

En 1912 elle divorce, et sa liberté reprise, elle part en tournée aux « Iles Hawaïennes » et devient une véritable star à…Honolulu! Partie pour quelques semaines  elle y restera deux ans et en reviendra au bras de John Griffith Wray. Futur directeur des studios MGM, Griffith Wray est alors acteur et metteur en scène et se passionne déjà pour le cinéma. Il s’essaie à la technique en filmant des courts métrages les jours de relâche, mettant Virginia en scène sur les plages d’Hawaï!

Rentrés à Chicago en Janvier 1914, ils se marieront en Californie le 29 Juin 1915 . Griffith Wray adoptera officiellement l’enfant de Virginia né de son permier mariage. Plus tard, devenu Ardel Wray, bon sang ne sachant mentir, il deviendra célèbre comme scénariste spécialisé dans le cinéma d’épouvante!

Ce second mariage se défera en 1927 et en 1929, John Griffith Wray décède à 48 ans.

Etrangement, après son divorce, Virginia Brissac renonce à sa carrière d’actrice. la cinquantaine se profile à l’horizon, elle estime le temps venu de passer à autre chose après une carrière bien remplie, ignorant alors que sa carrière va…seulement commencer!

Virginia a rencontré le jeune et très beau Russ Columbo. Avec un physique ravageur digne de Rudolph Valentino ou Ramon Navarro, ce virtuose au violon est devenu chanteur avant de devenir acteur et se faire pâmer toutes les américaines, âges et statuts sociaux confondus.

Virginia avec qui il s’entend comme larrons en foire devient sa secrétaire. Columbo est déjà très célèbre, c’est pour lui qu’on invente le terme de « crooner ». Dans la presse on ne parle que de ses flamboyantes liaisons avec Greta Garbo, Lupe Velez ou Pola Negri. Tout est faux, il est dans la vie l’amoureux transi de la jeune actrice Dorothy Dell. Mais le 8 Juin 1934, Dorothy se tue en voiture. Elle n’avait que 19 ans et Russ Columbo est dévasté. Virginia le convainc de sortir du marasme où il s’enlise et de reprendre le chemin du studio Columbia là où il est maintenant sous contrat.

C’est là qu’il va faire la rencontre de la sublime et fantasque Carole Lombard qui pour ses beaux yeux envoie George Raft soi-même sur les roses!  Ces deux-là décident de se marier après la fin du tournage du film en cours de Carole et le début du prochain tournage de Russ. Le 2 Septembre 1934, Carole Lombard est au studio et trépigne en comptant les minutes. Elle doit rejoindre Russ pour dîner et a déjà mis son cher Travis Banton, son créateur préféré sur le coup, il faut qu’elle soit sublime. Elle l’ignore encore, mais elle ne reverra jamais Russ Columbo.

Celui-ci passe la journée chez son ami le photographe Lansing Brown qui possède la plus complète collection privée d’armes à feu anciennes à Hollywood. Or, Columbo aura dans son prochain film une scène de duel. Lansing Brown lui montre pas mal de vieilles pétoires et la manière de s’en servir. Ce sera l’accident. Tenant négligemment un pistolet en main, le photographe craque une allumette pour allumer sa pipe. La flamme s’approcha trop près de l’arme le coup partit, la balle ricocha sur une table et atteignit Russ Columbo.  Elle se logea dans le cerveau après avoir traversé l’œil. Les choses allèrent si vite que Lansing Brown se demanda ce qui se passait lorsqu’il vit son ami glisser lentement de sa chaise et tomber inanimé sur le sol face contre terre.  Il avait cru que la balle s’était logée dans la table et que Columbo avait eu si peur qu’il s’était évanoui. Il riait encore lorsqu’il vit le sang couler et crut encore un instant que son ami s’était blessé en tombant.

Russ Columbo mourut à l’hôpital après six heures d’une opération désespérée. Il avait vingt six ans.

Carole Lombard fut littéralement anéantie et c’est Virginia Brissac qui dut reconnaître le corps de Russ Columbo à la morgue.

La mère de Russ Colombo qui vénérait son fils était elle-même à l’hôpital au moment du drame où elle se remettait péniblement d’une grave crise cardiaque. Il était certain que la nouvelle de la mort de son fils serait fatale à la vieille dame. Virginia Brissac se sentait tout à fait incapable de lui annoncer la nouvelle et plus encore d’avoir sa mort sur la conscience. Elle mit alors sur pieds un stratagème avec la complicité de Carole Lombard et les frères et sœurs de Russ. La vielle dame sera tenue dans l’ignorance de la mort de son fils adoré jusqu’à sa propre mort en…1944. Carole l’aura à son tour précédée dans la tombe. La vieille dame avait sur sa cheminée une photo montage du mariage de Carole avec Russ Columbo. Et si la vieille dame ne voyait forcément plus son fils, elle l’entendait à la radio et l’avait même au téléphone!

Qui s’étonnera encore après cela que Virginia Brissac ait engendré un scénariste spécialisé dans le macabre?

Restée à Hollywood dans ces circonstances dramatiques, Virginia avait forcé le respect de tous et en 1935 on lui demanda, presque comme un service, pour dépanner, de tenir un très court rôle dans « Honeymoon Limited », une série B de chez Monogram Pictures.

Personne ne pouvait imaginer alors, et certainement pas elle-même que c’était là le premier jalon d’une carrière tout simplement phénoménale qui allait durer vingt ans. Elle allait même, qui aurait cru cela, tâter de la télévision et se retrouver avec Lucille Ball en personne dans « I Love Lucy »!

Elle aurait son baroud d’honneur en étant la grand’mère de James Dean dans « Rebel Without a Cause », film qu’elle avait accepté dira-elle pour être avec James Dean à l’écran. James qui lui rappelait si furieusement Russ Columbo sur qui elle avait veillé par delà la mort. Comment pouvait-elle imaginer qu’un fois encore la mort allait faucher. Un jeune homme de 23 ans.

Toujours sensible aux climats exotiques, elle s’éteindra de sa belle mort sous le chaud soleil du Nouveau Mexique à 96 ans fêtés un mois plus tôt. C’était le 26 Juillet 1979

Celine Colassin

virginia brissac

QUE VOIR?

1913: Hawaïan Love: (court métrage) Avec James Dillon

1913: The Shark God: (court métrage)Avec James Dillon

1935: Honeymoon Limited: Avec Irène Hervey et Neil Hamilton

1935: Three Goldfathers: Avec Irène Hervey, Chester Morris et Lewis Stone

1936: The Song of a Nation (court métrage) Avec Donald Woods

1936: Murder by an Aristocrat: Avec Marguerite Churchill et Lyle Talbot

1936: Two Against the World: Avec Beverly Roberts et Humphrey Bogart

1936: Love Letters of a Star: Avec Polly Rowles et Henri Hunter

1937: Idol of the Crowds: Avec  Sheila Bromley et John Wayne

1937: Stolen Holiday: Avec Kay Francis et Claude Rains

1937: White Bondage: Avec Jean Muir et Gordon Oliver

1937: Artists & Models: Avec Ida Lupino et Jack Benny

1938: Secret of a Nurse: Avec Helen Mack et Edmund Lowe

1938: Up the River: Avec Phyllis Brooks et Tony Martin

1938: Young Dr Kildare: Avec Lew Ayres et Lionel Barrymore

1939: I Stole a Million: Avec Claire Trevor et George Raft

1939: Jesse James: Avec Nancy Kelly, Tyrone Power et Peter Fonda

1939: Stop, Look and Love: Avec Jean Rogers et William Frawley

1939: Destry Rides Again: Avec Marlène Dietrich et James Stewart

1939: Dark Victory: Avec Bette Davis, Humphrey Bogart et George Brent

1940: Little Old New-York: Avec Alice Faye et Fred McMurray

1940: Wagons Westward: Avec Anita Louise et Chester Morris

1940: The House Across the Bay: Avec Joan Bennett et George Raft

1940: All This, and Heaven Too: Avec Bette Davis et Charles Boyer

1940: Remember the Night: Avec Barbara Stanwyck et Fred McMurray

1940: The Ghost Breakers: Avec Paulette Goddard et Bob Hope

1940: Strike Up the Band: Avec Judy Garland et Mickey Rooney

1940: Alias the Deacon: Avec Peggy Moran et Bob Burns

1941: The Nurse’s Secret: Avec Lee Patrick

1941: They Died with Their Boots On: Avec Olivia de Havilland et Errol Flynn

1941: Washington Melodrama: Avec Ann Rutherford et Frank Morgan

1941: The Little Foxes: Avec Bette Davis et Teresa Wright

1941: Dressed to Kill: Avec Mary Beth Hugues et Lloyd Nolan

1941: Unfinished Business: Avec Irène Dunne et Robert Montgomery

1942: Lady Gangster: Avec Faye Emerson et Julie Bishop

1942: The Mummy’s Tomb: Avec Elyse Knox et Dick Foran

1942: Star Spangled Rhythm: Avec Betty Hutton, Bob Hope et Bing Crosby

1942: Take a Letter, Darling: Avec Rosalind Russell et Fred McMurray

1943: Shadow of a Doubt: Avec Teresa Wright et Joseph Cotten

1943: Moonlight in Vermont: Avec Gloria Jean et Ray Malone

1944: Song of the Open Road: Avec Bonita Granville, W.C. Fields et Edgar Bergen

1945: The Scarlet Clue: Avec Sidney Toler

1945: Why Girls Leave Home: Avec Lola Lane

1945: The Dolly Sisters: Avec Betty Grable et June Haver

1945: State Fair: Avec Jeanne Crain et Dana Andrews

1945: Bewitched: Avec Phyllis Thaxter et Edmund Gwenn

1945: Night Club Girl: Avec Vivian Austin

1945 :A Tree Grows in Brooklyn: Avec Dorothy McGuire et Joan Blondell

1946: Sister Kenny: Avec Rosalind Russell

1947: Capitain from Castille: Avec Jean Peters et Tyrone Power

1947: Monsieur Verdoux: Avec Charles Chaplin

1947: Pursued: Avec Teresa Wright et Robert Mitchum

1947: Secret Beyond the Door: Avec Joan Bennett et Michael Redgrave

1948: The Snake Pitt: Avec Olivia de Havilland

1948: Old Los Angeles: Avec Katherine Macleod et John Carroll

1949: The Last Bandit: Avec Lorna Gray et Bill Eliott

1950: No Man of Her Own: Avec Barbara Stanwyck et John Lund

1951:Three Guys Named Mike: Avec Jane Wyman et Van Johnson

1951: Flame of Araby: Avec Maureen O’hara et Jeff Chandler

1951: Operation Pacific: Avec Patricia Neal et John Wayne

1952 Woman of the North Country: Avec Ruth Hussey, John Agar et Rod Cameron

1952: Bugles in the Afternoon: Avec Helena Carter et Ray Milland

1953: Fair Wind to Java: Avec Vera Ralston et Fred McMurray

1953: All I Desire: Avec Barbara Stanwyck et Richard Carlson

1953: Bandits of Corsica: Avec Paula Raymond et Richard Greene

1953: Meet me at the Fair: Avec Diana Lynn et Dan Dailey

1954: About Mrs Leslie: Avec Shirley Booth et Robert Ryan

1954: Exécutive Suite: Avec Barbara Stanwyck, Shelley Winters et William Holden

1954: Phantom of the rue Morgue: Avec Patricia Medina, Karl Malden et Claude Dauphin

1954: Pa et Ma Kettle at Home: Avec Marjorie Main et Percy Kilbride

1955: Rebel Without a Cause: Avec James Dean, Natalie Wood et Sal Mineo

                       

 

 

715: FRANCISKA GAAL

franciska gaal

Le nom de Franciska Gaal s’est aujourd’hui bien estompé dans les mémoires, et pour cause!

La belle ne fera que passer sur les écrans, elle est d’ailleurs plus célèbre comme artiste de cabaret que comme actrice. Ensuite, la belle a débuté sa carrière et l’a terminée en Hongrie, pays dont le cinéma traverse rarement les frontières.

C’est à Budapest que Szidónia Silberspitz vient au monde le 1 Février 1904.

C’est très jeune encore qu’elle fera se débuts au cinéma. Elle a 17 ans et le réalisateur Joe Pasternak s’est complètement entiché de la voix délicieuse de cette très jeune fille déjà vedette de cabaret. Et que le cinéma de 1921 soit muet n’a pas un seul instant effleuré le célèbre metteur en scène! Il est fou de Franceska comme il sera très bientôt fou de Deanna Durbin!

franciska gaal

La jeune femme de son côté préfère nettement la scène au plateau et ne s’avoue guère convaincue par ce cinéma qui se tait même si elle tient d’emblée des rôles de vedette dans les rares films où elle se produit!

Lorsqu’on la reverra sur les écrans, le cinéma parlera, nous serons en 1932 et Franciska malgré une coupure d e11 ans dans sa carrière reprendra sa place de grande vedette comme si elle était partie la veille. C’est que voyez-vous, sa réputation d’artiste à la beauté sublime et à la voix d’or est immense. Franciska Gaal est une star même sans tourner de films!

En 1934 elle épouse l’élu de son cœur, Francis Dajkovich. La jeune mariée est heureuse, elle est une star, elle est jeune, elle est belle, elle est riche, elle est amoureuse. mais ce ravissant bonheur a pour décor une Europe moribonde où grondent déjà les premières rumeurs de guerre.

Son grand amie de toujours, Joe Pasternak qui est devenu un des plus illustres réalisateur sen exil à Hollywood est un homme avisé qui ne se fait aucune illusion sur l’avenir du monde. Il supplie Franciska de le rejoindre à Hollywood avant que l’irréparable ne se produise et que la fureur embrase le monde.

En 1938, Franciska n’a plus aucune illusion elle non plus et doit bien reconnaître que Pasternak a raison. Elle qui avait déjà connu une guerre ne pouvait pas se résoudre à imaginer que l’homme serait assez stupide, assez fou et assez cruel pour en faire une autre quelques années plus tard.

franciska gaal

Pour Joe Pasternak qui idolâtrait littéralement Franciska, il était hors de question de la voir débarquer à Hollywood et se contenter d’un second rôle ou pire encore, d’un rôle dans un film médiocre.

Il avait tant fait l’article au studio Paramount qu’à peine descendue de son transatlantique, elle fut reçue comme la nouvelle reine d’Hollywood et parachutée dans les bras de Fredric March au sommet de l’affiche du film le plus prestigieux qui se préparait alors: « Les Boucaniers » dirigé par Cecil B.de Mille!

Franciska en d’autres circonstances aurait pu être ravie, mais elle était Hongroise. Son pays s’apprêtait à vivre l’enfer absolu et dans cet enfer il y avait sa famille, ses amis, tous ceux qu’elle aimait.

Lorsqu’elle apprit que sa mère était au plus mal , elle prit le chemin du retour au mépris de tous les dangers et non sans avoir terminé son troisième et ultime film américain dont elle était la star « Paris Honeymoon » avec Bing Crosby.

La guerre embrasa l’Europe, Franciska se perdit dans la tourmente. Pasternak sans nouvelles la croyait morte et ne vivait plus. mais si elle avait perdu la quasi totalité de sa famille, Franciska Gaal vivait. Et son mari aussi. En 1946 elle tournait le premier film hongrois remis en chantier!

Malgré son passage éclair à Hollywood, Franciska Gaal y avait laissé le souvenir d’une comète éblouissante et surtout d’une artiste fabuleuse. C’est à elle que fit appel sa compatriote Eva Gabor pour lui succéder dans le spectacle qu’elle jouait à Broadway et qu’une santé chancelante l’empêchait de mener à bon terme.

Franciska Gaal refit la traversée pour ne pas désobliger son amie et fit un triomphe dès son premier soir, le public ayant oublié jusqu’à l’existence d’Eva Gabor!

Son mari adoré la laissa veuve en 1965. Franciska n’avait plus personne en Hongrie, elle resta à New-York, ne refit jamais de cinéma et ne revint jamais à Hollywood.

C’est à New-York qu’elle s’éteint le 2 Janvier 1973, un mois avant de fêter ses 69 ans.

Gaal Franciska

QUE VOIR?

1921: New-York Express Kàbel (film perdu)

1921: A Cornevillei Harangok: Avec Bella Muzsnay

1932: Paprika: Avec Paul Hörbiger

1934: Frühjahrsparade: Avec Paul Hörbiger et Wolf Albach Rety

1935: Kleine Mutti: Avec Friedrich Benfer

1936: Fräulein Lilli: Avec Hans Jaray

1936: Katharina, die Letzte: Avec Hans Holt

1938: The Buccaneers: Avec Fredric March

1938: The Girl Downstairs: Avec Franchot Tone

1939: Paris Honeymoon: Avec Bing Crosby

1946: Renée XIV: Avec György Dénes

 

710: CELESTE HOLM

celeste-holm

Je culpabilise toujours un peu lorsque j’inscris des actrices de grand prestige parmi mes « Etoiles Filantes « et non parmi mes incontournables.

Après tout, Céleste Holm est une star hollywoodienne oscarisée et elle restera immortelle à jamais pour son rôle de Karen dans « All About Eve », rôle qui lui valut une autre nomination aux Oscars!

Celeste Holm et son Oscar du meilleur second rôle pour "Gentlemen's Agreement" en 1947

Céleste Holm et son Oscar du meilleur second rôle pour « Gentlemen’s Agreement » en 1947

Mais si Céleste fut incontestablement une grande actrice et une star hollywoodienne au franc parler aussi direct qu’insolent, force est d’avouer qu’elle ne porte aucun film sur ses seules épaules et que tout compte fait, le cinéma ne l’intéressait pas tant que ca!

Et si à l’heure de sa mort, la presse du monde dentier relaya l’évènement, c’est qu’elle avait 95 ans et que nombre de gazettes croyaient que cette triste chose avait eu lieu depuis bien longtemps! Le dernier film qu’elle venait de tourner « Driving Me Crazy » n’aurait aucun succès et pour l’actrice il sortirait de manière posthume.

Celeste Holm

Céleste vient au monde le 29 Janvier 1917 dans sa chère ville de New-York qu’elle adorera toujours plus que tout au monde. Pourtant, ses parents dont elle est la fille unique voyagent beaucoup et la demoiselle grandira essentiellement à Chicago, mais aussi en France et en Hollande.

Mais où qu’elle se trouve, la jeune Céleste ne rêve que de théâtre ou plus exactement de Broadway. Existe-il d’autres scènes?

Elle fera donc ses débuts dans un Shakespeare mené par Leslie Howard. mais malgré une volonté de fer doublée d’un talent certain et d’une joliesse évidente, elle devra attendre 1940 pour trouver des rôles un tant soi peu convenables.

celeste holm

En 1943 elle triomphe enfin dans « Oklahoma ». Hollywood s’intéresse aux droits de l’opérette, Gene Kelly a qui elle a donné la réplique sur scène quelques années plus tôt étant considéré comme un expert en comédies musicales par Hollywood, il en profite pour attirer l’attention sur sa belle et excellente amie Céleste.

Mais Céleste ne viendra à Hollywood qu’en 1946. Sa vie était déjà à Broadway depuis des années. Elle avait d’ailleurs eu le temps de se marier en 1936 avec le producteur-réalisateur acteur Ralph Nelson avec qui elle a un fils, Ted.

Le mariage se termine en 1939 et Céleste confie la garde et l’éducation de son petit garçon à ses propres parents. Plus tard questionné à ce propos, Ted Nelson, un des pionniers de l’internet déclarera « Ma mère a eu raison, c’était la meilleure chose à faire! »

celeste holm

A peine divorcée, Céleste se remarie le 7 Janvier 1940 à l’éditeur Francis Emerson Harding Davies. Mariage qui se soldera par un divorce en 1945.

Céleste, avant de partir voir de près à quoi Hollywood ressemble se remarie pour la troisième fois avec A. Schuyler Dunning qui sera le père de son second fils  Daniel Dunning.

On le voit, lorsque Céleste Holm débarque dans le cité du film, ce n’est pas en jeune starlette ambitieuse et folle de bikinis, c’est en grande vedette de Broadway flanquée de son troisième mari!

Celeste Holm

Dès ses débuts dans « Trois Petites Filles en Bleu », Céleste sera très vivement remarquée, sa présence transcende le rôle et transperce l’écran. Et ce malgré la présence dans un autre second rôle de Vivian Blaine qui est pour le moins difficile à éclipser! Avec le recul, je me demande si quelqu’un s’est rendu compte que la délicieuse June Haver était la vedette du film!

celeste holm

Dès l’année suivante, son rôle dans « Gentlemen’s Agreement » lui vaut l’Oscar 1948 de la meilleure actrice dans un second rôle. Ce n’est pas la catégorie la plus prestigieuse, certes, mais Céleste évinçait  des actrices telles que Gloria Grahame, Marjorie Main, Anne Revere et Ethel Barrymore! Avouons que ce n’est pas rien!

celeste Holm Oscar

La preuve était ainsi faite qu’à Hollywood, très vite la mèque du cinéma considéra non seulement Céleste Holm comme l’une des leurs mais comme une des grandes dames de la cité du film.

Normal! C’est ce qu’elle était! Dès que sa renommée fut suffisante pour lui valoir des demandes d’autographes de fans émerveillés, Céleste Holm va les vendre un dollar pièce! Non qu’elle soit vénale mais elle reverse la totalité des sommes récoltées, très vite conséquentes, à la recherche contre le cancer et au profit de l’enfance maltraitée, son grand cheval de bataille.

Certains avaient bien ri un peu de cette pratique, mais en 1966, alors qu’on ne la voyait guère au cinéma, l’UNICEF la remercia publiquement pour être une de leurs plus généreuses donatrices!

celeste holm

En 1950 elle est à nouveau nommée pour son rôle de religieuse dans « Come to the Stable » mais elle est évincée par Mercedes MacCambridge qui triomphe avec « All King’s Men ». L’année suivante, toujours nommée, cette fois pour All About Eve, elle perd au profit de la vétérane Joséphine Hull qui avait fait fondre tous les cœurs dans « Harvey » face à James Stewart.

Celeste Holm pour Smirnoff

On le voit, on l’a compris, Céleste Holm est tout simplement sensationnelle! Elle est même tout à fait passionnante sans se montrer à l’image. Joseph Mankiewicz lui confie la voix d’Addie Ross dans « Letter to Three Wives ». Le film commence après le départ de son personnage dont on ne fera qu’entendre la voix, ce qui est bien suffisant pour torturer  les âmes délicates de Linda Darnell, Jeanne Crain et Ann Sothern!

celeste holm

Mais dès 1950, avec « All About Eve » qui fait d’elle une icône à jamais aux yeux des cinéphiles, Céleste Holm se lasse! New-York et Broadway en particulier lui manquent. Elle n’était là que depuis quatre ans à peine et elle le savait passés à tourner des chefs d’œuvre et arpenter le tapis rouge à la cérémonie des Oscars!

Rien ne peut la retenir, elle plia bagage, regagna la côte Est, débuta à la télévision et divorça, tant qu’elle y était à faire place nette! Elle ne tournera que deux films durant toutes les années 50 et les deux fois pour faire plaisir à Frank Sinatra et non à Hollywood!

Elle recevra la plus prestigieuse récompense de toutes: le prix Sarah Siddons dont il est tellement question dans « All About Eve »! Elle réussira également la prouesse d’avoir de meilleures critiques  pour « Auntie Mame » que Greer Garson, Lucille Ball, Constance Bennett et même Rosalind Russell à qui pourtant le rôle appartient aux yeux du public américain. Seule Angela Lansbury lui aura tenu la dragée haute mais sans la supplanter dans le rôle

celeste holm

Dès son divorce prononcé en 1952, elle choisit de vivre seule et s’offre un appartement au cœur de Manhattan. Elle l’achète si bon marché qu’elle a suffisamment d’argent dans son sac à main pour le payer comptant et en liquide. Oui!, Céleste Holm est une femme qui se promenait avec 10.000$ en liquide dans son sac en 1953!

holm celeste

Céleste Holm est donc bel et bien une étoile filante. Particulièrement brillante, certes, mais le fait demeure!

Elle attendra 1961 pour se remarier, cette fois avec l’acteur Wesley Addy qu’elle admirait depuis qu’elle l’avait vu incarner Hamlet à Broadway! Il fera de Céleste une veuve en 1996. Il avait 83 ans et elle en avait 80.

80 et toujours active! Elle le restera jusqu’à sa fin le 15 Juillet 2012.

Mais avant ce triste épilogue, il y aura encore d’autres épisodes retentissants!

Elle avait toujours gardé son franc parler et au beau milieu des années 70 elle s’exclame dans les oreilles d’un journaliste stupéfié: « Si les jeunes veulent fumer de la Marijuana qu’ils le fassent et qu’on leur fiche la paix! Si l’état américain veut interdire quelque chose à tout prix, qu’il interdise la télévision! Parce que lorsque vous voyez ces jeunes avachis et l’œil hagard devant leur maudit poste à regarder des imbécilités, c’est bien plus dramatique qu’une petite fumette de temps en temps! »

Celeste holm

Elle venait de terminer la série « Nancy » où elle avait un rôle récurrent et s’apprêtait à arpenter « Les Rues de San Francisco » avec Karl Malden et Michael Douglas! J’imagine la tête de ses producteurs! mais la raison de cette vindicte était le pilote d’une série dont elle aurait été la vedette qu’elle avait tourné à ses frais et qui n’avait intéressé aucune chaîne!

Le temps passant, sa gloire télévisée et théâtrale  était intacte. Elle était richissime et son appartement de Manhattan acheté 10.000$ en 1953 allait bientôt valoir 10.000.000$. ET qui de plus est, ses fils l’avaient faite grand mère et avaient fait tous les deux fortune à leur tour.

Céleste Holm commit alors l’étrange! Le 29 Avril 2004, alors qu’elle vient de fêter ses 87 ans sur le plateau de la série « Whoopi » avec Whoopi Goldberg, Céleste Holm se remarie avec le ténor Frank Basile qui n’a jamais que 41 ans de moins qu’elle!

On ne pouvait certes que se réjouir pour l’alerte octogénaire mais la réalité était moins rose. Depuis 2002, la santé véritablement fracassante de Céleste Holm n’était plus qu’une vitrine pour les médias. Elle souffrait de plus en plus de la mémoire, il faudra lui placer une hanche artificielle puis un simulateur cardiaque et elle souffre maintenant de problèmes pulmonaires et d’un cancer de la peau.

Jusqu’à la fin, malgré la canne et le jeune mari, elle tiendra la dragée haute aux médias et ne se montrera jamais que parfaitement mise et l’Oscar prêt à surgir du sac à main.

C’est son fils cadet qui se charger a d’avertir la presse des intentions malveillantes du jeune mari en question qui selon lui ne cherche qu’à spolier sa richissime maman.

Le crépuscule est parfois cruel pour les étoiles, qu’elles soient filante sou pas.

Affaiblie, Céleste Holm fut hospitalisée quelques jours mais sentant sa fin proche elle souhaita rentrer chez elle dans son cher appartement de Manhattan.

Celine Colassin

Celeste Holm

QUE VOIR?

1946: Three Little Girls in Blue: Avec June Haver et George Montgomery

1947: Gentlemen’s Agreement: Avec Dorothy McGuire, Gregory Peck et John Garfield

1948: Road House: Avec Ida Lupino et Richard Widmark

1948: The Snake Pit: Avec Olivia de Havilland

1949: Everybody Does It: Avec Linda Darnell et Paul Douglas

1949: Letter to Three Wives :Voix d’Addie Ross

1949: Come to the Stable: Avec Loretta Young

1950: All About Eve: Avec Bette Davis et Anne Baxter

1955: The Tender Trap: Avec Debbie Reynolds et Frank Sinatra

1956: High Society: Avec Grace Kelly et Frank Sinatra

1962: Bachelor Flat: Avec Tuesday Weld, Richard Beymer et Terry Thomas

1967: Doctor, You’ve Got to Be Kidding!: Avec Sandra Dee et George Hamilton

1973: Tom Sawyer: Avec Johnny Whitaker

1976: Bittersweet Love: Avec Lana Turner

1977: The Private Files of J. Edgar Hoover: Avec Broderick Crawford

1987: 3 Men and a Baby: Avec Tom Selleck

1997: Still Breathing: Avec Brenda Frazer

2012: Driving Me Crazy: Avec Jeanine Bartel et Keith Black

 

 

706: GLENDA FARELL

Glenda Farrell

Ah! quel patronyme parfait pour se lancer à la conquête de la gloire hollywoodienne!

Glenda Farrell! Ca claque comme un nom de star sublime! Rita Hayworth ou Lana Turner auraient pu s’appeler Glenda  Farrell! Ce ne sera malheureusement pas suffisant pour que la postérité retienne ce nom tellement évocateur. C’est bien dommage, car Glenda Farrell méritait autant sinon plus que toute autre  la pérennité du souvenir ému ou ébloui.

L’actrice ne s’est pas contentée de briller au cinéma mais elle a inventé un nouveau type de femme et de personnage qui n’existait pas avant elle.

Celui de la « working girl » qui creuse son trou dans un milieu d’hommes et s’y fait respecter pour ses qualités professionnelles malgré ses longues jambes et ses curieux chapeaux. La femme qui travaille, galère, trempe sa chemise, réfléchit et finit toujours par gagner la partie non sans avoir ponctué toute ses phrases d’un trait sarcastique! Et bien sûr, son mâle environnement déteint un peu sur elle, elle fume, elle boit, rentre tard, joue aux courses et ose les plaisanteries risquées!

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Avant Glenda Farrell ce nouveau type féminin au cinéma n’existait tout simplement pas. D’autres actrices s’engouffreront dans le créneau et c’est paradoxalement deux autres actrices qui laisseront leur empreinte dans le genre: Ruth Hussey et Eve Arden. De très grandes stars enfin viendront se frotter à ce type de rôles: Rosalind Russell, Ginger Rogers, Katharine Hepburn et même Bette Davis!

Mais en son temps, Glenda était bien la reine du genre et elle était si célèbre que les scénaristes avaient beau jeu de préciser dans leurs textes « Elle entre, c’est une Glenda Farrell » Tout était dit, tout le monde avait compris!

Glenda Farrell

Mais commençons par le début!

Glenda Farrell est née le 30 Juin 1901 (et non 1904) à Enid en Oklahoma. Elle aura deux frères: Richard et Gene. C’est une petite fille espiègle, intelligente, débrouillarde et armée d’une volonté de fer malgré son jeune âge. C’est déjà tout son personnage en somme!

Glenda veut être actrice et elle le sera. Ses parents la « laissent faire » à condition que cette passion ne nuise pas à ses performances scolaires. C’est ainsi qu’à 7 ans elle sera déjà la petite Eva dans une version théâtrale de « La Case de l’Oncle Tom ». Elle jouera avec plusieurs compagnies théâtrales de passage jusqu’à ce qu’elle gagne enfin Broadway avec l’une d’elles au début des années 20. Au milieu de la décennie elle est devenue une actrice connue et récolte de bonnes critiques. En 1928, Hollywood est avide d’actrices sachant parler puisque le cinéma en fait maintenant autant, « The jazz Singer » est sorti l’année précédente. C’est la studio First National qui lui propose un contrat après quelques essais muets et new-yorkais.

Débarquée sous le soleil californien en 1928, la belle de l’Oklahoma passera chez Warner en 1930 et  sera distribuée entre Edward G Robinson et Douglas Fairbanks jr. dans « Little Caesar ». Un premier rôle, un succès énorme, Glenda est lancée. Elle tournera vingt films en 1933!

Elle fait l’unanimité chez Warner à tous les nivaux « Glenda Farrell est une actrice incroyable, elle adore son métier et donne des performances inouïes même quand elle est de dos ou même hors champ! »

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Résumé comme ça, le parcours de Glenda Farrell a l’air d’une promenade idyllique sur un chemin bordé de rosiers en fleurs. Or, rien n’est plus faux. En 1921, la très jeune Glenda, elle avait 17 ans, était tombée follement amoureuse d’un jeune acteur lui aussi débutant inconnu et aspirant à la gloire: Thomas Richards.

Le couple s’était marié et bientôt, un petit Tommy était venu couronner leur union. Glenda était follement heureuse, mais elle se souvient qu’ils étaient alors si pauvres qu’elle découpait les langes de son petit garçon dans de vieux sacs de farine. Les débuts furent durs. Bien trop pour Thomas Richards qui peu à peu va sombrer dans la dépression puis dans l’alcool. Glenda ne pourra rien pour l’aider. D’autant que lorsqu’il est ivre, son mari devient violent et qu’elle craint pour la sécurité de leur petit garçon. Thomas Richards ne sera jamais un acteur célèbre et travaillera à Hollywood comme monteur.

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En 1937, Glenda qui est maintenant une des « first lady » de la Warner, hérite du rôle qui va faire sa légende. Celui de Torchy Blaine. Torchy Blaine, journaliste caustique sachant débiter 400 mots en 40 secondes, arrimée à sa machine à écrire, clope au bec chapeau de travers.

« Un exercice de haute volée pour moi qui ne fume pas et ne sais pas taper à la machine! »  plaisante l’actrice.

Torchy Blaine va passionner le public et devenir un « sérial » à succès. Jane Wyman elle-même se risquera dans le rôle lorsque Glenda y renoncera en 1940.

Hollywood et le public se sont entichés de l’actrice et de son personnage. Glenda et Torchy fascinent et font rire. Il faut dire qu’il y a de quoi. Glenda est une femme aussi intéressante que son personnage et la presse va se régaler de ses photos avec son chat siamois à lunettes. « Voir ce pauvre animal complètement miro se cogner dans tous les meubles me fendait le cœur! Maintenant avec ses lunettes il est parfaitement heureux! Je suis ravie d’avoir eu l’idée même si j’avais d’abord pensé à un casque! »

Glenda Farrell et Frankie son siamois à lunettes!

Glenda Farrell et Frankie son siamois à lunettes!

Elle forme également un team à succès avec une autre star du studio: Miss Joan Blondell. Ces deux-là réunies à l’écran enchantent le public. Elles tourneront quatre films ensemble, quatre triomphes!

Joan Blondell-Glenda Farrell un team de choc, ici dans "Les Princesses de Kansas City"

Joan Blondell-Glenda Farrell un team de choc, ici dans « Les Princesses de Kansas City »

Mais en 1940 il va se passer plusieurs choses décisives pour Glenda Farrell. Son contrat à la Warner expire et elle se demande si elle a envie de continuer ces tournages à la chaîne dignes d’une usine à haut rendement.

Elle aimerait mettre la pédale douce car comme elle le dit elle-même « Le travail au cinéma est moins gratifiant qu’au théâtre pour une actrice car vous n’avez aucun pouvoir sur le résultat final présenté au public, c’est le travail de toute une équipe ». Et logique avec elle-même, elle ne renouvela pas son contrat et regagna Broadway. Ce qui ne veut pas dire qu’elle abandonna le cinéma pour autant! On la reverra encore, épisodiquement il est vrai, 30 ans durant!

Et puis elle avait rencontré celui qui deviendrait son second mari, le docteur Henri Ross qu’elle épouserait en 1941. Henri Ross est médecin aux armées et directement attaché au staff du général Eisenhower.

Glenda retournera donc au théâtre, retrouvera Broadway et puisqu’elle est à New-York, fief absolu de la télévision elle s’y engouffre et décroche un Emmy Award en 1963 .

En 1969 elle triomphe à Broadway dans « 40 Carats » lorsqu’elle est diagnostiquée souffrant d’un cancer au poumon « Moi qui n’ai jamais fumé! C’était bien la peine! »

Elle était toujours une véritable star et follement populaire, ayant traversé les époques et les styles avec beaucoup d’efficacité et de discernement puisqu’on l’avait vue donner la réplique à Dorothy Lamour et Kim Novak avant Tippi Hedren, Elvis Presley et Jerry Lewis!

Elle tiendra son rôle dans « 40 Carats » jusqu’à ce que ses forces la trahissent. Elle doit renoncer en 1970 et s’éteint chez elle à New-York le 1 Mai 1971. Elle sera inhumée au cimetière militaire de West Point où son mari la rejoindra dans la tombe en 1991.

Tommy Garrel, le fils adoré de Glenda avait lui aussi embrassé la carrière d’acteur et même s’il ne sera jamais une grande star, il connaîtra de jolis succès personnels dans plus de 80 films. Il s’éteint en 2004 et avait donné quatre petits enfants à Glenda.

Celine Colassin

Glenda Farrell

QUE VOIR?

1928: Lucky Boy: Avec Gwen Lee et George Jessel

1931: Little Caesar: Avec Edward . Robinson et Douglas Fairbanks Jr.

1932: Scandal for Sale: Avec Rose Hobart et Charles Brickford

1933: Mystery of the Wax Museum: Avec Fay Wray et Lionel Atwill

1933: Man’s Castle: Avec Loretta Young et Spencer Tracy

1933: Gambling Ship: Avec Benita Hume et Cary Grant

1933: Lady for a Day: Avec May Robson et Warren William

1934: Kansas City Princess: Avec Joan Blondell et Robert Armstrong

1934: Heat Lightning: Avec Ann Dvorak et Aline McMahon

1935: Gold Diggers of 1935: Avec Gloria Stuart et Dick Powell

1936: Snowed Under: Avec George Brent et Geneviève Tobin

1936: Here Comes Carter: Avec Ross Alexander, Anna Neagle et Iris Adrian

1936: Gold Diggers of 1937: Avec Joan Blondell

1937: You Live and Learn: Avec Claude Hulbert

1937: Hollywood Hôtel: Avec Louella Parsons, Lola et Rosemary Lane

1938: Exposed: Avec Otto Kruger

1938: Torchy Gets Her Man: Avec Barton MacLane

1939: Torchy Blane in Chinatown: Avec Barton MacLane

1939: Torchy Runs for Mayor: Avec Barton MacLane

1943: Klondike Kate: Avec Ann Savage et Tom Neal

1948: Lulu Belle: Avec Dorothy Lamour et Robert Montgomery

1948: Mary Lou: Avec Joan Barton et Robert Lowery

1952: Apache War Smoke: Avec Gilbert Roland

1953: Girls in the Night: Avec Joyce Holden

1954: Susan Slept Here: Avec Debbie Reynolds, Anne Francis et Dick Powell

1954: Secret of the Incas: Avec Nicole Maurey et Charlton Heston

1955: The Girl in the Red Velvet Swing: Avec Joan Collins et Ray Milland

1959: Middle of the Night: Avec Kim Novak et Fredric March

1964: Kissin Cousin’s: Avec Elvis Presley

1964: The Disorderly Ordery: Avec Jerry Lewis

1970: Tiger by the Trail: Avec Tippi Hedren et Christopher George

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

700: HILLARY BROOKE

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Il existe dans le cinéma américain, une catégorie très à part, une catégorie d’actrices à laquelle je serais bien incapable de donner un titre.

Ces dames sont très belles, elle tournent beaucoup, elle sont réputées tant pour leur physique dont personne ne songerait à contester la beauté que pour leur talent qui lui non plus n’est jamais contesté. Elles ont souvent un type de rôles ou de films où elles excellent et qui font leur renommée sans pourtant faire leur gloire.

Le meilleur exemple est probablement celui de Marie Wilson avec son personnage d’Irma!

Dans cette catégorie de beautés célèbres et fort populaires en plus de Marie Wilson, je pourrais classer Adèle Mara, Adèle Jergens, Mari Blanchard et bien entendu , Hillary Brooke.

Notre héroïne du jour naît à New-York sous le patronyme de Béatrice Sophia Mathilda Peterson le 8 Septembre 1914.

Les Peterson sont une famille de la classe moyenne mais tiennent à ce que leur fille ait une éducation irréprochable. Elle en gardera une diction parfaite et un rien pincée qui lui fera souvent obtenir des rôles de ladies anglaises au cinéma et à la télévision.

Mais tout ca, c’est pour demain. En attendant, la ravissante Béatrice entre à l’université avec la ferme intention de devenir diététicienne.

Mais quand on est une jeune fille très belle et que l’on vit à New-York, il y a bien d’autres attractions que la diététique! Beatrice va donc faire quelques photos de mode, un peu de théâtre, c’est presque une évidence voir même une fatalité.

hillary brooke

Et comme elle est très belle, qu’elle est douée et qu’elle a un maintient sans égal en accord avec sa diction si distinguée, le succès est au rendez-vous!

Elle partira même se produire à Londres dans une comédie musicale  » Transatlantic Rythm »!

De cinéma, pourtant, il n’est toujours pas question. En tout cas de manière sérieuse! Hillary Brooke avait tâté du cinéma depuis 1937 mais dans des rôles si infimes qu’elle devra attendre 1941 pour avoir son nom à un générique! Et encore! Au générique d’un western de troisième zone, « The Long Rider in Frontier Fury »

Elle avait pourtant déjà croisé sur les plateaux des noms aussi prestigieux que Cary Grant, Lana Turner,  Katharine Hepburn, Spencer Tracy, James Stewart,Ingrid Bergman Ray Milland ou Greta Garbo soi-même!

hillary brooke

Lorsqu’elle épouse un assistant réalisateur de 10 ans son aîné: Jack Voglin en 1943. Béatrice a déjà 29 ans! Qui songerait à débuter au cinéma à un âge pareil alors qu’à Hollywood Linda Darnell fête ses 20 ans et qu’elle tourne des rôles d’amoureuse depuis 4 ans dans les bras de Tyrone Power!

Le cinéma devra attendre 1947, soit qu’elle ait 33 ans pour entendre parler d’elle pour la première fois de manière un temps soit peu concrète dans les potins hollywoodiens! Son excellent rôle dans « Jane Eyre » entre Olivia de Havilland et Orson Welles ne lui avait pas rapporté la notoriété qu’elle était en droit d’ en espérer.

Connue surtout pour être l’égérie des savons DOVE, Elle divorce de Jack Voglin dans un fracassant tumulte car si ces deux-là sont parfaitement d’accord sur la garde de leur fils Donald, ils s’étripent par tribunaux interposés pour la garde de leur berger allemand!

Et ce n’est pas tout! Miss DOVE a signé avec la compagnie Frank Seltzer pour un film, mais on veut lui infliger des robes « New-Look » comme vient de les créer Christian Dior à Paris! Elle refuse d’entrer dans « ces lampadaires »  qui ont l’outrecuidance de masquer ses jolies jambes! L’affaire s’envenime, les tribunaux sont à nouveau saisis, Elle exige 200.000$ de dommages et intérêts de la part de ces gens qui exigent qu’elle porte de tels déguisements! Dior ou pas Dior!

Elle saisit également les tribunaux, pourchassant Howard Hugues soi-même qui l’a engagée pour son film « Vendetta » qui se tourne et se détourne depuis deux ans!

En 1948, partie tourner en Afrique, elle doit être rapatriée d’urgence. Terrifiée par les animaux sauvages, ses nerfs ont lâché!

Rentrée à Hollywood, elle se battra pour être Irma mais c’est Marie Wilson qui emportera le rôle. Elle essaiera d’être Maisie mais cette fois c’est Ann Sothern qui l’emporte! Elle apparaîtra bien dans la série des « On the Road » mais on sait que la dame attitrée de ces choses n’est autre que Dorothy Lamour!

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Hillary Brooke n’était pour Hollywood qu’une actrice de second rôle que l’on ne se faisait pas faute d’appeler lorsque l’on avait besoin d’une pimbêche maniérée. Et les choses auraient pu rester en l’état jusqu’à ce qu’elle s’en lasse. Mais paradoxalement, c’est son sens de l’humour en acier blindé qui va changer la donne.

Elle s’est liée d’amitié avec Louis Costello du duo de comiques « Abbott et Costello ». Lorsque le duo alors follement en vogue aura sa propre série de films, Hillary y aura son personnage récurrent qui lui vaudra, enfin, une réelle popularité. Lorsque le tandem comique quittera les plateaux de cinéma pour ceux de la télévision où ils auront leur show, Hillary restera de l’aventure.

Plus tard, émue elle se souviendra: « Buddy et Louis avaient l’habitude de mettre tout le monde en boîte sur le plateau, sauf moi! Ils ne se sont jamais risqués à me faire la moindre farce et ils ont toujours été d’une courtoisie parfaite à mon égard! » Et là, elle battit des cils d’un air entendu qui signifiait clairement « Il n’aurait plus maqué que ca! »

La popularité glanée avec le célèbre duo lui vaudra enfin de tenir quelques rares premiers rôles à l’écran. Toujours, hélas dans des séries B mais l’honneur était sauf! Cette collaboration lui ouvrira toutes grandes les portes de la télévision où sa beauté fait rage mais où son humour fait des ravages. Suprême  consécration: Un appel de Lucille Ball elle-même qui l’invite sur le plateau de son cultissime « Lucy Show »!

Au cinéma aussi, elle aura son petit baroud d’honneur puisqu’Alfred Hitchcock lui-même la sollicite pour « L’Homme qui en Savait Trop »!

En 1960, elle épouse un ancien directeur de la MGM, Raymond A Klune, lui aussi de dix ans son aîné et elle prend sa retraite immédiate et sans appel. Son mari la laissera veuve 28 ans plus tard.

Elle-même s’éteint le 25 Mai 1999 à cause d’un caillot de sang qui s’était logé dans le poumon. Elle allait avoir 85 ans et il y avait près de 40 ans qu’elle ne s’était plus montrée.

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QUE VOIR?

1937: New Faces of 1937: Avec Harriet Hillard et Milton Berle

1939: Eternally Yours: Avec Loretta Young et David Niven

1940: The Philadelphia Story: Avec Katharine Hepburn, Cary Grant et James Stewart

1940: Two Girls on Broadway: Avec Lana Turner et Joan Blondell

1940: Florian: Avec Helen Gilbert et Robert Young

1940: New Moon: Avec Jeanette Macdonald et Nelson Eddy

1941: Country Fair: Avec June Clyde et Eddie Foy Jr.

1941: The Long Rider in Frontier Fury: Avec George Houston

1941: The Long Rider Rides on: Avec George Hamilton

1941: Two Faced Woman: Avec Greta Garbo et Melvyn Douglas

1941: Dr Jekyll and Mr Hyde: Avec Lana Turner, Ingrid Bergman et Spencer Tracy

1941: Maisie Was a Lady: Avec Ann Sothern et Maureen O ‘Sullivan

1942: To the Shores of Tripoli: Avec Maureen O’hara et John Payne

1942: Calling Dr Gillespie: Avec Donna Reed et Lionel Barrymore

1942: Sherlock Holmes and the Voice of Terror: Avec Evelyn Ankers et Basil Rathbone

1943: Jane Eyre: Avec Olivia de Havilland et Orson Welles

1943: The Crystal Ball: Avec Paulette Goddard et Ray Milland

1944: Ministry of Fear: Avec Marjorie Reynolds et Ray Milland

1944: Lady in the Dark: Avec Ginger Rogers et Ray Milland

1945:The Woman in Green: Avec Basil Rathbone et Nigel Bruce

1945: The Enchanted Cottage: Avec Dorothy McGuire et Robert Young

1946: Up Goes Maisie: Avec Ann Sothern et George Murphy

1946: Road to Utopia: Avec Dorothy Lamour,  Bing Crosby et Bob Hope

1947: Big Town: Avec Phillip Reed

1949: Africa Screams: Avec Abbott et Costello

1950: Beauty on Parade: Avec Ruth Warrick et Lola Albright

1950: Vendetta: Avec Faith Domergue

1950: The Admiral Was a Lady: Avec Wanda Hendrix et Edmond O’Brien

1950: Lucky Losers: Avec Léo Gorcey

1952: Confidence Girl: Avec Tom Conway

1952: Abbott and Costello Meet Captain Kidd: Avec Abbott, Costello et Charles Laughton

1953: Mexican Manhunt: Avec George Brent

1953: Never Wave at a WAC: Avec Rosalind Russell

1953: The Lady Wants Mink: Avec Ruth Hussey, Eve Arden et Dennis O’Keefe.

1955: Bengazi: Avec Mala Powers et Richard Conte

1956: The Man Who Knew Too Much: Avec Doris Day et James Stewart

1957: Spoilers of the Forest: Avec Vera Ralston et Rod Cameron

686: VIRGINIA GREY

 

virginia grey

On peut lire sur la toile énormément de choses fausses sur Virginia Grey et tout particulièrement sur ses débuts.

On y lit que, fille d’un réalisateur célèbre à Hollywood, elle a tourné enfant dans « La Case de l’oncle Tom » mais que sa famille a tenu à ce qu’elle finisse ses études avant de  refaire du cinéma.

Rien n’est plus inexact.

Virginia Grey est née à Los Angeles le 22 Mars 1917.

Elle est effectivement la fille d’un réalisateur de cinéma: Rey Grey. Mais il est loin d’être D.W. Griffith ou Cecil B. DeMille! Il n’a tourné que quelques bobines des « Bathing Beauties » pour Mark Sennett où il a d’ailleurs débuté comme acteur.

Rey Grey va mourir à 35 ans , emporté par une pneumonie en laissant son épouse et leurs trois enfants dans le désarroi total. Virginia a huit ans à la mort de son père.

Virginia Grey

Elle en a dix lorsqu’elle joue Little Eva dans la version muette de « La Case de l’Oncle Tom » en 1927. Mais ce n’est pas par vocation d’artiste, c’est parce que la famille Grey a désespérément besoin d’argent. Pas pour partir en week-end à Honolulu mais pour manger, habiter, dormir.

La maman de Virginia, comme celle de Marilyn Monroe était devenue monteuse, un métier alors sans prestige où on n’était guère mieux considéré que celui qui faisait le café et tartinait les sandwiches de beurre de cacahuète. Elle ne gagnait pas lourd, moins qu’un ouvrier d’usine chez Ford.

Un jour que Virginia venait rechercher sa maman chez UNIVERSAL après l’école, elle croise Paul Kohner qui voit en elle la petite fille qu’il cherche pour son film en préparation. Réaction inattendue de la mère offusquée: Pas question!

Il fallut batailler longuement et fermement pour qu’elle fléchisse et que Virginia puisse tourner un film. Un seul! Que les choses soient claires!

On le voit, les débuts de Virginia Grey sont loin du caprice enfantin de fille de millionnaires du film!

« La Case de l’oncle Tom » restera très longtemps en chantier, près de deux ans! Cette exceptionnelle longueur de tournage permettra à Virginia de tourner dans d’autres films « en attendant » puisqu’elle était quand même sur place!

Mais le film enfin terminé, le veto maternel agit. Hors de question de remettre un pied au studio.

Le cœur en berne, Virginia s’en va vers une autre vie, une vie dont elle n’espère rien ou pas grand chose.

Destinée à devenir une institutrice maternelle, elle ne trouve de réconfort que dans ses cours de danse et va bientôt vivre une aventure incroyable.

Elle décroche un emploi de danseuse dans le chorus du Grauman Chinese Theater.

La directrice artistique a été membre des « Tiller Girls », ancêtre londonien des Bluebell Girls et ne tolère aucun manquement ni aucun faux pas! Elle veut que son bataillon américain soit plus formidable encore que la troupe des Tiller Girls originelle dont la réputation est alors mondiale.

Cette femme, probablement hystérique va faire répéter ses filles durant trois mois, sept jours sur sept de 9 à 22 heures sans interruption jusqu’au soir de la première du nouveau spectacle où les filles se produiront hagardes, robotisées.

Mais la tortionnaire ne se révèle pas satisfaite! Bientôt elle quitte avec sa troupe le Grauman pour le United Artist Theater où on donne 4 spectacles par jour et elle fait répéter encore et encore ses filles entre chaque spectacle et après la fermeture jusqu’à deux heures du matin!

Le tout doit se faire avec un sourire éclatant et Virginia se souviendra plus tard avoir souffert plus encore des zygomatiques que des jambes!

Souvent questionnée sur ses débuts difficiles elle répondait « Quand vous êtes prête à faire n’importe quoi pour travailler, on vous fait faire n’importe quoi, c’est logique! »

En 1931 elle retrouvait le chemin des studios. La mode de la comédie musicale venait d’exploser, les studios se traînaient à genoux devant n’importe quelle danseuse de claquettes pas trop empaillée et blonde de préférence. Virginia choisit MGM et se retrouva parachutée dans …Le chorus!

« J’ai continué à travailler comme un mulet » déclarera-elle à propos de cette nouvelle étape de sa carrière!

La MGM lui offre un contrat de sept ans et ne se prive effectivement pas de la faire travailler. Bientôt elle a la chance de sortir du chorus pour tenir des petits rôles qui gagneront en importance mais une nouvelle fois elle va devoir déchanter.

La MGM la distribue dans tant de films que le public s’habitue bientôt à elle. Forcément, il la voit chaque fois qu’il s’offre une place de cinéma.

De film en film elle glisse dans un statut inextricable. A Hollywood on offre de beaux grands rôles à deux catégories d’actrices: les stars et les nouvelles découvertes. Virginia n’est plus une découverte, elle n’est pas une star même si elle en a l’étoffe et le talent. Elle est devenue une actrice de second plan.

Elle est abonnée aux rôles non crédités voire même aux scènes coupées comme celles qu’elle a tournées dans « The St Louis Kid ».

Revenue au cinéma en 1931, elle n’a toujours rien à dire dans « Women » de Georges Cukor en 1939!

Parfois, comme par miracle, elle obtient un premier rôle, mais c’est dans un film de série b pour ne pas dire Z et là il n’est plus question d’être dirigée par Cukor, elle est confiée aux bons soins d’Howard Bretherton, George Blair ou William Berke que personne ne connait!

Certes, ses rôles gagneront en importance, elle devient l’égale d’une Eve Arden ou d’une Ruth Hussey. Le public connaît ces dames, souvent les admire mais elles ne sont pas des stars. Au fil du temps, Virginia verra émerger du chorus d’autres actrices propulsées vers les sommets comme Betty Grable, Jane Wyman et Lucille Ball pour ne citer que les plus sensationnelles dans le genre.

Le soir où elle assiste à la première de « Women » de Cukor, lorsqu’arrive sa scène unique où elle écoute Joan Crawford vendeuse en parfumerie experte en rouerie séduire son amant au téléphone, une personne à côté d’elle s’écrire « Oh regarde qui voilà! Je l’adore! » et quelqu’un de lui répondre « Oh oui, moi aussi, elle est toujours formidable! » La suite de la conversation fut moins enchanteresse: « Comment s’appelle-elle déjà? » « Je n’en sais rien, pourtant on la voit tout le temps! »

Tel était son sort. Lucide elle commentera: « Le studio n’a jamais fait de campagne publicitaire pour me lancer et moi non plus! Je n’ai pas fait de scandales dans les night clubs, je n’ai pas roulé en état d’ivresse, je n’ai pas collectionné les dates avec des acteurs célèbres ou été la cause de divorces retentissants! »

Ce en quoi elle se sous-estimait quand même un peu: En 1938 elle croise le king d’Hollywood, alias Clark Gable sur le plateau de « Test Pilot » dont la vedette est son amie Myrna Loy.

Virginia tombe follement amoureuse de Clark Gable et le plus étrange volet de sa vie peut s’ouvrir ou plus exactement s’entrebâiller. Gable vit une folle passion avec Carole Lombard depuis leur rencontre au bal du Myfair en 1936. Carole est fraîchement émoulue des bras virils de Gary Cooper et George Raft ainsi que du beau Russ Colombo qui venait de trouver une mort accidentelle.

Clark Gable de son côté est très mal marié à la richissime Rhéa Langham et le tout Hollywood est au courant de la liaison qui le lie par intermittence à Joan Crawford que l’on dit son âme sœur depuis des années.

Où et quand débuta la liaison de Clark Gable et Virginia Grey reste une des principales inconnues de la petite histoire d’Hollywood. Les principaux protagonistes ne feront aucun commentaire, Clark Gable est d’ailleurs à l’époque très occupé à se dépêtrer du scandale qu’a provoqué la naissance de sa fille illégitime dont la mère n’est autre que Loretta Young!

Humiliée par les frasques de son illustre mari, Rhéa avait mis à ses trousses les avocats les plus chers du monde et n’accepterait le divorce que lorsque Gable n’aurait plus un sou. L’acteur acceptera touts les conditions exigées par Rhéa et il lui aurait cédé son dernier caleçon pour enfin pouvoir épouser Carole après deux années d’incessantes procédures. Pour l’anecdote, c’est parce qu’il était complètement ruiné par Rhéa qu’il accepta le rôle de Reth Butler dans « Autant en Emporte le Vent ». « C’est pour le fric que j’accepte de compromettre ma carrière en tournant cette singerie » avait laissé tomber Gable en signant son contrat avec Selznick le producteur du film.

La liaison de Gable et Lombard est le secret de polichinelle. Elle lui a offert une ambulance avec un gros cœur rose peint sur les portières, il lui a offert un camion de pompiers en remerciement et les deux stars ne roulent qu’avec leurs cadeaux dans tout Los Angeles. On comprend que Rhéa Langham se soit étouffée de rage et de vengeance! Mais quelle est la place de Virginia Grey dans la vie de l’acteur à cette époque? On l’ignore!

La liaison de Clark Gable avec une autre actrice que Carole entache forcément la légende d’un des amours les plus romanesques et emblématiques du Hollywood de l’âge d’or. Mais il ne faudrait pas perdre de vue que monsieur Gable est un impénitent séducteur et qu’il fit une cour très empressée à Vivien Leigh sur le plateau d’Autant en Emporte le Vent. Carole Lombard ou pas.

Le 29 Mars 1939, Gable libéré de Rhéa épouse Carole Lombard durant une pause sur le tournage du film!

Joan Crawford ne fit aucun commentaire, Virginia Grey posa pour une série de photos « en Carole Lombard », coiffée, maquillée et habillée comme elle!

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La belle histoire d’amour conjugale de Clark Gable et Carole Lombard sera brève, on le sait.

La belle actrice trouve la mort dans un crash aérien le 16 Janvier 1942. Elle avait 33 ans et laissait Clark Gable dévasté de chagrin

On craignait alors pour la santé mentale du king voire pour sa vie. On croyait aussi l’heure de Joan Crawford enfin venue car elle était aux yeux d’Hollywood tout entier la seule qui pouvait « sauver » Gable.

Mais Joan était occupée ailleurs. C’est Virginia Grey et elle seule que Gable acceptera à ses côtés pour surmonter l’épreuve la plus tragique de sa vie. Le petit teckel noir de Carole Lombard, privé de sa maîtresse se laisse mourir de chagrin. lorsque l’animal meurt, Gable envie le chien et Virginia se dépêche de lui offrir un nouveau petit teckel identique.

Mais ce ne sera pas suffisant pour retenir Gable qui est un des premiers acteurs d’Hollywood à partir à la guerre espérant bien s’y faire tuer et rejoindre Carole Lombard dans la mort.

Il reviendra du combat intact et retrouvera Virginia. Leur liaison reprend, Virginia est celle qui a attendu Gable, même si elle l’a attendu avec le sergent John Basilone. Son destin aurait d’ailleurs peut-être été différent si le beau militaire, héros de Guadalcanal, n’avait pas été tué au combat en 1945 bien qu’à l’heure de sa mort, sa liaison avec Virginia était terminée et qu’il était…Jeune marié depuis quelques mois.

Virginia est donc la date officielle de Clark Gable à son retour de la guerre. Inséparables, on ne cesse de leur demander quand est-ce qu’ils comptent se marier, l’affaire est entendue et ne fait aucun doute pour personne. Ces deux-là sont fait l’un pour l’autre et prennent leur temps.

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La carrière au cinéma de Virginia Grey bénéficie-elle de ce statut de « future madame Clark Gable? Non.

Quelle ne sera pas la stupéfaction générale et celle de Virginia en particulier de  voir Clark Gable épouser lady Sylvia Ashley le 20 Décembre 1949! Le pire cadeau de Noël qui puisse s’imaginer pour Virginia Grey.

Elle ne fera aucun secret de son chagrin ni de sa déception. Ses proches remarqueront même que le caractère de la star s’aigrit. Maintenant elle se rebiffe contre les studios et s’offusque qu’un rôle qu’elle briguait soit offert à une nouvelle venue. Et lorsqu’on lui répond « Voilà deux ans qu’elle attend et apprend son métier d’actrice dans de petits rôles », Virginia éclate: « Et moi ca fait 15 ans que j’attends! »

Le mariage de Clark Gable et lady Ashley sera désastreux et le couple est divorcé dès 1952. Sylvia s’en ira épouser un prince et Clark reviendra vers Virginia.

Contrairement à la légende, c’est bien elle qui refuse de renouer avec Clark Gable, déclarant qu’elle est à peine remise de leur rupture qui l’a tant faite souffrir et qu’elle est incapable d’encore risquer quoi que ce soit dans sa vie sentimentale. Et surtout pas avec lui qui avait quand même épousé deux autres femmes sous son nez!

Elle avait été un temps très en affaire avec le beau Robert Taylor qui, il est vrai, ne l’avait guère mieux traitée!

virginia grey

Virginia Grey s’exile alors à New-York et s’engouffre à la télévision, loin de Clark Gable et du supplice de le savoir « a portée de main ».

Virginia Grey restera fidèle à sa décision de ne jamais se marier et connaîtra enfin une carrière de prestige au petit écran, ne revenant à Hollywood qu’en coup de vent pour tenir des rôles toujours aussi modestes. En 1964, Samuel Fuller lui confie un rôle taillé sur mesure de maquerelle de province, veule mais distinguée dans « The Naked Kiss » qui vaut largement le détour.

Elle tournera pour le petit écran jusqu’en 1976. Elle avait fait ses adieux au cinéma en 1970 après s’être fondue parmi les passagers d’un « Airport ».

C’est dans sa Californie natale qu’elle décède le 31 Juillet 2004 à l’âge de 87 ans et toujours célibataire!

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QUE VOIR?

1927:Uncle Tom’s Cabin: Avec Margarita Fischer

1928: Heart to Heart: Avec Mary Astor et Louise Fazenda

1928: The Michigan Kid: Avec Renée Adorée et Conrad Nagel

1934: The St Louis Kid: Avec Patricia Ellis et James Cagney

1935: Gold Diggers of 1935: Avec Gloria Stuart, Dick Powell et Adolphe Menjou

1936: The Great Ziegfeld: Avec Myrna Loy, Luise Rainer et William Powell

1937: Secret Valley: Avec Richard Arlen

1937: Rosalie: Avec Eleanor Powell, Ilona Massey et Nelson Eddy

1937: Bad Boy: Avec Bruce Cabot

1938: The Shopworn Angel: Avec Margaret Sullavan et James Stewart

1938: Test Pilot: Avec Myrna Loy, Clark Gable et Spencer Tracy

1939: Another Thin Man: Avec Myrna Loy et William Powell

1939: Idiot’s Delight: Avec Norma Shearer et Clark Gable

1939: The Hardys Ride High: Avec Ann Rutherford et Mickey Rooney

1940: Three Cheers for the Irish: Avec Priscilla Lane et Thomas Mitchell

1940: The Capitain is a Lady: Avec Beulah Bondi et Charles Coburn

1940: The Golden Fleecing: Avec Rita Johnson et Lew Ayres

1940: Hullabaloo: Avec Frank Morgan et Dan Dailey

1940: Keeping Company: Avec Ann Rutherford et Frank Morgan

1941: Whistling in the Dark: Avec Ann Rutherford et Red Skelton et Conrad Veidt

1941: Blonde Inspiration: Avec John Shelton

1941: Washington Melodrama: Avec Ann Rutherford et Frank Morgan

1941: The Big Store: Avec les Marx Brothers

1942: Mr and Mrs North: Avec Gracie Allen et Rose Hobart

1942: Tarzan’s New York Adventure: Avec Johnny Weissmuller et Maureen O ‘Sullivan

1942: Tish: Avec Susan Peters et Zasu Pitts

1942: Grand Central Murder: Avec Patricia Dane et Van Heflin

1943:Sweet Rosie O’Grady: Avec Betty Grable, Adolphe Menjou et Robert Young

1944: Strangers in the Night: Avec William Terry

1945: Flame of Barbary Coast: Avec Ann Dvorak et John Wayne

1947: Wyoming: Avec Vera Ralston et Bill Eliott

1947: Unconquered: Avec Paulette Goddard et Gary Cooper

1948: Jungle Jim: Avec Johnny Weissmuller

1948: Glamour Girl: Avec Gene Krupa et son orchestre

1948: Mexican Hayride: Avec Bud Abbott et Lou Costello

1948: Unknow Island: Avec Philip Reed

1949: The Threat: Avec Michael O’Shea

1951: Bullfighter and the Lady: Avec Joy Page et Robert Stack

1952: Desert Pursuit: Avec Wayne Morris

1953: A Perilous Journey: Avec Vera Ralston, Scott Brady et David Brian

1954: Target Earth: Avec Kathleen Crowley et Richard Denning

1955: All That Heaven Allows: Avec Jane Wyman et Rock Hudson

1955: The Rose Tattoo: Avec Anna Magnani, Marisa Pavan et Burt Lancaster

1956: Accused of Murder: Avec Vera Ralston et David Brian

1957: Jeanne Eagels: Avec Kim Novak et Jeff Chandler

1957: Crime of Passion: Avec Barbara Stanwyck, Sterling Hayden et Raymond Bur

1958: The Restless Years: Avec Sandra Dee, John Saxon et Teresa Wright

1960: Portrait in Black: Avec Lana Turner et Anthony Quinn

1961:Tammy Tell Me True: Avec Sandra Dee et John Gavin

1961: Back Street: Avec Susan Hayward et John Gavin

1961: Bachelor in Paradise: Avec Lana Turner et Bob Hope

1963: Black Zoo: Avec Jeanne Cooper et Michael Cough

1964: The Naked Kiss: Avec Constance Towers

1965: Love Has Many Faces: Avec Lana Turner et Ruth Roman

1966: Madame X: Avec Lana Turner et John Forsythe

1967: Rosie: Avec Rosalind Russell et Sandra Dee

1970: Airport: Avec Jacqueline Bisset, Jean Seberg et Dean Martin

684: LOUISE BEAVERS

beavers louise

Louise Beavers est une véritable star n’en déplaise aux esprits chagrins qui ne verront en elle qu’un sempiternel second rôle. N’en déplaise aussi à ceux qui  lui reprochèrent vertement et tout au long de sa carrière de n’interpréter que des rôles de femmes noires inféodées aux héros blancs du film, qu’elle soit leur bonne, leur nounou ou…Leur esclave.

Ces détracteurs étant généralement eux-mêmes noirs.

Comme si Louise Beavers était à l’origine de la ségrégation aux Etats-Unis.

Il est communément admis de considérer comme un acte de bravoure de la part de Billie Holiday d’avoir quitté Hollywood après son premier et dernier film, outrée de l’image que donnait la cité du film de la condition noire en Amérique.

Nier la réalité et fuir pour s’enfoncer le nez dans le sable blanc des night-clubs new-yorkais est il vraiment plus brave que d’affronter les choses en face, les montrer telles qu’elles sont et passer sa vie à tenter de faire évoluer les mentalités, ce que fit brillamment miss Beavers.

Que je sache, miss Holiday n’a pas trouvé particulièrement outrageant de ne pouvoir se produire…Qu’à Harlem!

Louise Beavers

Louise Ellen Beavers vient au monde le 8 Mars 1902 à Cincinnati dans l’Ohio. Et ce n’est pas parce que la ségrégation n’existe pas officiellement au nord-est du pays que le racisme n’existe pas.

Ses parents, Ernestine et William ont quitté leur Géorgie natale pour s’installer « a la ville », ils sont enseignants, enseignants noirs pour noirs comme on l’imagine. Si la ségrégation n’existe pas officiellement quelle famille blanche ferait éduquer ses pâlichons bambins par des enseignants noirs, je vous le demande?

Ernestine, la maman de Louise est de santé fragile et le médecin de famille, noir lui aussi, conseille un déménagement vers le climat plus salutaire de la Californie. Les Beavers quitteront Cincinnati pour Pasadena. C’est là que Louise terminera ses études, partageant son temps libre entre le sport et la chorale de l’église.

louise beavers

A vingt ans, la jeune Louise, déjà ronde, cherche du travail et si aujourd’hui on s’arrache les cheveux pour savoir comment la jeune femme débuta au cinéma, j’ai le plaisir de livrer la solution trouvée par hasard dans la presse d’époque.

Louise a trouvé un travail comme habilleuse pour un photographe. A l’époque c’est plutôt « chic » d’avoir une domesticité noire en cuisine, dans la nursery, derrière le volant de la Packard et bien sûr au vestiaire de ces dames.

Louise étrangement, excelle dans son emploi, elle sait être charmante, conviviale, mettre ces dames à l’aise, les dérider devant l’objectif d’une plaisanterie charmante et bien sûr encenser leur blanche beauté.

C’est ainsi qu’elle se retrouve sur le plateau de « Chercheuses d’Or » en 1923, comme habilleuse, mise sur l’opportunité par une actrice du chorus. Le film se tournait chez Warner, ce genre de films n’était pas la spécialité du studio, on manquait de personnel dans les back stages. Louise se présenta, fut engagée sur le champ, fut parfaite, se fit apprécier avec naturel de tout le monde à commencer par la star Louise Fazenda.

Des loges elle glissa sur le plateau pour quelques apparitions dans son propre rôle, celui de l’habilleuse de ces dames!

Il serait cependant faux de croire qu’elle transcenda l’écran et que ce fut là le premier pas d’une carrière fulgurante!

On ne la reverra pas à l’écran avant…1927, soit 4 ans plus tard.

Louise qui avait continué son travail d’habilleuse se laissa convaincre de passer un test pour « La Case de l’Oncle Tom » qui nécessitait des acteurs de couleur. Nous étions en 1927, ce furent ses vrais débuts.

En 1929 elle connaissait enfin un premier succès personnel en étant la bonne de Mary Pickford dans « Coquette », film qui vaudra son Oscar à Mary.

Hollywood qui n’avait su que faire d’elle en 1928 s’en entiche et lui fait tourner sept films en 1929 dans la foulée du succès de « Coquette ». Louise va devenir la matrone noire officielle de la PARAMOUNT.

Louise Beavers au service de Lucille Ball dans "Lover Come Back"

Louise Beavers au service de Lucille Ball dans « Lover Come Back »

On va alors lui reprocher comme je l’ai dit de « servir la soupe » aux blancs dans les films et de ne jouer que les domestiques de ces dames. Et ce qui est pire, de les jouer dans la bonne humeur.

Mais Louise est fine mouche. Elle sait parfaitement que si elle refuse ces rôles elle n’en obtiendra pas d’autres et que des millions de femmes noires de tout âge et de tout acabit se rueront pour prendre sa place.

La condition des noirs dans le cinéma américain n’est pas, c’est vrai, particulièrement valorisante, mais le cinéma n’invente pas la société, il la reflète. Il la reflète et lui correspond.

Déserter la Paramount par conviction, s’en aller au chômage par choix voilà bien un désidérata grotesque émis par des gens qui ne sont pas concernés! Qui parmi ses détracteurs aurait craché sur un salaire PARAMOUNT?

Au contraire, en vivant confortablement du cinéma, en faisant un métier passionnant parmi les gens les plus célèbres du monde, Louise va réussir à changer quelques mentalités.

L’actrice a une véritable présence et son personnage marche tout de suite, dès qu’elle entre dans le champ. Sa bonne humeur est communicative et comme l’écrira fort justement un critique: « On n’admire pas Louise Beavers comme une actrice, on l’aime comme une véritable amie« . Louise Beavers a une véritable cote de sympathie auprès du public. Bientôt il sera hors de question de la maltraiter voire même d’être impoli avec elle à l’écran ou de lui donner des ordres d’un ton sec. Dorénavant ses patrons de cinéma lui parleront avec déférence.

C’est avec respect que ces dames, et non des moindres la regarderont ranger leur petit linge fin.

On verra Louise au service de Louise Fazenda, Mary Pickford, Carole Lombard, Dolores Costello, Claudette Colbert, Jean Harlow, Mae West, Constance Bennett, Myriam Hopkins, Jeanette Macdonald, Joan Crawford, Belle Bennett, Lucille Ball, Ginger Rogers, Betty Grable et bien d’autres.

Un pas énorme est franchi. On n’avait pas encore pensé en Amérique à être polis avec la domesticité noire. Mais dans les années 30 Hollywood étant l’exemple même du savoir vivre et de la distinction pour tous les américains, on allait y songer.

Et puis Louise Beavers étant une actrice très appréciée du public et des acteurs à qui elle donne la réplique; la PARAMOUNT va songer à étoffer ses rôles. De domestique poliment traitée elle deviendra domestique confidente, domestique compréhensive et enfin domestique qui vient en aide à ses patrons qu’elle aime sincèrement et qui le lui rendent bien.

En 1934, le studio saute le pas en produisant la première version d’ »Imitation of Love » avec Claudette Colbert où Louise à un rôle d’égale importance à celui de Claudette. Et surtout, pour la première fois, les problèmes personnels de son personnage sont non seulement évoqués mais traités avec autant d’intérêt que ceux de Claudette.

Que Louise Beavers n’ai pas été nommée aux Oscars pour sa prestation faillit provoquer si pas une guerre civile au moins des émeutes à Hollywood! La presse prendra le parti de la laissée pour compte, du jamais vu!

Prendre la défense d’une femme noire face à une institution blanche! Entre Louise et les Oscars, l’opinion choisit Louise!

On pourra lire en gros titres: « L’Académie des Oscars refuse de nommer une actrice noire! » et en très grosse lettres juste au dessus on lisait SHAME!

En 1939 l’académie ne commettra pas la même erreur et se dépêchera de couronner Hattie MacDaniel pour « Autant en Emporte le Vent ».

Quant à Louise, son statut aura complètement changé. Non seulement elle aura pu renégocier très avantageusement son contrat PARAMOUNT et exiger 20 semaines par an de liberté pour faire du théâtre mais son salaire a été revu très nettement en conséquence de sa popularité.

Mae West quant à elle lui écrit même quelques répliques d’anthologie pour « Lady Lou »

-Louise: Je n’aimerais pas être arrêtée dans la rue sans jupons par un policier! »

-Mae: « Pourquoi? Tu préfèrerais par un pompier? »

Il suffit de revoir  « Le Lien Sacré »avec Carole Lombard et James Stewart pour se convaincre de l’évolution de Louise et avec elle, celle de sa condition de femme noire au cinéma.

Carole est flanquée d’une belle mère revêche avec tout le monde et odieuse avec Louise, ce qui heurte vivement Carole. Ensuite, Carole et James, désargentés, doivent se passer des services de leur bonne.

Louise prend donc son congé, non sans avoir refilé à Carole, un journal ouvert à la page des offres d’emploi! « Pourquoi n’essayez-vous pas? Travailler n’ a jamais tué personne, vous savez! »

On assiste alors à cette scène inenvisageable cinq ans plus tôt: La nuit de Noël, le couple blanc, fauché comme les blés n’a rien à se mettre sous la dent et Carole réveillonne en contemplant la tête de sa belle-mère qui tricote. Soudain on sonne, c’est Louise, hilare en robe du soir de satin doré, qui part réveillonner avec sa ribambelle de joyeux amis et qui a songé à son ancienne patronne qu’elle aimait sincèrement et qui lui apporte dinde aux marrons et champagne frappé!

On voit donc le couple de patrons qui vit la descente aux enfers de la médiocrité après le départ de Louise qui de son côté a visiblement vu ses affaires prospérer. A la fin des années 40, ce sera sa marque de fabrique: la domestique rigolote qui sauve ses patrons des situations les plus désastreuses grâce à son courage, son dévouement son bon cœur et…sa finesse d’esprit!

Cela étant dit, j’ignore si tous les « bons amis d’Hollywood » de Louise assistèrent à son mariage en 1936 avec Robert Clark. J’ignore d’ailleurs si elle les avait invités.

Robert deviendra le manager de Louise, ils divorceront, se remarieront et divorceront pour de bon. Louise se remariera ensuite avec un certain monsieur Leroy Moore en 1952.

Sa carrière va continuer de manière ascendante même si elle ne retrouvera pas au cinéma de rôle aussi fort que celui d’Imitation of Life.

Hollywood n’est pas seule responsable de cet état de fait qui cantonne Louise au même type perpétuel de rôles. Les Etats du sud ne veulent pas voir de noirs à l’écran. Les numéros de Léna Horne sont enlevés des comédies musicales où elle paraît et lorsque l’on adapte un roman dont les héros et surtout les héroïnes sont noirs, on n’hésite pas à confier le rôle à Jeanne Crain ou Gene Tierney! Dans la seconde version d’Imitation of Life, si le rôle de Louise est repris par une actrice noire, le rôle de sa fille métisse est tenu par Susan Kohner pâle comme un linge dans une publicité de poudre à lessiver.

S’il faudra attendre Sidney Poitiers pour ouvrir quelques autres portes, il est incontestable que c’est Louise qui a ouvert la porte à Sidney! N’avait-elle pas obtenu un premier rôle en 1938 dans « Live Goes On »?

Les exploits de Louise Beavers ne vont pas s’arrêter là. Elle s’en ira tester sa popularité à la télévision et aura le grand privilège de devenir « Beulah », l’héroïne de la première sitcom « noire ». Beulah, un personnage créé à la radio puis à la télévision par…Hattie MacDaniel! Hattie avait cédé son rôle à Louise peu avant sa mort, épuisée par le cancer du sein qui la rongeait.

Lorsque Louise s’éteindra le 26 Octobre 1962, la presse titrera « Beulah is Dead » tant la popularité de l’actrice dans le rôle de Beulah avait atteint des sommets.

Louise Beavers avait beaucoup joué de son embonpoint dont elle faisait un élément drolatique au service de son personnage. Elle avait fini par en payer les conséquences. Son obésité avait altéré sa santé. Louise Beavers souffrait déjà du diabète lorsque son cœur usé l’abandonne à seulement 60 ans.

Dix ans plus tôt, jour pour jour, le 26 Octobre 1952, Hattie MacDaniel s’était éteinte

Celine Colassin.

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QUE VOIR?

1923: Gold Diggers 1923: Avec Louise Fazenda et Hope Hampton

1927:Uncle Tom’s Cabin: Avec Margarita Fischer

1928: Oriental Hugs (court métrage) Avec Vera Steadman

1929: Election Day:(Court métrage) Avec la bande de « Our Gang »

1929: Coquette: Avec Mary Pickford

1929: Barnum as Right: Avec Merna Kennedy et Glenn Tryon

1929: Wall Street: Avec Aileen Pringle

1929: Glad Rag Doll: Avec Dolorès Costello et Ralph Graves

1929: Gold Diggers of Broadway: Avec Nancy Welford

1930: Recaptured Love: Avec Belle Bennett, John Halliday et Dorothy Burgess

1930: Our Blushing Brides: Avec Joan Crawford, Anita Page et Robert Montgomery

1931: Six Cylinder Love: Avec Sidney Fox et Spencer Tracy

1931: Annabelle’s Affairs: Avec Jeanette Macdonald et Victor MacLaglen

1932: The Expert: Avec Loïs Wilson et Dickie Moore

1932: Unashamed: Avec Helen Twelvetrees, Robert Young et Lewis Stone

1932: Young America: Avec Doris Kenyon et Spencer Tracy

1932: Hesitating Love (court métrage) Avec Louise Fazenda et Marie Prévost

1932: It’s Tough to be Famous: Avec Mary Brian et Douglas Fairbanks jr.

1932: What Price Hollywood: Avec Constance Bennett

1933: 42nd Street: Avec Bebe Daniels, Ruby Keeler et Ginger Rogers

1933: Her Bodyguard: Avec Wynne Gibson et Edmund Lowe

1933: The Story of Temple Drake: Avec Myriam Hopkins

1933: Jimmy and Sally: Avec Claire Trevor et James Dunn

1933: Lady Lou: Avec Mae West et Cary Grant

1933: Bombshell: Avec Jean Harlow et Frank Morgan

1933: Pick-up: Avec Sylvia Sidney et Georges Raft

1934: Bedside: Avec Jean Muir

1934: Merry Wives to Reno: Avec Glenda Farrell

1934: I Belived in You: Avec Rosemary Ames et John Boles

1934: Imitation of Life: Avec Claudette Colbert et Rochelle Hudson

1935: Annapolis Farewell: Avec Rosalind Keith et Guy Standing

1936:Bullets or Ballots: Avec Joan Blondell et Edward G. Robinson

1938: Life Goes On: Avec Edward Thompson

1938: Brother Rat: Avec Priscilla Lane et Wayne Morris

1939: Made for Each Other: Avec Carole Lombard et James Stewart

1940: Primerose Path: Avec Ginger Rogers et Marjorie Rambeau

1941: Belle Starr: Avec Gene Tierney, Dana Andrews et Randolph Scott

1941: Shadow of the Thin Man: Avec Myrna Loy et William Powell

1942: Young America: Avec Jane Withers et Jane Darwell

1942: Reap the Wild Wind: Avec Paulette Goddard, Susan Hayward et John Wayne

1942: Holiday In: Avec Marjorie Reynolds, Fred Astaire et Bing Crosby

1943: Top Man: Avec Susanna Foster et Donald O’Connor

1943: Du Barry Was a Lady: Avec Lucille Ball, Gene Kelly et Red Skelton

1944: Hollywood Parade: Avec Marlène Dietrich et Orson Welles

1945: Delightfully Dangerous: Avec Constance Moore et Ralph Bellamy

1946: Lover Come Back: Avec Lucille Ball et George Brent

1948: Mr. Blandings Builds His Dream House: Avec Myrna Loy et Cary Grant

1948: Good Sam: Avec Ann Sheridan et Gary Cooper

1949: Tell It to the Judge: Avec Rosalind Russell et Robert Cummings

1950: My Blue Heaven: Avec Betty Grable et Don Dailey

1950: Girl’s School: Avec Joyce Reynolds et Ross Ford

1950: The Jackie Robinson Story: Avec Jackie Robinson et Ruby Dee

1952: I Dream of Jeanie: Avec Muriel Lawrence

1952: Colorado Sundown: Avec June Vincent, Rex Allen et le cheval Koko

1953: Never Wave at a WAC: Avec Rosalind Russell, Marie Wilson et Paul Douglas

1956: Good-Bye my Lady: Avec Sidney Poitiers et Walter Brennan

1956: Teenage Rebel: Avec Ginger Rogers, Michael Rennie et Mildred Natwick

1956: You Can’t Run Away from It: Avec June Allyson et Jack Lemmon

1957: Tammy and the Bachelor: Avec Debbie Reynolds, Walter Brennan et Leslie Nielsen

1958: The Doddess: Avec Kim Stanley et Lloyd Bridges

1960: All the Fine Young Cannibals: Avec Natalie Wood et Susan Kohner

1960: The Facts of Life: Avec Lucille Ball, Ruth Hussey et Bob Hope

 

683: MARTHA O’DRISCOLL

martha o driscoll

Le sort que réserva Hollywood à la magnifique Martha O’Driscoll est un des plus curieux de toute l’histoire des grands studios, se livrant entre eux une sorte de petite guéguerre « A qui possèderait la sublime sous contrat », faisant de Martha la plus sensationnelle balle de ping-pong de toute l’humanité!

Martha O’Driscoll est une belle de l’Oklahoma. Elle vient au monde le 4 Mars 1922 à Tulsa.

Ses débuts sont on ne peut plus classiques, voire traditionnels. Petite fille elle se rêve danseuse et complètera plus tard ses cours de danse avec des cours de chant.

C’est dans un spectacle de danse qui se donne à Phoenix en Arizona qu’elle sera remarquée, encore adolescente par le très célèbre chorégraphe Hermès Pan. Hermès qui n’est autre que le chorégraphe attitré de Fred Astaire à la RKO. Bien qu’il ait rencontré en premier lieu, avant Fred, Ginger Rogers à Broadway dans son tout premier spectacle « Top Speed » un four sublime!

martha o driscoll

Pour situer Hermès Pan, dans toutes les comédies musicales de Fred Astaire et Ginger Rogers, les numéros d’ensemble sont de Busby Berkeley et au cœur de ces numéros, Fred et Ginger évoluent sur les chorégraphies d’Hermès Pan. Lorsqu’il « découvre » la très belle Martha, il a déjà atteint les sommets de la renommée hollywoodienne en créant la « Carioca’ de « Flying Down to Rio ». Il signera la chorégraphie de 17 des 31 comédies musicales que tournera Fred Astaire.

Martha est donc invitée à Hollywood sous couvert des références les plus sérieuses qui soient « L’Homme à idées » de la RKO qui vient littéralement de créer avec Busby Berkeley la comédie musicale hollywoodienne.

Martha débarque flanquée de sa mère comme Ginger Rogers avant elle.

Mais si la mère de Ginger s’engouffra elle aussi dans le cinéma et devint le manager redoutable de sa fille adorée, la mère de Martha préfère se lancer dans sa propre entreprise.

Elle va ouvrir à Hollywood, une école avec l’aide d’une de ses amies, madame Bessine. Madame Bessine ayant un films prénommé Ken, l’école s’appellera Mar-Ken School.

Mais pour Martha, les choses qui avaient évolué si naturellement jusque là se compliquèrent à son arrivée à Hollywood.  Hermès Pan n’est pas là, il est à Broadway. Il avait invité à Martha et sa mère à venir le voir à son bureau de la RKO mais ne leur avait pas donné de recommandation écrite. Elles restèrent dehors.

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Martha aurait pu attendre paisiblement le retour d’Hermès Pan en choisissant un papier peint pour sa chambre, mais elle était là pour danser, pas pour faire de la décoration.

Elle trouve tout à fait par hasard une annonce dans le journal du matin pour un casting de « chorus girls » pour une comédie musicale que l’on met en chantier, Martha se présente et se fait engager sur le champ…Chez RKO!

Si l’histoire du monde et du cinéma en particulier s’écrivait de manière logique, Hermès Pan trouverait Martha dans son chorus dès son retour de Broadway et lui offrirait un rôle intéressant et dansé dans son prochain film.

Mais lorsqu’il rentre à Hollywood, d’autres petites annonces pour des danseuses ont été publiées et Martha est partie virevolter à la MGM en compagnie d’une autre jeune actrice-danseuse rencontrée chez RKO: Marjorie Reynolds.

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Marjorie est aussi belle et aussi talentueuse que Martha et Hollywood se montrera toujours indécis entre les deux beautés à l’heure de la distribution des rôles, même si Marjorie aura la chance d’épouser un dirigeant de la MGM. La situation va se compliquer encore par l’existence d’une troisième « beauté similaire en grâce et en talent » en la personne de Barbara Britton.

Est-ce un hasard si Martha devient l’image de Max Factor et que simultanément Barbara devient celle de Revlon?

Mais retrouvons Martha O’Driscoll parachutée de chez RKO chez MGM. Le prestigieux studio lui signe un contrat et l’envoie jouer les faire-valoir dans ses incontournables Andy Hardy ou dans les films de Deanna Durbin chez Warner. Le reste du temps, la MGM n’a aucun scrupule à l’envoyer tourner chez Columbia ou Universal!

Martha gagnant en renommée au moins autant grâce à Max Factor qu’au cinéma, la RKO se targue de l’avoir découverte et…La rappelle!

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Mais la belle Martha, comme Marjorie et Barbara reste généralement cantonnée aux seconds rôles de comédie ou de western suivant le studio où elle se trouve!

C’est au très méconnu studio VOGUE qu’elle obtient un premier rôle qui l’intéresse. En 1940 elle tourne le premier rôle féminin de Li’l Abner. Martha devient Daisy Mae Yokum

Li’l Abner est une bande dessinée créée par Al Capp et parue pour la première fois en 1934 et qui a connu d’emblée un succès foudroyant. Elle sera publiée jusqu’en 1977 et sera parue dans plus de 900 journaux américains et 28 pays.

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Très vite, la BD était devenue une comédie musicale et par un étrange coup du sort c’est le studio VOGUE qui avait battu les plus prestigieux studios hollywoodiens à l’obtention des droits pour l’adaptation au cinéma. Une légende voudrait qu’Al Capp craignait que la MGM ou la Paramount confient le rôle de Daisy Mae à une de leurs grandes dames alors que la pauvre Daisy est certes très belle mais c’est une cambrousarde des Appalaches portant sempiternellement la même blouse à pois.

Mais le studio VOGUE n’ a pas les moyens de PARAMOUNT ni le réseau de distribution de la MGM. Le film passera relativement inaperçu dans la surproduction hollywoodienne de 1940.

Plus tard, Edie Adams reprendra le rôle de Daisy Mae à Broadway ce qui lui vaudra le Tony Award de la meilleure actrice et la PARMOUNT remettra Li’l Abner en chantier en 1959 avec la belle Leslie Parrish dans le rôle de Daisy Mae.

Mais il semblerait qu’en 1940 déjà, la PARAMOUNT s’intéressait de très près à Li’l Abner car le studio offrit un contrat à Martha O’Driscoll!

Martha y tournerait des films certes prestigieux mais dans des rôles guère plus intéressants que ceux proposés à la MGM. Elle s’en ira donc signer chez UNIVERSAL qui n’aura d’autre priorité que de la prêter à…la RKO!

Martha était suffisamment célèbre pour être acceptée au théâtre aux armées et s’envola avec Errol Flynn dès les premières heures du conflit distraire les troupes au combat en Europe.

C’est lors de cette tournée qu’elle tombera amoureuse du beau capitaine Richard D.Adams. C’était le 18 Septembre 1943, mais dix mois plus tard ce bel amour patriotique était terminé, on se séparait avant que le divorce officiel du couple Adams ne soit prononcé le 18 Juillet 1947.

Martha avait alors déjà rencontré celui qui serait son second mari et le resterait pour la vie: le milliardaire Arthur J.Appleton, ponte en électricité! Le couple Appleton aura trois fils et une fille.

Lorsque Martha avait rencontré le milliardaire de ses rêves elle était déjà lassée du traitement que lui infligeait Hollywood depuis maintenant plus de dix ans. Malgré ses bons et loyaux services au cœur de tous les studios, il était clair maintenant qu’on ne penserait jamais à elle pour être Cléopâtre, Marie-Antoinette ou Anna Karénine.

Elle tourna son ultime film « Carnegie Hall » à New-York et Est-ce un hasard si c’était pour le compte du studio FEDERAL? Martha avait travaillé chez tout le monde, elle ne terminait sa carrière chez personne!

IL n’est pas défendu de regretter le choix que fit Martha de se retirer. En 1946 elle avait tenu le rôle principal d’un film noir, au scénario certes très tarabiscoté mais réalisé par Robert Wise: « Criminal Court ». Elle y était non seulement d’une grande beauté et y chantait à ravir quelques sirupeuses romances mais elle s’y montrait assez redoutable comédienne même dans des scènes invraisemblables.

Après son tour de chant, elle a rendez-vous dans le bureau du propriétaire du club à la réputation sulfureuse. Elle frappe, on ne répond pas! Donc dans une logique toute scénaristique, elle entre! Tout est éteint! Alors, suivant la même implacable logique…Elle appelle le directeur du club : « Houhou? Vous êtes là? Houhou? » (Bien sur qu’il est là dans le noir, voyons, tout le monde s’enferme dans le noir pour travailler!) Donc elle cherche encore, même dans les coins… Et bute sur un revolver! (dans le noir…forcément!) Elle le ramasse, l’observe jusqu’à ce que quelqu’un surgisse et allume (enfin quelqu’un de censé) Là, on découvre, devinez quoi? Un cadavre avec l’autre cruche en robe du soir flingue à la main! L’être censé qui connaissait l’existence de l’électricité se penche sur le défunt, constate qu’il est bien trépassé et demande à la belle toujours arme à la main « Vous l’avez tué? »  Et là, au lieu de dire « non » comme tout être humain logiquement cervelé, elle pousse un cri, lance le flingue en l’air et se sauve en courant par une porte de service dont elle n’est pas supposée connaître l’existence!

N’importe quelle actrice avait toute les chances de faire se gondoler toute la salle de rire avec une scène pareille, mais pas elle…On y croit!

Le couple Appleton s’offrit un haras en Floride et devint très respecté voir très célèbre pour avoir élevé plus d’une centaine de champions.

Martha s’investit également dans l’adoption internationale pour orphelins.

En 1970 elle eut la très lugubre surprise en lisait le journal au petit déjeuner de voir sa mort faire la une de toutes les premières pages! Elle démentit faire partie des trépassés et en profita pour corriger quelques erreurs dans ses diverses nécrologies « pour plus tard »

Jusqu’à sa véritable fin elle croisera tous les jours des personnes sidérées de la voir vivante et bon pied bon œil!

Martha O’Driscoll décèderait 28 ans après l’annonce de sa fin dans la presse. C’était le 3 Novembre 1998. Elle s’éteignait dans son cher haras de Floride, entourée de ses quatre enfants à l’âge de 76 ans.

Celine Colassin

martha o driscoll

QUE VOIR?

1936: Three Cheers for Love: Avec Eleanore Whitney et Robert Cummins

1937: She’s Dangerous: Avec Tala Birell, Walter Pidgeon et Cesar Romero (UNIVERSAL)

1938: Mad About Music: Avec Deanna Durbin (MGM)

1938: Girls School: Avec Anne Shirley (COLUMBIA)

1939: Judge Hardy and Son: Avec Mickey Rooney, Ann Rutherford et Lewis Stone (MGM)

1939: The Secret of Dr. Kildare: Avec Laraine Day, Lewis Stone et Lionel Barrymore (MGM)

1940: Wagon Train: Avec Tim Holt (RKO)

1940: Li’l Abner: Avec Jeff York (VOGUE)

1942: My Hearts Belongs to Daddy: Avec Richard Carlson (PARAMOUNT)

1942:Reap the Wild Wind: Avec Paulette Goddard et John Wayne  (PARAMOUNT)

1943: Young and Willing: Avec Susan Hayward et William Holden (PARAMOUNT)

1943: Paramount Victory Short No. T2-4: The Aldrich Family Gets in the Scrap (Court métrage PARAOUNT)

1943: We’ve Never Been Licked: Avec Anne Gwynne et Richard Quine (UNIVERSAL)

1943: The Fallen Sparrow: Avec Maureen O’hara et John Garfield (RKO)

1943: Crazy House: Avec Patrick Knowles (UNIVERSAL)

1944: Ghost Catchers: Avec Gloria Jean (UNIVERSAL)

1946: Blonde Alibi: Avec Tom Neal (UNIVERSAL)

1946: Criminal Court: Avec Tom Conway (RKO)

1947: Carnegie Hall: Avec Marsha Hunt (FEDERAL FILMS)

 

 

677: BARBARA PEPPER

Barbara-Pepper

Consulter la filmographie de Barbara Pepper, alors que je suis bien loin d’avoir recensé tous ses films me donne le tournis! Je n’aurai pas assez du reste de ma vie pour tous les visionner…Alors qu’elle ait eu le temps de les tourner! Si j’ajoute à cela son incessante présence à la radio et sa carrière télévisée proprement sidérante, je préfère renoncer tout de suite en commençant par m’évanouir!

Barbara Pepper voit le jour le 31 Mai 1915 à New-York, sous le patronyme officiel de Marion Pepper.

On le sait, New-York, c’est aux yeux des jeunes filles se rêvant actrices, une ville qui se limite à un seul mot: Broadway! Elle n’est encore qu’adolescente, 16 ans, qu’elle court déjà les castings et les auditions. Malheureusement, elles sont des milliers à faire comme elle. Pour Barbara l’entrée des artistes reste désespérément porte close.

Qu’à cela ne tienne, elle s’attaque au cinéma! Autre entreprise risquée où ce ne sont plus des milliers de jeunes filles qui se bousculent au portillon de la gloire, mais des millions!

Elle aura dix-huit ans lorsqu’elle sera enfin recrutée pour le bataillon des « Goldwyn Girls ». La MGM ne demande pas grand chose  à ses Goldwyn Girls, a part faire partie des plus belles femmes du monde! Et accessoirement venir servir d’affriolant décor humain dans les films du studio.

Barbara-Pepper

Cette situation pout nous sembler aujourd’hui largement dérisoire mais à l’époque, les Goldwyn Girls gagent dix fois le salaire de l’Américain mâle moyen! Le studio, pour être le plus réputé d’Hollywood n’est est pas moins réputé pour la faiblesse de ses salaires. Les stars MGM sont moins bien payées que partout ailleurs. Si on compare donc la hauteur du salaire avec le travail fourni, les Goldwyn Girls sont proportionnellement bien mieux payées que les plus grandes stars du studio. On passe sa vie a prendre des leçons de chant de danse, de maintient, de bonnes manières, de cheval, de natation, parfois même d’art dramatique, mais ca c’est plus rare.

Le reste du temps on se fait coiffer maquiller, habiller et on attend en hésitant entre deux couleurs de décapotable dans le catalogue Cadillac!

Barbara Pepper intègre le prestigieux bataillon en 1933, elle voit de près Eddie Cantor et se fait une copine pour la vie d’une certaine Lucille Ball, elle aussi Goldwyn Girl de son état.

Barbara, comme c’est l’usage, se voit parachutée dans une kyrielle de films où elle ne fait qu’apparaître, toujours sublime, parfois même elle dit une petite phrase mais son nom n’est jamais cité au générique, à quoi bon. Après Eddie Cantor elle voit de près Greta Garbo et Constance Bennett, les deux stars les plus chères du monde!

Comme toute Goldwyn Girl, son contrat prévoit que si elle est bien sage, le studio fera progresser sa carrière jusqu’à lui donner la chance de faire ses preuves dans un film. Elle tient très beau rôle dans « Our Daily Bread » où King Vidor fait d’elle une Jean Harlow pour chômeurs. Puis ce sera « The Rogues’ Tavern » dont elle est la vedette en 1936. La même année, la RKO n’a pas hésité à la remettre sur les bancs de l’école dans « M’Liss »! Un personnage qui évoque furieusement une certaine Nacy Olson de « La petite maison dans la prairie »

Barbara-Pepper

Le film n’eut-il pas le succès escompté. Barbara n’avait-elle pas plu aux directeurs du studio, je l’ignore, mais dès son film suivant elle allait retrouver ses rôles « non crédités au générique ». Elle verrait d’autres superstars de très près comme Spencer Tracy, Jeanette McDonald, Irène Dunne, Joan Crawford, Norma Shearer, Ginger Rogers ou David Niven.

Il faudra qu’elle soit prêtée à d’autres studios comme la RKO pour qu’elle puisse prouver son incroyable talent! En 1937 dans « You Can’t Beat Love », un film épouvantablement convenu que Preston Foster et Joan Fontaine n’arrivent pas à rendre vaguement supportable, elle interprète une fille chargée de faire tomber un politicien dans un traquenard. Comme son personnage n’ a jamais fait ca mais n’y voit pas d’inconvénient, elle s’inspire de Mae West et copie sa démarche, ses intonations, sa gestuelle et même ses dialogues. Ses quelques scènes toutes spirituelles et divertissantes méritent à elle seule de visionner tout le pensum!

Parfois même, elle verra sous son nez s’envoler vers la gloire d’illustres inconnues comme Rita Hayworth, Gene Tierney, Ann Rutherford, Maria Montez; Jane Wyman ou Joan Fontaine a qui on donne toutes les chances alors qu’elle continue a jouer « la fille du téléphone », la « Blonde du saloon » ou la « cigarette girl ».

Barbara pourrai s’offusquer, se mettre en grève, faire un scandale, une grève de la faim, mais à quoi bon?

Lorsque l’Amérique entre en guerre, voilà dix ans qu’elle végète à servir la soupe aux stars les plus divinisées comme aux plus obscures débutantes. Mais le studio la sait bonne actrice et qui de plus est actrice fiable. Elle est magnifiquement payée pour faire un travail qu’elle aime dans un milieu où elle n’a que des amis.  Et puis après tout, en regard de la servitude des stars , son sort n’est-il pas, à tout prendre, plutôt enviable?

En 1943, Barbara dont l’activité n’ a pas faibli sans prendre plus de prestige pour autant rencontre enfin l’homme de sa vie en la personne de l’acteur Craig Reynolds! Californien d’origine, Craig Reynolds qui a huit ans de plus que Barbara a été un « espoir » chez Warner comme elle-même a été un « espoir » MGM. Il n’a pas démérité devant les caméras sans toutefois inquiéter John Wayne ou Humphrey Bogart.  Dès que l’Amérique entre en guerre il abandonne sa carrière pour partir au front.

barbara pepper

Il en reviendra indemne et décoré du « Purple Heart », la plus haute distinction militaire américaine pour sa bravoure. Il retrouve Barbara qu’il avait épousée avant de partir au combat et le couple aura deux enfants.

Mais le bonheur familial sera de courte durée. Craig Reynolds se tue en moto le 22 Octobre 1949 à l’âge de 42 ans. Barbara reste seule et dévastée de chagrin pour élever leurs deux enfants. C’est moins que jamais le moment de rechigner devant la faiblesse des rôles que lui offre Hollywood. Au contraire même. Barbara Pepper s’abrutit de travail maintenant qu’elle a charge d’âme.

Avec les années 50, la télévision se popularise et l’actrice s’y jette littéralement! On ne voit plus qu’elle! Et un heureux coup du sort fera de sa meilleure amie, la réputée irascible Lucille Ball, la femme la plus puissante de la télévision à la tête des studios Desilu. Barbara sera distribuée dans chaque programme produit par la Desilu.  » I Love Lucy », bien entendu, mais aussi « Les Incorruptibles », « Mannix » et tant d’autres.

Lucille ne voulait qu’elle pour incarner Ethel dans « I Love Lucy » mais la production refusa d’envisager Barbara à cause de son problème d’alcool. Au grand dam de Lucy, le rôle ira à Vivian Vance.

Son activité frôle l’exploit sportif et paradoxalement, sa popularité à la télévision lui vaut un tardif regain d’intérêt au cinéma. Barbara s’est arrondie avec le temps qui passe et sa nouvelle silhouette de matrone va lui ouvrir toutes les portes! Jerry Lewis en est fou et la veut dans tous ses films, Stanley Kramer l’adore, George Cukor ne peut plus s’en passer. Mais bien sûr on ne lui confie toujours que des seconds rôles! Elle n’est plus « La Blonde du Saloon », elle est « la grosse dame »

Seul le médecin traitant de Barbara n’apprécie pas cette nouvelle renommée.  Barbara a le cœur fragile, il l’avait déjà mise en garde à propos de son activité intense, il insiste maintenant sur l’importance de réduire cette surcharge pondérale qui lui fatigue le cœur.

Il aura hélas raison. Le 18 Juillet 1969, Barbara s’effondre ,terrassée par une crise cardiaque fatale. Elle avait fêté ses 54 ans deux mois plus tôt et venait encore de tourner avec son si cher ami Jerry Lewis.

barbara pepper

Celine Colassin

QUE VOIR?

1933: Roman Scandal: Avec Ruth Etting et Eddie Cantor

1934: Moulin Rouge: Avec Constance Bennett et Franchot Tone

1934: Our Daily Bread: Avec Karen Morley

1935: Double Crossed (court métrage): Avec Sterling Holloway

1935: Dante’s Inferno: Avec Claire Trevor et Spencer Tracy

1935: Anna Karénine et Fredric March

1935: Let ‘em Have It: Avec Virginia Bruce et Richard Arlen

1935: Waterfront Lady: Avec Ann Rutherford

1936: Taming the Wild: Avec Rod La Rocque et Maxine Doyle

1936: Dog Blight (court métrage): Avec Jack Norton et Maxine Jennings

1936: The Rogues’ Tavern: Avec Wallace Ford

1936: Show Boat: Avec Irène Dunne

1936: M’Liss: Avec Anne Shirley

1937: Music for Madame: Avec Joan Fontaine et Nino Martini

1937: The Outcasts of Poker Flat: Avec Jean Muir et Preston Foster

1937: Sea Devils: Avec Ida Lupino et Victor MacLagen

1937: You Can’t Beat Love: Avec Joan Fontaine et Preston Foster

1937: Too many Wives: Avec Anne Shirley et Gene Lockhart

1938: Strange Case of Dr. Meade: Avec Beverly Roberts et Jack Holt

1938: Hollywood Stadium Mystery: Avec Evelyn Venable et Neil Hamilton

1938: The Lady in the Morgue: Avec Patricia Ellis et Preston Foster

1938: Sweethearts: Avec Jeanette Macdonald et Nelson Eddy

1939: Women: Avec Norma Shearer, Joan Crawford et Rosalind Russell

1939: Bachelor Mother: Avec Ginger Rogers et David Niven

1939: Of Mice and Men: Avec Betty Field, Brugess Meredith et Lon Chaney jr.

1940: Sailor’s Lady: Avec Nancy Kelly, Joan Davis et Jon Hall

1940: Framed: Avec Constance Moore et Frank Albertson

1940: The Return of Frank James: Avec Gene Tierney et Henri Fonda

1940: Foreign Correspondent: Avec Laraine Day et Joel McCrea

1940: Women in War : Avec Wendy Barrie et Mae Clark

1941: Manpower: Avec Marlène Dietrich et Edward G. Robinson

1941: Out of the Fog: Avec Ida Lupino et John Garfield

1941: The Cow-boy and the Blonde: Avec Mary Beth Hugues et George Montgomery

1941: South of Tahiti: Avec Maria Montez et Broderick Crawford

1941: Birth of Blues: Avec Mary Martin et Bing Crosby

1942: Sappy Pappy (court métrage) Avec Marjorie Deanne et Andy Clyde

1943: Who’s Hugh? (court métrage) Avec Constance Worth et Hugh Herbert

1945: Trouble Chasers: Avec Gloria Marlen et Billy Gilbert

1949: The Crooked Way: Avec Ellen Drew et John Payne

1953: Inferno: Avec Rhonda Fleming et Robert Ryan

1953 I Love Lucy (images d’archives)

1954: Young at Heart: Avec Doris Day, Frank Sinatra et Gig Young

1954: A Star is Born: Avec Judy Garland et James Mason

1957: The D.I.: Avec Monica Lewis et Jack Webb

1958: Auntie Mame: Avec Rosalind Russell

1958: Rock-a-Bye Baby: Avec Jerry Lewis, Marilyn Maxwell et Connie Stevens

1960: The Bramble Bush: Avec Barbara Rush et Richard Burton

1960: Sex Kittens Go to collège: Avec Mamie van Doren et Mijanou Bardot

1962: The Music Man: Avec Shirley Jones et Robert Preston

1962: It’s Only Money: Avec Joan O’Brian et Jerry Lewis

1963: Who’s Minding the Store: Avec Jerry Lewis et Jill St John

1963: A Mad, Mad, Mad World: Avec Spencer Tracy et Ethel Meerman

1963: A Child is Waiting: Avec Judy Garland et Burt Lancaster

1964: Kiss Me Stupid: Avec Kim Novak et Dean Martin

1964: My Fair Lady: Avec Audrey Hepburn et Rex Harrison

1964: The Patsy: Avec Jerry Lewis et Ina Balin

1969: Hook, Line and Sinker: Avec Jerry Lewis et Peter Lawford

 

 

671: LOUISE ALBRITTON

allbritton-louise

Il faut faire très attention avec Louise Albritton! Elle est si belle, si sophistiquée, si racée « So glamourous » que lorsque l’on tombe sur une de ses photos il n’est pas rare que l’on attribue le portait à Maria Montez, voire même à Rhonda Fleming! A Hollywood comme ailleurs, on ne prête qu’aux riches!

Je signale ceci à toutes fins utiles car non seulement j’ai épinglé ces erreurs sur d’autres ouvrages mais…Je l’ai commise moi-même en décorant mon article sur Maria Montez d’une photo de Louise. Avec voilette et chapeau, il est vrai, j’ai des circonstances atténuantes!

Mais ceci ne souligne qu’un seul fait, hormis ma distraction et ma biglerie, c’est que Louise Albritton a une telle présence, une telle assurance que lorsqu’on voit ses photos on cherche parmi les noms d’actrices beaucoup plus célèbres qu’elle à qui attribuer  les clichés! Et ce d’autant que notre Louise est tantôt brune, tantôt blonde, tantôt rousse!

Cette beauté céleste voit le jour à Oklahoma City le 3 Juillet 1920.

louise albritton

C’est là qu’elle grandira, ira à l’école, au collège et à l’université! Le crash de 1929 avait un peu refroidi les tempéraments jusqu’en Oklahoma. On s’était rendu compte que le rêve américain, tout rutilant qu’il soit n’était quand même qu’un rêve comme son nom l’indique et qu’il valait mieux aborder la vie avec toutes les chances de son côté. Et donc un diplôme même si on est une fille, même si on est très belle.

Et très belle, Louise l’est assurément, elle est mieux que belle, elle est sublime.

Elle aurait pu envoyer sa photo à n’importe quel concours de beauté, elle l’aurait gagné séance tenante et elle aurait été reçue tout aussi vite comme une nouvelle déesse par Hollywood.

Mais Louise Albritton est une beauté avertie, une beauté pensante et considère ces concours plutôt avilissants pour les femmes, les comparant aux concours pour bestiaux où là aussi on couronne la plus belle vache. Et en Oklahoma plus qu’ailleurs.

Pourtant, à quoi bon le nier, Louise est elle aussi folle de théâtre et de cinéma. Elle joue dans des pièces depuis le collège, mais de là à envoyer sa photo en maillot partout, non!

louise albritton

Elle préfère suivre une voie plus spirituelle et lorsqu’elle débarquera à Hollywood ce n’est pas pour aller jouer les pin-up girls, même si ça ne va pas tarder. C’est pour rejoindre la très célèbre troupe du Pasadena Playhouse.

Et lorsqu’elle sera bien inévitablement repérée par un scout qui lui propose à la fois un film et un contrat, elle acceptera le film et refusera le contrat, tenant plus que tout à sa liberté personnelle et intellectuelle!

Elle va tourner avec une des pin-up girls les plus en vogue du moment: Marguerite Chapman puis retournera, croit-elle, à son cher théâtre.

Seulement voilà, lorsque Louise tourne pour la première fois, nous sommes en 1942. L’Amérique se prépare à entrer en guerre et le cinéma est chamboulé par le phénomène « Pin-Up Girl » dont Betty Grable sera bientôt le fer de lance. La Pin-up Girl qui devient en un temps record un véritable phénomène de société avant d’être reconnu d’utilité publique ou tout du moins militaire.

La Paramount propose l’emploi à la belle Louise qui l’accepte comme si refuser de poser en maillot et jouer des comédies musicales ridicules mais en couleur était contre productif pour l’Amérique entière, voire anti-patriotique!

Lorsque l’Amérique sera officiellement en guerre, Louise aura déjà tourné toute une kyrielle de films et ses photos de pin-up sont parmi les plus prisées des GI’s.

louise albritton

Son fan mail égale celui de sa première partenaire Marguerite Chapman et ces deux là battent Rita Hayworth à la course dans le cœur des beaux militaires!

Et Louise a une chance de plus face à Marguerite! Elle est chez Universal mais on la prête volontiers à la Paramount, studio où on continue malgré tout à soigner les films, leur contenu et les actrices. Le studio est celui de Marlène Dietrich, de Mae West, de Claudette Colbert et de Carole Lombard qui vient de payer de sa vie son effort de guerre. Universal va d’ailleurs « vendre » Louise Albritton comme « La Nouvelle Carole Lombard » ce qui n’avait pourtant rien à voir!

Louise devient la rivale pimbêche de Marlène Dietrich soi-même, se disputant avec l’Ange Bleu qui a le double de son âge les faveurs de John Wayne dans « Pittsburg ». Toujours farceuse, elle pose comme Marlène dans les mêmes décors et les mêmes costumes du film!

Ensuite elle épousera le « Fils de Dracula » soi-même, espérant ainsi atteindre à la vie éternelle dans « Son of Dracula »! Ensuite encore, elle aura la lourde tâche d’incarner Lillian Russell dans « Bowery to Broadway »

Louise Albritton, telle Marlène pour la promotion de Pittsburg

Louise Albritton, telle Marlène pour la promotion de Pittsburg

Le studio, sans doute parce qu’elle vient de l’Oklahoma va la distribuer dans une jolie collection de westerns!

Elle accède aux premiers rôles et c’est une belle histoire de complicité sinon d’amour entre les studios et leur actrice. Elle va pourtant commettre une bévue qui lui vaudra six mois de suspension et qui marquera le déclin de sa courte carrière.

Louise qui sous cette beauté radieuse et affolante affirme un véritable tempérament de clown ne recule jamais devant une bonne blague à faire aux copains. D’autant qu’à l’époque, les lourds moyens techniques des studios impliquent de très longues mises en place sur les plateaux et que les acteurs attendent beaucoup.

Certaines dorment, d’autres tricotent en surveillant tout ce qui se passe du coin de l’œil, mais la plupart s’enferment dans leur loge avec une bouteille de bourbon, leur caniche préféré et un partenaire de leur choix.

Louise, elle, fait des blagues!

louise albritton

Et durant une longue attente sur le plateau du « Fils de Dracula » avec Lon Chaney jr, elle va en faire une qui va rester dans les anales du studio.

Dans une scène où elle n’est pas, les acteurs doivent pousser le couvercle d’un cercueil et le découvrir vidé de son occupant. Or, Louise a eu largement le temps de s’y glisser, entièrement nue.

On imagine volontiers la tête sidérée des comédiens et de l’équipe découvrant cette radieuse nudité au lieu d’un vulgaire capitonnage abandonné!

Tout le monde rit jusqu’à s’en étourdir sauf…Universal soi-même!

Elle profite alors de sa punition pour suivre Marlène qui s’en va régaler le moral des troupes en Italie avec le théâtre aux armées.

Mais on le sait, une actrice qui a été suspendue par son studio est sur la mauvaise pente à Hollywood.

Réintégrée, Louise ne tournera plus que des films mineurs, souvent en second rôle.

Elle ne s’en inquiète que fort peu. Elle a fait la rencontre du journaliste Charles Collingwood qui est avec Frank Capa un des seuls journalises-stars » de sa génération. Le couple attendra la fin des hostilités pour convoler en 1946.

Retrouvant avec son mari un univers à la fois plus sérieux et plus intellectuel qui lui sied mieux, Louise Albritton-Collingwood ne renouvellera pas son contrat à la fin des sept ans du premier.

Le couple Collingwood s’installe à New-York, Louise en profite pour continuer sa carrière à la télévision mais navigue désormais dans les hautes sphères de la société. Une place qui était somme toute la sienne mais om, hélas il n’est plus question de se glisser nue dans des cercueils pour faire des farces aux copains!

Collingwood est un proche des Kennedy, il entrera à la maison blanche comme chez lui. C’est à lui que Jackie fera les honneurs de visiter la maison blanche redécorée par ses soins, un reportage télévisé qui est entré dans l’histoire. C’est lui aussi qui couvrira l’attentat de Dallas d’heure en heure.

Un épilogue somme toute heureux pour une histoire qui finira hélas tristement.

Dans les années 70, Louise Albritton Collingwood, toujours aussi superbe dans sa cinquantaine se sent anormalement fatiguée et souffre atrocement du dos. On va lui diagnostiquer un des pires cancers qui soient, celui d la moelle épinière.

Bien que la maladie ne lui laisse aucune chance, elle veut malgré tout se battre et suit un premier traitement radical en 1978. Epuisée tant par la maladie que par le remède, Louise part en convalescence avec son mari à Puerto Valarta au Mexique. Nous sommes en Janvier 1979 et l’hiver new-yorkais est cette année là exceptionnellement rude.

La malade ne reverra jamais son cher New-York où elle avait été tant heureuse.

Elle meurt durant sa convalescence mexicaine le 16 Février 1979 à seulement 58 ans.

Celine Colassin

Allbritton, Louise_NRFPT_02

QUE VOIR?

1942: Parachute Nurse: Avec Marguerite Chapman et William Wright.

1942: Not a Ladie’s Man: Avec Fay Wray et Paul Kelly

1942: Who Done It: Avec Bud Abbott et Lou Costello

1942: Pittsburgh: Avec Marlène Dietrich et John Wayne

1943: Fired Wife: Avec Diana Barrymore et Robert Paige

1943: Crazy House: Avec Martha O’Driscoll et Ole Olsen

1943: It Comes Up Love: Avec Gloria Jean et Donald O’Connor

1943: Son of Dracula: Avec Lon Chaney jr et Evelyn Ankers.

1944: Hollywood Parade: Avec Marlène Dietrich et Orson Welles

1944: Bowery to Broadway: Avec Maria Montez, Susanna Foster et Ann Blyth

1945: That Night with You: Avec Suzanna Foster et Franchot Tone

1946: Tanger: Avec Maria Montez et Robert Paige

1947: The Egg and I: Avec Claudette Colbert et Fred McMurray

1948:Walk a Crooked Mile: Avec Louis Hayward

1948: An Innocent Affair: Avec Madeleine Carroll et Fred McMurray

1949: The Doolins of Oklahoma: Avec Randolph Scott

1964: Felicia avec Chet Sommers

 

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