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684: LOUISE BEAVERS

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Louise Beavers est une véritable star n’en déplaise aux esprits chagrins qui ne verront en elle qu’un sempiternel second rôle. N’en déplaise aussi à ceux qui  lui reprochèrent vertement et tout au long de sa carrière de n’interpréter que des rôles de femmes noires inféodées aux héros blancs du film, qu’elle soit leur bonne, leur nounou ou…Leur esclave.

Ces détracteurs étant généralement eux-mêmes noirs.

Comme si Louise Beavers était à l’origine de la ségrégation aux Etats-Unis.

Il est communément admis de considérer comme un acte de bravoure de la part de Billie Holiday d’avoir quitté Hollywood après son premier et dernier film, outrée de l’image que donnait la cité du film de la condition noire en Amérique.

Nier la réalité et fuir pour s’enfoncer le nez dans le sable blanc des night-clubs new-yorkais est il vraiment plus brave que d’affronter les choses en face, les montrer telles qu’elles sont et passer sa vie à tenter de faire évoluer les mentalités, ce que fit brillamment miss Beavers.

Que je sache, miss Holiday n’a pas trouvé particulièrement outrageant de ne pouvoir se produire…Qu’à Harlem!

Louise Beavers

Louise Ellen Beavers vient au monde le 8 Mars 1902 à Cincinnati dans l’Ohio. Et ce n’est pas parce que la ségrégation n’existe pas officiellement au nord-est du pays que le racisme n’existe pas.

Ses parents, Ernestine et William ont quitté leur Géorgie natale pour s’installer « a la ville », ils sont enseignants, enseignants noirs pour noirs comme on l’imagine. Si la ségrégation n’existe pas officiellement quelle famille blanche ferait éduquer ses pâlichons bambins par des enseignants noirs, je vous le demande?

Ernestine, la maman de Louise est de santé fragile et le médecin de famille, noir lui aussi, conseille un déménagement vers le climat plus salutaire de la Californie. Les Beavers quitteront Cincinnati pour Pasadena. C’est là que Louise terminera ses études, partageant son temps libre entre le sport et la chorale de l’église.

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A vingt ans, la jeune Louise, déjà ronde, cherche du travail et si aujourd’hui on s’arrache les cheveux pour savoir comment la jeune femme débuta au cinéma, j’ai le plaisir de livrer la solution trouvée par hasard dans la presse d’époque.

Louise a trouvé un travail comme habilleuse pour un photographe. A l’époque c’est plutôt « chic » d’avoir une domesticité noire en cuisine, dans la nursery, derrière le volant de la Packard et bien sûr au vestiaire de ces dames.

Louise étrangement, excelle dans son emploi, elle sait être charmante, conviviale, mettre ces dames à l’aise, les dérider devant l’objectif d’une plaisanterie charmante et bien sûr encenser leur blanche beauté.

C’est ainsi qu’elle se retrouve sur le plateau de « Chercheuses d’Or » en 1923, comme habilleuse, mise sur l’opportunité par une actrice du chorus. Le film se tournait chez Warner, ce genre de films n’était pas la spécialité du studio, on manquait de personnel dans les back stages. Louise se présenta, fut engagée sur le champ, fut parfaite, se fit apprécier avec naturel de tout le monde à commencer par la star Louise Fazenda.

Des loges elle glissa sur le plateau pour quelques apparitions dans son propre rôle, celui de l’habilleuse de ces dames!

Il serait cependant faux de croire qu’elle transcenda l’écran et que ce fut là le premier pas d’une carrière fulgurante!

On ne la reverra pas à l’écran avant…1927, soit 4 ans plus tard.

Louise qui avait continué son travail d’habilleuse se laissa convaincre de passer un test pour « La Case de l’Oncle Tom » qui nécessitait des acteurs de couleur. Nous étions en 1927, ce furent ses vrais débuts.

En 1929 elle connaissait enfin un premier succès personnel en étant la bonne de Mary Pickford dans « Coquette », film qui vaudra son Oscar à Mary.

Hollywood qui n’avait su que faire d’elle en 1928 s’en entiche et lui fait tourner sept films en 1929 dans la foulée du succès de « Coquette ». Louise va devenir la matrone noire officielle de la PARAMOUNT.

Louise Beavers au service de Lucille Ball dans "Lover Come Back"

Louise Beavers au service de Lucille Ball dans « Lover Come Back »

On va alors lui reprocher comme je l’ai dit de « servir la soupe » aux blancs dans les films et de ne jouer que les domestiques de ces dames. Et ce qui est pire, de les jouer dans la bonne humeur.

Mais Louise est fine mouche. Elle sait parfaitement que si elle refuse ces rôles elle n’en obtiendra pas d’autres et que des millions de femmes noires de tout âge et de tout acabit se rueront pour prendre sa place.

La condition des noirs dans le cinéma américain n’est pas, c’est vrai, particulièrement valorisante, mais le cinéma n’invente pas la société, il la reflète. Il la reflète et lui correspond.

Déserter la Paramount par conviction, s’en aller au chômage par choix voilà bien un désidérata grotesque émis par des gens qui ne sont pas concernés! Qui parmi ses détracteurs aurait craché sur un salaire PARAMOUNT?

Au contraire, en vivant confortablement du cinéma, en faisant un métier passionnant parmi les gens les plus célèbres du monde, Louise va réussir à changer quelques mentalités.

L’actrice a une véritable présence et son personnage marche tout de suite, dès qu’elle entre dans le champ. Sa bonne humeur est communicative et comme l’écrira fort justement un critique: « On n’admire pas Louise Beavers comme une actrice, on l’aime comme une véritable amie« . Louise Beavers a une véritable cote de sympathie auprès du public. Bientôt il sera hors de question de la maltraiter voire même d’être impoli avec elle à l’écran ou de lui donner des ordres d’un ton sec. Dorénavant ses patrons de cinéma lui parleront avec déférence.

C’est avec respect que ces dames, et non des moindres la regarderont ranger leur petit linge fin.

On verra Louise au service de Louise Fazenda, Mary Pickford, Carole Lombard, Dolores Costello, Claudette Colbert, Jean Harlow, Mae West, Constance Bennett, Myriam Hopkins, Jeanette Macdonald, Joan Crawford, Belle Bennett, Lucille Ball, Ginger Rogers, Betty Grable et bien d’autres.

Un pas énorme est franchi. On n’avait pas encore pensé en Amérique à être polis avec la domesticité noire. Mais dans les années 30 Hollywood étant l’exemple même du savoir vivre et de la distinction pour tous les américains, on allait y songer.

Et puis Louise Beavers étant une actrice très appréciée du public et des acteurs à qui elle donne la réplique; la PARAMOUNT va songer à étoffer ses rôles. De domestique poliment traitée elle deviendra domestique confidente, domestique compréhensive et enfin domestique qui vient en aide à ses patrons qu’elle aime sincèrement et qui le lui rendent bien.

En 1934, le studio saute le pas en produisant la première version d’ »Imitation of Love » avec Claudette Colbert où Louise à un rôle d’égale importance à celui de Claudette. Et surtout, pour la première fois, les problèmes personnels de son personnage sont non seulement évoqués mais traités avec autant d’intérêt que ceux de Claudette.

Que Louise Beavers n’ai pas été nommée aux Oscars pour sa prestation faillit provoquer si pas une guerre civile au moins des émeutes à Hollywood! La presse prendra le parti de la laissée pour compte, du jamais vu!

Prendre la défense d’une femme noire face à une institution blanche! Entre Louise et les Oscars, l’opinion choisit Louise!

On pourra lire en gros titres: « L’Académie des Oscars refuse de nommer une actrice noire! » et en très grosse lettres juste au dessus on lisait SHAME!

En 1939 l’académie ne commettra pas la même erreur et se dépêchera de couronner Hattie MacDaniel pour « Autant en Emporte le Vent ».

Quant à Louise, son statut aura complètement changé. Non seulement elle aura pu renégocier très avantageusement son contrat PARAMOUNT et exiger 20 semaines par an de liberté pour faire du théâtre mais son salaire a été revu très nettement en conséquence de sa popularité.

Mae West quant à elle lui écrit même quelques répliques d’anthologie pour « Lady Lou »

-Louise: Je n’aimerais pas être arrêtée dans la rue sans jupons par un policier! »

-Mae: « Pourquoi? Tu préfèrerais par un pompier? »

Il suffit de revoir  « Le Lien Sacré »avec Carole Lombard et James Stewart pour se convaincre de l’évolution de Louise et avec elle, celle de sa condition de femme noire au cinéma.

Carole est flanquée d’une belle mère revêche avec tout le monde et odieuse avec Louise, ce qui heurte vivement Carole. Ensuite, Carole et James, désargentés, doivent se passer des services de leur bonne.

Louise prend donc son congé, non sans avoir refilé à Carole, un journal ouvert à la page des offres d’emploi! « Pourquoi n’essayez-vous pas? Travailler n’ a jamais tué personne, vous savez! »

On assiste alors à cette scène inenvisageable cinq ans plus tôt: La nuit de Noël, le couple blanc, fauché comme les blés n’a rien à se mettre sous la dent et Carole réveillonne en contemplant la tête de sa belle-mère qui tricote. Soudain on sonne, c’est Louise, hilare en robe du soir de satin doré, qui part réveillonner avec sa ribambelle de joyeux amis et qui a songé à son ancienne patronne qu’elle aimait sincèrement et qui lui apporte dinde aux marrons et champagne frappé!

On voit donc le couple de patrons qui vit la descente aux enfers de la médiocrité après le départ de Louise qui de son côté a visiblement vu ses affaires prospérer. A la fin des années 40, ce sera sa marque de fabrique: la domestique rigolote qui sauve ses patrons des situations les plus désastreuses grâce à son courage, son dévouement son bon cœur et…sa finesse d’esprit!

Cela étant dit, j’ignore si tous les « bons amis d’Hollywood » de Louise assistèrent à son mariage en 1936 avec Robert Clark. J’ignore d’ailleurs si elle les avait invités.

Robert deviendra le manager de Louise, ils divorceront, se remarieront et divorceront pour de bon. Louise se remariera ensuite avec un certain monsieur Leroy Moore en 1952.

Sa carrière va continuer de manière ascendante même si elle ne retrouvera pas au cinéma de rôle aussi fort que celui d’Imitation of Life.

Hollywood n’est pas seule responsable de cet état de fait qui cantonne Louise au même type perpétuel de rôles. Les Etats du sud ne veulent pas voir de noirs à l’écran. Les numéros de Léna Horne sont enlevés des comédies musicales où elle paraît et lorsque l’on adapte un roman dont les héros et surtout les héroïnes sont noirs, on n’hésite pas à confier le rôle à Jeanne Crain ou Gene Tierney! Dans la seconde version d’Imitation of Life, si le rôle de Louise est repris par une actrice noire, le rôle de sa fille métisse est tenu par Susan Kohner pâle comme un linge dans une publicité de poudre à lessiver.

S’il faudra attendre Sidney Poitiers pour ouvrir quelques autres portes, il est incontestable que c’est Louise qui a ouvert la porte à Sidney! N’avait-elle pas obtenu un premier rôle en 1938 dans « Live Goes On »?

Les exploits de Louise Beavers ne vont pas s’arrêter là. Elle s’en ira tester sa popularité à la télévision et aura le grand privilège de devenir « Beulah », l’héroïne de la première sitcom « noire ». Beulah, un personnage créé à la radio puis à la télévision par…Hattie MacDaniel! Hattie avait cédé son rôle à Louise peu avant sa mort, épuisée par le cancer du sein qui la rongeait.

Lorsque Louise s’éteindra le 26 Octobre 1962, la presse titrera « Beulah is Dead » tant la popularité de l’actrice dans le rôle de Beulah avait atteint des sommets.

Louise Beavers avait beaucoup joué de son embonpoint dont elle faisait un élément drolatique au service de son personnage. Elle avait fini par en payer les conséquences. Son obésité avait altéré sa santé. Louise Beavers souffrait déjà du diabète lorsque son cœur usé l’abandonne à seulement 60 ans.

Dix ans plus tôt, jour pour jour, le 26 Octobre 1952, Hattie MacDaniel s’était éteinte

Celine Colassin.

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QUE VOIR?

1923: Gold Diggers 1923: Avec Louise Fazenda et Hope Hampton

1927:Uncle Tom’s Cabin: Avec Margarita Fischer

1928: Oriental Hugs (court métrage) Avec Vera Steadman

1929: Election Day:(Court métrage) Avec la bande de « Our Gang »

1929: Coquette: Avec Mary Pickford

1929: Barnum as Right: Avec Merna Kennedy et Glenn Tryon

1929: Wall Street: Avec Aileen Pringle

1929: Glad Rag Doll: Avec Dolorès Costello et Ralph Graves

1929: Gold Diggers of Broadway: Avec Nancy Welford

1930: Recaptured Love: Avec Belle Bennett, John Halliday et Dorothy Burgess

1930: Our Blushing Brides: Avec Joan Crawford, Anita Page et Robert Montgomery

1931: Six Cylinder Love: Avec Sidney Fox et Spencer Tracy

1931: Annabelle’s Affairs: Avec Jeanette Macdonald et Victor MacLaglen

1932: The Expert: Avec Loïs Wilson et Dickie Moore

1932: Unashamed: Avec Helen Twelvetrees, Robert Young et Lewis Stone

1932: Young America: Avec Doris Kenyon et Spencer Tracy

1932: Hesitating Love (court métrage) Avec Louise Fazenda et Marie Prévost

1932: It’s Tough to be Famous: Avec Mary Brian et Douglas Fairbanks jr.

1932: What Price Hollywood: Avec Constance Bennett

1933: 42nd Street: Avec Bebe Daniels, Ruby Keeler et Ginger Rogers

1933: Her Bodyguard: Avec Wynne Gibson et Edmund Lowe

1933: The Story of Temple Drake: Avec Myriam Hopkins

1933: Jimmy and Sally: Avec Claire Trevor et James Dunn

1933: Lady Lou: Avec Mae West et Cary Grant

1933: Bombshell: Avec Jean Harlow et Frank Morgan

1933: Pick-up: Avec Sylvia Sidney et Georges Raft

1934: Bedside: Avec Jean Muir

1934: Merry Wives to Reno: Avec Glenda Farrell

1934: I Belived in You: Avec Rosemary Ames et John Boles

1934: Imitation of Life: Avec Claudette Colbert et Rochelle Hudson

1935: Annapolis Farewell: Avec Rosalind Keith et Guy Standing

1936:Bullets or Ballots: Avec Joan Blondell et Edward G. Robinson

1937: Make Way for Tomorrow: Avec Fay Bainter et Beulah Bondi

1938: Life Goes On: Avec Edward Thompson

1938: Brother Rat: Avec Priscilla Lane et Wayne Morris

1939: Made for Each Other: Avec Carole Lombard et James Stewart

1940: Primerose Path: Avec Ginger Rogers et Marjorie Rambeau

1941: Belle Starr: Avec Gene Tierney, Dana Andrews et Randolph Scott

1941: Shadow of the Thin Man: Avec Myrna Loy et William Powell

1942: Young America: Avec Jane Withers et Jane Darwell

1942: Reap the Wild Wind: Avec Paulette Goddard, Susan Hayward et John Wayne

1942: Holiday In: Avec Marjorie Reynolds, Fred Astaire et Bing Crosby

1943: Top Man: Avec Susanna Foster et Donald O’Connor

1943: Du Barry Was a Lady: Avec Lucille Ball, Gene Kelly et Red Skelton

1943: Jack London: Avec Susan Hayward, Virginia Mayo et Michael O ‘Shea

1944: Hollywood Parade: Avec Marlène Dietrich et Orson Welles

1945: Delightfully Dangerous: Avec Constance Moore et Ralph Bellamy

1946: Lover Come Back: Avec Lucille Ball et George Brent

1948: Mr. Blandings Builds His Dream House: Avec Myrna Loy et Cary Grant

1948: Good Sam: Avec Ann Sheridan et Gary Cooper

1949: Tell It to the Judge: Avec Rosalind Russell et Robert Cummings

1950: My Blue Heaven: Avec Betty Grable et Don Dailey

1950: Girl’s School: Avec Joyce Reynolds et Ross Ford

1950: The Jackie Robinson Story: Avec Jackie Robinson et Ruby Dee

1952: I Dream of Jeanie: Avec Muriel Lawrence

1952: Colorado Sundown: Avec June Vincent, Rex Allen et le cheval Koko

1953: Never Wave at a WAC: Avec Rosalind Russell, Marie Wilson et Paul Douglas

1956: Good-Bye my Lady: Avec Sidney Poitiers et Walter Brennan

1956: Teenage Rebel: Avec Ginger Rogers, Michael Rennie et Mildred Natwick

1956: You Can’t Run Away from It: Avec June Allyson et Jack Lemmon

1957: Tammy and the Bachelor: Avec Debbie Reynolds, Walter Brennan et Leslie Nielsen

1958: The Doddess: Avec Kim Stanley et Lloyd Bridges

1960: All the Fine Young Cannibals: Avec Natalie Wood et Susan Kohner

1960: The Facts of Life: Avec Lucille Ball, Ruth Hussey et Bob Hope

 

560: WYNNE GIBSON

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Le 3 Juillet 1898, Winiferd, Elaine Gibson naît à New-York. Cette date ne semblant pas lui plaire outre mesure, en devenant Wynne Gibson actrice, elle rajeunira subitement de sept ans et sera dorénavant née en 1905, qu’on se le dise!

On pourrait difficilement faire plus classique que les débuts de Wynne Gibson, car ce sont pratiquement les mêmes pour toutes les actrices de sa génération. Rêvant des glorieux lauriers broadwayriens d’une Lillian Russell, Winifred hante les castings et les auditions à l’affût de la moindre petite panne, de la plus petite réplique. Ellle choisit comme nom de bataille son diminutif enfantin « Wynne », d’abord pour lui porter bonheur et ensuite parce que « Winifred », franchement! ca fait boniche! même en lettres lumineuses!

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Son acharnement va s’avérer payant. D’apparitions en apparitions, la jeune aspirante à la gloire fait son chemin sur les planches. Lorsque Broadway aura découvert qu’elle chante, qu’elle danse et qu’elle sait être drôle, avec un humour sarcastique qui conviendra bientôt parfaitement à des Mae West, des Carole Lombard, des Rosalind Russell et surtout des Eve Arden et des Ruth Hussey; la petite besogneuses des auditions devient une curiosité puis une vedette avant d’être une célébrité.

Elle connaîtra l’honneur suprême d’une tournée européenne, ce qui avec le prix Sarah Siddons fait d’une théâtreuse américaine un monstre sacré de l’art dramatique.

Mais soudain, là-bas, aux lointains confins de la côte Ouest, le cinéma, cette stupide chose se met à parler, ce qui en soi n’a aucun intérêt pour Wynne, à ceci près que les divines crétures du monde du silence ne font pas forcément bonne figure devant cette nouveauté barbare à l’intransigeance sans appel: le microphone!

Hollywood va dépêcher à Broadway une armée de « talent scouts » à la recherche de stars sachant dire un texte autement que fichées comme des plantes en pot devant cet engin de torture, ânonnant des répliques faisant se tordre de rire le public là où il aurait pourtant dû essuyer une larmichette émue.

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Ces « découvreurs de talents » provoquèrent de véritables bagares générales à coups de contrats mirifiques afin de drainer vers Hollywood et ses micros flambants neufs des containers entiers d’acteurs et d’actrices sachant parler, quitte à fermer les yeux sur les physiques jugés ingrats d’une Bette Davis ou d’une Barbara Stanwyck!

Wynne Gibson fit partie du lot, aussitôt projetée sur le plateau de « Nothing but the Truth » face à Richard Dix, un des seuls a passer du silence au son avec tous les honneurs!

Mais Wynne Gibson ne se révéla impressionnée ni par la vigoureuse carrure et le célèbre profil de monsieur Dix ni par le cinéma!

Les messieurs ne l’intéressaient que peu, ils étaient cette sorte d’ennuyeuse nécessité dans la vie d’une actrice que l’on appelle « partenaire masculin »

Quant au cinéma, elle le trouvait horriblement étriqué entre ses lampes, ses micros et tous ces fils, décidément non, Hollywood n’était pas pour elle! Elle rechigna tant et plus sur tout et n’importe quoi qu’on la laissa regagner son Broadway presque avec soulagement!

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Elle s’absenta deux ans, mais Hollywood la rappela à l’ordre! Elle avait un contrat, il fallait quand même le respecter! Elle revint donc « tourner » clamant en guise de bonjour à toute l’équipe « Je vous préviens j’ai horreur de ça! », ne se déridant que sur le plateau de « Night after Night » chez Paramount puisqu’elle y côtoyait sa bonne vieille copine Mae West, elle aussi, cédant finalement au lancinant appel des caméras et des micros (et à l’insistance de George Raft!)

Wynne devint donc une « actrice Paramount » qui avait déjà dans son écurie Mae, bien entendu, mais aussi Dietrich, Colbert et Lombard!

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En 1938; Wynne enchaîne film sur film en rechignant toujours autant, ce qui lui vaut d’être « prêtée » à la Warner où Bette Davis et Myriam Hopkins mettaient le feu chaque fois qu’elles se croisaient et où Eleanor Parker et Olivia de Havilland allaient venir compléter l’apocalyptique guerre des chignons!

Wynne vient tourner « Flirting with Fate », bien décidée à faire son travail et filer le plus vite possible lorsqu’elle partage une scène avec une nouvelle « découverte » de chez Warner: Beverly Roberts de 16 ans sa cadette et engagée par le studio le même jour qu’Errol Flynn.

Le coup de foudre entre ces deux là fut immédiat et instantané, leur amour allait durer toute leur vie ou plus exactement jusqu’à ce que la mort les sépare.

Dans une Amérique qui sentait avec effroi une nouvelle guerre se profiler et faisait de la pin-up bonne copine son pain quotidien, les amours saphiques de Wynne et Beverly passèrent relativement inaperçues. Le cinéma n’était pas encore corrompu par les tabloïdes à scandale qui empoisonneraient bientôt la vie des stars aussi bien sinon mieux que la liste noire de MacCarthy. Les deux amantes n’étaient pas aussi célèbres que Garbo et Dietrich, elles ne faisaient pas la gloire de leurs studios et si elles ne se « cachaient » pas, elles restaient discrètes et évitaient tout tapage. Elles avaient chacune leur maison mais étaient bien entendu toujours ensemble dans l’une ou l’autre propriété.

Très vite, Beverly Roberts allait emboîter le pas à Bette Davis et mener la vie dure à Jack Warner qui finit par se passer de ses services, son lot de tortionnaires en jupons étant complet!

Wynne quant à elle ne revouvela pas son contrat en 1943, trouvant sans doute que « faire le singe » devant des caméras avait quelque chose d’indécent quand l’Amérique entrait en guerre pour défendre les libertés du monde.

Les mauvaises langues dirent qu’elle boudait parce que l’oncle Sam lui avait refusé un barda de bidasse pour qu’elle participe au débarquement comme n’importe quel jeune mâle américain!

Et puis pour quelqu’un qui avait refusé de tourner un second film après le premier, elle venait de terminer le cinquantième! Ca suffisait comme ça! Et puis encore, si elle avait oeuvré dans l’ombre de Mae West ou de Norma Shearer elle professait maintenant dans celle de Ruth Terry, éphémère reine du western chantant!

Les années passées chez Paramount et Warner avaient mis Wynne et Beverly très à l’abri du besoin, elles choisirent de se retirer pour enfin s’aimer dans la même maison et profiter de la vie, même si Wynne restera très présente à la télévision jusqu’au milieu des années 50.

Le 15 Mai 1987, Wynne Gibson est foudroyée par une crise cardiaque à Laguna Beach et s’éteint dans les bras de l’amour de sa vie. La presse lui donna les 83 ans qu’elle aurait souhaités, Beverly ne remit pas les comptes en ordre, on ne saurait pas qu’elle s’apprêtait à fêter son 90 ème anniversaire.

Beverly regagna son New-York natal où elle restarait active a théâtre jusqu’à sa propre fin survenue dans son sommeil le 13 Juillet 2009

Wynne était une des plus fidèles amies des « durs » d’Hollywood, de Spencer Tracy à Humphrey Bogart, ils l’avaient depuis bien longtemps précédée dans la tombe et ne purent pas saluer sa fin  d’un « c’était un chouette type » comme ils avaient l’habitude de la surnommer en parlant d’elle.

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QUE VOIR?

1929: Nothing but the Truth: Avec Richard Dix

1931: The Stolen Jools: Avec Norma Shearer, Wallace Beery, Buster Keaton, Laurel et Hardy

1931: City Streets: Avec Sylvia Sidney et Gary Cooper

1931: Kick In: Avec Clara Bow

1932: Night after Night: Avec Mae West, Constance Cummings et George Raft

1932: Two Kinds of Women: Avec Myriam Hopkins et Philips Holmes

1933: Maggie Appleby, Maker of Men: Avec Charles Farrell et Betty Furness

1933: Her Bodyguard: Avec Edmund Lowe

1938: Flirting with Fate: Avec Beverly Roberts et Joe E. Brown

1938: Gangs of New-York: Avec Ann Dvorak et Charles Bickford

1939: Come Closer, Folks: Avec Marian Marsh et James Dunn

1939: My Son is Guilty: Avec Julie Bishop, Bruce Cabot et Glenn Ford

1940: Cafe Hostess: Avec Ann Dvorak et Preston Foster

1941: Double Cross: Avec Kane Richemond

1943: The Falcon Strikes Back: Avec Harriett Hilliard et Tom Conway

1943: Mystery Broadcast: Avec Ruth Terry et Frank Albertson

558: DOROTHY BURGESS

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Dorothy Burgess fut une star, ou tout du moins une très grande vedette! Mais si son image nous parvient confuse aujourd’hui, c’est sans doute qu’Hollywood vit en elle une créature follement exotique, l’attifant plus souvent qu’à son tour en sauvageonne des pampas alors qu’elle n’était au fond pas plus exotique qu’une Norma Shearer! Qu’il y ait une paire de castagnettes, un sombrero ou un pagne de raphia dans les accessoires dévolus au personnage, et hop! Dorothy s’y collait.

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La gracieuse Myrna Loy connaîtra également ces années de rôles « exotiques », comme Loretta Young, Joan Crawford, Dorothy Lamour et plus tard Debra Paget et Gene Tierney!

Pourtant, Dorothy Burgess n’avait rien des passionatas échevelées qu’on lui fit interpréter à Hollywood! Elle faisait partie de la haute bourgeoisie américaine. D’origine anglaise, son père, pionnier de l’aéronautique a fondé sa propre compagnie aérienne. L’actrice Fay Binter qui joue les très grandes dames à Hollywood et à Broadway, appuyant parfois ses personnages jusqu’à la carricature outrageuse est la soeur de sa mère!

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La jeune fille, née le 4 Mars 1907,  recevra une éducation très mondaine sous l’égide de sa mère Grace  et ses dons artistiques en peinture et en sculpture seront très vivement encouragés par sa famille.

Lorsque viendront les années Hollywoodiennes, Dorothy et Grace , trouvant Beverly Hills trop tapageusement « parvenu » s’installeront dans une villa dominant l’océan sur la plage de Malibu. Là, ces dames s’adonneront aux arts, décorant leur home sweet home de leurs oeuvres plutôt que d’aller galvauder leur temps libre aux grandes premières et aux « partys » échevelées qui s’en suivent!

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Si dans ses rêves de jeune fille les plus fous, Dorothy se voyait peintre à Barbizon, en ces temps où Hollywood était le centre du monde, avoir une tante célébre actrice ne la laissait pas pour autant indifférente. Parfois palette et pinceaux laissaient place dans l’imagination vagabonde à des sunlight et des bravos!

Aussi, lorsque tatie Fay Binter proposa à Dorothy de la rejoindre sur scène à Broadway, la jeune fille ne se précipita pas, elle se rua! Elle avait 17 ans, elle était d’une grâce et d’une beauté exquises. Le public fut conquis, elle dansait très bien, ce fut du délire!

Elle devient vedette, digne héritière des lauriers de sa tante! George Cukor, alors piqué de théâtre l’engage dans sa troupe new-yorkaise en 1928, préférant Dorothy à Bette Davis qu’il n’envisagea même pas de recevoir!

En 1931 elle est en tournée à travers toute l’Amérique avec son grand succès « Lulu Belle », Lulu étant espagnole et la pièce connaissant un succès inouï, nombreux furent ceux qui crurent Dorothy réllement d’origine hispanique et Hollywood allait perpétrer cette méprise puisqu’elle remplissait les caisses!

Dorothy avait déjà tâté du cinéma, en vedette s’il vous plaît dans un western avec Warner Baxter, et ce dès 1929, mais c’est avec l’avènement des années 30 et du succès de Lulu Belle que sa carrière décolla de manière foudroyante!

Mais les studios, de la Fox à Universal en passant par MGM et Warner allaient lui réserver le sort commun à bon nombre d’ étoiles hollywoodiennes.

Soit Dorothy jouerait les seconds ou troisièmes couteaux dans des films de très grand prestige, y côtoyant Jean Harlow ou Clark Gable, soit elle serait la grande vedette de l’intrigue, mais dans de modestes véhicules de série B comme il s’en tournait alors à la pelle.

Jamais, malgré une beauté sensationnelle doublée d’un talent évident et d’une voix admirablement placée, aucun studio ne lui donnera sa grande chance.

Pourtant elle aligne quatorze films en 1933!

Sans doute Dorothy Burgess n’était pas née sous une très bonne étoile malgré son évidente rutilence! En 1929 déjà, un spot lui tombe dessus et manque à la fois de la défigurer et la brûler vive! Plus chanceuse que Michal Jackson elle ne gardera qu’une cicatrice au dessus du sourcil.

En 1932, Dorothy est alors officiellement fiancée à Clarence Brown, le metteur en scène préféré de Greta Garbo. Le drame qui la frappe le 23 Décembre de la même année est bien pire qu’une chute de projecteur sur son auguste caboche. Alors qu’elle conduit sa voiture, elle est victime d’une violente collision frontale. Dorothy s’en tire avec quelques contusions mais une de ses passagères est tuée sur le coup. Louise Manfredi, une jeune fille de 17 ans.  Son autre passagère, Betty Lou Davis, 18 ans est grièvement blessée. Dorothy Burgess sera poursuivie pour homicide involontaire par les parents éplorés de Louise.

S’estimant responsable Dorothy Burgess sombre dans une profonde dépression dont elle ne guérira jamais tout à fait. Nombreux furent ceux qui mirent sa boulimie de travail des années 1933 et 1934 sur le compte d’une volonté d’oublier le drame et sortir du marasme moral où elle s’engluait. Dorothy s’était jetée sur les plateaux comme d ‘autres auraient sauté d’un pont. La relation avec Clarence Brown ne survivra pas à l’épreuve que traverse la jeune actrice. Elle se consolera un peu plus tard avec un richissime bijoutier new-yorkais.

Mais quand on tourne tant, on tourne trop et on tourne mal. Dans une Amérique au chômage, même si le ticket de cinéma ne coûte que 50 cents, ca reste cher et le public déçu y regarde à deux fois avant de bourse plate encore délier pour vous donner une seconde chance.

Après les dix films de 1934, elle n’en tourne que deux en 1935 puis s’éclipse.

Elle reviendra entre 1940 et 1943 se montrer de ci de là dans quelques films, mais déjà oubliée, ses rôles sont mineurs et on omet parfois de la citer au générique.

Dorothy Burgess semble toute désignée pour un lugubre crépuscule mais le temps ne lui en laissera pas l’occasion. Tuberculeuse depuis des années, son état se dégrade au printemps 1961.

La maladie l’emporte le 21 Août. Elle n’avait que 54 ans. On ne l’avait plus revue depuis son dernier film « West Side Kid », une sottise westernienne avec Dale Evans. Autant dire que le souvenir ne fut pas impérissable

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QUE VOIR?

1928: In Old Arizona: Avec Warner Baxter

1930: Recaptured Love: Avec Belle Bennett, John Halliday et Dorothy Burgess

1931: Lasca of the Rio Grande: Avec Leo Carrillo

1932: Play-Girl: Avec Loretta Young et Winnie Lightner

1933: What Price Deceny: Avec Alan Hale

1933: Ladies Must Love: Avec June Knight et Leigh Hamilton

1933: Hold Your Man: Avec Jean Harlow et Clark Gable

1933: It’s Great to Be Alive: Avec Gloria Stuart et Edna May Oliver

1934: Affairs of a Gentleman: Avec Paul Lukas

1934: Miss Fane’s Baby is Stolen: Avec Dorothea Wieck, Alice Brady et Baby LeRoy

1934: Gambling: Avec Wynne Gibson et George M. Cohan

1934: Friends of Mr. Sweeney: Avec Ann Dvorak et Charles Ruggles

1934: Orient Express: Avec Heather Angel

1940: The Lady in Question: Avec Rita Hayworth, Glenn Ford et Brian Aherne

1943: Girls in Chains: Avec Arline Judge et Roger Clark

1943: Man of Courage: Avec Charlotte Wynters et Barton MacLane

1943: West Side Kid: Avec Dale Evans

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